Perthes, op. cit., III, p
3. Témoin deux lettres très curieuses que Perthes écrivait à Boisserée, le 30 mars 1842 et le 2 janvier 1843 : « Le dôme de Cologne, disait-il, l)ierre d'angle contre laquelle se sont hrisées bien des têtes orgueilleuses, est aujourd'hui devenu le symbole de l'unification, sans laquelle toudésir d'entente n'est qu'une inutile œuvre de l'esprit mondain, — de l'unification dans l'église du Christ » ; et Perthes expliquait qu'avec Sailer, Mœhler, Oiinther, Staudenmaier, l'augustinisme restauré commençait à résoudre les antinomies entre les deux confessions; puis, une autre fois, il disait : « La croix d'une seule Eglise du Christ sur le dôme de Cologne sera le signe de la victoire. » {Sulpiz noi.sserée, I, p. 809-810 et 823.)
4. Pfûlf, Stimmen ans Maria Laacli, 1904, I, p. 166. — Cf. une lettre de 1821, où Savigny rêve d'un pape paraissant avec l'enthousiasme d'un prophète de l'ancienne Alliance, prêchant le repentir et la conversion, di'daignaat les grands et les riches du monde : chacun planterait sa hutte sur ce nouveau rocher (Pfulf, loc. cit., 1904, I, p. 315).
Fune à l'autre^; c'était, à Francfort, le publiciste Garov6 2; ot c'était, à Francfort encore, le correspondant de Diepenbrock, Jean-Charles Passavant, qui trouvait dans Tétude du magnétisme vital des arguments inattendus en faveur des sacrements catholiques, qui songea toute sa vie à réformer l'Eglise, et qui mourut sans y être entré ^.
Les incidents de Cologne survinrent ; ils provoquèrent, non seulement une revendication de la liberté de l'Eglise, mais une tactique de représailles contre rinfiltration presque officielle du protestantisme prussien dans les pays rhénans. « Dès maintenant, écrivait Jean Laurent, le futur évêque de Luxembourg, une séparation tranchée existe, très favorable à la cause catholique, sur les ruines de ce micmac que la violence prussienne voulait imposer : voilà l'œuvre révolutionnaire de Clément- Auguste 4. » « Serait-il vrai,
1. Kreiten, Sdmmen aus Maria Laach, XV, p. 309. — Comparer l'hostilité de Brentano contre Carové (Brentano, Gesammelte Briefe, U, p. 195).
'.'. Sur Frédéric-Guillaume Carové (1789-1852), voir Schulte, Geschichte (1er (Jucllcn uml Literutur des canonischen licclUs, IH, i, p. 342. Tout catholique (juil fût, il avait voulu conduire son ami le jurisconsulte Walter, catholique aussi, à la fête de la Wartburg (Walter, Aus meinem Leben, p. 122).
3. Jean-Charles Passavant (1790-1857), même après les Incidents de Cologne et l'acuité nouvelle des luttes confessionnelles, persistera — ses lettres à Diepenbiucken font foi — à espérer que l'action dun ordre comme l'ancien Oratoire, qui réformerait le catholicisme, ou des concessions faites par Rome au sujet de l'élection des évoques, pourraient amener une conciliatinn entre les confessions chrétiennes {llriefe von Sailer, Diepenbrock un d Passavant, p. 36 et 136): il distinguait, dans les Eglises protestantes, les rationalistes, les vieux orthodoxes, et ceux qu'il appelait les Universalchrislen, et jugeait ceux-ci susceptibles de venir bientôt à l'Eglise (op. cit., p. .35): il distinguait, dans la Réforme, l'œuvre de réformation et l'œuvre de négation, et espérait que la Réforme se révélerait comme une felix cul/m, d'où résulterait un plus haut développement et un i)arachèvement de l'Eglise {op. cit., p. 150-152).
