‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 155 sur 236 · WeiB!!. op. rit., p · texte numérisé non relu

WeiB!!. op. rit., p

des savants catholiques de rAIlcmagnei. Les courtes années, qui parurent longues aux peuples, durant lesquelles le despotisme des bureaucraties acheva de se rendre insupportable, durent paraître longues, aussi, à Benjamin Herder : il lui fallait, pour gagner à son entreprise les savants autrichiens, négocier avec la censure viennoise, duègne subtile et stupide, sans Tagrément de laquelle aucun sujet de Sa Majesté Apostolique ne pouvait expédier à Fribourg une ligne de manuscrit'^. Herder fit comme les peuples : il patienta jusqu'en 1848, avec la certitude confiante que l'Allemagne catholique ferait tôt ou tard figure littéraire, sous son entreprenant parrainage.

Ainsi fermentaient, dans la petite ville de Fribourg, les germes d'une littérature catholiques : Buss, qui la voulait féconde, réclamait, avec son exubérante ambition, que l'université de cette ville devînt exclusivement catholique ; alors se multiplieraient, à proximité d'Herdcr, les plumes de bonne volonté. Mais à quoi bon des écrivains et des protes, si les lecteurs chôment? C'est ce que comprenait, en un autre coin de la vallée rhénane,

1. Sur la pr('i)arali(»n du Kirchenle.rikon, ]cs premièros conversations de Herder avec Allioli dès 18'j(), ses pourparlers avec les jJFofesseurs de Tubingue et le concours que lui prête llefele, sur son entente avec Wetzer, un orientaliste laïque, professeur à Fribourj;, et le jirètre Welte, professeur à Tubingue, sur la difficulté ([uily avait à concerter le travail de CCS deux auteurs, qui semblaient ^< jouer à colin-maillard », voir d'attrayants détails dans Weiss, op. cit., p. 15-34.- Une édition nouvelle du Kirchenlexikon, en 12 volumes et un volume de Tables, a été achevée en 1903, sous les directions successives du cardinal Hergenrœthcr et du professeur Kaulcn.

2. Weiss, op. cit., ji. 22-23 et 77-78, donne de curieux détails sur tous les ennuis que procura la censure autrichienne à Benjamin Herder.

3. Dès avant 1830, le bouillant Clément Brcntano avait traité avec un éditeur pour la publ-ication dune bibliothèque de littérature catholi(iue : l'entreprise avait échoué (Diel-Krciten, Clcmens Ihrntano, H, p. 410).

[TBftÂftY ST. MARÏ'S COLLECr

284 LUTtES Et VÎCTOItlEâ

Auguste Reichensperger. Avec son ami Thimus, le baron de Loe, le canoniste Walter, le théologien Dieringer, il entreprit, dès 1844, d'organiser en une Association de Saint-Charles Borroniée les amateurs de livres catholiques^. Par ses envois de volumes, par les publications dont elle prenait rinitiative-, par les bibliothèques qu'elle aidait à fonder, par les catalogues qu'elle expédiait, cette association se faisait comme l'institutrice de l'opinion catholique, en même temps qu'elle l'encadrait; elle connaissait ses membres, les cataloguait dans ses bureaux de Bonn, avait prise sur eux, et, avec eux, formait un « public ».

Peu d'années devaient suffire pour qu'à l'abri de cette association, garante d'une clientèle docile et zélée, se pût développer, avecquelque sécurité pécuniaire, le journalisme catholique rhénan. De leurs dernières gouttes d'encre, les bureaucraties pouvaient pro h iber la naissance d 'une presse catholique : enHesse, en 1846, la permission de fonder un journal était refusée au chanoine Lennig^. Mais l'opinion catholique s'apprêtait à ne point être prise

1. Siir la fondation du liorrom^m Vcrein, voir l'opuscule jubilaire intitulé: Die Grimdunq und ThotifjkfU des Veirins vom hril. Korl JforruimeiiH (Cologne, Bachem, 1895), et le récit de Pastor, Aui/ust lieichen- .spen/er, U, p. 291-2!);}. Dès le 80 décembre 1843, Reichenj-perger en expliquait le i)rojet dans une lettre à Steinle {Edward ron Sleinlc's liriefweclisel, II, p. 265).

