‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 128 sur 236 · Voir ci-dessus, tome I, p · texte numérisé non relu

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3. Sur Henri Luden (1780-1847), voir l'article deWegele dans lAllfjemeinc dautschc. Biographie. Son Histoire du peuple allemand, dont le premier volume parut en 182.') ft dont le douzième s'arrête au milieu du règne de l'empereur Frédéric II. fut traduite en français par Savagnier (Paris, Parent-Desbarres, 1839-1845).

4. L'Histoire des Uohnn^ianirn . ,|p Raumer (1781-1873), parut de 1820 à 18-25.

Hohenstaufen, n'avait pas caché sa respectueuse sympathie pour la tiare ; Voigt, élève de Luden, justement réputé comme historien de l'Ordre Teutonique et comme fondateur de l'histoire provinciale de la vieille Prusse, avait commencé de se faire un nom, dans la science, par une monographie très enthousiaste du pape Grégoire VIP ; Henri Léo, l'historien des cités italiennes, avait, à son tour, à l'Université de Halle, justifié la journée de Canossa, célébré la fécondité créatrice du moyen âge, placé à côté de Virgile et d'Homère les œuvres de la civilisation chrétienne, et mis en doute que l'esprit humain eût réellement eu besoin d'une «renaissance»'^; Bœhmer enfin, l'éditeur des Regestes du vieil Empire, avait de tout temps salué dans la papauté — on pourrait dire, môme, dans la théocratie — un préservatif souverain contre le «despotisme militaire», et montré pour l'Eglise romaine une déférence et une affection dont s'inspiraient tous ses jugements historiques^; et c'est ainsi qu'à la faveur des souftles

1. Pul)lié(> en 181."., la nionofînii.hie do Joaii Voi^'t (1780-180;!) a «Ho tra- Initc en français par l'altlj»"' Jiif^cr (Paris, Vatoii, I8r)4. 2 vol.).

2. Voir dans Stauim, l)^ Koru^ad Martin, Biscliof von Paderliom, p. '21- ?2 (Paderborn, Jiinfcrniann, 1892), une tri's intéi'essante aj)oiogiL' do Cabossa par Léo, dont le futur évôqiio Martin fut lauditeur à Halle; et dans ^V^a!hler, Gesammelte Scliriften und Aufsàtze, H, p. il-10, une autre citation 'le cet historien sur la fécondité du moyen hge. — Sur Henri Lco (179î(- '878), voir l'article de AVegcle dans ÏAUfjemeine deulsche IJioyraphie, et cilessus, p. 75, n. 4.

3. Janssen, Bnhmev's Leben und Briefe. I, p. 214-215. — Sur Frédéric lohnier (1795-1803), bibliothécaire à Francfort, (jui, aj)rè:5 (luelques annéeis lonnoes aux études dart et un séi'ieux contact avec les Nazaréens (cf. ciiessus, livre U, chap. 1), se tourna vers l'histoire d'Allemagne, lapublicaiou de Janssen est la source essentielle. — Dollinger disait de lui qu'il était e plus pur ])atriote et l'àme la plus alleniando (ju'il eût connue. Ses voumes successifs do Regestes des empereurs (1831-1844) et ses Fontes Berum rerinanicai'um (1843) demeurent des assises de l'érudition historiiiue allemande : Jacob Grimm comptait les Beyestes parmi les « publicati(jn8 les

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romantiques l'apologie des papes s'installait dans l'histoire \ sur le sol même où les « centuriateurs » de Magdeboiirg les avaient doctement diffamés. Jean de Millier, Luden, Raumer, Voigt, Léo, et i3œhmer lui-même, quelque répugnance qu'il eût à s'entendre qualifier de protestant, demeuraient d'ailleurs, à l'endroit de l'Eglise romaine, des hommes du dehors : ils la faisaient admirer, mais leur admiration restait debout.

Avec Frédéric Hurter^, l'admiration s'agenouille. Il était encore une autorité, et la plus haute de toutes, dans l'Eglise protestante deSchaffouse, lorsqu'il publiait cette Vie d'Innocent III ^ dont s'enthousiasmait Montalembert-^; et déjà ses négociations avec les cantons catholiques de Suisse, en vued'une lutte commune contre les radicaux^, ses

plus riches en conséquences ». — Bohnier, qui faisait ainsi de riiistoirc une œuvre patriotique, songeait, en 1844, à créer un groupement catholique i>our létude de l'histoire allemande (Janssen, op. cit., I, p. 24!)-25I et 412-422) ; il écrivait eu 1845 : « Mon point de vue catholicisant me sépare toujours davantage de Pertz. « (Janssen, op. cit., II, p. 308.) Et peut-être se fût-il fait catholique si les vieux luthériens s'étaient ralliés en bloc à l'Église. Voir, sur ses idées religieuses, Janssen, op. cit., I, p. 55, 134, 200; et Pastor. Johannes Janssen, p. 41. Gest à ce protestant que Janssen dut sa vocation d'historien catholique.

