De. la Prusfie et de sa doyâination. p. :\%i
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uni' école (rassoiiplissemcnt pour les consciences comme pour les muscles. C'est ainsi que le roi de Prusse, entre deux parades, faisait prier tous ses soldats à sa propre façon ^ L'on ne plaisantait pas, dans Tévangélisme prussien, sur les honneurs dus au Très-Haut; c'est l'époque où, dans un journal, un censeur officiel biffait l'annonce d'une traduction de Dante, en expliquant que les choses « divines » ne devaient pas être un sujet de comédie 2. »
Mais l'accoutumance catholique grave trop profondément dans les âmes l'idée de leur indépendance à l'endroit du pouvoir laïque, pour que cette pédagogie autoritaire eût chance d'être efficace. La religion du roi, devant laquelle tout Prussien sous les armes devait prosterner son hommage, se heurtait, dans la vie civile, àlarésistance passive des fidèles du Pape; où la caserne elle-
I. Hunsen. en mi, obtini de Frédéric-Guillaume III, à grand-peine d ai leurs, a suppression de cette Kirchenparade : sentant que la lutte contre le clergre devenait difficile, le ministre durci de Prusse jugeait sans doute prudent de supprimer, chez le peuple catholique, cette cause de mécontentement. L'argument par lequel Frédéric justifiait auprès de Hunsen la A.,T/tc,y)amcZ. est très caractéristique : « Les prêtres des sol-
dats catholiques, disait le roi
pourraient leur faire supposer que nous ne
croyons a rien ; et les rationalistes ont poussé si loin les choses, que cela. )ien lair. Aussi ai-je ordonné une litui >ld, Uunsen, I, p. 4G4-iG5.) - Cf. Jansser
/><• la Prusfic cl de sa dominalion, p. 202.
N-iminfr /!'"''*'■ ^T' "Î'T ''"^^""'^ ""^ •'t"''S*e tout à fait inoffensive. » N.piK)ld, Bunsen,, I, p. 4G4-iG5.) - Cf. Janssen, Zeit und Lebenslnlder, II,
Là Sujétion des église^ iU
nnôme échouait, le succès était impossible. Il falait donc renoncer à proposer aux catholiques 'accès d'une religion étrangère à la leur. Alors la bureaucratie changea de tactique ; se résignant à de plus lointaines espérances, elle se flatta que, ians r « ultramontanisme » même, se pourraient produire quelques initiatives séparatistes, dont le résultat serait de jeter un pont entre Tétablissenent catholique et la Réforme. Au lieu de pousser les âmes, sans transition, d'une Eglise dans 'autre, on les ferait s'engouffrer, tout doucement, nsensiblement, dans quelque chapelle, attenante mcore à la vieille Eglise, et même arborant encore sur sa façade la prétention d'être catholique, nais ayant toutes fenêtres ouvertes, et grandes ouvertes, sur l'horizon de la Réforme, et impré- ;^née, déjà, d'atmosphère protestante; et c'est avec 'illusion de rester catholiques que les sujets du 'oi de Prusse deviendraient des protestants.
Aussi verrons-nous les fonctionnaires prussiens souhaiter que Sedlnitzky,prince-évêque de Breslau, ^'essaie, après ses différends avec l'Eglise romaine, i provoquer un mouvement « néo-catholique ^ » ; mis, Sedlnitzky n'ayant rien osé, leurs complai- ^ances émigreront avec d'encourageants sourires /ers les sectes «catholiques-allemandes» [dcAitsch 'catfiolisch) ; et ce seront eux encore, ou leurs légitiîies héritiers, qui, trente ans plus tard, partageront,
1. " A la fin du rèp;ne de Frédéric-Guillaume III, le Correspondant de 'iainljuurf/, \GsGazeUcs de Hanovre, de Francfort et de Leipzif,^ songeaient
une sorte de néo-calholicisme prussien, dont Sedlnitzky serait le icaire. » {De la Prusse et de sa domination, p. 504.) — Comparer une converation du prince royal de Prusse, en 1841, avec Hompesch : « Les herméiens sont, pour nous, les frères qui doivent amener les catholiques au, noteslantisme. » (Pfiilf, Cardinal v. Geissel. I, p. 200.)
àmoins même qii'ilsnelcs dictent, les actives sympathies de Bismarck pour le « vieux catliolicisQie ». « iSco-catholicisme, catholicisme allemand, vieux catholicisme », n'étaient-ce point là, peut-être, d'efficaces moyens de désagréger le catholicisme romain et d'accélérer, sous l'égide du roi, Tunification d'un christianisme d'Etat? C'est ainsi qu'en Prusse, de l'idée de dominer le catholicisme, commune à la foule des souverains allemands, l'on passait, lentement, à Tidée de le dissoudre, et, si nous osons dire, de le défaire; et pour guider l'Etat prussien dans ces voies d'intolérance, un homme se rencontra, illustre parle savoir, distingué par son adresse, qui n'était autre que le propre ministre du roi de Prusse auprès du Pape, le chevalier de Bunsen.
Tout en Bunsen 'conspirait contre Rome, contre cetteBomeoùilétaitaccrédité. Originaire delà principauté de Waldeck, son zèle pour l'omnipotence prussienne étaitd'autant plus exclusif, qu'il n'avait pas de sang prussien dans les veines2. Orientaliste consommé, la science lui paraissait, tout comme la Prusse, menacée par « l'intolérance romaine ». Expert en archéologie chrétienne -^ familier avec la littérature chrétienne primitive, il se faisait, de son érudition même, une arme perpétuelle contre
/^i;v!r\nfs.T-r ^ir^.^-i^60), voir r;,ri,nan Cari Josias, Freihcrr von -<^^v^l^'^^tl^'^'^ ;lurchnene Mittheihmgen vormehrt ^^ ^^nanau faut èlie Prussien .., .-crivait-il à son nis (Janssen, op. cil, II.
i^i^^l'"':"^.^^^^^^^ ^^-dl Ro.. fui
"">"Kition (le Bunsen (Nippold, Uun.e,,, I. p. 338-34'.'j.
r « idolâtrie catholique ». Versé dans la connaissance des anciennes liturgies ^ il se croyait qualifié pour infuser une vie nouvelle aux institutions religieuses issues de la Réforaie et pour unifier et universaliser la Réforaie, — pour la catholiciser, si Ton peut ainsi dire, — en ramenant au christianisme d autrefois les Eglises évangéliques de tous pays et en les reliant entre elles. Partout à travers l'univers, l'Eglise catholique réussissait ou s'essayait à vivre; Bunsen rêvait de la faire se heurter, partout, à une sorte de corpus evangelicorum, comme Ton disait au xvu" siècle, à une organisation solide el savante de toutes les Eglises que la Réforme avait détachées les unes des autres en même temps que du tronc commun. Il s'agissait de donner au protestantisme ces caractères d"unité et de cath(dicité qui, d'après le catéchisme romain, définissent la véritable Eglise et n'appartiennent qu a celle de Rome, et c'est à Rome même que Bunsen élaborait ce travail; c'est au centre même de l'Eglise qu'il se postait, ministre ofticiel de son roi, pour devenir l'aventureux fondateur d'une contre-Eglise universelle 2.
11 jeta sur le roc du Capitole, en 1819, son premier grain de sénevé. Une chapelle s'ouvrit, chez le ministre Niebuhr, au « petit nombre de clirétiens » (ainsi parlait Bunsen) qui vivaient à Rome ■>. La liturgie qu'on y pratiquait était l'œuvre