‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 129 sur 236 · Voir Saint-René Taillandier, la Jeune Allemagne, p · texte numérisé non relu

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lui-même; c'est une ironie active, combative, qui prend au sérieux le duel dos idées, et qui s'y jette, et qui s'acharne sur le contradicteur. L'histoire, avec Ranke et surtout avec Sybel, devient à longue échéance l'ouvrière d'une œuvre politique : malgré le succès que firent les catholiques au livre de Ranke sur la papauté au xvi" siècle 1, son Histoire de V Allemacjne au temps de la Réforme'^, terminée en 1843, prélude avec éclat aux identifications futures entre germanisme et protesitantisme ; et les premiers écrits de Sybel, qui sont de la même époque-^, ont parfois la résonance d'un programme de lutte, — de la lutte qui s'engagera, plus tard, entre r(( ultramontanisme » et l'idée prussienne. La littérature, sous quelque forme qu'on l'envisage, devient une mêlée; et ce n'est pas seulement l'apparition d'idées nouvelles, c'est aussi le caractère nouveau do la production littéraire, qui témoigne que la période du romantisme est close et que, pour agir sur l'Allemagne, le catholicisme doit compter avec des tendances inédites.

1. Saint-Chéron, dans sa préface à la traduction de ce livre par Haiber, le vantait comme une réponse de la science allemande à la conduite de la Prusse dans lafïaire de Cologne {Histoire de la Papauté durant les XVI<^ f.i XVIl'- s-ièrles. I, p. xxi. Paris, Sagnier et Bray, 1848).

'?. La nuance exacte de la pensée de Ranke à cet égard est bien indiquée dans Antoine Guilland, l'Alleiymr/ne nouvelle et ses historiens, p. 8;{ (Paris, Alcan, 18i)!)).

3. 8ur ces premiers écrits de Sybel, voir Antoine Guilland, op. cit.. p. 157-159. « Etre nltramontain et patriote allemand, écrit Sybel en 18'i7, sont deux choses qui s'excluent :^on ne peut servir deux maîtres à la fois. le pape et le roi : entre les deux il faut choisir. »

La fortune, cependant, réservait au romantisme un dernier sourire : au moment où déclinait l'influence de cette école, deux de ses pupilles étaient installés sur les deux premiers trônes de l'Allemagne. Louis P' de Bavière nous est déjà connu, et nous avons vu quel appui donnait au catholicisme, en môme temps qu'à l'art allemand, ce prince dont Chateaubriand disait : « En portant une couronne, il semble savoir ce qu'il a sur la tête, et comprendre qu'on ne cloue pas letemps au passée » L'autre tête romantique, sur laquelle une couronne s'était posée, était celle de Frédéric-Guillaume IV, le nouveau roi de Prusse.

On a prétendu, parfois, qu'en secret il était catholique : les initiatives qu'il déploya, d'accord avec son ami Bunsen, pour répandre et glorifier le protestantisme, militent contre un tel soupçon o. Mais ce qui est vrai, c'est que Bossuet, Fénelon, Sailer, comptaient parmi ses lectures favorites, et que son antipathie à l'endroit de toute innovation religieuse l'inclinait à quelque estime pour cet

1. Lettre de Chateaubriand à M"" Rpcamier, 17 mars 18'2!l (dans les Mémoires d'outre -tombe, édit. Biré, V, p. iG7 (Paris, Garnier).

2. Voir Bacheni, Preussen tant die Katholische Kirrhe, ."»'■ éd., p. (Iti-GT (Cologne, Bachem. 1887). — Il est à croire qu'il avait subi linfluencf de son précepteur Delbrûck, qui expliquait à Riuf^seis, en I81'(, (iu<' li' protestantisme, à Berlin, avait besoin du catholicisme pour demeurer positif et croyant (Ringseis, Eriiinerum/en, I, p. 191). Radowitz affirn:e que Frédéric-Guillaume IV, rendu très soucieux par la disbtcation du protestantisme, aurait volontiers reconnu la primatie du i)ape sous certaines conditions, et que son attitude était en quelque mesure celle du " puseyisme ». (Hassel, Josoph-Afaria ron lindotritz, I, p. 76.)

23i LUTTES ET VICTOIUES

atavisme dogmatique dont il trouvait dans l'Eglise romaine une immuable expression ^ Au fond, les sentiments de Frédéric-Guillaume IV à Tégard du catholicisme, tout comme sa prédilection pour un rêve de monarchie féodale, sont d'un romantiques. C'est vraiment son romantisme qui trouve attrait aux poésies catholiques de Joseph d'Eichendorff"^, et qui, triomphant des traditions protestantes de la maison de IIohenzollern4, convoque à Berlin, pour des œuvres de peinture religieuse, les catholiques Cornélius, Veitet Steinle-' ; c'est son romantisme qui, dès 1810, l'amenait, tout jeune encore, à passer trois nuits blanches sur des croquis de la gothique cathédrale de Cologne'', et qui s'en allait solennellement, en 1822, sous les voûtes gothiques de Marienburg, réveiller les ombres délaissées des chevaliers teutoniques et porter un toast a la restauration du vieil édifice national"; et son

1. Splfjstbiof/raphie des Grafcn Leopold Svdlnitzky von Choltitz, p. IKi- 117 : « 11 était, dit l'évêque Sedlnitziiv, ennemi de cette néolo<jie qui, dans les deux Eglises, se faisait sentir. »

2. Cf., dans Saint-René Taillandier, Etudes sur la révolution on Allcrii(t(/ne, I, p. 407-429, l'analyse du pamphlet de Strauss : Un rom antique siir le trône des Césars.

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