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CHAPITRE XIV

l<e Congrès d'Erfurt et la Guerre Aen Peuples.

(( Ma plus grande faute, a écrit plus tard Napoléon^ est d'avoir mis de l'importance à détrôner la dynastie des Bourbons... J'embarquai fort mal toute cette affaire. L'immoralité dut se montrer par trop patente, l'injustice par trop cynique et l'attentat ne se présenta plus que dans sa hideuse nudité, privé de tout le grandiose et des nombreux bienfaits qui remplissaient mon intention. La guerre d'Espagne a été une véritable plaie et la cause première des malheurs de la France... C'est ce qui m'a perdu. » La guerre d'Espagne allait avoir en effet sur les destinées de l'empire napoléonien et de la domination française en Germanie des conséquences formidables. Les mécontents de la Prusse, de l'Autriche, de la Confédération du Rhin allaient trouver hors Allemagne le point d'appui, le centre de résistance qu'ils ne trouvaient pas encore en Allemagne.

« Je ne sais pourquoi nous ne nous estimerions

pas autant que les Espagnols ! » s'écria Blûcher en apprenant la capitulation de Baylen, le premier grand désastre de l'Empire. A partir de ce moment, en effet, les ennemis de Napoléon en Allemagne commencèrent à croire qu'il pouvait être vaincu. Les armées anglaises avaient débarqué en Espagne et pour la première fois prenaient pied sur le continent : pourquoi ne débarque raient-elles pas sur les côtes de la Baltique ou delà mer du Nord? La guerre d'Espagne occupait 200,000 des meilleurs soldats de Napoléon, et pourtant ce n'eût pas été trop de toutes nos forces pour contenir la Prusse irritée, l'Autriche frémissante, protéger nos alliés du Rheinbund. Déjà nos adversaires sentaient peser moins puissamment sur eux la main de l'Empereur. En août 1808, Napoléon offrait à la Prusse l'évacuation anticipée de son territoire si elle voulait réduire son armée à 30,000 hommes : des concessions à un ennemi désormais irréconciliable, tel était le premier effet des affaires d'Espagne. Notre allié le tsar conseillait à la Prusse de prendre patience , de se soumettre, de laisser Napoléon « s'enfoncer en Espagne. » Une lettre imprudente du baron de Stein , ministre dirigeant de Prusse, fut interceptée par la police française et donna à Napoléon la mesure des ressentiments qui s'étaient amassés en Allemagne contre lui et des espérances qu'on y fondait sur les fautes qu'il venait de commettre. Mais elle lui permit de frapper à la tête le parti de la guerre et du soulèvement,* en renversant le ministre qui, à Berlin, préparait la revanche. Il mit l'épée sous la gorge à la Prusse : elle s'engagea par un traité à réduire son armée à 42,000

hommes, à subir l'occupation des forteresses de l'Oder, même à fournir éventuellement un corps auxiliaire contre l'Autriche. La chute de Stein, mis au ban de la Confédération du Rhin, c'est-à-dire de toute l'Allemagne, était un succès pour Napoléon : il était sûr maintenant que le parti de la guerre ne l'emporterait pas à Berlin et qu'une coalition de la Prusse avec l'Autriche était impossible. Restait l'Autriche. La haine contre Napoléon, la rancune de tant de batailles et de provinces perdues s'y manifestait avec un redoublement d'intensité. François II venait d'épouser en quatrièmes noces Marie-Louise-Béatrix de Modène, femme énergique , qui fît triompher à la cour l'influence belliqueuse des archiducs ses frères. Le ministre Stadion était l'émule du baron de Stein. Il s'efforçait d'assurer la revanche de l'Autriche par une régénération intellectuelle, morale et politique. En Autriche on ne pouvait pas, comme en Prusse, transformer partout le servage, restreindre les privilèges, ébaucher les lib^^irtés municipales, organiser une armée nationale. Stadion, inférieur en capacité à Stein, se trouvait d'ailleurs dans des conditions moins favorables. Il fît ce qu'il pouvait. Un souffle inconnu de libéralisme passa sur le vieil empire des Hapsburg : la censure fut adoucie ; Schlegel fît des lectures à Vienne ; Gentz rédigea des pamphlets ; les poètes hongrois, à peine sortis des prisons autrichiennes, prêchèrent la guerre sainte contre Napoléon^ François II, si foncièrement despote, s'essayait à suivre ses frères et ses