1. Dans une lettre à Diepenbrock, de l'année 1845, où il déplorait linfé riorité de la science catholique, Passavant remarquait que tous les histn riens qui, dans la i)ériode récente, s'étaient faits les apologistes des papes. étaient des protestants {Bricfe von Sailer, Diepenbrock und Passacaiit, p. 37 .

2. La source capitale à consulter est l'ouvrage de Henri Hurler, fils de Frédéric, intitulé : Friedrich von Ilurter, K.-K. Hofralh und lieiclishislu riof/rnpit. und aeine Zeil, 2 vol. (Gratz, Vereinsdruckerei, 1876).

3. Hurter, op. cit. ,1, p. 93-110; la lettre enthousiaste de Montalembn I est à la page IM. L'ouvrage fut traduit en français par Saint-Chéron (I Haiber sous le titre : Bi-stoire du pape Innocent III et de ses contemporains. 2' éd. Paris. Lagny, 1855.

4. Dès 1827, Hurter rêvait de nouer entre les cloîtres suisses une sorte d'union littéraire (Hurter, op. cit., I, p. 8!)). — Ses démarches auprès .le^ cantons catholiques pour lutter contre les radicaux datent de 1832 (Hurter, op. cit., L p. 8.5). - De 1841 à 1843, Hurter écrivit dans les Fcuillr'^ hisionco-politiques de Munich de nombreux articles sur la situation en suisse Olmter, op. cit., I, p. 3fi5). n considérait alors l'Eglise catholique

LA FliN DU ROMANTISME 229

confiants pourparlers avec la nonciature de Suisse et l'archevêque de Fribourg, au sujet de la situation lamentable de l'Eglise catholique badoiseï, son hostilité nettement déclarée contre l'oppression joséphiste qui paralysait l'Eglise autrichienne 2, faisaient passer !'« évéque » protestant de Schaffouse, en beaucoup de sphères, pour un « crytocatholique » : il dut, en mars 1841, abandonner ses fonctions 3. 11 s'en fut se convertir à Rome, en 1844 /,, et l'Autriche, en lui offrant une charge d'historiographe ■', le sauva des persécutions aux-

Gt l'Eglise protestante coinuie deux domaines distincts : vexer l'Eglise catholique connue le faisait le i-adicalisnie protestant, cela lui semblait ébranler la maison du voisin : comme protestant, il ne jugeait pas plus l'Eglise catholique une usurpation, qu'un Suisse, dont le pays s'émancipa jadis de l'Autriche, ne considère comme une usuri)ation le droit de l'Autriche en Autriche (Aniistes /Jurtar von Schaffliauscn und sof/cnannte Amt.shruder, p. Aô-47, Schaffouse, Ilurter, 1840).

1. Dès 1838, le nonce de Angelis écrivait à Hurter : « Il ne vous manque, monsieur l'archevêque, que les pleins pouvoirs d'un légat a Iniere, car tout le reste est parfaitement eu harmonie avec cette fonction. » f Hurter. op. cit., I, p. 325.) — Sur le souci de Hurter pour l'Eglise badoise, voir ci-dessous, chapitre 4, et la lettre de Hurler à Rinck, du 11 décembre 1841, dans laquelle il rêverait qu'on écrivît un livre sur les obligations durables imposées aux Etats protestants par la paix de Westphalie (Hurter, op. cil., I, p. 350).

2. Son écrit intitulé : Ausfluf/ nach Wiim und Pressbur;/ im Sommer 18.39, attaquait vivement le régime joséphiste; Metternich l'en remercia très chaudement (Hurter, op. cit., I, p. 122-124).

3. Hurter, op. cit., I, p. 135-170. — En 1843, il travaillfiit auprès du Gouvernement de Vienne et faisait une démarche à PJiris auprès de Guizot.i)our obtenir une intervention des i)uissances contre la politique de persécution religieuse des radicaux, dont allait bientôt sortir la guerre du Sonderbund (Hurter, op. cit., I, p. 2i)G et suiv.).

4. Hurter, o^j. f//.,II, p. 20-36 : Overbeck fut son parrain de confirmation. — Voir, dans Alexis de Saint-Chéron, la Vie, les Travaux et la Conversion de Frédéric Hurter, p. 114-138 (Paris. Sagnier et Bray, 1844), les pages intitulées : Exposé des motifs qui ont décidé le retour de Hurler dans le sein de VKfilise rat/iolif/ue, écrit par Hurter pour ses amis de France. La Symbolique de Mœhler, puis l'écrit d'Innocent III sur la messe, furent les deux lectures qui achevèrent sa conversion (Hurter, op. cit., I, p. 3'J2-3!j7).

