Oppenheim, Benedikt Franz Léo Waldeck
2. Walter, Aus meinem Leben, p. 137, dit que le roi avait pris une part spéciale à la rédaction des articles 12 et 13.
l'année 1848 403
à l'Etat le droit de présentation, d'élection, de confirmation, ponr les charges ecclésiastiques ; l'article 19 autorisait tous les Prussiens à ouvrir des écoles; l'article 28 leur reconnaissait à tous, sans nulle réserve, le droit de s'associer. Geissel exultait ; il écrivait au nonce que le roi concédait, presque littéralement, ce qu'avaient demandé les catholiques, dans la commission de la GhamhrQ herlinoise. « C'est un événement d'une incalculable portée, ajoutait-il, notre Eglise devient incomparablement plus libre qu'elle ue le l'ut jamais'. » La Prusse, immédiatement, apparut aux catholiques de toute l'Allemagne comme la terre de liberté religieuse, qu'ils citaient en guise de modèle à leurs Etats respectifs. Les principes votés à Francfort, les droits reconnus à Berlin, composèrent une sorte de charte^ à laquelle se référera l'Eglise d'Allemagne, de longues années durant, pour conquérir son autonomie ou pour la garder^.
1. Pfiilf, Cardinal c. Geissel, T, p. 6GI-662. Comparer la joie de Die penbrock (Reinkens, Melchior non Diepenbrock, p. 411). — La cordialité de rapports entre les catholiques et la cour de Berlin fut attestée dès le 18 novembre 1848 par le mandement dans lequel Diepenbrock invitait les catholiques à ne point refuser au roi le paiement de l'impôt, et que le Gouvernement piussien fit tirer à trente mille exemplaires. Aucun autre évèque de Prusse ne fit écho, pour l'instant, au langage de Diepenbrock ; mais ce mandement inaugurait une sorte de lune de miel dans les rapports entre l'Eglise et l'Etat prussien réaffermi, au cours de laquelle TEtat prussien considérera l'Eglise comme le rempart de l'ordre et permettra à l'Eglise et à ses ordres religieux de tenir de nombreuses missions : c'est de quoi nous espérons traiter en un volume uFtérieur. Sur ce mandement, voir Reinkens, Melchior v. Diepenbrock, p. 394-401 ; le texte en est publié dans le recueil : Sâmmtliche Hirtenbriefe Sr. Eminenz des Cardinal-Fiirstbischofs von Breslau, Melchior von Diepenbrock, p. 07-08
Munster, Aschendorff, 1853).
2. Le mot est de Ketteler; la constitution prussienne lui ]uraissait être « une véritable grande charte de la paix religieuse i)0ur l'Allemagne où les confessions sont mêlées >- (Pfiilf, Bischof v. Ketteler, II, p. 283).
è. Quant aux vœux émis à Francfort au sujet de la séparation com-
Ainsi l'Eglise prussienne émancipée allait être le champ d'expériences sur lequel le clergé catholique, dans toutes les régions de TAUemagne, fixerait son regard. Moins de dix ans auparavant, l'on plaignait les catholiques de Prusse ; l'heure était venue de les envier. Leur épiscopat avait singulièrement grandi. Geissel, à Wurzbou rg, s'était mis à la tête de l'Eglise d'Allemagne^ ; lorsqu'un instant on avait songé à faire reposer sur une seule tête la direction de toute l'Eglise germanique, c'est à Geissel qu'on avait fugitivement songes. Le siège de Cologne prenait dans l'épiscopat germanique l'importance qu'avait eue dans l'Allemagne du xviii^ siècle le siège de Salzbourg ; le centre de gravité du catholicisme allemand était déplacé; ce n'est plus en Autriche qu'il fallait le chercher, mais en Prusse rhénane ; et ces vicissitudes ecclésiastiques étaient comme un étrange prodrome des bouleversements politiques, qui, moins de vingt ans plus tard, devaient transporter du Sud au Nord, et d'Autriche en Prusse, le centre de gravité du corps germanique lui-même.
plète de l'école et de l'Eglise, ils demeureront lettre morte, enveloppes dans la disgrâce qui, bientôt, d'un bout à l'autre de l'Allemagne, frappera toutes les maximes du radicalisme. L'Etat prussien consol'dé affectera de proclamer que la religion est à la base de l'école ; et souvent il aura plus de sourires pour les catholiques qui mettront sérieusement ce principe en vigueur que pour les instituteurs ]irotestants qui. s'abritant derrière la façade religieuse officielle, commettront volontiers des fanfaronnades d'incroyance. On ne i)eut rien lire de plus instructif, à ce sujet, que le copieux rapport publié en 18.Ô5 par M. Eugène Rendu sur la situation de l'enseignement primaire dans l'Allemagne du Nord. (Hachette. \H').\.
1. Voir le témoignage de l'évéque Stahl, de Wurzbourg, et de l'évèciuc Œttl, de Eichstiitt, dans Pfûlf, Cardinal v. Geissfl, I, p. fi3n-640.
'2. L'idée fut soutenue par l'évéque Weis, de Spire (Pfûlf, Cardinal von Geissel, I, p. 616-618).
L'épiscopat bavarois laissait le souvenir d'une timidité compassée; les évoques de la province ecclésiastique du Haut-Rliin, respectés pour les souffrances mêmes que leur iniligeaient les Etats de Bade et de Wurtemberg, semblaient voués provisoirement au protectorat de l'épiscopat prussien, qui invoquait en leur faveur une démarche de Pie IX ^ ; et c'était en Prusse, désormais, dix ans seulement après la captivité de Droste-Vischering, que se dressait, en toute indépendance, la cime de l'Eglise d'Allemagne.
Car soixante années de joséphisme avaient l'ait de l'épiscopat autrichien une sorte de corps sans âme. En Prusse, en Bavière, en Bade, les évoques s'étaient réveillés avant la révolution, mais la révolution même tira malaisément les évoques d'Autriche de leur assoupissement. La « monarchie apostolique », malgré le zèle qu'avaient déployé le bienheureux Hofbauer et quelques-uns de ses disciples 2, était devenue une sorte de cimetière spirituel. Metternich, bienveillant pour l'Eglise, avait laissé tomber en désuétude tout ce
1. Collectio Lacensis, V, p. 991-993. — Dœllinfjer, au Congrès catholique de Ratisbonne en 1849, fera une description poignante de i'opi)ression qui continuait de peser sur l'Eglise badoise. ( Verhandlungen der drittini Gencialversanimlunij des katUolisclien Vereines iJeutschlands am 2, 3, 4 und 5 Okto ber 1849 su Jter/ensburg : p. 95 et suiv. (Ratisbonne, Pustet, 1849).