Gœrres. Poli/lsche Sdiriften, VI. p. 33!) et suiv
3. Encore leur dévonenieut était-il de fraîche date : labhé Baston, chanoine de Rouen, émigré à Cœsfeld en Westphalie en 179'i, constatait que " les éloges donnés au roi de Prusse ne flattaient aucune oreille, lu» rencontraient sur aucun visage le plus petit signe d'approbation ». Pour i-xplnpier cette froideur des Wtîstphaliens à l'endroit de In Prnsse, il ;ill»'guait la crainte qu'inspirait à ce peuple, .. accoutumé à l'extrême douceur des gouvernements ecclésiastiques... un -. gouvernement dont la trempe est forte et le nerf très tendu ... puis la i)eur des impôts, la peur de la conscription, et enfin les susceptibilités religieuses des Miuistériens, •• zèles catholiques ... à l'égard de la Prusse protestante (Baston, Mémoires, edit. Loth et Charles Verger, H, p. 231-23:.').
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autonomie traditionnelle, les Rhénans • gardaient un patriotisme de terroir qui n'échappait pas aux observateurs2; le général Rochusde Rochown'était pas seul de son avis lorsqu'en 1830, il écrivait qu'il serait dangereux de faire garder les forteresses prussiennes par des troupes rhénanes-^; et des esprits inquiets, en ces provinces, commençaient à se demander si d'être annexés à la Relgique — royaume catholique et gouverné par un prince de race germanique — ne serait pas la meilleure destinée qui leur put échoir''. Survenant en un pareil terrain, les dissensions religieuses apportaient au particularisme un surcroît de force et de hardiesse : c'est ce qu'indiquait le démocrate Venedey, dans la brochure qu'il publiait à Paris lors desdiflicultés diplomatiques de 1840.
L'antipathie des provinces rhénanes à l'égard de la Prusse, écrivait-il, antipathie qui s'est changée en haine profonde depuis l'enlèvement de l'archevêque de Cologne, semble
1. Dans une lettre de Sulpice Boisserée du l*"" février 1814, on trouve un curieux parallèle entre la différence desprit des Rliénans et des Prussiens; il observe en substance, que le développement de la culture, chez les premiers, profite aux idées françaises, et chez les seconds, au contraire, au réveil national {Sulpi: Boisserée, I, ]>. 1!I9<'U0).
2. Sur les sentiments des Rhénans, à cette époque, à l'endroit des 'f Prussiens », voir de très curieux détails dans Hermann lIiitTer, Alfred i\ rteumont, p. 54-61. On n'appelait jamais le roi que « le roi de Prusse»; l'armée, c'étaient « les Prussiens ..; faire son service se disait •< aller chez les Prussiens ». L'empereur d'Autriche demeurait, pour les haljitants d'Aix-la-Chapelle, le seul représentant de l'Allemagne. D'autre i)art, il y avait encore des liens économiciues assez étroits entre la Prusse rhénane et la France: on était habitué aux marchandises fiançaises. KnOn l'on se plaignait que le f(»nctionnarisme du royaume — l'administration de la justice exceptée — ne se recrutât point parmi les Rhénans, et l'on craignait toujours (jue la Prusse, une fois installée, ne supprimât le code Na|)()léon, demeuré très cher aux populations.
.'<. Janssen^ /Tci'/ uiid Lebe.ii.sliilder, II. p. 12^-1'27.
4: De Theùx, ministre belge. expUijuait à cette époque (jue si les provinces dû Rhin étaient annexées à la Helgiciue, la Prusse se pourrait dédommager par un morceau de Saxe (Friedberg, op. cit., p. 15).
augmenter les chances favorables à la France pour sa rentrée en possession de ces provinces. Il se pourrait en effet que des hommes aveuglés par le fanatisme religieux prétassent leur concours à des projets de conquête... En tout cas, le parti dont nous parlons ne sera jamais très nombreux, car l'opposition religieuse n'est, pour l'immense majorité des habitants éclairés des provinces rhénanes, que le manteau sous lequel se cachent leur opposition politique contre la Prusse, leurs vœux bien sincères pour la liberté et l'unité de l'Allemagne '.
Ainsi les Rhénans, formés d'ailleurs à l'école de Gœrres, étaient tout à la fois des patriotes allemands et de médiocres sujets pour le roi de Prusse'. Frédéric-Guillaume IV les connaissait : il avait en 1838 et 1839, n'étant encore que prince héritier, fait deux séjours à Aix-la-Chapelle; autour de lui, le deuil des consciences avait créé l'isolement. Pas de vivat dans la rue, pas de députation du commerce, pas de dames catholiques au hal, pas de manifestations aux fenêtres, pas de coups de chapeaux : les saints obligatoires des fonctionnaires n'avaient pu racheter à ses yeux le silence spontané du peuple'^; et les Rhénans s'étaient fait comprendre en se taisant.
