‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 3 sur 236 · Jahrschrift fur Theoloyle und Kirchenrecht der KaUioUken · texte numérisé non relu

Jahrschrift fur Theoloyle und Kirchenrecht der KaUioUken

3. Sur Jean-Léonard Hug (1765-1846), auteur d'une Einleitung in Neue Testament (Tubingue, Gotta, 1808), qui fut longtemps classique en Allemagne, et défenseur assidu de la tradition christologique contre Panhis et contre Strauss, voir Karl Werner, Geschichle der katholischen Theolofjie, 2« (klition, p. 522-525. — Cf. Hegele, Alban Slolz, p. 49, sur l'impression peu favorable que produisit Hug sur ses disciples Stolz et Hegele : il atteste que Hug mourut sans recevoir les sacrements.

4. Sur Staudenmaier, voir ci-dessous, paragraphe 5, h, Voir ci-dessous, livre HT, chapitre iv,

6 PF]iVSÉE CATHOLIQUE ET PENSÉE ALLEMANDE

battre TUniversité trop « ultramontaine » de Gologae, l'Université de Bonn, dont les débuts coïncidaient avec la fin de l'ancien régime, avait eu jadis des maîtres peu édifiants. La Prusse, devenue maîtresse des provinces rhénanes, ayant fait déchoir Cologne, définitivement, de son vieux prestige scientifique ^ se prt'occupadu moins d'introduire à Bonn une élite sérieuse de professeurs ; mais avec cette élite, une nouvelle doctrine philosophique s'installait, qu'on appelait l'hermésianisme, du nom de son créateur Georges Hermès, et qui compromit gravement auprès de T Eglise la Faculté de théologie de Bonn; et bientôt la prospérité même de cette institution, au lieu d'être saluée comme une gloire, dut être dénoncée comme un péril'-.

L'hermésianisme était un eifort d'apologétique inédite ; au terme de cet effort, il semblait à Hermès •'' que la foi resplendissait, et Bome au contraire estimait et finit par déclarer que c'était là un resplendissement trompeur masquant une véritable ruine de la croyance chrétienne. Les Recherches sur la vérité intérieure du christianisme, publiées en 1805; \ Introduction philosophique^ qui est de 1819; la première partie de V Introduction

1. Voir dans Sulpiz Bois.sr'ire, I, p. 201, 215, 218, 219, les efforts do Snlpice Boisserée, en 1814, pour le rétablissement d'une université catholiciue à Colo{?ne. ; — et cf. ci-dessus, tome I, p. 250, n. 3.

2. La Prusse, d'ailleurs, se réi)uta compétente pour désigner cette élite : elle avait demandé à Fonk, vicaire général de Cologne, de lui nommer six prêtres ])our occuper les cliaires de la Faculté de théologie, mais aucun de ces prêtres n'avait été agréé (voir Themistor. Fricdemann's Vorschlâfje in Betreff der- Bildunçi und Erziehunu der Geisllichni, p. 15 et suiv. Trêves, Paulinus Druckerci, 1884).

'i. Sur Georges Hermès (1775-1831), voir Rassmann, Nachrichten von dem Leben tard den Schriften Mûnsterlàndischer Scliriftsfeller der 18'"" uvd 19'*'" Jahrhunder te. p. 147-148. Il avait été recommandé jtar le théologien protestant Niemeyer, en 1807, })Our la chaire de théologie dogma-

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positive^ qui parut en 1829, subsistent comme des fragments authentiques et avoués de la pensée d'Hermès. Les morceaux posthumes de sa Dogmatiqiie, imprimés par des disciples zélés, n'eussent pas vu le jour, tels quels, s'il eût vécu. Encore moins lui pouvons-nous imputer le long cortège de thèses philosophiques et religieuses qui, vingt ans durant, se déroulèrent dans la Revue pour la philosophie et la théologie catholique^ fondée par l'école hermésienne en 1832, au lendemain de la disparition du maître. La philosophie hermésienne paraissait assez grosse de développements, assez ample en sa portée, assez riche d'avenir, pour être fouillée, creusée, et puis prolongée à perte de vue, fût-ce même jusqu'à la perte de la foi ^

Hermès installait le doute positif à la base de toutes les recherches théologiques. Entre ce néant qu'est le doute et cet édifice qu'est la foi, il chargeait l'iatelligence humaine, et elle seule, de trouver le chemin.