1. Sayous, Histoire des Hongrois, de 1790 à 1815. Paris, 1873.

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cousins dans la voie de la popularité. « Eh ! mon cher Zichy, disait-il, les peuples aujourd'hui pèsent d'un grand poids dans la balance. » Cette agitation patrio^ tique et militaire, pas plus que le but poursuivi, ne pouvait échapper à Napoléon. Il avait donné, le 15 août 1808, un avertissement public au prince de Metternich, et fait demander aux souverains du Rheinhund un premier contingent.

Néanmoins il sentait maintenant combien il était chanceux de se porter en personne au delà des Pyrénées en laissant l'Allemagne dans un tel état de fermentation. 11 se croyait sûr de la Prusse, mais il fallait que quelqu'un lui répondît de l'Autriche. L'alliance franco -russe avait perdu de sa solidité ; les illusions conçues par Alexandre à Tilsit s'étaient un peu dissipées ; le tsar avait éprouvé en Finlande les mêmes désagréments militaires que Napoléon en Espagne. Il n'y avait plus à Pétersbourg d'amis sincères de l'alliance française qu'Alexandre et son vieux ministre RomanzofT : encore leur fallait-il faire des concessions. Ils convoitaient Constantinople ; à défaut de Constantinople, ne pouvait-on leur laisser prendre le Danube? Napoléon remit sur le tapis le partage de l'empire turc, et Alexandre parut enchanté de ce retour aux grandes idées de Tilsit.

L'alliance des deux princes avait toujours eu un caractère personnel: c'était donc dans une entrevue personnelle qu'ils devaient traiter leurs affaires. On

choisit Erfurt, qui appartenait encore à Napoléon, et qui était voisin de Weimar, où Alexandre pouvait se trouver en famille. Alexandre partit le premier, traversa Kœnigsberg, et amusa la douleur de son ancien allié par de vagues promesses d'intercession. Napoléon quitta Paris en septembre, accompagné de Champagny pour les affaires politiques ; car Talleyrand lui paraissait trop autrichien pour qu'on pût le mettre dans le secret de l'entrevue.

Partout les préfets venaient le recevoir à la limite de leurs départements , les princes à la frontière de leurs états. Déjà ses alliés et vassaux s'étaient réunis au lieu du rendez-vous. On y voyait le roi et la reine de Westphalie, les rois de Bavière, de Saxe, de Wurtemberg, le Prince-Primat, le grand-duc et la grande-duchesse de Rade, celui de Barmstadt, les ducs de Saxe-Gotha, d'Oldenburg, de Mecklembourg- Schwérin, etc. La Prusse, tristement, y était représentée par le prince Guillaume, frère du roi. L'empereur d'Autriche, qu'on s'était bien gardé d'inviter à la fête, y avait envoyé le général Vincent avec une lettre à Napoléon. Le 27 septembre, les deux em« pereurs s'embrassèrent sur la route d'Erfurt à Wei~ mar. Puis on rentra dans Erfurt. Le soir il y eut illu* mination ; des transparents portaient des inscriptions élogieuses. « S'il y avait un fils des dieux, disait l'une d'elles, ce serait Napoléon 1 » Le soir, les acteurs de la Comédie -Française commencèrent à représenter les chefs-d'œuvre de notre théâtre national. Les deux empereurs se donnèrent l'accolade sur un vers d'OEdipe. Alexandre avait l'oreille un peu dure : Napoléon fit éta-

