Collectiu luci^nsis, V, p
des luttes de l'heure actuelle, nous ne méconnaissons pas l'aspiration vers un état de liberté civique et nationale, qui doit être plus vrai et plus équitable que dans le passé récent i. »
Un juriste de talent, Maurice Lieber, avait aidé rassemblée dans la rédaction du manifeste aux fidèles 2. C'était un signe des temps, que cette collaboration naissante entre la hiérarchie et les laïques. Lieber, l'année suivante, devait présider la seconde assemblée générale des catholiques, et défendre contre les susceptibilités du canoniste Hirscher et du publiciste Jarcke l'action nouvelle des Vercine : il semblait qu'en l'appelant à Wurzbourg, moitié comme conseil juridique, moitié comme rédacteur, les évéques l'eussent à l'avance désigné pour définir et pour réclamer le rôle de l'élément laïque dans la renaissance catholique de l'Allemagne ^. La confiance de l'Eglise envers le peuple répondait à la confiance du peuple envers l'Eglise.
1. Colleclio Lacensis, V, p. 1128-1132 (lettre pastorale des archevêques et évèques aux fidèles, rédigée par Fœrster, le futur prince-évèque de Breslau).
2. Braun, Die Kirchenpolitik der dentschen KathoUken seitdon Ja/ire 18'i8, p. 28-30. — - Sur Maurice Lieber, mort en 18G1, voir ScliuHe, Bie descliichle der Quellen nnd Litcratur des canonischot Jiechts, III, i, p. 409.
3. Dans son imi)ortante Histoire du Concile du Vatican, M. Friedrich, le théologien « vieux calholl(iue », développe cette thèse, que l'année 18'i8 marqua le début d'une alliance directe entre les laïtiues « ultramontains » et le Saint-Siège, alliance fondée sur un mépris implicite des droits de lépiscopat allemand : nous retrouverons plus tard cette thèse, dont il croit surtout voir la preuve dans l'attitude des catholiques laïques en 1849 et 1850, et nous la discuterons en son lieu.
l'année 1848 397
Novembre et décembre, scellant entre ces deux forces une sorte d'entente, furent bons pour rp]glise d'Allemagne. Le christianisme social, dépassant Fenceinte des meetings^ monta dans la chaire chrétienne : GuillauQie-Emmanuel de Ketteler, curé rural dans la Westphalie, en fut Tinter prête'.
En Ketteler, Thomme était aristocrate, le prêtre, démocrate. Il était issu d'une famille noble de Westphalie, terre hautaine et fidèle, où les souches féodales sont robustes comme les chênes ; il avait, étudiant, montré 'sa valeur dans un duel-; l'édielle des grades militaires, puis Téchelle des Fonctions civiles, dans ce royaume de Prusse où l'Etat, aujourd'hui encore, aime à se faire servir oar les aristocrates, avaient tour à tour séduit sa eunesse. L'affaire de Cologne, décisive pour lui ^omme pour l'Allemagne, l'avait fait émigrer de 'Etat vers l'Eglise^; on le retrouvait, peu d'anlées après, simple curé de campagne. Le temps ii'était plus où Lacordaire le scandalisait parce 4ue le Frère Prêcheur, en son mémoire sur les )rdres religieux, insistait sur ce qu'il y avait,
1. Le travail capital surKettfticr est l'ouvrage du P. Pfiilf :/y/sc//o/' von ! 'etleler (Mayence, Kirchheini, 1899, 3 vol.). — M. Jean Lionnet a publié, i )us le titre : Un évéque social, Ketteler (Paris, Béduchaud, 1903), un \ xcellent aperçu de la vie et des idées de Ketteler. i '2. Pfûlf, op. cit., L p. 31.
I 3. Voir ci-dessus, livre lU, chapitre ii.
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dans la vie de ces ordres, d'éminemment démocratique^; Ketteler curé avait dépouillé le vieil homme, le noble ; Ketteler s'était fait peuple. Dans un brouillon de sa main, qui date de 1848, la noblesse est accusée de n'être plus qu'une caricature d'elle-même, et de s'être attachée à ses titres, avec une jalousie toujours plus vaniteuse, à mesure qu'elle désertait sa fonction sociale et ses devoirs envers les classes rurales. « Si la noblesse n'a plus ses racines historiques, terminait Ketteler, il est bon qu'elle meure. Si elle les a encore, elle saura derechef s'assurer un rôle pour la renaissance de TAllemagne. Dans les deux cas, je vote pour l'abolition des titres^. » Le féodal devenu prêtre s'asseyait, parce que prêtre peutêtre, à Textrême gauche de rassemblée de Francfort, près du parti qui semblait le plus proche du peuple ^ et dans une lettre qu'il adressait à ses électeurs, en même temps qu'il leur exposait ses idées en matière scolaire, il réclamait énergiquement, au nom de l'histoire, Tautonomie du gouvernement communal. Il faisait l'éloge de cet organisme delà commune, dans lequel le « peuple régit lui-même ses atfaires, et fait une école pratique de politique ; car, dans la commune, se répètent en petit les questions qui sont traitées en grand dans les parlements; ainsi le peuple gagne une culture politique ». A l'encontre des concep-