tique de Munster ; il y fut trois fois recteur de l'Université. Lorsque r Université de Munster, en 1817, fut lobiet d'une véritable deminutio capitis, de la part du Gouvernement prussien, et qu'il ne resta plus à Munster qu'une « Académie », Hermès refusa, trois ans durant, de se laisser nommer à l'Université de Bonn, et affecta, en publiant, en 1819, son Introduction philosophique, de vouloir faire honneur à ce centre universitaire disgracié; il accepta enfin, en 1820, d'être nommé à Bonn, où. dès son arrivée, l'on songea à lui pour le rectorat de l'Université. — On trouvera dans Maurenbrecher, Die preussische Kirchenpolitik und der Kôlner Kirchenstreit, p. l'26-l-28 (Stuttgart, Gotta, 1881), une bonne bibliographie de la question de l'hermésianisme.

1. La question de l'hermésianisme est aujourd'hui, si l'on peut ainsi dire, éteinte. On a cessé, en Allemagne, de batailler pour ou contre Hermès : les historiens hostiles à la Curie romaine considèrent en général la condamnation de l'hermésianisme comme le premier acte dune série de mesures par lesquelles Rome implanta en Allemagne, pour lutter contre lesprit universitaire, l'esprit « jésuitique >' ; voir, par exemi)Ie. Friedrich, Gesc/iichle dc.i Valicanischen Konzils, I, p. 2M-215. Si l'on veut étudier dans le détail les objections de la théologie catholique contre l'hermésianisme, on ne saurait en trouver un inteil)rète

Nous ne devons rien vouloir comme vérité, écrivait-il, ou, ce qui est la môme chose, nous devons être sans parti. Nous devons, pendant la recherche, nous détacher, théoriquement, des systèmes de théologie et de religion, en tant' que nous ne les avons pas reconnus comme certainement, vrais ; ils doivent tous être, pour nous, également valables et également non avenus. Nous pouvons réaliser cet état, par la conviction vivante que nous agissons justement et saintement dans notre conscience, si nous nous tournons là où notre intelligence nous mène, parce qu'elle est la seule directrice que l'auteur de notre être nous ait donnée dès notre naissance, avec cette voix, parlant haut en notre for intime, qui nous commande de la suivre, où qu'elle nous mène^.

C'est ainsi que la mystérieuse élaboration de l'acte de foi, pour laquelle, d'après la théologie classique. Dieu et l'homme collaborent ensemble, et qui comporte chez l'homme, non point seulement une démarche de l'intelligence, mais un élan delà volonté, était ramenée, dans le système d'Hermès, à quelque chose d'exclusivement intellectuel.

Ce n'est point dans l'autorité d'un Dieu révélateur qu'il plaçait le motif de la foi, mais, simplement, dans des considérations humaines. La a foi de connaissance», comme il disait, était à ses yeux le produit naturel et nécessaire de notre examen rationnel; l'acte de foi, ainsi considéré, perdait son caractère surnaturel, et perdait aussi son ca-

plus autorisé que le Jésuite Kleutgen, la PhilosopJiie scolaslique exposée et défendup, trad. Constant Sierp (Paris, Gaume, 1809, 4 vol.), et Théologie der Vorzeit, 3 vol. (Miinster, Theissing, 1853-1 8.^4). — Voir aussi au tome XIV des Démonstration^: évangétiqucs de Migne, le travail du P. Perrone, sur la méthode hermésienne. — M. Vacant, dans ses Etudes théolofjiques sur les constitutions du Concile du Vatican (2 vol. Paris, Briguet, ISitô) met en regard, d'une façon précise et instructive, les propositions d'Hermès et les affirmations conciliaires.

