Gœrres, Politische Schriftcn, VI. p
l'année 1848 329
Abel et de ses collègues ; puis expulsé de TUniversité dans la personne de Lasaulx, de Phillips, de Dœllinger, de Deutinger, de Sepp. En quelques mois, l'effort de vingt-deux ans de règne fut annihile. Un autre Louis 1" s'affichait, amer et colérique à l'endroit des « ultramontains » ; et le libertinage de la pensée, brusquement déchaîné par des hommes de valeur médiocre, se mettait au service d'un autre libertinage L
Lola Montés, la danseuse andalouse, pour laquelle un journaliste parisien avait récemment perdu la vie, avait exigé du roi ce changement de décor. Près du trône, les regards des populations étaient habitués à chercher l'autel, et c'est Lola Montés qu'ils rencontraient'^. Les adversaires de l'Eglise s'étaient posés en a lolamontains », pour mieux combattre les ultramontains, qui
1. Sur les démarches par lesquelles le sénat de l'Universilè, sur la proposition de Lasaulx, rendit hommage au ministre Abel, et qui eurent pour effet la mise à la retraite immédiate de Lasaulx (28 février 1847), jtuis, à la suite de manifestations tumultueuses des étudiants, la mise à la retraite d'autres professeurs, voir Ringseis, Erinnerungen, III, p. 265-274, et Stolzle, Emsi von Lasaulx, p. 123-134. — La presse anticatholique de tous pays s'éprit étrangement de Lola Montés. « Sa main est pure et belle », écrivait à Paris le futur député Cantagrel. Le National et les républicains français prenaient parti pour le roi et sa danseuse, au grand scandale du démocrate allemand Venedey, qui écrivait dans une brochure : « Je suis un ami de la liberté de la presse et des droits du peuple, mais je pense que la liberté acquise par le péché, acquise par la honte, emporte avec elle la malédiction du péché. » Et Venedey s'emportait contre le roi qui, « pour les baisers de la femme étrangère, expulsait les Jésuites ;i|)rès leur avoir permis d'empester tout son royaume » [Die spanisc/ie Tanzcrin unddic de.utsche Freiheit, p. G et 3G. Paris, Wittersheim, 1847).
2. Diepenbrock, prince-évêque de Breslau, dans une lettre à Louis de Bavière, évoquait le souvenir de Sailer pour faire réfléchir le roi ; et Louis de Bavière répondait une étrange lettre, dans laquelle il donnait sa l)arole d'honneur, que le scandale n'était qu'apparent, et prétendait que ces liaisons provoquées par son imagination étaient i)our lui le meilleur abri contre la sensualité (Reinkens, Mclchior von Diepenbrock, j). 332). — Sur Lola Montés, qui tour à tour accorda ses faveurs au journaliste Dujarrier, à Liszt, à lord Broughaiu» voir Sepp, Gœres und seine Zeitf/enossen,
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avaient protesté par voie d'adresses contre l'acte royal concédant à l'Andalouse l'indigénat bavarois. La terre d'élection du calholicisme allemand était perdue. « Je crains qu'à cette époque de restauration religieuse, avait écrit Jarcke en 1839, ne succède un recul épouvantable, semblable aux journées de juillets » La prédiction de Jarcke semblait s'accomplir. L'Eglise concluait une fois de plus, qu'en acceptant, lorsqu'ils survenaient, les bienfaits des rois, elle devait apprendre à s'en passer.
Son deuil devint subitement plus profond : à la lin de janvier 1848, la nouvelle courut, d'un bout à l'autre de l'Allemagne, que Gœrres agonisait-. L'œuvre de Lola Montés était achevée par la mort : l'Université de Munich changeait de face. Louis de Bavière, en la bouleversant, n'avait pas osé toucher à Gœrres : une autre main, celle de Dieu, se posait sur son prophète et l'enlevait. 11 laissait, inachevé, un article sur le Sonderlnmd^. Son activité de publiciste catholique s'était inaugurée, vingt-deux ans plus tôt, par un bruyant opuscule sur un épisode suisse de politique religieuse ; et c'est pour le catholicisme suisse, encore, qu'il versait quelques dernières gouttes d'encre. L'agonie brisa sa plume avant qu'elles
p. h\l)-'A^\ et sur la fin de cette célébrité, voir Ringseis, Erinnerungen, III. p. '287, n. 1. — Lola Montés traitait de « Jésuites » tous ses adversaires, même des protestants comme Thiersch (Friedrich, Jtjnaz von JJœl- /inf/er, II, p. 314-3ir)).