‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 45 sur 236 · Classen, op. cit., p · texte numérisé non relu

Classen, op. cit., p

3. Friedrich, Ignaz vo7i Bœllinf/er, I, p. 163-166. — Cf. le jugement de Frédéric Schlegel, écrivant à Boisserée en 1810: « Baader parle incom- I)arablement mieux qu'il n'écrit » {Sulpiz Boisserée, I, p. 94-9.5) ; et Schlegel, d'ailleurs, réputait Baader l'homme le plus remarquable, le plus intelligent, le plus profond, qu'il eût trouvé depuis longtemps (Spahn, P/tillipp Veit,p. 16). Lorsque Montalembert témoignait quelque impatience des obscurités de Baader: « On n'entre pas en pantoufles dans le ciel de l'intelligence, disait le philosophe; la tête doit être brisée aussi bien que le cœur. » (Lecanuet, Montalembert, I, p. 382 ) — Varnhagen von Ense, tout en regrettant l'orgueil et la crédulité parfois superstitieuse de Baader, le classe comme « un des premiers héros de la puissance intellectuelle de l'Allemagne « {Benkwûrdigkeiten und Vermischte Schriften, V, p. 211-212). — Une longue citation de Bamler, traduite par Lerminier,Aî<rfc/à duBhin, II, p. 187 et suiv., est un très intéressant spécimen de la manière du philosophe : Lerminier, II, p. 30, caractérise « l'ardeur scintillante, la verve envahissante, de son grave mysticisme ».

4. Un autre professeur qui, sans être catholique, exerçait à Munich une mfluence a peu près analogue, mi-philosophique, mi-mvstique, était le naturaliste Schubert, déjà mentionné comme biographe d'Overberg. Voir Jocham, Memuiren eines Obskuranten, p. lJO-121 et 597-598. — Saint-Marc Girardin, rentrant d'Allemagne, notait d'une plume pénétrante le rapport qui existait entre ces philosophies mystiques et le renouveau artistique de Munich. « Ce mysticisme, écrivait-il, entretient dans les esprits une sorte de fermentation religieuse et i)hilosophique qui ajoute au

l'école de MUNICH 85

milieu du siècle sera l'un des premiers philosophes catholiques de TAllemagne, fut, de 1833 à 1835, l'élève de ces deux maîtres ; et, dans son système de (( philosophie positive », qui convergera tout entier vers les principes chrétiens, et qui proclamera — si même il ne l'exagère — la nécessité de la révélation pour l'acte rationnel de connaissance, on pourra ressaisir, élaborées par une pensée originale et soucieuse de quelque rigueur théologique, certaines inspirations de Schelling et de Baader ^ Il serait facile, aussi, de discerner un lien entre ces deux penseurs et Molitor, le philosophe catholique de Francfort qui, de bonne heure, profitant de son érudite familiarité avec certains docteurs juifs, trouvera dans l'étude de la kabbale les éléments d'un curieux travail historique et philosophique sur les précédents et les ramifications de la tradition chrétienne 2. Munich, grâce à Schelling et grâce a Baader, était la seule capitale d'Allemagne où la spéculation philosophique passât pour l'auxiliaire de la foi romaine.

inoiivement des beaux-arts... La philosoiihie de Ga-rres et Baader exhale plus d'idées qu'elle ne prend de conclusions, émeut plus quelle ne convainc. Ses pensées sont plutôt à l'état de gaz qu'à l'état de solide ; elles ont par cela môme quelque chose d'enivrant qui convient aux artistes, » (Saint-Marc Girardin, op. cit., p. 208.)

1. Eduard v. Hartmann, Ausgewtihlte WerArc, III, p. 1G9 et suiv. (Leipzig Friedrich, 1888). — Nous reviendrons plus tard sur l'œuvre de Martin Deutinger (1815-1864), qui attira surtout l'attention durant la période postérieure à 1848, et sur laquelle la principale source est le livre de Kastner : Deuthif/ers Lcben und Schriften. Munich, Lindauer, 1875. Sur l'esthétique de Deutinger, voir ci-dessous, liv., III, chap. III.

2. Sur Joseph-François Molitor (1779-18(30), voir Wcvnev, Gcschichte der katholischen Théologie, 2« édit., p. 429-432. Le grand ouvrage de Molitor s'intitule : Philosophie der Geschichte oder ûber die Tradition (Miinster» 1828-1853) ; Xavier Quris, en 1834, en commença une traduction française, non continuée (Paris, Gaume).