1. Voir Kleutgen, La Philosophie scolaslique, I, p. 432 et suiv., et l'art. Bermèi dans le Kirchenle.rikon, V. p. 1875-1899,

ractère de liberté. Alors Hermès, pour s'accommoder tant bien que mal avec la théologie traditionnelle, qui maintient ces deux traits essentiels de l'acte de foi, distinguait une autre sorte de fol, la (( foi du cœur », agissant par la charité, foi surnaturelle, foi vraiment libre. ';Mais, en dépit de ce correctif, un fait subsistait : c'est qu'Hermès, pour la production de l'assentiment dans l'acte de foi, niait la nécessité de la grâce et niait le concours de la liberté : par la première négation, il se rapprochait du semipélagianisme ; par la seconde, il allait à rencontre de la formule du Concile de Trente d'après laquelle les adultes, par la foi qui précède la justification, « se portent librement vers Dieu ». U y a des théologiens qui font de la foi l'aboutissant d'un syllogisme ; ils se sentent tout à la fois conquis, reposés, défendus même par certains appareils de démonstrations rigoureuses, et peu s'en fautqu'en pratique ils ne rendent presque superflue l'illumination de la grâce divine, tant sont lumineux leurs manuels ! L'intellectualisme d'Hermès n'a rien de commun avec cetteécole : imprégné de kantisme, au contraire, il connaissait l'inquiétude d'esprit, et cette raison par laquelle il se faisait conduire du doute à la foi était beaucoup moins la raison spéculative que la raison pratique de Kant. Car la vérité et la réalité de l'histoire évangélique ne peuvent, d'après lui, être admises de telle façon que tout doute spéculatif soit exclu ; et il ne serait pas absurde, pour la raison spéculative, d'admettre que Jésus, en se disant Dieu, ait été trompeur ou trompé ; c'est àla raison pratique de suppléer. Hermès, après avoir discuté si le Non-

veau Testament et la tradition orale sont historiquement vrais « d'une façon extérieure », remet à cette raison pratique le soin de décider si la doctrine de Jésus, telle qu'elle est proposée dans ce livre et dans cette tradition, est « intérieurement » vraie ; et c'en est assez pour deviner avec quelle force lui pouvait être adressé le reproche de subjectivisme. D'autant que la théologie morale, elle aussi, était évoquée par Hermès devant ce for intime de l'homme, et qu'à ses yeux les commandements de Dieu n'acquéraient force obligatoire qu'en tant qu'ils étaient intérieurement, après examen de leur objet, reconnus conformes aux exigences de la raison pratique ^.

Enfin cette raison pratique, souveraine en ses appréciations, intervenait même dans l'économie de la doctrine traditionnelle sur Dieu : elle proclamait que, si Dieu, comme le prétendaient jusque-là les théologiens, eilt vraiment créé le monde pour sa propre gloire, il eût agi par égoïsme ; et pour décharger d'un tel reproche la réputation du Créateur, Hermès professait que Dieu nous a créés pour nous-mêmes, en vue de notre propre félicité, en vue de notre félicité la plus grande possible.

A l'origine du systèuie d'Hermès, il y avait un besoin de réaction contre la scolastique du moyen âge, ou, pour mieux dire, contre la scolastique telle que la connaissait Hermès d'après certains travaux de seconde main. Le catholicisme germa-

1. standoiiinnier, dans ses ]>a^es contre l'herniésianisme, insistait sur le caractért» " mécanique " qu'affecte la dogmatique chrétienne dans le système d'Hermès, et sur lincompatibilité entre l'hermésianisuie et un " chri-^tianisme vivant » (Lauchert. Frunz Avion Sl'nnh-nnnii.'r. y. 257- 2o9. Fribour,i,% Ilerder, 1901).

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nique, dans Fardeur même de son renouveau, dans l'émoi môme de son réveil, méprisait volontiers les spéculations du passé : fallait-il s'étonner qu'en son rajeunissement il eût à l'endroit de la pensée traditionnelle les audaces naturelles à la jeunesse, et que, ne retrouvant pas dans les écrivains scolastiques la distinction criticiste entre le « concept » (Begriff) et Tu idée » {ideelles Denken), entre r « entendement » [Verstand] et la « raison » [Venwnft), il les accusât, comme le faisait Hermès, d'avoir été de purs nominalistes ou de médiocres logiciens? Au terme de ce système, s'épanouissaient avec complaisance les hypothèses théologiques les plus curieuses, destinées, dans leur savante contexture, à faire apparaître le dogme comme strictement rationnel : le prêtre Krabbe, biographe d'Overberg, et qui jouera plus tard un rôle dans l'assemblée épiscopale de Wurzbourg, nous raconte, dans ses Souvenirs pédagogiques^ l'atlrayante impression que laissaient dans son intelligence juvénile les enseignements et les conversations d'Hermès, l'attitude de « familier de la Sainte-Trinité » par laquelle ce professeur conquérait le respect, et l'enthousiasme fidèle, enfin, qui poussait les jeunes prêtres à transporter dans leurs catéchismes populaires, comme autant d'articles de foi, les hypothèses d'Hermès ^ Peut-être cette fièvre de croissance de l'intelligence catholique allemande eût-elle affecté moins d'ardeur et moins de fracas, peut-être l'eût-on