'). Karl Mœller, o/>. cit.. I, p. 326. — ^ l'instigation de l'évèque Lan--
reprenait le libraire Perthes, que la plaie qui a séparé la nation allemande en deux parties ennemies saigne encore comme il y a deux cents ans, et que le combat d'aujourd'hui n'est que le signe extrême d'une séparation profonde, intime i?» Précisément, en Hesse, le professeur Rift'el, de la faculté de théologie catholique de Giessen, publiait un livre sur la Réforme, qui allait souligner cette (( séparation profonde, intime » : au lendemain de ce livre, l'Etat hessois le congédiait -, et tout de suite, par représailles, le clergé de Mayence et les étudiants de Giessen dénonçaient à l'évêque l'atmosphère protestante de cette université ^. Diepenbrock pouvait déplorer que « la lutte de partis poussât tout à l'extrême ^ » ;
rent et de son frère, sétait fondée à Aix-la-Chapelle, au moment de l'affaire de Cologne, la « fraternité Clément-Auguste » {Clemens Schvesterschaft), fraternité de jeunes filles, qui s'engageaient à ne pas épouser v'e protestants et à éviter tout contact avec les protestants (Karl Miller, op. cit.,I, p. 311). — Il convient de noter, aussi, que le rôle jou par le Saint-Siège dans l'affaire de Cologne et l'action qu'il avait exercée pour l'émancipation de l'Eglise d'Allemagne contribuaient à développer, parmi les catholiques allemands, les idées infaillibilistes, et c'est encore le futur évoque Laurent qui écrivait dès 1837 : « Les scandales systématiques en Allemagne sont la meilleure preuve de l'indispensable nécessité d'un juge infaillible de la foi; s'il était reconnu, la paix régnerait depuis longtemps. » (Karl Mœller, op. ci/.. 1, p. 29!).) \. Perthes, op. cit., in, p. 480.
2. Sur Kaspar Riffel (1807-1856), voir Schulte, Geschichle der Qucllen und Lileratiir des canonischen Rechls, III, i, p. 395, qui donne, au sujet des motifs de retraite de Riffel, une version différente de celle qu'admit à cette date l'opinion catholique allemande. — Au Congrès catholique de Ratisbonne, de 1849, RitTel sera l'objet d'une ovation enthousiaste, en souvenir de cette disgrâce {Vt'r/iand/uiu/en der dritlen General-Versammhniy des KathoUschea Vereities Deutschlands am 2, 3, 4 und r> oc/ober 1849 zu liei/enshui'f/, Amtlicher lierichl, p. li) (Ratisbonne, Pustet, 1849).
3. Briick, Adam Frnnz Lennig, p. 77-82, donne tous les détails et documents sur l'incident. C'est à peu près à la même date qu'ont lieu, en Bavière, les prédications d'Eberhard, dont l'évêque de Ratisbonne juge le ton trop agressif, et (jui provoquent des incidents pénibles rapportés par Friedrich, GescJiic/ile des Vaiikanischen Konzils, I. p. 204-206.
4. Lettre à Passavant, du 26 janvier 1842 {lirirfe von Suiler, Diepen-. ■brocf: und Paisauant, \). 30),
Radowitz pouvait souhaiter que les deux confessions, mettant un terme à leur « guerre de guérillas », se liguassent contre le radicalisme ^ : la « plaie » dont parlait Pertlies avait recommencé de saigner, et pour longtemps.
Les fêtes de Cologne, les fêles de Trêves, les courtoisies du roi de Prusse à l'endroit du calholicisme, la pénétration des catholiques dans les diètes provinciales, l'orientation catholique de la politique bavaroise, l'activité des Jésuites en Suisse-, inquiétaient les protestants, u On se demande, écrit Varnhagen en son journal en 1844, si la reine de Prusse^ serait encore secrètement catholique, et si le roi va le devenir. Les empiétements du clergé inquiètent; cela finira par un
1. Voir Radowitz, Gcsprdche aus der Geyenwart ùher Slaat tiud Kirche, p. 228--2a8 : AValdheim, un des interlocuteurs, sur les lèvres de qui Radowitz place ce souhait, reconnaît d'ailleurs (p. 233) qu'il y a eu un événement (ratfaire de Cologne évidemment), qui recule singulièrement lentente. Arneburg, un autre interlocuteur, se complaît à énumérer (p. 240) les ]»rotestants qui ont rendu justice à l'Eglise. — Cf. les Mémoires de Radowitz, récemment publiés par Hassel, Joseph Maria von Jtadoirilz, I, j). l-13i); Radowitz explique que depuis vingt ans, en Prusse, une entente entre les confessions se préparait contre l'incroyance ; il regrette qu'un « faux esprit prussien », le « manque de mesure » de (iœrres, et la faute qu'ont commise les protestants croyants en se mettant « du côté de l'incroyance, du côté de l'omnipotence de l'Etat terrestre », aient compromis l'avenir (Hassel, op. cit., I, p. 57-59).
