‹ L'Allemagne sous Napoléon IerChapitre 21 sur 51 · Dès 1804, parlant à Lnccbesini · texte numérisé non relu

Dès 1804, parlant à Lnccbesini

2. Voii' ci- dessus, chap. l^', et les Français s%trleRhin^ page.35(L

rêve avait été une Allemagne occidentale, s^organisant d'ellfr-même, peut-être avec Tappui et Talliance de la France, mais restant absolument indépendante, alliée libre, et non vassale, de l'empereur d'Occident. On raconte qu'en 1804, quand il entrevit combien les plans de Napoléon différaient des siens propres, il se jeta en pleurant dans les bras du grand-duc de Bade. Mais, comme il l'avait dit à Lucchesini, l'amitié et la protection de l'Empereur pouvaient seules assurer aux états allemands la sécurité en temps de paix, le salut en temps de guerre. Rien n'était changé dans la situation, sinon qu'il y aurait entre les deux puissances, l'Allemagne et Napoléon, moins d'égalité et plus de protection. Dalberg, si cruellement attaqué par les historiens allemands de notre temps, était-il le créateur de la situation? Non. Tout au plus avait-il donné, avec peut-être trop d'enthousiasme apparent, la formule de cette situation. Il avait trouvé pour cette dépendance de l'Allemagne un nom pompeux, et dont il avait été consolé d'abord, puis à )a fin un peu dupe *. Mais cette espèce de fascination que Napoléon exerçait sur les hommes de son temps, Dalberg en a-t-il été sfeul victime? Est-ce que les âmes les plus héroïques et les mieux trempées de la révolution française ne se sont pas laissé jiier à servir les desseins de l'Empereor? Est-ce que les plus grands esprits de l'Allemagne, à commencer par Gœthe, n'ont pa» subi cette séduc-

i. Napoléon y aidait par ses flatteries, n lui écrivait, le 16 août 1S06, poar le remercier de l'enToi d'un livre: « Allant nn soir faire une partie dechaase-à Rambouillet^ je l'emporterai danâ noa voiture pour le lire. Ty reconnoitrai le bon goût et les lumières qui rendent votre tociéié si iniérewaah et qui m'ont inspiré pour vous tant eP estime, w

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tioD ? Les princes étrangers, depuis les rois germains jusqu'à l'empereur Alexandre, ne Tont-ils pas éprouvée tour à tour? « L'Allemagne, dit Beugnot, où le merveilleux occupe toujours une si grande place, a mis beaucoup de temps à se débarrasser de son admiration pour l'Empereur. » Dalberg, si mal préparé d'ailleurs par son éducation de prêtre diplomate et son libéralisme un peu vague, pouvait-il être plus fort vis-à-vis de Napoléon que ne l'a été l'Allemagne ellemême, l'Allemagne tout entière de 1803 à 1813?

Bien qu'on puisse nous reprocher d'anticiper sur les événements, achevons l'histoire de l'état du Prince- Primat. Par le traité de Paris (16 février 1810), Dalberg dut céder à la Bavière la souveraineté temporelle de Ratisbonne et reçut en échange les principautés de Fulda et de Hanau, dépouilles des maisons d'Orange- Fulda et de Hesse-Cassel. Il fit ses adieux aux habitants de sa bonne ville de Ratisbonne, dont il restait d'ailleurs le pasteur spirituel. Il dut se consoler; car en perdant 30,000 habitants, il en acquérait 188,000. Francfort, Aschafifenburg, Hanau et Fulda formaient un état désormais compact, de 300,000 habitants. En outre cet état était en quelque sorte sécularisé , sortait de la situation fausse que lui créait son titre d'électorat ecclésiastique, et prenait le titre de grand-duché de Francfort. Comme « les constitutions de l'Empire ne permettaient pas la confusion de la puissance temporelle avec la spirituelle » , le Prince-Primat devait avoir pour successeur, non plus son coadjuteur, le cardinal Fesch, oncle de Napoléon , mais le prince Eugène de Beauharnais, déshérité du royaume italien.

