Hurter, op. cit., II, p
4. Brunner, Denkpfennige :^ur lirinnerung an J'ersonen, Z us tonde wid
l'année 1^48 4ÔÔ
voisin de la caricature, et peut-être n'en estil que plus ressemblant. Milde passait pour un esprit « éclairé », avait publié des travaux de pédagogie plus procbes du déisme que du catholicisme, et réduit la chaire, selon le goût de l'époque, à n'être qu'une tribune de morale ou de civilité^ C'est moins par rationalisme que par poltronnerie qu'il faisait au siècle concessions sur concessions : il détestait les ennuis, craignait les embarras ; dépositaire du Verbe de Dieu, il semblait fait pour garantir aux puissants et aux philosophes le silence de Dieu. L'année 1848 réservait au pauvre homme des émotions terribles : Brunner-, profitant de la liberté de la presse, lança subitement un journal ecclésiastique où le jeune clergé collaborait, la Kirchenzeitung , et Milde vit surgir, à la voix du journal, d'importuns comités qui se souciaient de défendre l'Eglise \ Religieux et chanoines, prêtres et laïques, bousculaient à coups de pétitions le repos de l'archevêque : Milde huit par s'en aller à la campagne, bien loin de Vienne, pour avoir la paix.
Il laissait derrière lui, dans son archevêché, un
Erlehnisse vor, in, und nach dem Explosionsjahre 1848, p. 83 et suiv, (Wurzbourg, Wœrl, 1886).
1. Voir dans Brunner, op. cit., p. 112-119, un discours prononcé par Milde, en 1820, à l'occasion d'un jubilé s;icerdotal : c'est un type accompli de la prédication telle que la concevait VAufklserunrj.
2. Sur Sébastien Brunner (1814-18'J3), voir la piquante étude de 'M. l'abbé Kannengieser, Juifs et Catholiques en Autriche- Homjrie, p. 3-148 (Paris, Lethielleux, 1895).
3. Brunner, op. cit., p. 167-183. Une adresse remise à Milde, le 18 nvril, se plaignait de l'expulsion des Rédemptoristes par le pouvoir civil, de la violation des droits de l'Eglise sur l'Université, du déchaînement de la Ltresse contre l'Eglise; et l'adresse expliquait que six mille laïques conluraient Milde, ou bien d'agir si l'état de sa santé le lui permettait, ou jien d'accepter les initiatives que les besoins de l'Eglise requéraient.
vicaire g-énéral, qui avait pour consigne de ne l'ien innover'. Mais la révolution n'était-elle pas une innovation? Or la révolution venait d'ouvrir Vienne à la propagande des sectes <( catholiques allemandes », et lorsqu'on venait demander au vicaire général ce qu'il fallait faire contre cette propagande, il répondait : « Conformez-vous aux statuts diocésains ^. » A la longue, les fidèles se fâchèrent ; une députation de bourgeois viennois s'en fut troubler l'archevêque dans sa villégiature reculée ; ils furent deux fois mis à la porte, reçus après une troisième sommation. Ils parlèrent à Milde de l'Eglise, et Milde les éconduisit après les avoir honorés d'une prise de tabac -^
Brunner, impétueux et batailleur, s'occupait le moins possible du lointain prélat ; il achevait courageusement, dans son journal, la défaite du joséphisme. Au vicariat général, les réunions de prêtres étaient suspectes : une plume sacerdotale surgissait, pour en prendre la défense ; c'était la plumedujeune abbé Gruscha, aujourd'hui cardinalarchevêque de Vienne.
« La réunion du clergé telle qu'elle a eu lieu, écrivait-il, ne devait provoquer dans le sein de l'Eglise ni un mouvement réactionnaire ni un mouvement révolutionnaire; elle devait accueillir, pour le salut de l'Eglise, le mouvement de l'époque, sans pourtant se laisser emporter par le
1. Sur le vicaire [général Politzer, voir Kaiuicn{j;ieser, op. cit. et suiv.
?. lîrunner, op. cit., p 191.
;i. Brminor. nii. cit.. ]). 181.
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courant ; elle ne devait pas être dangereuse, pas être préjudiciable pour la sainte religion, l^our ce motif, nous désavouons ici publiquement l'insinuation de la Wie)ieî' Zeitimg, d'après laquelle nous aurions, par une révolte, surpris notre archevêque ; ce n'était pas une révolte, mais une prière des fils devant leur père. Ce ne sont pas des agitateurs contre le célibat qui se sont ici rassemblés, comme naguère dans les conférences badoises : foi, droit, liberté, vie dans l'Eglise catholique, telle était la devise de notre assemblée ^ »
Le vicaire général insistait, pour mettre les prêtres en garde contre la politique : Brunner alors de riposter, en prenant pour texte de son article ce mot de la revue allemande le Catholique : (( Que l'épiscopat veille'! » Et comme l'épiscopat s'attardait à dormir, l'écrivain ascétique Schlor intervenait à son tour ; il expliquait, dans l'audacieux journal, que les bons catholiques devaient se serrer autour da pape et du nonce, — du « nonce qui jusqu'ici était un étranger, inaperçu, inconnu'^ ».
A la faveur des nouveautés révolutionnaires, le
ipetit clergé et les lidèles d'Autriche renouaient
contact avec hi nonciature, — avec l'institution
jadis suspecte, tant à l'empereur qu'aux métropo-
itains de l'Allemagne. Le joséphisme avait creusé
m fossé entre Rome et l'Eglise d'Autriche ; au
endemain de la révolution, ce fossé paraissait se
•ombler. Il devait y avoir une révolution dans