‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 51 sur 236 · II · texte numérisé non relu

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tique par im livre sur la révolution de 1830. Encouragé par le succès et par le général de Radowitz, on l'avait vu fonder et diriger, quelque temps durant, la Semaine politique berlinoise^ dans laquelle, en face des périls d'anarchie révolutionnaire, il développait une notion organique de l'Etat^ « Cette feuille, écrivait de Soleure le vieux Charles-Louis de Haller, semble être instituée par mes disciples, et dans l'intérêt de la vraie doctrine ' » ; et les écrits de Haller, en effet, avaient façonné la pensée politique de Jarcke. Dans le cercle de Gœrres, c'est Jarcke que l'on consultait sur le droit public, comme Phillips avait la parole sur le droit canon.

Il n'était pas jusqu'à la question des mariages mixtes, troublante pour l'Allemagne entière, qui ne trouvât près de la Table Ronde un spécialiste; il s'appelait Ernest de Mo} ^ était fils d'un émi-

mtur der Staatswissenschaften, U, p. 578 et suiv. ; et Phillips, Vermischle Schriflen, H, p, 598-616 (Vienne, BranniûUer, 1856).

1. Le programme et les principaux articles du Berliner Polilisches Wochenblatt sont reproduits dans Jarcke, Vermischte Schriften, I (Paderborn, Schoningh, 183'J). Le programme (p. 1-7) se réfère au mot de De Maistre : « Nous ne voulons pas la contre-révolution, mais le contraire delà révolution. » Charles-Louis de Haller et Radowitz collaboraient activement à ce périodique. (Raemi de Bertignv, op. cit., p. 37 ; — Hassel, Joseph-Maria von Hadowitz, L p. 520-224.) — Nous aurons l'occasion, plus tard, à propos des polémiques de 1849 entre Jarcke et Lieber au sujet du fonctionnement des associations catholiques, de revenir sur les idées politiques de Jarcke.

2. La copie de celte lettre de Haller au Jésuite Helffer, du 17 octobre 1839, nous a été conuauniquée par M. Hyrvoix de Landosle. Haller ajoute : « Depuis la déplorable animosité du roi de Prusse contre le catholicisme, cette feuille n'ose plus soutenir la bonne cause qu'à demi. » Et, effectivement, l'affaire de Cologne amena une rupture complète entre Jarcke et la Semaine politique, berlinoise ; et Radowitz, de son côté, quitta le journal sans mot dire, étant, tout à la fois, catholique convaincu et fonctionnaire de la Prusse. (Hassel. Joseph Maria von Radoipitz, L P- 60-61.)

3. Sur Ernest Moy de Sons (1799-1867), fondateur en 1857 de VArchio fur Kalholischos Kirchenrecht, voir Schulte, Die Geschichte der Quellen und Lileratur des Canonise hen Bechls, HI, i, p. 369-371. — « Tout à coup.

gré français, et professa d'abord à Wurzbourg, puis à Munich ; et ce laïque, dès 1830, empruntant à la tradition catholique les éléments d'un traité sur la théorie canonique du mariage^, avait éclairé l'Eglise d'Allemagne de cette lumière même que son clergé laissait vaciller.

Les théologiens voisinaient avec les juristes. Au jpremier rang parmi eux, l'on apercevait Frédéric Windischmann, fils du professeur de Bonn, et l'un des philologues les plus distingués de l'Alleimagne. Ce Windischmann, élève de Guillaume Schlegel, s'était fait connaître, tout jeune, par un exposé critique du panthéisme indou ; ses recherches sur la philologie obtenaient la savante estime d'Eugène Burnouf ; ses travaux de grammaire arménienne devaient lui valoir l'hommage de Bopp; il avait, par surcroît, hérité de son père un goût très vif pour les synthèses, et comme lie vieux Windischmann s'était fait de la médecine lane avenue vers la philosophie, le jeune prêtre, à son tour, trouvait dans la philologie même une lumière sur l'histoire générale des idées. Il profitait de sa réputation scientifique pour donner, de temps à autre, des travaux apologétiques : tel, par 3xemple, l'écrit de 1836 où il défendit la venue de

■crit le baron de Reiffenber^, vous entendez parler français avec la corection, l'abondance, l'atticisnie, presque la mignardise d'un Parisien. Test M. de Moy, naguère professeur à Wurtzbourg. Le père de M. de .loy était un homme de qualité que la révolution de 1789 força de quitter a France. Il vint s'établir à Munich, et, dépouillé de sa fortune, il ne oulut devoir son existence qu'au travail. Le gentilhomme français eut e courage de se faire marchand. Son fils le consola de ses malheurs. » Nouveaux Souvenirs d'Allemagne, pàlerinar/e à Munich, II, p. 206.)

