Diel-Kreiten, op. cit., II, p. (î
4. Diel-Kreiten, op. cit., II, p. (38 et suiv. — Sur Luisa Hensel (1798-1876), voir Franz Binder, Zwis'i ffensei, nouvelle édition (Fribourg, Herder, 1904).
5. Sur l'influence de Sailer sur Brentano, voir Diel-Kreiten, op. cit., Il, p. 31-39 et 1;^7 et suiv,
lait pieusement les révélations de cette Catherine Emmerich^ rustique, illettrée, au fond d'une bourgade westphalienne. « Je sens que je trouve une patrie ici, écrivait-il, il me semble que je ne peux plus quitter cet être prodigieux, que Dieu me donne unebesogne^. » Stolberg^, Overberg,tous les survivants du cercle de la princesse Gallitzin, s'intéressaient aux visions de Catherine ; mais la merveille des merveilles, c'était de voir le subjectivisme romantique assagir soudainement ses fantaisies débridées, pour s'asseoir à un chevet et s'instituer greffier.
Emmerich, morte, régnait encore sur l'âme de Clément ^ ; puisqu'elle n'était plus là pour qu'en elle
1. Anne-Catherine Emmerich (1774-1824), née aux environs de Cœsfeld dans une famille de pauvres paysans, put en 1803, après de longs obstacles, réaliser son désir d'entrer chez les Augustines de Diilmen. Très souffrante, elle dut assister, en 1812, à la suppression de son cloître, et vécut très modestement à Dûlmen. A la fin de 1812, elle fut complètement stigmatisée, et ne se soutint plus, désormais, qu'avec de l'eau et des légumes. Une connuission épiscopale en 1813, une commission gouvernementale en 18iy, étudièrent son état et ses extases. Elle revivait la vie du Christ, de la Vierge et des saints. Souvent, dans ses visions, elle sympathisait avec les souffrances de l'Eglise d'Allemagne (Voir à ce sujet Thomas a Villanova Wegener, I)as wunderbare innere und âussere Lebcn der Dienerin Gottcs Anna Katharina Emmerich, 3" édit., p. 20S-234. Diilnien, Laumann, 1899). — La source capitale sur Emmerich est : Schmoger, Das Leben der gottsclif/en Anna Kalharinn Emmerich, 2 vo]. Fribourg, Ilerder, 1867 et 1870). — Les visions sur les souffrances du Christ furent i)ubliées en 1833 par Brentano ; il avait préparé, de son vivant, la publication des visions concernant la vie de la Vierge qui parurent en 1852; enfin, daprès les manuscrits de Brentano légués à Haneberg, le P. Schmoger publia, en 1858-1800, les trois volumes de visions concernant la vie du Christ.
2. Sur ce séjour à Dûlmen, voir Brentano, Gesammeltc Briefc, I, p. 270 et suiv. (beaucoup de ses lettres de cette époque sont adressées à Overberg); — Diel-Krciton, op. cil., II, p. 217-315; — et Thomas a Villanova AVegener, Anna Katharina Emmerich und Clemens Brentano (Dïûmen, Laumann, 1900). — « Des gens qui ont vu Brentano à Dûlmen, écrivait Guillaume Grimni à Gœrres en septembre 1822, affirment que fréquemment le profane revient au galop chez lui ; mais il ne veut, à proprement parler, que sadonner à des méditations religieuses. » (Gœrres, Gesammelle IJriefe, ni, p. 32.) b V , / 1
3. Janssen, Friedrich Leopold Graf zu Stofljerr/, II, p. 352.
4. Voir dans Brentano. Gesammeltc liriefe, II, p. 72-75, les lettres à
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il trouvât Dieu, ot puisque sa situation de famille lui interdisait l'accès du sacerdoce, il chercha Dieu ians les pauvres. Il y avait à Goblentz un conseiller municipal nommé Dietz, qui s'intitulait crânement (( le valet de notre bon Seigneur Dieu dans sa ville de Goblentz^ » ; auprès de lui, pour le même service des malheureux, Luisa Hensel, Apollonie Diepenibrock, étaient accourues ; Brentano survint à son tour^. Et comme Dietz se sentait mortel, comme iLuisa et Apollonie étaient à Goblentz deux déraciiuées, et comme les misères, elles, sont immortelles, iDietz eut un jour la pensée, pour que l'œuvre du bien lui survécût, de remonter la Moselle et de s'en aller quérir des filles de France'^. Les sœurs de Saint-Charles de Nancy répondirent à son appel : huit d'entre elles se détachèrent du tronc lorrain, et Goblentz fut l'une des premières villes étrangères oii la France catholique, relevée des ruines révolutionnaires, dépensa quelque chose de son cœur.
Alors, témoin de cette fondation, Brentano s'en
^Diepenbrock ot à Sailer, du 10 février 1824, où il annonce la mort d'Emmerich. — Cf. dans Gœrres, Gesammelte Briefe, III, p. 352, une lettre de Diopenbrock, de 1828, sur les velléités sacerdotales de Brentano, et sur son humeur inquiète : « Il se lamente, ne sait où aller... Que Dieu lui mette la paix au cœuri » — Cf. Gœrres, Gesammelte Brie fe, I, p. 247.