5. Hurter, op. c//., Il, p- 139. — Hurter devait reconnaître l'hospitalité autrichienne en s'intéressant activement à l'établissement du protectorat autrichien sur les missions d'Orient ; voir à ce sujet, dans Hurter, op. cil., U, p. 4.58 et suiv., une série de détails fort instructifs.

quelles sa famille était désormais en batte, dans sa propre patrie, de la part de ses anciens coreligionnaires, et qui l'avaient contraint lui-même de chercher asile en un cloître i. Entre Jean de Millier, qui jugeait TEglise en étranger, avec un mélange de détachement et d'exaltation, et Frédéric Hurter, qui fait son entrée dans cette Eglise et devient le plus intransigeant gardien de la correction des dogmes et le plus assidu défenseur des intérêts religieux ; entre Wackcnroder, qui introduisait la religion dans l'esthétique, et Técole de Dusseldorf, qui crée l'imagerie catholique ; entre Novalis, qui chantait la Vierge, et les derniers romantiques, qui la prient, des routes parallèles se sont déroulées ; et sur cesdiverses routes, à un certain détour, l'histoire, la peinture, la poésie sont devenues strictement confessionnelles.

Mais en retour, par une façon de représaille latente, les nouveaux chefs de hle qui s'essaient à grouper deri'ière eux les pensées allemandes, les Gutzkow et les Heine, les Feuerbach et les Ruge, les Dahlmann et les Gervinus, sont formellement anticatholiques; etla poésie elle-même, à la grande tristesse du général de Radowitz, commence à s'insurger, sur certaines lèvres, contre les idées de surnaturel et d'éternel2. Le temps s'éloigne, rapidement, oii Saint-Marc Girardin pouvait encore

1. Sur les mnnifostalions tumultinMisos qui oureul Ii(Mi à Schaffouso dpvant sa maison, sur les jiarnphlets qu'écrivirent contre lui Schenkel H Gulzkrtw, et sur sa retraite au cloître de Rheinau, voir Hurter, op. cit., II. p. AO-52.

'.'. Radowitz, Genprâchc iibcr Staat und Kirche, p. 152 (Stuttgart, Bêcher, 1848) : tout le septième dialogue est consacré à cette question, et il est à •ire. — Cf. dans Saint-René Taillandier, la Jmne Allemagne, p. 1.^)1 et 170. l'attitude de Freiligrath qui, d'une part, rencontrant la poésie romantique

écrire : « Il y a des libéraux qui veulent le rétablissement de FEmpire romain, des protestants quisepassionnentpourlathéocratiedeGrégoire VII. Tout cela parce que la colère qu'excitait la servitude de 1803 faisait trouver glorieuses et belles toutes les époques oii l'Allemagne était libre du joug étranger... La préoccupation du moyen âge perce dans toutes les entreprises du libéralisme allemande » Le romantisme d'autrefois se définissait par des tendances esthétiques; la littérature nouvelle se définit par des tendances politiques et sociales"'. Elle s'intitule « jeune Allemande », et, sous ce drapeau, donne Tassant à la morale traditionnelle-^; ((jeune hégélienne », et, sous ce nom, fomente le radicalisme politique ; ((nationale-libérale », et, sous cette rubrique, prépare l'unification de la patrie sous les deux hégémonies, qui n'en font qu'une, de la Réforme et des Hohenzollern4. L'ironie dont Wienbarg, l'un des coryphées de la «jeune Allemagne », donne la définitions, n'est plus cette ironie romantique qui induisait un Frédéric Schlegel, dans sa première manière, à ne se prendre qu'à peine au sérieux et à se jouer de

aux bords du Rhin, dans les tours eu ruines, dans les cimetières abandonnés, pleurant un monde qui nest plus, veuve du moyen âge, la célébrait dans une belle élégie, et qui, d'autre part, sur la scène, en un intermède comique, s'amusait à persifler et à insulter le romantisme.

1. Saint-Marc Girardin, Xotices polithiucs et littéraires sur l'Allemagne, Y- 35.

2. Sur les préoccupations sociales dans l'Allemagne de 1840, voir Diesch, Gutzkoir et la Jeune Allemai/ne, p. 397-401.

3. Sur les rapports que d'ailleurs on peut trouver entré la Jeuue Allemafine et les toutes premières œuvres de Frédéric Schlegel et de quelques autres romantiques, voir ^\^e\\\(i, Novalis devant la critique, p. 31 et suiv-

4. Sur Gervinus, Dahlmann et le mouvement national-libéral, voir Dresch, op. cit., p. 328-333, et Lévy-Bruhl, l'Allemagne depuis Leibniz 11. 457 et suiv. (Paris, Hachette. 181)3).

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