2. Friedrich, Geschichle des Vatikanischen Konzils, 1, p. 219. — Cf. iiriefe von Sailer, /Jiepenhrock tind PassavanL p. 35-30, les plaintes de Passavant, eu 1845, sur « l'école de Munich, et ses feuilles politiques, sur la grande puissance des Jésuites, les événements de Suisse, les divisions et les excitations auxquelles ont donné lieu les mariages mixtes, sur la façon dont a été conduit le pèlerinage de Trêves, toutes choses qui ont choqué beaucoup de protestants et leur ont inspiré <> une plus grande répugnance, non contre les dogmes formels de l'Eglise catholique, mais contre la hiérarchie ».
3. La reine de Prusse était sœur de Louis de Bavière ; elle s'était faite protestante en épousant Frédéric-Guillaume IV. Dès qu'il avait été question de ce mariage, en 18-.'3, Dietz, dans une lettre à Gœrres, écrivait que cette union i)ourrait exercer une heureuse influence sur la situation de l'Eglise catholique en Prusse (Goerres, Gesammelte Iiriefe, UI, p. 99).
LUTTES DANS L ÉGLlSi: 315
halte-là, qui lui sera signifié parle Gouvernement ou par un mouvement populaire ^ » A la m^'uie date, les lettres du coadjuteur Geissel déplorent les formes nouvelles de l'otfcnsive protestante, en particulier la publication d'un catéchisme de controverse élaboré par le synode de Duisburg, et les entraves imposées par la bureaucratie aux apologistes calholiques qui voulaient y publier des ripostes. « Le rétablissement de la paix sur la base de l'égalité des droits entre les deux confessions, et le souci d'un roi protestant pour une cathédrale toujours catholique, écrit Geissel, semblent avoir irrité les protestants rigides^. » Diepenbrock à son tour, Diepenbrock lui-même, assistant à la faillite de ses rêves de concorde, était contraint d'écrire à Passavant, en 1840 : « Je n'ai connu jusqu'ici que le fanatisme catholique, et je m'en suis inquiété et chagriné; je connais maintenant le fanatisme du protestantisme et des sectes -^ » L'Association de Gustave- Adolp lie s'était fondée en 1843, pour soutenir en terre catholique les petites chrétientés protestantes, et le roi de Prusse en avait accepté le protectorat. En vain son ministre Eichhorn s'efforçait-il de remon-
1. Varnhagen, TaQebûcher, II, p. 402 et 409. — Cf., dans Saint-René Taillandier, la Jeune Al/emnf/ne, p. 201-202, l'analyse de la comédie aristophanesque du jeune-hégélien Prutz : les Couches polit iques: on y voit la Germaniii se casser le nez sur un crucifix, s'arracher les morceaux de la bouche pour doter des couvents et bâtir des cathédrales.
2. Pfiilf, Cardinal von Geissel, L p. 30!)-3IO. - Cf., sur l'inquiétude pidvoquée par l'action des catholiques dans les diètes, une autre lettre de Geissel, dans Pfiilf, op. cil., I, p. 138-13!).
