‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 189 sur 236 · Beda Weber, Charaklerhlldcr, p · texte numérisé non relu

Beda Weber, Charaklerhlldcr, p

4. Edward von Steinle'.f Briefwechsel, I, p. 58. — Beda Weber, à la demande de la communauté catholique de Francfort, allait devenir curé do cptt»^ ville.

3*4 LUTTES ET VICTOIUES

prêtres. Les évoques Geritz et Diepenbrock recueillirent soixante-dix signatures protestataires ; et le silence se fit, subitement, autour de l'incident. Déjà d'astucieux caricaturistes représentaient les Israélites intervenant auprès du Parlement pour que le pouvoir central provisoire obtînt de Moïse et du sanhédrin la tolérance de la viande de porc K.. Les discussions religieuses portées à la tribune de l'assemblée devaient avoir plus d'ampleur et plus de gravité.

La Commission chargée de déclarer les « droits fondamentaux'-)), dans laquelle le professeur Lasaulx"\ de Munich, représentait l'opinion catholique, déposa le 3 juillet un premier projet, qui proclamait la liberté de conscience et supprimait, pour toutes sociétés religieuses nouvelles, l'obligation de se faire reconnaître par l'Etat^. Les adhérents de Ronge avaient plus de raison que les catholiques de se réjouir d'un tel libellé ; leur indépendance à l'endroit de l'Etat était formellement reconnue ; l'indépendance de la confession catholique, celle de la confession protestante, étaient passées sous silence.

1. Voir, sur cet incident, Beda Weber, Charaklerhilder, p. 3<15-367, et Friedrich, If/nnz von Dcrllinf/er, II, p. 383-385. — Le Slc.noyraiihischn- Jtericht du Parlement, publié par \Vi<:;ard, n'a j,'ardé aucune trace de l'épisode.

'^. Sur le travail de la Goniniission, le document capital est le livre de J.-G. Droysen : Dia Verhandlungen des Verfassuags auschusses dcr deutsc/ien Ntitionalrersamrnlung (Lei])zig, Weidmann, 1849).

3. Sur le rôle de Lasaulx dans cette Commission, voir Stol/le, Ernsl von Lusaulx, p. 139-141.

4. La suppression de cette obligation fut votée, dans la Commission, })ar toutes voix moins une (Droysen, op. cit., p. 6-7). — Trois formules avaient été proposées avant que fût acceptée la formule qui prit place dans le projet du 3 juillet : on en trouvera les te.xtes resjtcctifs d;iii- Droysen. up. cl/., ji. 3(J3-371.

L ANî^ÉE 1848 345

Le rapporteur, pour expliquer cette omission, alléguait trois motifs : d'abord Teffroi de remuer à nouveau les questions confessionnelles ; puis la peur que l'Etat, si Ton déclarait l'Eglise absolument libre, ne fût contraint de prendre des mesures préventives contre les empiétements de cette alTranchie ; enfin la nécessité d'envisager les conditions spéciales de l'Eglise évangélique, qui, de par sa constitution, s'était développée dans une sorte de fusion avec les souverainetés laïques'. En définitive, c'était par crainte du catholicisme et par égard pour le protestantisme que la Commission francfortoise s'abstenait d'affirmer l'autonomie des Eglises-. En ce qui regardait l'école, elle avait été sollicitée de proclamer, en principe, la séparation de l'école et de l'élablissement religieux^; elle s'y refusait, en considération de certains pays d'Allemagne où ces deux institutions formaient un bon ménage, qu'il serait inopportun de faire divorcer.

C'était, en résumé, et quoi qu'elle en eût, une Commission conservatrice, ennemie des thèses

t. Cf. Beda Weber, Charakterhilder, p. 371. — Le pasteur protestant Jùrgens, très épris de l'indépendance des Eglises et très sympathique aux revendications catholiques, ripostait à cet argument qu'il fallait proclamer l'indépendance des confessions, et que, jusqu'à ce que le protestantisme se fût mis en mesure d'en i)rotiter, l'Etat ferait des lois de transition (Wigard, Sténo f/raijhischer Bericht, p. 1635). — Cf. discours du dt'puté Weissenborn (Wigard, op. cit., p. If)40-lfi4'2).

2. On trouve le texte de ce projet de la Commission et l'exposé des motifs, dans Droysen, o/>. cit., p. ,371-386. — Il faut ajouter un quatrième motif, insinuait Radowitz : ou craint que les confessions protestantes ne puissent éprouver quelque préjudice du fait d'une Eglise catholique indépendante (Wigard, op. cit., p. 169.V1B97): et Radowitz ripostait : « Les protestants belges se sont-ils plaints des catholiques ? Ne sont-ce pas des prêtres catholiques qui, en 1832, ont demandé la liberté pour les Saint-Simoniens? »

3. Une motion en ce sens avait été déposée par le Deufschkat/iolik \Ni,!;ard; le pasteur .Jiirgens la tit repousser (Droysen, op. cit.. p. 18-10).

bruyantes qui pourraient entraîner des bouleverments superflus; elle excellait à mettre un voile sur les idées litigieuses et à passera côté d'elles, en les saluant, mais en se gardant de les découvrir. Le Parlement renfermait un certain nombre d'indiscrets, de toutes nuances et de toutes origines, qui chicanèrent cet élégant travail, et les catholiques n'y furent pas les moins empressés.