Le grana-duché de Francfort devait se transmettre aux héritiers du vice-roi d'Italie « en ligne directe masculine, par ordre de primogéniture. »

Le grand-duché de Berg avait été Tébauche du royaume de Westphalie ; le grand-duché de Francfort fut la copie de ce dernier, c< Son Altesse Royale » (Kœnigliche Hoheit) Charles de Dalberg s'intitulait « par la grâce de Dieu, Prince-Primat de la Confédération du Rhin, grand-duc de Francfort, archevêque de Ratisbonne, prince souverain d'Aschaffenburg Francfort, Fulda, Hanau et Wetzlar. » Mais il gouverna avec autant de docilité que Teût pu faire un commissaire impérial français ; comme Beugnot, il subissait le miracle permanent de la « présence réelle, » c'est-àdire de la surveillance de Napoléon.

« Les parties intégrantes du grand-duché deFrancfort, — portait le décret d'organisation promulgué par Dalberg(!6 août 1810), — forment maintenant un tout. L'unité réalisée par la meilleure constitution possible sera bienfaisante pour cet état. La meilleure constitution est celle dans laquelle la volonté générale des membres de l'état s'exprime par de sages lois, dans laquelle l'administration de la justice est confiée à des tribunaux indépendants et bien composés, dans laquelle la puissance executive se trouve tout entière dans la main du prince. Dans toutes les constitutions qui sont émanées du génie de Napoléon on reconnaît l'application de ces principes ; partout les représentants élus du peuple ont rfe V influence sur la législation et l'administration des deniers publics; partout les tribunaux sont indépendants de toute influence étrangère, par-

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tout les lois sont exécutées fortement et effîcaeem^t, puisque leur exécution est confiée au prince, ^ara» les constitutions qui doivent leur existence à Napoiéein, la constitution voes^halienne contient tous ks principes qu'il faut, dans notre conviction, appliquer pour le bonheur du grand-duché de Francfort. »

L'égalité de tous les sujets devant la loi, était inscrite dans cette constitution (art. 115). Le libre exercice de tous les cultes était assuré : toutefois Tinstallation d'un rabbin, Tadoption des livres de chants israélites et la bénédiction d'un mariage juif étaient Boumis à l'approbation du prince: précautions nécessaires peut-être à une époque où les juifs d'Allemagne avaient encore les vices de la servitude.

Toutes les corporations, tous lespriviléges municipaux provinciaux ou individuels étaient supprimés : la constitution ne respectait que lespriviléges garantis aux princes médiatisés par YActedu Rheiniund* Le servage avec toutes ses conséquences était aboli, mais en général^ il y avait lieu à indemnité pour les anciens propriétaires. La noblesse subsistait avec ses titres et son ancienne considération, mais perdait tout droit exclusif aux fonctions, aux grades de l'armée, tout droit aux exemptions d'impôts. Le système des contributions françaises, celui des poids et mesures étaient introduits. L'administration supérieure était confiée à trois mi* ni«tres, assistés d'un conseil d'état, divisé en trois sections. Le territoire grand-ducal se divisait eo ^(uatre départements : ceux de Francfort, Aschaffenbui^, Fulda et Hoîiaiu On Toit qu'ils prenaient le nom de tew cb^f-lieu, etuoa des accidents naturels. Le préfet

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était asBTSté d'un c&nseil départemental composé de douze membres; il y avait des sous-préfets, mais pas de conseils de district; le maire était assisté d'adjoints et d'un conseil municipal.

Le grand-duché de Francfort jouissait d'une représentation nationale. Dans chaque département, il y avait un collège électoral dont les membres étaient nommés par le prince et se composaient pour les deux tiers de grands propriétaires, pour un sixième de riches marchands et fabricants, pour un autre sixième de savants ou artistes. Ils étaient à vie. Leurs attributions consistaient : 1** à proposer au prince, pour chaque nomination de conseiller départemental et municipal, deux candidats entre lesquels il était tenu de choisir ; 2\de nommer les membres des États. Chaque collège départemental nommait cinq députés, choisis, suivant la proportion indiquée plus haut, dans les trois catégories des propriétaires, industriels ou savants.

