Janssen, Bœhmer's Leben und Briefe, II, p. 2U
de Cologne, fille de Rome, demanda la consigne de Rome et suivit cette consigne, la longue servilité de l'épiscopat fut proche de son terme. « Notre Eglise de Wurtemberg, écrivait à Hurter un prêtre souabe, est une barque qui fuit, qui va à la dérive : le chef en est paralysé, et d'ailleurs médiocre, et dans son incompréhensible aveuglement il ne veut pas s'approcher du bateau-amiraP. » Mais l'exemple donné par Droste-Vischering, de prendre les ordres auprès du bateau-amiral, monté par l'Apôtre Pierre, devait rapidement trouver des imitateurs, et l'épiscopat allemand, de 1838 à 1848, prit nettement conscience qu'il lui fallait opter entre deux partis : l'obéissance à Rome, ou l'esclavage à l'endroit de l'Etat.
Sans relâche ni lassitude, l'impérieux génie de Gœrres, durant les vingt dernières années de sa vie, se lit l'apologiste de l'obéissance à Rome. Les « vieux catholiques», plus tard, briguant en faveur de leur tentative l'adhésion posthume de Joseph Gœrres, ont essayé d'exploiter une lettre dans laquelle, tout en réputant formellement inadmissibles certaines idées de Lamennais, il regrette les formes dont usa le Saint-Siège à l'endroit de l'auteur de l'Essai sur l'Indifférence^ et reproche aux «Romains», enfermes assez amers, délimiter aux Alpes leur horizon et de « se mettre à la queue de l'histoire », au lieu de la devancer et de la guider-; tout ce qu'on peut induire de ces confidences épistolaires, c'est une mauvaise humeur momentanée contre certains actes administratifs
1. Heinrich Hurter, Friedrich Hurter und seine Zeit, I, p. S.M.
2. La lettre est citée dans Knoodt, Anton Giinther, I, p. 299-300.
du Saint-Siège; et peut-être est-il bon, dès maintenant, de noter cette mauvaise humeur pour être en mesure de comprendre les froissements qui pourront plus tard se produire entre Pie IX et l'Eglise germanique. Mais Gœrres publiciste se mit toujours au service des pures maximes catholiques : aucune voix ne fut plus sonore ni plus puissante que la sienne pour annoncer à l'Allemagne l'idée catholique de liberté, telle qu'elle résulte des conceptions romaines, et telle que la fait prévaloir le Saint-Siège lorsque les Eglises, confiantes, s'abandonnent à sa souveraineté libératrice.
Rome avait commencé l'œuvre d'alîranchissement; ce fut le peuple allemand, le peuple en personne, qui Tacheva. Le peuple était la force profonde sur laquelle l'Eglise était certaine de pouvoir s'appuyer, le jour où elle serait violentée dans la personne de Tarcheveque de Cologne, le jour où sa cause serait désertée par le souverain de Munich. Ce peuple n'a pas d'histoire : ce n'est que dans les mémoires de quelque vieux prêtre — telle, par exemple, l'autobiographie récemment publiée du curé Magnus Jocham, — qu'on l'entrevoit vivre et qu'on l'écoute prier : il est obscur, anonyme. En 1844 seulement, l'histoire religieuse s'occupe de lui : attiré par la Sainte Tunique, il se précipite à Trêves, en édifiants et zélés cortèges. En 1848 seulement, l'histoire politique s'occupe de lui; elle constate, en un tournant de page, qu'il est devenu le maître. Mais ce n'est pas par l'effet
d'une coïncidence fortuite que l'on vit se produire presque en môme temps, en 1848, l'émancipation du peuple et l'émancipation de l'Eglise : le synchronisme, ici, ne fut que la suite et la sanction naturelle d'un contact cordial et prolongé entre le clergé des paroisses et le peuple des paroisses. A l'époque oii la hiérarchie était assoupie, on avait vu les fidèles et les petits curés insister auprès d'elle, importunément, pourquela voixde Romefùt entendue : un prince-éveque aristocrate, Sedlnitzky, avait été renversé de son siège de Breslau par une alliance improvisée entre le Saint-Siège et les fidèles. Lorsque, en 1848, rassemblée deWurzbourg prouva que la hiérarchie était redevenue digne de sa mission, l'on vit la plèbe chrétienne s'organiser à côté d'elle pour être, dans la vie de l'Etat, qui se confondait à l'avenir avec la vie môme de la plèbe, l'appui politique auquel l'Eglise recourrait. (( Des Alpes à la mer du Nord, s'écriait Buss, nous voulons tenir une véritable mission de laïques^ ». Au Congrès de Mayence, « parlement spirituel catholique du peuple allemand ^ » , cette mission eut ses assises ; et c'est parce qu' « homme du peuple », — le rapport sur le Congrès nous le dit formellement — que Buss fut appelé à en être le président '\
Un jour, au courant de la plume, sur un album offert aux signatures des parlementaires de Franc-
1. Yerhandltmrjpn der ersten Versammlimy des Katholischen Vereins Deutschlands, Amllicher lierirht, p. 73.