Kampe, op. cit.. U, p
LUTTES DANS l'ÉGLISE 303
Christ par considération pour le roi de Prusse ^ En revanche, les dissidents de l'évangélisme, Rupp à Kœnigsberg, Wislicenus à Halle, Uhlich à Magdebourg, estimaient encore trop long le Credo de Ronge, trop restreinte l'autonomie des communautés ^ : le panthéisme moniste réclamait l'accès de l'Eglise nouvelle, au nom de l'émancipation des âmes 3. Il en était de cette société religieuse comme des partis politiques avancés ; des surenchères d'audace y rivalisaient à l'envi.
D'ailleurs, à mesure que s'accentuait le mouvement, l'on en voyait surtout la portée politique. (( Le catholicisme allemand, écrivaient au Parlement saxon certains pétitionnaires, est une création religieuse populaire, dont le but est une Eglise nationale allemande chrétienne, miroir fie l'espérance politique allemande, but des anciens princes allemands, source de force pour les princes et peuples allemands vis-à-vis de l'étranger. L'Allemagne, à cet égard, peut prendre exemple auprès de l'Angleterre et de la Russie. Qu'est-ce que le
1. « Des raisons gouvernementales ne décideront pas notre foi », disait, le '23 mars 1845, le i)résident du Concile de Leipzig à un juriste de Berlin qui conseillait, par égard pour les gouvernements, d'accepter le Credo de Schueidemiihl (Ivami)e, op. cit., L P- 192). — Sur le i)lan de Rumberg, voir Kanipe, op. cit., 11, p. UB.
.2. Aussi les sept communautés libres formées par ces dissidents se constituèrent-elles à Nordhausen, en septembre 1847, en un Verciii Froier Gemeinden; bien que Ronge eût volontiers adopté pour sa secte le nom de Allf/emein-cliristlicli, les catholiques allemands du Sud et de lOuest
' tenaient au mot Katholisch : nouvel obstacle à la fusion complète entre Ronge et les « amis de la lumière » (Kampe, op. cit., IH, p. 184-202).
lEn 1850, les tentatives d'union entre les Deutftchkat/iolikt-n et les freic Protestante échoueront pour des motifs de forme (Kauij)e. op. cit.. IV,
.'1 Sur les polémiques philosophiques entre Bayrhoffer, de Marbourg, Nées von Esenbeck, de Breslau, et Hieronymi, de Darmstadt, et sur la pénétration de la philosophie moniste dans la secte de Ronge, voir Kampe, op. cit., III, p. 5-13.
Zollverein^ à côté de ce que sera l'union morale et religieuse des Allemands ^ ? » Replaçons ces lignes en leur temps : le parti humanitaire, médiocrement patriotique, qui s'était appelé la « Jeune Allemagne », achevait de disparaître de la scène; le « nationalisme libéral », avec sa haine systématique contre le catholicisme et son besoin passionné d'unifier la nation allemande, commençait d'épanouir ses ambitions grandioses. Une confession nouvelle se présentait, remarquable surtout par l'élasticité de ses croyances et par sa complaisance à l'endroit de toutes les négations : c'était la secte « catholique allemande ». Le rôle que jouait, dans le domaine politique, l'idée nationalelibérale, elle le pouvait jouer, elle, dans le domaine religieux, et c'est ce que pressentaient peutêtre ces nombreux Berlinois qui, au témoignage de Varnhagen, s'intéressaient plus au mouvement de Ronge qu'à la constitution^. L'Allemagne est un pays 011, lorsqu'on nie Dieu, on a besoin de se réunir pour le nier en commun et de chanter ensemble un cantique pour lui crier qu'on le nie : l'Eglise (( catholique allemande » ménagerait à l'irréligioi] un cadre religieux, et deviendrait, en même temps un facteur de runiiication allemande. L'historier Gervinus, dans une brochure sur la Mission des « catholigues allemands », prônait la nouvelle Eglise ai nom même du patriotisme. Avec une sorte de ma térialisme historique qui fait pressentir Karl Marx il parlait de la religion comme du produit d'ui