1. Die Elle und die Stellung der Katliolischen Kirche in Deutschland riXck ichtlich dièses Punktes ihrer Disciplin. Landshut, Krûll, 1830.

iOO PENSÉE CATHOLIQUE ET PENSÉE ALLEMANDE

saint Pierre à Rome^ Il pouvait causer orientalisme, non point seulement avec Gœrres lui-même, mais avec deux jeunes gens, Fun laïque, l'autre bénédictin : Ernest Lasaulx, gendre de Baader, professeur à Wurzbourg et puis, à partir de 1844, à Munich même, et dont on citera plus tard les travaux de philologie grecque et romaine et de philosophie de l'histoire 2, et Daniel-Boniface Haneberg, réputé dans la suite comme professeur d'exégèse et comme prédicateur ^^

C'était une pépinière d'évêques que cette Table Ronde : Haneberg mourra sur le siège de Spire; Hofstaetter, l'un des convives assidus, gouvernera bientôt l'Eglise de Passau ; et s'il n'eût tenu qu'à Droste-Vischering, c'est Frédéric Windischmann qui lui eût succédé à l'archevêché de Cologne^

1. Sur les travaux philologiques de Frédéric Windischmann (1811-1861), fils du professeur antiherrnésien de Bonn, voir un excellent article dé Nève, Correspondant, juin 1803, p. 301-327.

2. Sur Ernest Lasaulx (1805-1861), dont l'aclivité d'écrivain est surtout postérieure à 1850, voir Reniigius Stolzle, Emst von Lasaulx {UûnsiQT, AschendorfT, 1904). On peut croire que c'étaient ses conversations dans le cercle de Gœrres qui l'avaient amené à comprendre l'importance des études sanscrites, conmie le prouve l'important discours qu'il i)rononçait a ^\ urzbourg, en 1844, pour le rétablissement d'une chaire de sanscrit (Sttilzle. op. cit.,]). 92).

3. Sur le Bénédictin Daniel-Boniface Haneberg (1810-1870), voir, en particulier, Karl Werner, Geschichte der Katholischen Théologie, 2* édil., p. .529 et suiv., et Sébastien Brunner, Denkpfennige zur Erlnneruny an Personen, Zustâwie und Erlebnisse vor, in und nach dem Explosions jahre ■ 1 8 18. p. 230-243 (Wurzbourg, Woerl, 1886). C'est surtout dans la secoii^i^^ moitié du siècle que son activité .s'épanouira : des traductions de AVis.man, publiées en 1836 et 1839, son enseignement sur l'Ancien Testament, qu 11 inaugura à 1 Université de Munich en 1841, ses premiers travaux sur les antKiuites hébraïques et l'Ancien Testament (1841 et 1844) lui assurèrent, des celte date, une réputation. C'est lui qui prononcera, en 1848,

I oraison funèbre de Gœrres (Galland, Joseph v. Gœrres, p. 057-658).

4. Karl Mœller, Lehen und IJriefe von Johannes Laurent, II, p. 133. — t.eissel, plus tard, ne put même obtenir du Gouvernement prussien la nomination de Windischmann à la Faculté de Bonn (Pfùlf, Cardinal v. f^eme/,l, p. 229-231). Vicaire général de Reisach, archevêque de Munich, a partir de 1846, Windischmann prendra dans les affaires de -

La i'acullé de théologie de Munich se transportait volontiers chez Gœrres : on y voyait Mœhler, qui, lui, s'effaçait volontiers, car la chaleur des conversations lui faisait mal aux nerfs et lui donnait des insomnies 1; Dœllinger, enfin, était un visiteur très régulier, et rappelait à un témoin « cette princesse des contes de fées, qui ne pouvait ouvrir la bouche sans en laisser échapper des perles ^ ». Entre juristes et hommes d'Eglise, le parallèle ne laissait pas d'être piquant ; il advenait, dans le coin des prêtres, qu'on trouvât ce Jarcke légèrerement fanatique, et ce Phillips singulièrement ultramontain-^. Les canonistes laïques à Munich se préparaient à être infaillibilistes, avant les théologiens.

Nous n'avons, parmi les hôtes de la maison, nommé que les sommités ; et nous ne devons pas cacher que ce qu'il y avait de plus intéressant dans la vie d'un pareil cercle, c'est ce que l'histoire n a pas su, ou bien ce qu'elle a tu. Sous le toit de <( papa Gœrres », on faisait mieux que nouer des relations, l'on resserrait des liens d'àmes. Ce Jarcke, que Phillips rencontrait, n'était-ce pas lui qui naguère avait converti Phillips^? Jarcke, à

rEjj;li,se b;ivaroise un rôle que nous aurons l'occasion détudier; et le regret qu'exprimait le jeune Ketleler, en 184^, de ne point voir \VindischniHUU dépenser son activité sur le Rhin ou en Westphalie (Raich, Briafe von und an Keiteler, p. 1,28), ne fit assurément que saccroitre.

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