1. Gœrres, Gesammelte Briefe, III, p. 188. — « C'est un homme tout d'or », disait Brentano au sujet de Dietz (Gœrres, Gesammelte Briefe, III, p. 261). — Dietz avait à Berlin, en 1823, tenté auprès du futur Frédéric- Guillaume IV une démarche en faveur de Gœrres, alors réfufjié à Strasbourg (Gœrres, Gesammelte Briefe, III, p. 104-105).
2. Voir les détails que donne Brentano dans une lettre à Gœrres (Gœrres, Gesammelte Briefe, III, p. 223) ; et cf. Brentano, Gesammelte Briefe, II, p. 90-97 et 130.
3. Depuis 1811, il y avait des religieuses à Trêves. Sur la surprise que provoqua à Goblentz, en 182(), la réapparition des Sœurs, absentes depuis une génération, voir Brentano, Die Barmlierzigen Schnwstern in Bezuf] auf Ainnen und Krankcnpflege, nebst einem Bericht ûber das Biirijerhospital in Coblens, 2" édit., p. 137-141 (Mayence, Kirchheim, 1852).
liDDADV a M&RY'S COLLEGE
fit riiistorien. Son livre sur les sœurs de charité parut en 1831 ; il fut pour l'Allemagne une révélation. L'opinion bavaroise, surtout, s'éprit de ce livre; la Bavière envia la France ^ Puis en 1833, la publication des visions de Catherine commença; elle fit grand bruit. Arnim fut très malveillant^; Diepenbrock^\ Gœrres'' inclinèrent à quelques réserves; il semblait bien que les conversations dans lesquelles Brentano avait raconté à la pieuse fille les expériences d'autres visionnaires^ eussent parfois inllué sur Fimagination de Catherine ; et l'on sentait malaisé, sinon impossible, de distinguer, dans les révélations publiées, entre ce qui venait d'Emmerich — ou de Dieu — et ce qui avait été inconsciemment suggéré par Brentano^'. Mais
1. Diel-Ki(Mteii. op. cit., II, p. 398- '.02. — Sur leffet produit on Bavière par ce livre, voir Brentano, GesammcUe Briefe, II, p. 371 (lettre de 1838)- — Voir dans Diel-Kreiten, op. cit., II, p. 402-404, le jugement de Gœrres et de Dietz.
?. Voir, dès 1820, une lettre d'Arnim sur ces prophéties qui lui semblent vides et mensongères (Gœrres, Gesammelte Briefe, III, p. 220).
3. Diepenbr<ick se montrait inquiet du jugement qu'on porterait à Rome sur l'œuvre de Brentano, et se plaignait qu'il fût trop difficile d'y distinguer « le miel et la cire >. ; c'était la vie même de la sainte qui lui plaisait le plus (Gœ-rres, Gesammelte IJriefe, III, p. 419).
4. Voir une lettre de Gœrres sut- Brentano. écrite dès 1825, et dans laquelle Gœrres, jugeant le tempérament littéraire de Brentano, définit le curieux mé'ange qui se fait en lui entre la « vérité universelle » et s<m propre subjectivisme (Gœrres, Gesammelte liriefe, I, p. 23ô). — Comparer une lettre du jeune Ketteler, écrite de Munich en 1839 : « Qu'Emmerich ait eu des illuminations surnaturelles, je ne veux assurément pas le nier; mais toutes les proches connaissances de Brentano que j'ai entretenues ici me semblent être d'accord sur ce point, qu'en ne doit pas tout prendre à la lettre connue il Ta exposé. >• (Ruich, Ilriefe von uud an Ketteler, p. 17.)
.'). Spécialemi-nt de Maria d'Agreda. Voir Friedrich, Jt/naz von Dœllin- (jcr, I, p. 403-404 ; — Diel-Kreiten. op. cit., II, p. 44.-)-449.
0. Pour la critique des publications de Brentano, voir, d'une part, dans un sens favorable, Thomas a Villanova AVegener, Anna Katiiarina Kmmerich undClemens Brentano, p. 1 13-155, et, d'autre part, dans un sens hostile, Rieks, E mm erich- Brentano, Heiliysprechuny der stigmatisierten Au(/ustiner Nonne A. A. limmerich und dere.n /un f tes Evanyelium nach Clemens Brentano (Leipzig, \Voei)ke, 1904).
puisque Emmerich, sur un si^ne d'en haut, avait choisi Clément comme confident, l'on ne s'en pouvait prendre qu'au ciel si un ancien romantique, •spectateur de sept annéesd'extases, avait manqué, parfois, à la passivité d'un bon protonotaire.
Le temps était loin, où l'on pouvait comparer la muse de Brentano à «une princesse chinoise, caprice personnifié, dont ki joie la plus grande était de pouvoir déchirer les plus somptueuses étoffes for et de soie^ » ; elle se mortifiait, se macérait, ^'imposait des besognes d'apologétique. D'aucuns [plaisantaient : « C'est un saint comique», disait- 3n de Brentano^. Alors l'érudit f3œhmer, tout protestant qu'il fût, s'insurgeait^ : il voulait qu'on ifespectât cet « homme prodigieux, le plus grand poète de tous les vivants^», et qu'on reconnût, ^hez lui, « une force d'esprit et une richesse d'âme jui l'égalaient à Dante, à Calderon, à Shakspeare^ ».
Brentano vint iixer à Munich les dernières mnées qu'il avait à vivre''; et lorsqu'on le voyait, iccoutré en pénitent porteur d'un vaste rosaire lont il murmurait les dizains, s'acheminer vers ;a maison qu'habitait Gœrres, ce dévot fantôme