3. Briefe von Sailei', Diepenbrock und Passavant, p. 41. — Cf., dans Fnrster, Melchinr von Diepenbrock, p. 100-110 et 132-134, et Reinkens, Melchior von Diepenbrock, p. 329-332, les détails sur les insultes des « catholiques-allemands » contre Diepenbrock à Breslau.
trer aux évoques que la prépondérance royale écarterait de ce nouveau groupement les influences rationalistes : les susceptibilitéscatholiques demeuraient en éveiP. Gœrres bondissait; il protestait comme historien, il protestait comme patriote, contre le parrainage du héros suédois ^, et l'on eût dit qu'à coups de plume la guerre de Trente Ans allait recommencer. La presse prussienne et la presse bavaroise s'excitaient l'une contre l'autre ; l'historien Bœhmer se plaignait que le protestantisme du Nord voulût monopoliser l'idée germanique et qu'au Congrès des germanistes de 1846, on eût iavité fort peu d'Allemands du Sud, parce que catholiques •^; et dans les FeuUle^ historicopolitiques AaMuxàch^ Gœrres, Phillips, Jarcke,tous les disgraciés de la Prusse, s'escrimaient contre la Réforme, confession nationale de la Prusse^.
Ils accroissaient l'alarme protestante, par leur conviction, nullement dissimulée, que la Réforme était à son déclin ^. La Vie de Jésus^ de Strauss,
1. Zimniermann, Der Giistav-Adolf Vercirt, p. 89 et 107-IOi) (Dannstadt, Zernin, 187(S). Voir, sur l'échange de vues qui eut lieu à ce sujet entre le Cabinet de Berlin et lépiscopat, Pfùlf. Cardinal von Geissd, I, p. 310-32:^.
2. Gœrres, l'olUische Schriften, VI, p. 346, explique que la Bavière, en prohibant le Gustav-Adolf Verein, mérite autant la reconnaissance (le l'Allemagne quelle la méritait jadis au temps de Maximilien.
3. Voir, sur l'incident, Janssen, Jiohmer's Lchen uinl liricfe, U, p. 44S-'iri6. Il se plaint de cette Deutschheit affichée par les Allemands du Nord, et qui n'est qu'une « sotte haine du catholicisme « et une servilité envers la })uissance civile. Sur 18 membres, le comité de préparation du Congrès comprenait 14 Allemands du Nord et 17 protestants.
4. Friedrich. J(/nnz von Jkpllinger, II, p. 7, explique comment Phillips et Jarcke avaient apporté dans lé cercle de Gœrres un esprit d hostilité contre le protestantisme. Il y a, dans certains propos des interlocuteurs (pie met en scène Radowitz, un certain regret au sujet de l'intransigeance belliqueuse des Feui/les de Munich (Radowitz, Gespriiche aus der Geyeii- VHirt ûber Staat und Kirche, p. 233-234).
5. Friedrich, Jgna: von hcptliinjer, II, p. 23i. explique que dans le cercle (le (Uvrvo^ on croyait pouvoir sonnei le glas du pi'otestantisiiie, --
tbttES DANS L^ÉGLISE âil
l'insurrection des « amis de la lumière » contre les livres symboliques, les persécutions du précédent roi de Prusse contre les héritiers authentiques et dévots de la pensée de Luther, l'impuissance du Concile berlinois de 1846 à rétablir quelque unité dans le protestantisme ^ n'étaient-ce point autant d'indices que la Réforme désavouait sa filiation et perdait ses titres d'identité ? Adieu Jésus, de par la volonté de Strauss ; adieu Luther, de par la volonté du roi de Prusse I Moy alléguait Texemple des puseyistes anglais pour inviter les catholiques allemands à reviser à leur tourte procès historique de la Réforme ^; et sans ménagements, Dœllinger s'en chargeait. Son érudition, honorée de toute l'Allemagne, faisait des battues à travers le xvi" siècle pour convoquer les témoins, de gré ou de force, à déposer sur la Réforme^ : les témoignages occupèrent trois volumes ; et l'auteur, avec le temps, espérait y trouver l'explication lointaine, historique, de la destinée fatale par
Cf. Guerres, Politische Schriften, VI, p. 202. « Que le protestantisme, mis en extrême péril par le radicalisme ecclésiastique, puisse réussir à dompter et à repousser la vieille Eglise, enracinée dans toutes les profondeurs de la nature humaine, c'est devenu une absurdité qu'on n'ose l)lus «'uoncer dès qu'on a des prétentions au bon sens. »
