Gœrres, Politische Schriften, VI, p
l'année 1848 331
ne fussent épuisées : renseignement qu'il voulait donner à la démocratie suisse, et par elle à toutes les démocraties, demeura interrompu. Son lit de mort fut hanté de visions tragiques. Il traversa certains délires où s'exprimèrent, en un hoquet suprême, les convictions passionîiées de sa vie tout entière. L'histoire du monde se promenait en hallucinations, devant son œil fiévreux. Il demandait des prières pour le peuple : « Les peuples déracinés ne revivent plus ; priez pour les peuples qui ne sont plus rien! » Une nuit, il se crut veillé par « un petit homme qui lui disait de grandes paroles » : c'était saint Paul. Le 29 janvier au matin, Gœrres n'était plus^ « La hyène est morte''», s'exclamait Henri Heine, dont la colère ne pardonnait pas. (( Il semble qu'on fait un saut dans le noir », gémissait le peintre Steinle^, Gœrres disparaissait à l'heure fugitive où les lolamontains étaient tout, où les ultramontains et les peuples semblaient n'être plus rien, où son imagination déconcertée mourait à l'espérance; mais c'était, au contraire, dans l'année qui s'inaugurait, que les peuples allaient recommencer d'être tout. S'il eût vécu quelques mois encore, il eût assurément
1. Sur la mort de Gœrres, voir Sopp, Gœrres und seine Zeitgenossen, p. :)28-5:^7; Phillips, Vermischte Schriften, H, p. 575-578; — une lettre de Thimus dans Pastor, August Jieichensperger, I, p. 229, et une lettre de Bohmer (Janssen, liôhiner's Leben und tiriefe, II, p. 511-512).