blir pour le tsar et les rois, des fauteuils à l'orchestre ; les princes formaient le parterre. Pour mettre un peu d'ordre dans cette cohue de potentats, l'étiquette était fort rigoureuse. La garde du palais portait les armes aux têtes couronnées; le tambour roulait trois fois pour les empereurs, une fois pour les rois. L'Allemagne s'égaya à répéter le mot d'un ofjQcier français à un tambour, qui avait roulé trois fois pour le roi de Wurtemberg: «Taisez-vous, imbécile; vous voyez bien que ce n'est qu'un roi I w Pour varier, on passait de grandes revues oii Napoléon, avec toutes sortes de mots aimables, présentait à Alexandre les vieux soldats qui l'avaient battu à Austerlitz et Friedland. Les 6 et 7 octobre, toute cette foule dorée se transporta à Weimar. On y joua la Mort de César. La pièce était interdite en France, mais on croyait pouvoir la représenter impunément devant les paisibles Allemands : l'étudiant Staps devait détromper Napoléon. L'Empereur, qui ne montrait aux rois de l'Allemagne que de froids égards, affecta au contraire les plus courtoises attentions pour ses grands hommes. On connaît ses conversations avec Gœthe et Wieland. Gœthe surtout conserva un profond souvenir de cette entrevue. Napoléon lui avait dit : « Vous êtes un homme! » Et lui, à son tour, bien des années après, disait à Eckermann :

(( Napoléon, c'était là un homme! toujours lumineux, toujours clair, décidé, possédant à toute heure assez d'énergie pour mettre immédiatement à exécution ce qu'il avait reconnu comme avantageux et nécessaire. Sa vie fut celle d'un demidieu qui marchait de bataille en bataille et de victoire en vie-

toire. On peut dire que pour lui la lumière qui illumine l'esprit ne s'est ^ pas éteinte un instant; voilà pourquoi sa destinée a eu cette splendeur que le monde n'avait pas vue avant lui et qu'il ne reverra peut-être pas après lui. — Oui, oui, mon bon, c'était là un gaillard [Bas war ein Kerl) que nous ne pouvons pas imiter en cela ! * »

On faisait aussi des parties de chasse, ou plutôt de ces « dégoûtantes boucheries, » comme on les affectionnait à cette époque, où des milliers de rabatteurs amenaient le gibier éperdu presque aux pieds des chasseurs. Un jour on prit pour théâtre de ces exploits le plateau de Landgrafenberg, si célèbre dans la journée du 14 octobre : on y livra une « bataille d'iéna contre les perdreaux et les lièvres. » Assurément les milliers de braves français, saxons ou prussiens qui dormaient sous le gazon, durent tressaillir d'attendrissement en voyant les joyeux ébats des princes pour lesquels ils s'étaient fait rompre les os. C'était une idée fâcheuse, aussi peu honorable au vainqueur qu'aux vaincus, d'avoir pris un tel théâtre pour de tels divertissements.

Une idée moins généreuse encore, fut de donner pour guide à Napoléon, dans ses explorations sur le champ de bataille, ce malheureux Guillaume de Prusse, qui était venu à Erfurt mendier une remise de quelques millions. Miiffling raconte que cette circonstance sauva pourtant la vie de Napoléon : deux anciens miUtaires prussiens étaient embusqués dans un buisson avec leurs carabines : la présence de Guillaume les empêcha de tirer. Ce n'était pas la

ï. Conversations de Gœthe avec Eckermann, t. II, p. 2.

dernière fois que Napoléon allait être exposé aux vengeances du patriotisme froissé. L'Empereur, après avoir visité léna, fît don de 300,000 francs à la ville pour .réparer les dégâts de la victoire.

Toutes ces fêtes n'avaient qu'un but : amuser le vulgus des princes et des diplomates pendant que la sérieuse affaire se débattait entre les deux empereurs et leurs confidents. Dans ces entretiens secrets, on parla surtout de l'Espagne, de la Finlande, du Danube, de la Pologne. Ils intéressent l'Allemagne en ce que le tsar assura en quelque sorte à Napoléon le repos du continent; et aussi parce que dans les accolades d'Erfurt est contenue en germe la fatale guerre de 1812.

