‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 114 sur 236 · Karl Mœllor, op. cit., I, p · texte numérisé non relu

Karl Mœllor, op. cit., I, p

■2. Sur l'affaire de Posen, voir Friedberg, op. cit.. p. 17 ot suiv. — Le i,'.Miéral .le \Vrnnt,'el était à Posen, fort soucieux de prussitier le pays,

Je ne saurais prendre sur moi de souiller la dignité et le caractère d\in évêque, de charger ma conscience du poids d'une trahison, de briser l'union avec le chef de l'Eglise, et d'abandonner comme un traître les pures doctrines à la conservation desquelles le Saint-Esprit m'a chargé de veiller, et cela au moment même où j'entends retentir à mes oreilles la voix de Grégoire XVi... Je tenterai encore une fois dv m'approcher du trône, car Je ne veux rien entreprendre en cachette ; mais je déclarerai avec fermeté que l'autorité d'un évéque vient de l'Esprit Saint... Ma personne et ma vie sont entre les mains du roi. On peut m'emprisonner, m'ôter la vie, mais ma foi est divine, et avec le secours de Dieu aucune puissance ne pourra m'en détacher. Je veux vivre et mourir dans le sein de l'Eglise catholique romaine, je ne veux pas fonder un schisme et me parjurer envers l'Eglise et la religion.

Une lettre pastorale, le 17 fe'vrier 1838, confirmait cette circulaire en menaçant de suspension les prôtres qui béniraient des unions mixtes sans exiger aucun engagement. Enfin, le 10 mars, il écrivit au roi lui-même :

J'envisage mon sort futur avec la résignation d'un prêtre, qui, relativement à l'exécution de son devoir sacré, est d'accord avec sa propre conscience. Que Votre Majesté dispose de ma tête de vieillard! la tranquillité de ma conscience et la paix de mon âme sont sauvées.

La Prusse avait sur la Vistule les mêmes motifs que sur le Rhin pour souhaiter une lente

lorsiinCn 1830 le coadjutcur Duiiiii doviiit archevêque; il éciivail le H janvier à son beau-frère, Gustave de Below : « Ce serait un lualheur, si de nouveau on élisait évêque un Polonais, et nouiniénienl le coadjutour Dunin « ; le l'i mars, il ajoutait : « Dunin est un homme fin, habile, de beaucoup de foruies mondaines; il nest i)as loncièrement faux et mauvais; mais si faible, si déi)ourvu de [volonté i)roi)re qu'il se laisse conduire par tout venant»; et Dunin, au demeurant, lui paraissait être le meilleur des candidats. Dès 18:S2, des difficultés éclataient entre Dunin et le pouvoir civil au sujet de l'usage de la langue allemande {/Jcuiaclu; Jievuc, septembre 1902, p. 324, 328 et 333).

L^AFFAIftË DE COLOGNE i99

infiltration du protestantisme; sa politique religieuse, à l'Est comme à l'Ouest, n'était qu'un fragment de sa politique générale, un épisode de l'unification systématique du royaume ^ Frédéric- Guillaume m, en recevant la lettre de Dunin, se trouvait gêné et presque lésé, non seulement dans son désir d'apostolat protestant, mais auss^i et surtout dans ses droits de souverain. Mais l'affaire de Cologne venait de prouver que les victoires de la force sur l'idée sont souvent des victoires à la Pyrrhus : la force était découronnée d'une partie de son prestige. Le roi de Prusse, à l'endroit de l'archevêque Dunin, essaya d'abord d'autres voies \

Il le fit venir h Berlin pour causer avec lui ; Dunin, en arrivant, trouva l'ordre de garder cette ville comme résidence, et la défense de remettre les pieds dans son diocèse. Droste avait été séparé de son troupeau par l'armée ; Dunin était exilé du sien parla ruse. Mais n'acceptant point l'oisive irresponsabilité que semblait lui promettre le séjour de Berlin, Dunin s'enfuit à Posen, se réinstalla au milieu de ses prêtres et de ses fidèles ; soucieux de la « liberté de l'Eglise » telle qu'elle lui avait été définie, dans sajeunesse, au Collège

1. Sur la politi(iue de prussificatioa de la Posnanic au lendeuiaiii de 18::5(), nous possédons maintenant un téinoignafîe d'élite dans les lettres du général de Wranfjel, publiées par Georges de Below [Ihulscke licme, septembre et nijvembre lllO.'). V(»ir spécialement, novembre 1902, p. 21G, une lettre du 17 août 1832. dans laquelle Wrangel épanche sa colère contre linstallation éventuelle d'un gymnase catholique à Posen : « Si Ion fait de tels | as de recul dans la germanisation de la province, écrit-il, ou doit réellement douter que la situation samélinre. »

2. Il allait demander à Metternich de faire agir sur Dunin par le Pape, lorsque l'allocvitiou consistoriale du U septembre I8:i8 i)rouva les dispositions de (Ircîgoire XVI (Friedberg, op. cil., p. 21).

germanique de Rome ^ il maintint rigoureusement ses instructions, et parut faire violence à l'Etat pour que l'Etat lui fît violence. On vit alors l'Etat, désagréablement acculé, déguiser du moins la force sous l'appareil de la justice, et traduire Dunin devant un tribunal pour excitation à la révolte et désobéissance aux lois. Six mois de prison lui furent infligés ; on l'expédia dans la forteresse de Golberg ; et comme au bout des six mois sa conscience demeurait inviolable, il fut gardé sous clef, sans nouveau procès. Grégoire XVI le vengea, devant l'opinion chrétienne attentive, par son allocution consistoriale du 8 juillet 1839^; et Montalembert lui écrivait : « Du sein de votre prison, comme d'un sanctuaire, vous êtes une leçon et une consolation pour toute l'Eglise^. »

Le petit clergé d'Allemagne comprenait la leçon. Privés de leurs pasteurs, c'est vers Rome et non pas vers Rerlin que l'élite morale des prêtres s'habituait à regarder. On en voyait un certain nombre, en Prusse rhénane, s'écarter du vicaire capitulaire et du chapitre de Cologne, légitimement suspectés de trahison, et en référer des intérêts de leur paroisse au chargé d'afl'aires du Saint-Siège à Rruxelles. Le clergé de Posna-

1. Fri(!drich, Gcichich/c dos yatikanlsrhcn Konzils, I. p. 202.

Page 1