‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 151 sur 236 · II · texte numérisé non relu

II

qu'à raisonner sur les vérités objectives de la foi. Rien de commun entre la morale telle qu'il l'enseignait et l'éthique rationaliste oii se complaisait l'âge précédent : Hirscher détestait la vertu qui ne procède pas de la foi; elle risquait fort, à ses yeux, de n'être que de Tamour-propre. Les catholiques, avant lui, s'édifiaient tant bien que mal dans les livres de méditations du nouvelliste suisse Zschokke, sorte de profession de foi du Vicaire savoyard délayée dans un pieux langage; quant aux prêtres, c'est souvent en lisant des prédications protestantes qu'ils tenaient leur àme on haleine : les écrits d'Hirscher marquèrent un renouveau dans la littérature pieuse i. D'aucuns ont pu dire qu'il fut un médiocre théologien : de fait, il ignorait la scolastique, et traîna toujours derrière lui l'importun souvenir d'une brochure de jeunesse sur le sacrifice eucharistique, que l'Index avaitfrappée^. Onlui reprochait, aussi, un cer-

1. Hirscher, Traité sur les homélies et les catéchismes, traduction Belet, \^. 10-18 (Besançon, Jacques, 1859). On a traduit en français, aussi, son exposition de la doctrine catholique sur les induhjences et de leur sens pratique (Paris, Glœser, 1805). — Les Stunden der Àndacht, de Zschokke, ainsi que les livres pieux de Brunner et d'Eckartshausen, étaient tout imprégnés de l'esprit de YAufkldrwu/ (Briick, l, p. /i4.V446). Hurter, au temps où il n'était encore que pasteur, composait des vers sarcastiques ' sur les services rendus à Satan par lœuvre de Zschokke (Hurter, Hurter' und seine Zeit, L p. 41-4'2). On peut avoir une idée de ces livres en lisantj les Méditations sur la vie et ses devoirs reliijieux et les Méditations sur Ici;, mort et Véternité, publiées avec la permission de S. M. la reine Victoria, et traduites en français par Gh. Bernard Derosne (Paris, Denlu, 18G3) : c sont des extraits de Zschokke, spécialement goûtés par le prince Albert.

± Sur cette question de la non-rétractation par Hirscher de son livre' Dcijenuina Missx notione,\oh' sa lettre à Hurter, du .5 janvier 1845 (Hurter, Ilurtcr und seine Zeit, II, p. 70-71). Hirscher explique qu'il crovait ce livre oublié, et que d'ailleurs, dans ses écrits ultérieurs, il avait s-mtenu sur la messe des théories très correctes. Il écrivit à Rome qu il admettait la doctrine de Trente sur la messe; mais Hurter et Riiu k jugèrent la rétractation insuffisante (Hurter, op. cit., TI, p. 73).

LLTTES DANS l'ÉGLISE 275

tain esprit de conciliation à Tendroit du Gouvernement ; et lui-même ne démentait pas qu'il préférât à une politique de menaces un pacifique recours à l'espritde justice et de bienveillance del'Etat^ 11 n'est pas rare, dans les conflits humains, que le tempérament même des hommes leur soit imputé à péché : hardis, on les accuse d'être fous; prudents, d'être lâches. Le converti Hurter, son ami le baron de Rinck, desservirent Hirscher auprès de la nonciature de Suisse^ : sa prudence leur déplaisait. Qu'à cela ne tienne, ripostait une voix : (( Ceux qui méprisent et tracassent Hirscher sont des formalistes inintelligents et d'aveugles fanatiques 3. » C'est Diepenbrock lui-même qui parlait ainsi, deux ans avant d'occuper le siège de Breslau. Il trouvait à Hirscher — et c'était sous la plume de Diepenbrock le plus chaud des éloges — beaucoup d'affinités avec l'évoque Sailer. Sailer suspecté avait attendu la mitre jusqu'à l'extrême vieillesse ; Hirscher suspecté renonça de lui-même aux coadjutoreries deFribourgou de Rottenburg'*,

1. Même lettre à Hurter (Huvter, Hurle?' imd seine Zeit, H, p. 70-71).

■1. Hurter, dès le 2 avril 1842, s'inquiétait de la nomination possible de Hirscher en remplacement de Demeter à l'archevêché de Fribourg (Hurter, op. cit.. I, p. 337-338). Puis on parla d'une coadjutorerie : « Si rarchevèquc, écrivait Rinck à Hurter le 11 novembre 1844, était assez faible pour se faire imposer un coadjuteur par Carlsruhe, il serait pour longtemps le dernier archevêque élu par un chapitre; Hirscher, une fois archevêque, souhaiterait Beck comme coadjuteur, jusqu'à ce que le catholicisme badois fût congrùment purifié, et que les prêtres pussent se marier. » Et une autre fois, le 1" mars 184.J: << Si on acceptait Hirscher comme évêque. ce serait un schisme plus dangereux que celui de Ronge. » (Hurter, op. cit. ,11, p. ()ô-06 et 74.) A la même époque, \aSchiccizeri.iche Kirchcnzeitunti attaquait Hirscher (Friedrich, Geschichte des Vutiknnisckcn Konzils, I, p. 21G).

Page 1