Mais on ne pouvait méconnaître que, pour de jeunes théologiens, le voisinage de ces aventureux systèmes offrait quelques périls ^ La présence d'Allioli et de Dœllinger à la faculté de théologie, et puis, après 1835, la trop brève apparition de Mœhler ', contrebalancèrent efficacement ces dangers. Joseph-François Allioli^, qui mourra en 1873 prévôt d'Augsbourg, rendit à rAllemagne catholique ce service, de lui donner, entre 1830 et 1840, une traduction orthodoxe de la Bible : les savants estimaient son érudition ; les croyants sa prudence. On fut heureux, dans les sphères ecclésiastiques, de pouvoir mettre de côté la traduction

1. Matter. qui vers cette époque observa de près la pensée allemande, mettait exactement les choses au point: « La religion, écrivait-il, reprend sa i)lace dans la pensée allemande. Toutefois, la réaction n'est pas accomplie. C'est bien, à la vérité, la religion (jui semble gouverner la l)hilosophie, et toute la substance de la métaphysique parait se réduire maintenant à la philosoithie de la religion; l'ambition de Schelling luimême, qui sait l'heure qu'il est depuis cinquante ans, n'est pas de changer cette tendance, au contraire. Cependant la philosophie, tout en se mettant aux genoux de la religion, ne veut se nourrir à son sein que })our disposer de l'aliment qu'elle lui prend et de celle qui le donne, comme de choses à elle. C'est bien la religion qui est la maîtresse, mais elle est une maîtresse singulièrement gouvernée encore par sa servante. » {I)e l'état moral, politique et littéraire de l'Allemagne, 1, p. 87-«8. Paris, Amyot, 1847.) — Comparer l'impression que laissèrent à Lacordaire les philosophes de Munich [Correspondance avec AJ"'* Swetchiîie, p. lU. Paris, Didier, 18G4).

2. Sur la nomination de Mœhler à Munich, dont Ringseis fut en i)artie l'instigateur, voir Ringseis, Erinnerumjen, II, j). 287-288; et sur la part qu'y prit Dœllinger, voir Friedrich, Afœhler der Stjmboliker, p. 34 et suiv.

'.i. »ur AUioli (1793-1873), voir l'article du cardinal Hergenrœther au tome 1 du Kirchenlexikon. — Le futur évèque Conrad Martin nous a laissé, sur Ailloli, qu'il aimait profondément, et sur la portée de son enseignement, d'intéressants souvenirs. {Zeitbilder oder Erinnerungen an meine verewigten Wohlthàter, p. 65 et suiv.).

l'école de MUNICH 87

des frères Van Ess ; et l'exégèse d'Allioli, classique, serrée, contint les jeunes théologiens sur la pente vertigineuse où les eussent entraînés les philosophes. Alors leurs imaginations mortifiées, légèrement impatientes, en quête d'évocations et de résurrections, s'attachaient au professeur d'histoire ecclésiastique, Jean-Joseph-Ignace Dœllinger : transportées par lui dans les premiers siècles de l'Eglise, elles s'assagissaient, et le catholicisme cessait d'être un thème de rêves pour devenir un thème de travaux érudits.

Dœllinger^ était théologien de profession : il l'était exclusivement, peut-être trop. v< Pour presque tous les autres, disait-il un jour, la théologie n'était qu'un moyen en vue d'un hut. Pour moi, au contraire, la théologie, ou principalement la science fondée sur la théologie, était le hut, et le choix de l'état [die Wahl des Standes) n'était qu'un moyen-. » Ce sont là des propos qui eussent résonné désagréahlement aux oreilles d'un Liebermann : le plus médiocre de ses clercs, étudiant avec un modeste directeur de séminaire les appels de la grâce, lui eût paru plus qualihé pour le sacerdoce qu'Ignace Dœllinger, qui ne cédait qu'aux attraits tout intellectuels de la théologie. Chez Dœllinger, le professeur primait le prêtre, et quand le professeur aura des difficultés avec son Eglise, le prêtre les terminera par une sécession.

1. Sur Dœllinger (1799-1890), la monographie la plus complète est colle de M. Friedrich, Jgnaz von Dœlliiu/er, 'A vol. (Munich, Beck, 19U1) : M.Friedrich, théologien «vieux catholique», oriente l'existence entière de Dœllinger vers sa sécession d'avec Rome. — Comparer, en sens inverse, le livre du Jésuite Michael : hjnaz cou DœllitKjer, b« édit. (Innsbrûck, Hauch, 1894).

2, Friedrich, Jynaz von Dœllinger, I, p. 91.

C'est en 1825 que le jeune Dœllinger, après avoir tant bien que mal étudié la théologie à Bamberg, était appelé à TUniversité de Munich. Il publiait en 1826 son premier livre sur l'Eucharistie dans les premiers siècles; le livre avait l'allure d'une thèse, faite d'après les textes ^ On sentait l'auteur très familier avec les Pères : l'intimité ne fit que s'accroître. Elle était troublée, de temps à autre, par les soucis contemporains : le besoin de dire son fait à Henri Heine ^ ou de batailler au sujet des mariages mixtes ^ faisait d'Ignace Dœllinger un publiciste. Mais ce ne furent pas seulement les tentations du journalisme, ce furent aussi les obligations du professorat, qui retardèrent, chez Dœllinger, l'activité productrice du savant. Pour l'enseignement de l'histoire ecclésiastique, tout un outillage technique était à créer. Il conçut le plan d'une encyclopédie théologique, à laquelle aurait collaboré l'école de Mayence; il remania le vieux manuel d'histoire de l'Eglise dont Hortig était l'auteur ; à son tour, il entreprit un précis original, qu'il laissa inachevé^. Grâce à ces travaux, plus ingrats pour sa notoriété scientifique que ne l'eût été la grande histoire des hérésies médiévales, qu'il projetait et n'écrivit pas"', les facultés de théologie possédèrent

Page 1