1. L'annonce de ce Concile effrayait assez peu Geissel (Pfiilf, Cardinal von Geissel, I, p. 390).
2. L'article de Moy, publié en 18 V3 dans lArchiv fur theoloiiische Lit leratur, est cité dans P'riedrich, Jynaz von DœlHn(jer, II, p. 234-23."). — Cf. (iœrres, Politische Schriften, "VI, p. 217 :« Comme en Angleterre, le vieux procès de la Réforme se revise en Allemagne. ». — « Il est absolument lamentable, écrivait Dœllinger à Wiseman dès 1!S39, que nous catholiques, surtout sur le terrain historique, nous abandonnions les plus importantes matières aux mains déformantes des protestants. » (Wilfrid Ward, Le cardinal Wiseman, I, p. 2'J3.)
3. Sur ce livre et les i)olémiques qu'il suscita, voir Friedrich, Iijnaz von Dôllinger, II, p. 234-2.^1 et 342-349. L'ouvrage de Dœllinger fut traduit en français par Emm. Perrot sous le titre : la liéfonne, son développement intérieur et les résultats qu'elle a produits dans le sein de la société luthé-
ienne (Paris, Gaume, 1847 et années suiv., 3 vol.).
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318 LLTÏES ET VICTOIRES
laquelle le protestantisme, après trois siècles d'efforts pour vivre, lui semblait condamiu' au suicide. Enfin Staudenmaier s'essayait à montrer, avec une précision sereine mais inflexible, la marche d'un certain protestantisme vers le catholicisme, la marche d'un autre protestantisme vers le paganisme ; il intitulait son livre : Poiu' la paix religieuse de l avenir ; mais ce livre, à l'abri de ce titre pacifique, signifiait à la Réforme sa dislocation^.
Ainsi s'exaspéraient les luttes entre confessions, à l'heure où s'ouvrait pour FAUemagne une ère politique nouvelle ; et c'était un signe, encore, que décidément Ton était sorti de l'âge du romantisme, durant lequel se pacifiaient et s'édifiaient les consciences à la faveur d'une religiosité nuageuse. Ecrivant en 1811 à Mathieu de Montmorency, Auguste-Ouillaume Schlegel lui expliquait que « ce que la Réforme avait pu avoir de bon était suffisamment assuré », que « son œuvre était terminée », que u le temps approchait où tous les chrétiens se réuniraient autour des anciennes et vénérables bannières de la foi- » ; et puis il mourait en 1845, sans avoir accepté pour son âme l'ombrage de ces bannières. Mais la pensée catholique, après avoir permis aux courants romantiques de l'accréditer, et de la répandre, et, si l'on ose ainsi dire, de la diffuser dans les âmes allemandes, s'était, peu à peu, ramassée sur elle-
1. staudenmaier, Zum religiôsen Frieden der Zukunf't, mit Uûcksirht auf'die relùjiôs-poliiische Aufgabe der Gegenwarl. (Friboui'};, Wagnei', 184G.) — Lauchert, Franz A)Hon Staudriunairr. ]). 427-431.
2. Coppet et Weiinar, M""' de Staël et la (/rande-diicltcssc Louise, \y,n' l'auteur des Souvenirs de Af"'' Hécamier. p. IO'i->0'i (Paris, Lévy, 1862).
LUTTES DANS l'ÉGLISE 319
même ; elle se distinguait désormais de ce qui n'était pas elle ; aspirant à régner, non plus seulement sur des imaginations choisies, mais sur la vie populaire, elle devenait militante; et pour le succès de ses ambitions, elle ne réclamait, d'ailleurs, que la liberté ^ « L'Eglise n'a à réclamer que la liberté, disait dans l'un des Dialogues du général de Radowit/ le personnage chargé de représenter l'auteur. La situation du monde européen est à peu près l'inverse de ce qu'elle était aux xvf et xvif siècles. Les gouvernements qui soutiennent l'Eglise par le bras séculier lui font le plus grand mal, à côté de ceux qui la persécutent -. »
Dœllinger détestait les arguments en vertu desquels l'Etat bavarois, ayant prohibé ï Associa fAoîi de Gustave- Adolphe, défendait aux catholiques d'instituer de leur côté une Associatio/i de Saint- Boniface'-^ : l'esclavage d'une communion lui semblait entraîner l'esclavage de la communion rivale; il voulait, pour toutes deux, des franchises égales. Mais les adeptes de l'évangélisme, surtout en Prusse, s'effrayaient d'un tel programme, et le répudiaient '^. C'est qu'en fait, en déclarant libre l'Eglise romaine, pourvue d'une papauté, pourvue d'un épiscopat, on Témancipait réelle-
1. Hefele donnait le signal, en se prononçant en 1842. à. la Chambre Avurienibergeoise, pour la liberté de la presse et contre la censure (Roth, K<irl Joseph Hefele, p. 20).