2. Auf,Miste Reichensperger fora inipriiner aux frais du liorroma'us \n;-in, par exemple, le second volume de la traduction de Calderon par Kichendorff (Pastor, op. cit., II, p. 305).

3. Brûck, Adnin Franz Lennir/, p. 103. — A la même date. Hurler était pressenti |)our la fondation de journaux catholiques en Bade et en Silésie (Hurter, Burterund seine Zeit, II, p. 15« et 1.59). « Même dans lintérèl du Journal, du Rhin et de la Moselle, écrit Reichensi)erger à Thimus en 1847, Il est nécessaire de dévelopj)er le liorroma'us Wem; car il est besoin d un levier durable pour intéresser au journal la masse inerte » (Pastor, op. cit., I, p. 228j; cl ce fut à la réunion du Borromxus Verein t\\\

LUTTES DANS l'ÉGLISE 28^

au dépourvu par les prochaines libertés; et Ton eût pu, d'avance, commencer de dresser les listes d'abonnement aux journaux catholiques, avant que ces journaux n'eussent reçu licence de paraître.

En une active veillée, prêtres et laïques se préparaient pour les mœurs politiques du lendemain. Mais au môme moment, sous la double impulsion de la logique et de l'esprit d'aventure, certains ministres de l'Eglise rêvaient de faire circuler à travers la vie intérieure de la société religieuse les souffles nouveaux qui bouleversaient la société civile. Puisque les Parlements s'occupaient à l'avenir de la situation légale de l'Eglise, pourquoi me les ferait-on pas juges de certains projets de réforme ecclésiastique? Et puisque, dans l'Etat prochain, le corps social allait prendre une voix, ipuisque, c'était en bas, et non plus en haut, que se prépareraient les décisions d'où résulteraient les lois, et puisque enfin la discussion ouverte et publique devenait la règle du monde, pourquoi l'Eglise, elle aussi, n'accorderait-elle pas aux simples prêtres, même aux fidèles, une part de g-ouvernement? En 1840, Diepenbrock recevait de

11 avril 18'i8 que fut décidée, sur la proposition de Reichensperger, la U'éation du journal die Jtheinische Volks/ialle (Pastor, op. cit., I, p. 281). - Dès 1847, d'ailleurs, certains journaux paraissaient, comme le Capisran, publié par Buss, à la grande joie de Reichensperger {Edward von •îteinle's Briewechsel-, II, p. 296).

son ami, le médecin Passavant, une lettre renfermant un vaste plan de reconstitution de l'Eglise : dans la société religieuse nouvelle, telle que Passavant l'édifiait, les prêtres seraient moins séparés des laïques, les évéques seraient choisis par la communauté, la papauté se « spiritualiserait » davantage^ ; et le futur prince-évêque de Breslau ne dissimulait pas son attrait pour l'étude de ce programme, dont il espérait que l'Union des Eglises pourrait sortir-. Mais, à l'écart de ces imaginations généreuses, les idées de réformes étaient surtout confisquées par un certain nombre d'ecclésiastiques mécontents ou dissolus, qui depuis un quart de siècle, par leurs écrits, leur propagande, leurs réunions, réclamaient l'abrogation du célibat sacerdotal et l'établissement d'une liturgie allemande.

La campagne contre le célibat s'était dessinée en Silésie et en Bade, avant 1830. En Silésie, Antoine Theiner, — de concert avec son frère Augustin, le futur Oratorien^, — avait, en 1828, publié unlivre en faveur du mariage des prêtres : l'Etat prussien, même après ce livre, l'avait jugé digne de rester, dans la faculté de théologie de Breslau,

Page 1