Napoléon, après avoir fait remettre à l'Angleterre une note franco-russe pour proposer une négociation et pouvoir rejeter sur elle la prolongation de la guerre; après avoir menacé la Prusse, averti l'Autriche, mis en éveil ses alliés du Rhin, passa les Pyrénées dans l'espérance de jeter enfin les Anglais à la mer. Mais après les victoires de Tudéla, Somo-Sierra, Tolède, un jour, au passage du col de Guadarrama, il reçut des nouvelles qui le rendirent pensif au milieu de ses succès et précipitèrent son retour à Paris. La guerre d'Allemagne apparaissait comme inévitable; encore une fois, comme en 1805, la diversion autrichienne sauvait les Anglais. Mais l'Autriche, cette fois encore, allait le payer cher.

L'Autriche était, en 1809, dans une situation finan-

cière déplorable; 24 thalers en papier du gouvernement ne valaient plus que 10 thalers. Elle n'avait pas d'alliés, à part l'Angleterre et les insurgés d'Espagne. Il était certain que la Russie aiderait Napoléon. Et pourtant on se précipitait vers la guerre. C'est que l'on comptait sur « les peuples » ; on espérait insurger la Westphalie et la Confédération du Rhin, comme les Anglais avaient insurgé l'Espagne. On s'entendait avec les princes dépossédés et les aventuriers prussiens, avec Schillj le duc de Brunsvvick, l'électeur de Hesse. L'archiduc Jean devait soulever le Tyrol. L'Autriche multipliait les appels aux Allemands, aux Polonais, aux Italiens : comme si les Polonais pouvaient oublier 1772; comme si les Italiens pouvaient pardonner cette séculaire'^oppression, — qui devait recommencer aussitôt aprè^ la victoire de l'Autriche! On frappait à coups redoublés sur cette corde des peuples et des nationalités, qui se refusait à vibrer sous la main des Hapsburg. En Autriche, on formait une landwehr; en Hongrie, on faisait décréter Viiisurrecdon. Comme en Prusse, on restreignait, en Autriche, l'usage du bâton et des verges dans la discipline minutaire, (( les peines corporelles détruisant le sentiment d'honneur qui doit être le ressort et l'âme du soldat » . N'oublions pas que l'exemple avait été donné, à la Prusse comme à l'Autriche, et d'une façon plus complète, par le royaume français de Westphalie; n'oublions pas qu'après la guerre dite de délivrance^ le €orporai reprit ses droits sur ies héros germains. Les journaux français et ceux du Rheinbnnd avaient beau jeu à tourner en ridicule ce subit libéra/iisme de

l'Autriche. Quoi! c'était ce gouveruement^ mélangé d'aristocratie, d'autocratie et de bureaucratie qui parlait de libertés publiques î C'étaient les bourreaux de l'Italie, de la Pologne, de la Hongrie, de la Bohème, qui appelaient les peuples à l'affranchissement ! C'était l'Autriche de la guerre de Trente ans, de Tilly, de Wallenstein et de Léopold I", TAutriche des jésuites, de l'inquisition d'état et de la douane des livres, l'Autriche des ohscuri viri^ qui avait toujours eu en haine la liberté de penser et la pensée même, — c'était l'Autriche qui faisait aujourd'hui de la démagogie ! La comédie hapsburgeoise prêtait à rire. Mais on en jouait une autre dans les journaux dévoués à Napoléon : on accusait la cour de Vienne de « propager les horreurs révolutionnaires et d'ébranler les trônes «. — {( Les princes de cette maison n'ont pas honte, était-il dit dans une proclamation, de signer des manifestes qui les feront comparaître devant le tribunal de la postérité sur la même sellette que les hommes de 1793)).

