Bericht, p
eût été prononcé par le vieux docteur du moyen âge; Ketteler le redisait et le commentait. Buss, alors, de son autorité de président, appuyait et répétait cette révélation : « Nous devons annoncer le socialisme du christianisme, disait-il textuellement, non pas avec des paroles, mais avec des actes vivants, avec du dévouement, avec des sacrifices'. » L assemblée, à l'image de son président, se montrait accueillante à toutes les générosités de pensée ; être Tavocate d'une foi dans laquelle il entrait du socialisme n'avait rien qui l'effrayât.
Les catholiques d'Allemagne, a cette époque, étaient beaucoup plus enclins à s'etTrayer qu'à s'exalter du progrès de l'industrie et des développements parallèles du capitalisme : le général Radow'itz ne marchandait pas, à ce qu'il appelait la « ploutocratie », ses critiques les plus amères^ ; Ringseis, représentant de l'Université de Munich au Parlement de Bavière, dénonçait « l'économie politique moderne, qui ramène tout à l'or » et qui multiplie le prolétariat^; Dadlinger, devant la
1. Bericht, p. 7G-77. — Sur Buss au Congrès de Mayence, voir Beda \Veber, Cluiralderbildc-, p. 402-403.
2. Il est intéressant dobsorver que les idées sociales du général Radowitz, le familier catholique de Frédéric-Guillaufne IV, telles que, dans ses Ge.sprdche ûber Kirchc und Staat, il les met sur les lèvres de Waldheim, n'ont en effet rien de timide ni, comme nous dirions aujourd'hui, de conservateur. Radowitz considère la « liberté du travail », qui a supprimé toute organisation et « atomisé » les masses, comme « la plus grande calamité qui ait frappé le continent » {Gesprâchc. p. 320). « Si on ne trouve aucun moyen, dit-il, pour la guérison radicale de la pauvreté jdes masses, l'Europe n'échappera pas plus que l'Amérique à une guerre servile. » (P. 322.) « Conserver, piétiner, n'est pas bon en soi; concéder, aller de l'avant, n'est pas mauvais en soi. •> (P. 293.) Sur les sentiments '< antiploutocratiques » de Radowitz, comparer Fischer, Historisches Taschenbuch, 1874, p. 215 et suiv.
3. Ringseis, Erinnerumjon, III, p. 394. — Cf. Gœrres, Politischè Schriften, V, p. 135^136.
même assemblée, se prononçait contre l'exploitation des chemins de fer par des compagnies privées ^. Aussi Buss ne courait-il point le risque de choquer ses auditeurs de Mayence lorsque, sans précautions oratoires, il s'écriait : « Le capital est devenu le tyran de la pauvreté ; et à côté de l'immense richesse, qui toujours s'accroît, nous trouvons l'esclavage le plus triste, le plus opprimant de la misère. Or qu'est-ce que la richesse artificiellement produite? Uien, c'est du vent. Elle n'existe pas dans la réalité, elle n'est qu'imagination; la moindre secousse engloutit tout de suite des millions en engloutissant la valeur imaginaire du papier, et tout de suite elle réduit à l'état de mendiants ceux qui passaient pour riches. Cet état de choses est-il bon, est-il sain"^? » Le procès se poursuivait, logique, acharné, sur les lèvres du président de l'assemblée. Auguste Reichensperger avait relaté les débuts, en France, de la Société de Saint-Vincent de Paul ^ : Buss, en terminant, s'adressait aux rameaux allemands de cette Société; il leur recommandait (d'assistance corporative, qui assure un don et une aide au compagnon besogneux, sans qu'en recevant il se sente dégradé^». Buss discernait les limites de la charité ; insuflisamment compris à son époque, il rêvait, déjà, d'une reconstitution sociale dans laquelle le lien professionnel aurait