Tout Allemand est libre dans la pratique générale privée et publique de sa religion, proposait la Commission. Le délit et Finfraction commis dans Texercice de cette liberté sont punissables par ta loi.

Les députés catholiques, surtout Auguste Reichensperger, s'effrayèrent du caractère vague de ce mot « loi ». Des législations d'exception, spécialement dirigées contre une confession religieuse, ne pourraient-elles pas surgir à Tabri de ce paragraphe! Ils préféraient que l'article mentionnôt formellement la « législation générale » ou le « code pénal général » et marquât ainsi, d'une façon plus expresse, que les délits visés rentraient dans le droit commun.

De nouvelles sociétés religieuses peuvent se fonder, continuait la Commission ; une reconnaissance de leur confession par l'Etat n'est pas nécessaire.

Les catholiques, aux lieu et place de cet article, proposaient la rédaction suivante :

Les sociétés religieuses existantes et celles qui se forment sont, comme telles, indépendantes de la puissance de

l'Etat; elles règlent et administrent leurs affaires en toute indépendance. L'installation des autorités d'Eglise n'est soumise à aucune collaboration de la part du pouvoir civil, pas même en vertu d'un droit de patronat. La publicité d'actes ecclésiastiques n'est soumise qu'à ces restriclions auxquelles sont soumises toutes les autres publications, A chaque société religieuse sont garantis la possession et le libre emploi de leurs biens, et des institutions qu'elles l)0ssèdent pour le culte, l'enseignement et la bienfaisance *.

Au bas de ce texte figuraient quarante-six signatures, dont quelques-unes étaient protestantes; et des pétitions survenaient, expédiées de 1.142 communes, signées par 273.135 pères de famille, réclamant la liberté absolue de l'Eglise à l'endroit de l'Etat o.

Deyant le Parlement, la discussion remplit huit séances; soixante-cinq orateurs y prirent part^. L'assemblée, durant cette période, eut l'aspect d\m concile, dans lequel, à côté de la foi, Tincroyance avait une voix. Lasaulx, le philologue de l'Université de Munich, lit, tout laïque qu'il fût, un véritable sermon^ : dans un élan qui surprit, il se complut à rapprocher les épisodes de l'histoire de l'Eglise et les faits de la vie du Christ : au massacre des Innocents correspondaient, dans sa pensée, les premières exécutions de martyrs ; à la tentation du Christ dans le désert, les tentations des

1. Dœllinf,'er publia même une brochure pour motiver et soutenir cette rédaction (Friedrich, L/naz von Do-llinger, II, p. 388).

2. "Wichmann, Dankwûrdigkciten aus dem crstcn deutschen Parlament, p. 178.

3. AVichmann, op. cit., p. 179-201, en donne un assez bon résumé et des citations bien choisies.

4. Wigard, op. cit., p. 1779-1781. — Stolzle, Ernst von Lasaulx, p. 151-150.

348 LUTTES El VICTOIRES

anachorètes d'Egypte ; la lutte des deux confessions chrétiennes rappelait ces débats qui s'élevèrent entre les disciples au sujet du miracle eucharistique ; la crise du xix*" siècle répétait les jours du Calvaire, et la résurrection suivrait*... La tribune, à d'autres heures, faisait entendre de tout autres échos; des radicaux s'y précipitaient, Vogl, Jordan : « Je suis pour la séparation de l'Eglise et de l'Etat, criait Vogt, mais c'est à la condition que ce qu'on appelle Eglise soit anéanti. Pour moi, toute Eglise, quelle qu'elle soit, est un obstacle à la civilisation 2. » u L'Eglise en tant qu'Eglise, reprenait Jordan, en tant que puissance extérieure, en tant que puissance régnant sur la conscience, doit succomber"^. »

Entre le mysticisme de Lasaulx et le dogmatisme matérialiste de Vogt et de Jordan, il y avait place pour d'infinies nuances d'opinion; elles s'épanouissaient à loisir, dans l'interminable débat; on avait l'impression, à de certaines minutes, que les extrêmes se touchaient. Les catholiques réclamaientl'indépendancede l'Eglise, les radicaux la séparation ; les uns elles autres, la suppression du droit de patronat ^

Indépendance, séparation : les deux idées pouvaient, au regard de certains spectateurs inexpéri-

1. Sur rimi)rossion pi'oduite par la personne de Lasaulx, vuir Beda Weber, Charakterbilder, p. 8t59.

Page 1