Le 6 avril, l'archiduc Charles adressait une proclamation à la nation allemande. Ces deux mots, dans une bouche autrichienne, étaient toute une révolution. Sa proclamation à l'armée n'était pas moins incendiaire :

« Sur vous, mes chers compagnons d'armes, disait-il à ses soldats, sont fixés les yeux du monde et de tous ceux qui ont encore le senlimeût de l'honneur et de l'indépendance nationale. Vous n'aurez pas la honte d'être des instruments d'asservissement; vous n'irez pas sous de lointains climats (allasicn aux troupes de la Confédération du Rhin envoyées en Espagne)

livrer d'éternels combats pour une dévorante ambition ; vous ne verserez pas votre sang pour un intérêt étranger et pour une convoitise étrangère; vous n'aurez pas la mission maudite d'exterminer des peuples innocents pour frayer sur les cadavres des défenseurs de la patrie le chemin du trône à un usurpateur étranger. Vous avez un plus beau sort. La liberté de l'Europe s'est réfugiée sous vos étendards. Vos victoires briseront les chaînes de vos frères allemands qui;, maintenant encore dans les rangs étrangers, attendent leur délivrance. »

Les princes du Rheinbund, auxquels l'archiduc Charles faisait tant d'allusions désagréables, avertis du danger par une nouvelle invasion de la Bavière, s'empressaient de mettre sur pied leurs contingents. 40,000 Bavarois se rassemblèrent sous le maréchal Lefebvre : le prince royal commandait une division. Il y avait en outre 12,000 Wiirtembergeois sous Yandamme, une division composée des contingents des petits princes sous Davoust, 8 à 10,000 Badois, autant de Hessois; 20,000 Saxons à Dresde, 25,000 Polonais dans le Grand-Duché. C'était un total d'environ 100,000 combattants : on voit que la Confédération du Rhin commençait à constituer une sérieuse ressource pour Napoléon. Le roi de Bavière publia le 17 avril son manifeste contre l'Autriche :

« ... C'est notre trône que l'on veut renverser]; c'est le nom de la Bavière que l'on veut effacer de la liste des puissances... Nos ennemis ne dissimulent même pas leurs plans; la Bavière serait morcelée et de ses débris on formerait des baronnies dépendantes du cabinet de Vienne... Nos ennemis fuiront devant le Protecteur de notre patrie ». Napoléon avait en-

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core l'air de ne prendre les armes que pour secourir ses confédérés.

Comme pendant à la proclamation de l'archiduc Charles, citons celle de Yandamme aux Allemands placés sous ses ordres. Ces deux documents expriment assez bien les deux courants d'opinions qui se partageaient alors l'Allemagne militaire, les deux passions qui faisaient battre alors le cœur du Germain: l'enthousiasme pour cette patrie allemande qui n'existait pas encore et l'admiration pour l'homme du destin qui se dressait alors de toute sa hauteur sur la scène de l'histoire :

« Braves troupes de Wurtemberg ! Vous allez combattre sous les yeux du grand Napoléon. Vous allez jouir du suprême honneur de servir de garde au plus illustre souverain. Je lui ai juré sur votre nom que vous formeriez autour de lui un bouclier impénétrable : que vous verserez plutôt tout votre sang que de permettre à aucun ennemi d'arriver jusqu'à lui. Vous répondrez à mon attente et vous saisirez toutes les occasions de vous illustrer dans cette immortelle campagne qui commence d'aujourd'hui. Les corps les plus distingués de cette célèbre armée française envient votre sort. Vous prouverez à votre roi, qui apprendra avec orgueil le beau rôle que vous avez à jouer, que vous êtes dignes de la confiance de Napoléon. De brillantes récompenses attendent tous ceux qui, par des actions d'éclat, sauront mériter cette distinction*. »

1. Du Casse, le général Vandamme et sa correspo7ida?ice. Pari$, Didier, 1870, t. II, p. 270 — Ouvrage très-curieux sur la conduite de nos auxiliaires allemands dans les campagnes de 1806 à 1813, et sur les embarras que leur indiscipline et leurs habitudes de pillage donnèrent parfois au général Vandamme*

L'affaire devait être sérieuse. « Jamais Napoléon, dit Rovigo , n'avait été pris pius au dépourvu. )> Mais au lieu d'être surpris et coupé , c'est lui qui surprit et coupa en deux les Autrichiens. Les Bavarois et les Wiirtembergeois firent un brillant début au combat d'Abensberg. Napoléon les avait harangués personnellement sur le champ de bataille, les adjurant de combattre vaillamment pour leur prince, pour leur patrie, pour le maintien de la Confédération. Il promit aux Bavarois qu'après la victoire, il rendrait leur pays si grand qu'ils n'auraient plus besoin des Français pour résister à l'Autriche. Dans toute cette campagne nos auxiliaires allemands montrèrent de grandes qualités militaires \ Au fond. Napoléon leur tenait parole : en aguerrissant les troupes des rois ses alliés, il augmentait leur puissance réelle. En créant les armées, il créait les nations nouvelles. Seulement il n'eût pas fallu, en 1812, perdre toutes ces armées, hommes et matériel, dans les neiges de Russie.