:. K'rabbo, P/idaf/oi/ischr Erijnirruiif/rn. p. (il-lir», 00-70 H 112-113: on ne siiiiiait npf,'lij,'er ces paiios si Ton veut se faire une éijuitahle i(lé(> de rhermésianisuie.

vue, tout simplement, baisser et tomber, si les ex citations de la politique n'étaient venues Tentrete niret Texaspérer, et donner àThermésianismeund sorte de consécration laïque en l'érigeant en théo^ logie d'Etat. Nous dirons, dans la suite, commen : Hermès eut à la cour de Prusse une sorte de faveur posthume et quelles poignantes querelles en résultèrent; mais, tout ce que, pour l'instant, nous voulons noter, c'est que la théologie catholique, anémique et frileuse, ne pouvait attendre son salut de la Prusse, où rhermésianisme était investi d'une sorte de règne officiel, et où l'influence de Klee, le théologien antihermésien de Bonn, était si âprement combattue, qu'il finit par émigrer à Munich^.

Mais au grand séminaire de Mayence et à la Faculté de Tubingue, la théologie se fortifiait et commençait de se réchauffer; et pour faire le tour de la pensée catholique allemande à l'époque de la Restauration et de la monarchie de Juillet, il importe de s'arrêter en ces deux villes, avant de s'attarder plus longtemps à Munich qui, durant près d'un quart de siècle, avec Gœrres pour hôte et Louis V' pour souverain, sera la capitale intellectuelle et politique de l'Allemagne catholique.

1. Voir ci-dessous, p. 18, u. 3. En réalité, dans l'université prussienne de Bonn, la véritable influence catholique fut longtemps représentée par deux laïques: le canoniste Ferdinand Walter (Voir ci-dessous, livre HI, chapitre ii), et son beau-père Charles-Joseph-Jérôme Windischmann (1775-1889), ancien médecin de l'électeur Erthal et du primat Dalberg, philosophe et philologue, cherchant dans la médecine des points de vue nouveaux pour l'apologétique chrétienne, et dans la philologie des documents pour une histoire chrétienne de la pensée humaine (Voir Werner, Geschichte der kathoUschen Théologie, 2" édit., p. 425-4'29, et Walter, Ans meinem Leben, p. 310-317).

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Le Collège germanique de Rome, jadis fondé par saint Ignace, avait, pendant deux siècles et demi, rendu d'éclatants services à TEglise d'Allemagne : c'est de là qu'étaient sortis les meilleurs administrateurs des diocèses; et, grâce à ce Collège, un certain contact s'était maintenu entre la « nation germanique » et le Siège iVpostolique. Joseph II, en 1782, avait contraint les clercs autrichiens de le déserter ; puis, en 1798, au moment de l'occupation française, le Collège avait fermé ses portes^; et lorsqu'on 1818 elles se rouvrirent, les Gouvernements allemands entravèrent ou prohibèrent l'émigration de leurs clercs. Des Suisses allemands, telle était la seule clientèle du Collège germanique renaissant^. Mais un séminaire existait en Allemagne, où Tesprit se rapprochait singulièrement de celui du Collège germanique :

c'était le séminaire de Mayence.

Dès le premier Empire, l'éphémère chef-lieu du département français du Mont-Tonnerre s'était ouvert comme une oasis à la pure théologie romaine. La France avait créé cette oasis, la France la fécondait. Au moment même oii nos prêtres émigrés ramenaient dans la soupçonneuse Angleterre de nouveaux germes de « papisme », que le xix" siècle allait mûrir, un prêtre français « non-jureur », Colmar, était installé par Napoléon sur le siège de

1. Cardinal Steinhuber, Gesrhichtc des Collet/iam f/criunnirum Inoif/aricunt in Itom, II, p. 198-202. (Fribourg, lierder, 1890.)

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