‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 144 sur 236 · De la Prusse et de sa dominalioit, p · texte numérisé non relu

De la Prusse et de sa dominalioit, p

LtTTES DANS l'éGLISÈ 2bÔ

On ne pouvait mieux définir, dès 1842, les changements qui déjà s'annonçaient. A des rapports nouveaux, des organes nouveaux devaient correspondre.

Hier une bureaucratie, protestante en majorité, faisait passer ses ordres aux évêques ; désormais allait exister, au ministère berlinois des Cultes, une section catholique [Katholhche Abteilung), composée de catholiques, et chargée de s'occuper des affaires de l'Eglise romaine. Dès le 11 janvier 1841, Frédéric-Guillaume IV créa cette institution- : elle devait, jusqu'au Culturkampf^ assurer à la Prusse trente années de paix religieuse. Schmedding, dont nous avons vu le rôle équivoque dans l'affaire des mariages mixtes, fut l'un les conseillers de la section catholique ; mais ilorsqu'en 1846 il fut enlevé par la mort, et que le ohef de la section, Duesberg, fut nommé dans ''administration des finances, c'est à un catholique d'élite, Aulike, que passa la direction du bureau. <3n sait ce que sont les cartons d'un ministère, et ''.omment un bureaucrate, selon ses propres disporitions, peut emprisonner et étouffer dans leurs ircanes les germes de conflits, ou bien au coniraire les mûrir, et multiplier sans cesse des chi-

anes nouvelles : même aux heures difficiles, l'inluence d'Aulike devait toujours maintenir, sur

horizon des catholiques de Prusse, quelques

1. Sur \^ KathoUsche Abtellung et le rôle quelle a joué, en Prusse, ms les rapports entre l'Eglise et l'Etat, voir Pfulf, Hermann v. Mallhi' •rodt, 2« édit., p. loU-lGl (Fribourg, Herder, l'JOl) ; — Spectator, JJeilui/e ir AlUjemi'Ani'n Zcitunij, 1<"- août 1895; Stieve, lieilage zur Allyemeinen eitun(j, 12 août 1895; — et Pfïilf, Jofieph Linhoff, der letzte Velernn der athoùschen Ahteilwm, p. I et ô7-:.8 (Fribourg, Herder, 1901).

traînées d'arc-en-ciel. On le verra, dans la suite, travailler a faire nommer, comme conseillers de la section, d'anciens parlementaires catholiques : il fera donner un poste à Linholf, mais les susceptibilités ministérielles refuseront toujours d'adjoindre a Aulike, comme collaborateur, le célèbre Mallinckrodt, qui deviendra l'une des gloires du Centre.

En face de cet organe de pacification que Frédéric-Guillaume IV préposait aux choses d'Eglise, l'Eglise à son tour commençait à s'organiser paciliquement. Avec ses évoques, dont les uns apparaissaient aux fidèles comme des esclaves, et dont les autres apparaissaient à l'Etat comme des rebelles, l'Eglise, la veille encore, présentait l'aspect ingrat d'une société désordonnée ; Geissel entreprit de l'unilier. Avant de gi'ouper à Wurzbourg, en 1848, Tépiscopat allemand, Geissel eut souci de grouper l'épiscopat rhénan, et il y réussit. L'usage canonique, qui déférait au métropolitain le soin de consacrer ses sufTragants, était tombé en désuétude^ : le nouveau prélat de Cologne le restaura, en présidant lui-môme à l'installation du nouvel évêque de Trêves, Arnold i. Les deux évoques prirent l'habitude, dans les circonstances graves, d'écrire collectivement au gouvernement prussien ; et lorsque, entre eux et les autres su (Fiagants, des liens étroits se furent tressés, la province ecclésiastique de Cologne devint une sorte de personnalité ofticielle, faisant auprès du roi des démarches officielles.

1. Pfiilf, Cardinal von Geisucl, I. p. 'iOI : Drepper avait été précoiu consacré, Installé à Paderboni, sans cfùe Geissel fût au courant.

De l'autre côté du royaume, Diepenbrock \ prince-éveque de Breslau à partir de 1845, était l'ami personnel du roi Frédéric-Guillaume IV. 11 était bon qu'au lendemain des suspicions, d'ailleurs injustes, dont le patriotisme de Droste- Vischering avait été l'objet, l'un des grands sièges de l'Eglise prussienne lïit occupé par un ancien soldat, patriote exalté, qui, dans un sonnet presque belliqueux, glorifiait le Rhin allemand et la langue allemande-. C'est à contre-cœur, après de vives et violentes résistances, que Melchior de Diepenbrock s'était laissé nommer évêque^' : il aimait l'inlluence directe sur les âmes^, les joies pénétrantes de l'action sacerdotale, et puis les loisirs érudits qui lui permettaient de traduire quelque drame espagnol ou quelque roman flamand. L'administration d'un diocèse ne l'attirait point"': lorsqu'elle lui fut imposée par le Pape et par le roi, il s'en acquitta par devoir. Frédéric- Guillaume IV et Radowitz goûtaient cet accent de tendresse chrétienne, de charité évangélique, qui révélait en Diepenbrock le disciple de Févêque Sailer, cet esprit de tolérance qui déplorait l'âpreté des divisions entre chrétiens et des divisions entre Allemands, et cette largeur de vues, enfin, qui conduisait Diepenbrock à échanger avec le médecin francfortois Passavant des correspon-

1. Sur la vocatiun de Melchior de Diopriibrock, voir ci-dessus, livre U, chapitre ii.

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