On sait comment l'opération manquée d'Essling ébranla l'Allemagne tout entière et donna confiance à tous les ennemis de Napoléon ^ Mais après Wagram,

1. Voir cependant Thicrs, t. X, p. 504, sur le rôle des Saxons à Wagram, sous Bernadotte.

2, Voici les bulletins que reproduisait P Allgemeine Zeitung du 17 juin:

...« Une bataille sanglante a eu lieu le 23 mai à peu de distance de Vienne entre l'armée autrichienne et l'armée française, dans laquelle cette dernière a été complètement battue. Vingt-cinq généraux, parmi lesquels on remarque les généraux Dcroy, Lefebvre, Augercau, et tout ce qui composait l'état-major de l'Empereur, ainsi que les ministres d'état et les autres fonctionnaires civils, sont tombés au pouvoir d' * ennemi, et l'on a même lieu de croire que l'Empereur Napoléon a été tué ou t p risonnier... De t )ute l'armée française qui avait

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l'Autriche fut à bout de ressources. Napoléon hésita entre trois projets : 1° détruire la monarchie des Hapsburg, en "^oéj^^arant les trois couronnes d'Autriche, de Bohême et de Hongrie. 2" détrôner François II et le remplacer par un autre prince autrichien , le duc de Wtirtzburg, qui avait ponctuellement fourni son contingent contre l'Autriche; 3° affaiblir son obstinée rivale de 9 millions d'habitants. Il n'en prit que 3 millions et demi, mais enleva à l'Autriche tout son littoral et resserra Yienne entre les frontières nouvelles de la Bavière, de la Saxe, de l'Italie et de la Pologne. François II dut, par le traité du 14 octobre 1809, céder à la France les provinces illyriennes, à la Saxe quelques districts de Lusace, à la Bavière Salzburg, Braunau et Berchtesgaden , au grand-duché de Varsovie la Gallicie orientale, à la Russie 400,000 âmes dans la GaUicie occidentale. L'ordre ïeutonique, dont l'archiduc Charles était grandmaître, avait déjà été (24 avril) supprimé dans tous les états du Rheinbund ; c'est-à-dire dans l'Allemagne presque entière.

Mais cette guerre n'avait ressemblé à aucune des guerres faites jusqu'alors par Napoléon. Nous nous proposons d'en étudier les épisodes les plus propres à faire connaître le degré de la solidité des créations napoléoniennes et l'énergie de ses ennemis. Un nouvel

passé le Danube, il ne reste plus que huit à dix mille hommes qui fuient dans le plus grand désordre, vivement poursuivis par la cavalerie légère à laquelle il leur sera impossible d'échapper. Les ennemis ont évacué Vienne avec la plus grande précipitation. » Traduction d'un attaché à l'ambassade westphalienne de Berlin. (Papiers westphaliens inédits).

élément en Allemagne comme en Espagne venait de se montrer sur les champs de bataille : l'enthousiasme patriotique, le fanatisme national. Cette leçon donnée à Napoléon par les événements du Tyrol, de la Saxe et de la Westphalie, l'étudiant Staps vint la souligner à Schœnbriinn avec son couteau de cuisine. Napoléon fit fusiller le meurtrier, mais recommanda à Fouché le plus grand silence sur cette affaire. Plus d'une tentative de ce genre dut être ensevelie dans un profond mystère \

1. Voir^ dans les Mémoires de Boiirrienne, l'histoire singulière de l'étudiant saxon Salha, qui lui aussi voulut tuer Napoléon. — Voir, — sur Staps, — Bourrienne et Rovigo,

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