2. Radowitz, Gesprnche ûhcr Slaat und Kircke, p. 2ÔG-2.j8. :!. Friedrich, Ir/naz von Uôllaujer, II, p. 208.
4. Comparer le mot que disait à Ringseis un conseiller de consistoire protestant, Rust : « Sans doute, le roi I^ouis a respecté notre liberté do conscience; mais il veut que l'Eglise catho]i([ue ait la pleine liberté de ses mouvements ; et si elle l'a, nous sommes perdus. » (Ringseis, Erinnem„(/en, TTT. ]». 2()8.)
âêÔ LUTTES Et VîCtOlïlÊâ
ment de la bureaucratie d'Etat; mais cette même déclaration d'affranchissement, s'appliquant à l'Eglise protestante, n'était qu'un leurre ; car, après comme avant, cette Eglise conservait le roi comme éveque souverain ; après comme avant, la puissance civile demeurait, dans l'établissement évangélique, l'un des rouages de la vie ecclésiastique. Dans la constitution de l'Eglise romaine, l'Etat n'avait point de place ; il en avait une, et prépondérante, dans la constitution des Eglises évangéliques. Obtenir pour les confessions religieuses le droit de se régir suivant leurs constitutions respectives, c'était ouvrir à l'une d'entre elles — r « ultramontanisme » — une longue suite d'espoirs ; et pour l'autre — l'évangélisme prussien — c'était, tout au contraire, ne rien obtenir. A des plantes de serre chaude, offre-t-on le grand air? Le roi Frédéric-Guillaume 111 avait verrouille en serre chaude la religion nationale. N'ayant pas inscrit parmi ses maximes la liberté de la puissance spirituelle, et possédant des statuts qui présupposaient au contraire l'absence de cette liberté, quel intérêt avait-elle à ce qu'un législateur empressé lui reconnût le droit de vivre conformément à ses statuts et de jouir de son autonomie native et normale! D'autonomie, elle n'en avait jamais eu, elle n'en avait pas, normalement'. Les maximes nouvelles de droit com-
I. « Notre Eglise, disait peu de temps après un homme considéraljle d( lierJin, est une mineure qui ne peut jamais être émancipée. Il lui fau un tuteur qui la dirige, la surveille, et au besoin la châtie. » Le propo fut tenu à Eugène Rendu, qui le raconte dans son livre: De l't'ducatioi populaire dans l'Allemagne du Nord et de ses rapports avec les doctrine pliilosopliir/ues et i^eligicuses. p. 181.
luîtes dans l'église 321
mun émanciperaient réellement de la tutelle exlérieure de l'Etat l'Eglise catholique, née libre, mais seraient impuissantes à supprimer au cœur des Eglises évangéliques, nées pupilles, la tutelle intérieure de ce môme Etal. Ce n'était point à proprement parler par intolérance, mais par un certain désir d'égalité — d'égalité dans Toppression — que les publicistes de Févangélisme redoutaient raffranchissement de l'Eglise romaine; mais cette Eglise, elle, glorieusement victorieuse sur les bords du Rhin, tranquillement épanouie sur les bords de l'Isar, goûtait la joie suprême de pouvoir prendre une attitude bautement généreuse, et de ne se venger des oppressions d'antan qu'en réclamant pour l'autre Eglise chrétienne, aussi bien que pour elle-même, la proclamation d'une somptueuse libéralité : la liberté.
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