Uuant aux Polonais, ils restaient fidèles à leur patriotisme national, au nom duquel ils considéraient la Prusse comme une intruse ^ Il suffisait,
1. Venedey, la France, l'Allemayne et les Provinces rhénanes, p. ',J (Paris, Legallois, 1840).
2. L'antipathie d'Auguste Reichensperger à l'endroit de Berlin (Pastoi . Aufjusl Reichcnsperffer, I, p. 2;^), était assurément un trait commun ,i l>eaucuup de Rhénans. Cf. Stolzle, Ernsl von Lasaulx, p. 10-12, expliquant. «I après les souvenirs d'Amélie de Lasaulx qu'a publiés la baronne de lloimngen-lluene, l'antipathie des Rhénans contre la Prusse.
A. Karl Mœller, op. cit., I, p. 419 et 475.
4. Au Landtag uni de 1847, les Polonais de Silésie demanderont simplement « a être traités comme leurs frères allemands >.; mais les Pol(.-
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dès lors, que le Gouvernement de Berlin dénonçât une sorte d'incompatibilité entre le service du roi de Prusse et l'observance intégrale de la discipline catholique, pour que, sous la pression des consciences, l'esprit particulariste risquât de se réveiller à iMûnster, de s'échaulTer à Cologne, de s'insurger à Posen. Ces Rhénans et ces Westphaliens qui réclamaient la liberté de Droste étaient ceux-là jnômes qui, en 1848, enverront une députation à Frédéric-Guillaume IV pour le menacer ■de se détacher de son royaume s'il refuse d'être lun roi constitutionnel^ ; ces Polonais qui redeimandaient Martin de Dunin savaient que l'idée d'un royaume de Pologne indépendant restait vivace encore en beaucoup de cerveaux germa- 'niques, comme en témoignera, dans cette même année 1848, l'assemblée de Francfort en traitant d'injustice le partage de la Pologne. La cohésion de l'Etat prussien, en cet instant du siècle, n'était nullement revendiquée par l'esprit public allenand. Le poète jNicolas Becker, il est vrai, devenait célèbre, d'un bout de l'Allemagne à l'autre, lour avoir signifié aux Français qu'ils « n'auraient )as le libre Hhin allemand » ; mais ce libre Rhin dlemand, menacé par les « corbeaux avides » de
ais de Posnanie réclamaient Tapplicalion entière d'une proclamation de rédéric-Guillaume III, du 15 mai 181n. promettant aux habitants de la rovince de Posen le maintien de leur nationalité, de leur langue et de Miv religion ; et cette même année se déroulait à Berlin le ]irocrs de tieroslawski et de ses complices, qui avaient voulu rétablir la Répulique polonaise (Paul Malter, la Prusse et la RévoluLion de 1848, p. 73-74 -, 105. Paris, Alcan, 1904).
1. Précisément, en 1847, un député au Landtag, Stedmann, publiera m; brochure conseillant aux pays rhénans de secouer le joug de la russe : Uèitraff :u)ii Sfaatsrrrlitr der Hor:ogthûf>irr ain Hlieine (Berlin, eimer^.
France, demeurerait-il un Rhin prussien ? Avec anxiété, Frédéric-Guillaume IV pouvait se le demander, et craindre que la guerre de la Prusse contre les âmes ne devînt un obstacle à sa propre grandeur ; et si les conceptions religieuses du nouveau roi, sur lesquelles nous aurons à revenir, ne l'avaient naturellement incliné vers la tolérance, il eût suffi de la raison d'Etat pour l'y contraindre.
La bureaucratie prussienne subsistait sans doute, incarnation d'une sorte de jacobinisme protestant ; et bientôt de sourdes luttes s'engageront entre le monarque et le fonctionnarisme ; mais Frédéric- Guillaume lY, avant que les bureaux eussent le temps de se ressaisir ^ entreprit de restaurer la paix religieuse, et il y réussit. Dunin rentra dans son diocèse ; il fut convenu que l'Etat se désintéresserait à l'avenir des raisons pour lesquelles le mariage religieux serait refusé; les consciences polonaises rentrèrent dans le calme. Quant à l'affaire de Cologne, plus épineuse, un juriste catholique se présenta pour l'arranger. 11 s'appelait Ferdinand Walter, professait le droit canon à r Université de Bonn ; les étudiants libertins le considéraient comme un « valet de prêtres'^)), mais son cours, écrit le baron de Courcel, était une « révélation » pour les catholiques, qui, mieux assurés de la justice historique de leur cause^ reprenaient conscience de leur force ^''; et, le
1. Gœrres, Gcsammellc Bricfe., 111, p. :,70, se f (■licite que le roi arrange tout sans les bureaux.