Les membres dés États étaient au nombre de vingt. Ils n'avaient pas de traitement, mais touchaient une indemnité quotidienne de 8 florins 30 kreutzers (décret du 10 oct. 1810). Ils se renouvelaient par tiers tous les trois ans. Le président était nommé par le prince, qui avait également le droit de convocation et dissolution.

Le Code civil, avec quelques modifications, fut introduit par décret du T' janvier 1806. Le grand-duc nommait les juges et avait le droit de grâce.

La conscription était déclarée loi fondamentale de

l'état; le contingent fédéral fixé à 2,800 hommes;

'armée se composait d'un régiment d'infanterie dont

chaque bataillon comprenait une compagnie de

carabinieH, une de voltigeurs, quatre de chasseurs. Il y avait en outre le corps d'artillerie et de génie, les compagnies de dépôts, un escadron de hussards, une compagnie de chasseurs à pied. Le grand-duché avait aussi une milice rurale et, dans les quatre villes de préfectures, une garde civique.

Dalberg n'avait pas oublié son objet favori, les écoles : il restaura l'université d'Aschaffenburg, et constitua une bonne école de droit à Wetzlar. Il eût voulu laisser aux lettres quelque liberté : son impérieux suzerain ne le permit pas. Le 10 octobre 1810, il dut rendre le décret suivant : « Nous, etc. , sur le désir exprimé par S, M. l'Empereur des Français^ roi d'Italie^ etc.

ce Art. 1". A partir du 31 décembre de la présente année, tous les journaux politiques de notre duché, qu'ils soient rédigés en allemand ou en français, cesseront de paraître; toutes les autorisations données par nous sont révoquées ;

(( Art. 2. A partir du 1" janvier 1811, il paraîtra un seul journal, qui sera officiel, dans notre capitale de Francfort. Aucune autre gazette politique ne pourra être rédigée ou publiée dans toute l'étendue de notre grand-duché;

(( Art. 3. Elle portera le titre de Gazette du grandduché de Francfort^ et sera rédigée en allemand et en français;

(f Art. 4. Le rédacteur sera nommé et assermenté par notre ministf^e de la police;

« Art. 5. Notre directeur de la police à Francfort aura la censure de cette feuille et sera responsable envers nous. »

Et, en effet, à part la Gazette du grand-duché et le Regierungsblatt à Tusage des fonctionnaires, on ne trouve plus dans le pays que des journaux comme les Gemeinnûtzliche Slœtter [Feuilles d utilité commune) *, qui s'occupent de morale, de philosophie, de pédagogie, de recettes rurales, d'art, de littérature ou d'histoire : d'économie domestique, mais non d'économie politique. Que nous sommes loin de l'activité intellectuelle imprimée aux provinces rhénanes par la grande République!

Quand les armées alliées détruisirent le grand-duché, l'héritier des électeurs de Mayence devint un simple archevêque de Ratisbonne. On le vil, comme revenu des grandeurs humaines, ne s'occuper que de ses devoirs pontificaux ou du progrès de l'instruction, proposant des prix aux ecclésiastiques lettrés, fondant des écoles et des séminaires, visitant ses paroisses. On admirait cet ancien eV/z/mm^ disant la messe aux grandes fêtes, administrant la confirmation aux enfants, lavant les pieds aux pauvres, portant le Saint-Sacrement dans les processions sous un soleil ardent. Il mourut en 1817, regretté de ses ouailles, et, sur son monument en marbre de Carrare dans sa cathédrale de Ratisbonne, on put inscrire ces trois mots : Charité^ Vie, Volonté de Dieu. C'était, en effet, un homme instruit, intelligent, libéral, même honnête et patriote, et religieux à sa façon. Mais Napoléon brisait tout ce qu'il touchait ; Dalberg, avec toutes ces grandes qualités, ne fut que le premier de ses serviteurs allemands.

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