Mémoires du comte Beugnot, i'^'^. I, p
rendit les huit autres. Le mariage de Napoléon, qui était conclu lors de l'apparition de cette brochure, avait chiingé l'opinion à un point que l'on ne peut concevoir. Il avait raventi la pamphlétomanie . . . Il me serait impossible de donner une idée de l'effet inconcevable que produisit cet événement dans le nord de l'Allemagne. De toutes parts, les commerçants recevaient l'ordre d'acheter des papiers autrichiens; les billets de banque montèrent d'une manière surprenante. La joie que causa cette grande nouvelle fut vive, franche, générale et profondément sentie; l'espoir d'une longue paix y semblait attaché : on se plaisait à croire que le continent allait enfin se reposer dans une tranquillité durable des désastres encore saignants enfantés par les rivalités de la France et de l'Autriche ^
11 s'agit ici, remarquons-le bien, de l'Allemagne du nord, c'est-à-dire de cette partie de l'Allemagne où l'influence des Hapsburg était la plus faible; et Bourrienne n'est point un partisan du mariage autrichien. Le clairvoyant Reinhard distinguait, en mars 1809, deux espèces d'ennemis en Allemagne: « Les partisans de l'indépendance, ou plutôt, si je puis m'exprimer ainsi, de la nationalité germanique, et les partisans de l'Autriche. » On venait de gagner les seconds et de décourager les premiers.
Ce fut bien autre chose quand, le 20 mars 1811, il naquit un fils qui était du sang des Césars, qui allait recueillir l'héritage de Napoléon et qui porta à sa naissance, comme les empereurs germains avant leur couronnement, le titre de roi de Rome. La fortune ne refusait rien à cet homme : il avait voulu un fils, c'était un fils qui lui naissait !
Pourtant, lorsque les destins se furent accomplis, les