Emilie Wepler, Qeschtchte der Wilhelmskœhç^ Oassel
napoléonienne. Ds ne tamsent pas sur les complaisances attribuées aux dames de la cour envers leur jeune maître, chose assurément peu honorable pour leur noblesse, — sur les complots de Jérôme et de son chambellan Marain ville contre la vertu des jolies bourgeoises > — sur les actrices parisiennes qui trouvaient moyen de se glisser dans la société casseloise pour rappeler à Jérôme d'anciennes relations^ et que TEmpereur, pour éviter le scandale, faisait enlever d'autorité et ramener à Paris, — sur cette loge discrète et obscure qu'aftectionnait Jérôme au théâtre et dont les rideaux se fermaient parfois d'une façon compromettante, — sur ces bains d'eau de Cologne ou de vin de Bordeaux où Jérôme cherdiait à retremper ses forces épuisées. Il faut ici tenir compte de la nationalité des témoins ; la vertu en Allemagne, le vice lui-même est prude ; la légèreté française y a toigours paru de la corruption. Jérôme avait parmi ses stgets beaucoup d'ennemis ; le meilleur moyen de dépopulariser le gouvernement était de calomnier le roi. Les princes de Brunswick et de Hcsse-Gassel, à leur retour en 1814^ étaient peu disposés k réprimer les mauvais propos contre leur prédécesseur ; plus d'un pamphlet dut recevoir une haute autorisation. Il faut remarquer que le scandale n'alla jamais assez loin pour « altérer la manière dont le roi et la reine sont ensemble en public^ et qui offre quelque chose de mieux que des égards. » (Reiûhard.) Enfin les distractions extra-matrimoniales de Jérôme influèrent peut-être sur son application, nullement sur la politique. Une seule femme de la cour eut sur lui un grand empire ; c'est la comtesse
de Waldburg-Truchsess, grande-mattresse de la maison de la reine. Elle devait son autorité non è ses complaisances, mais, paraît-il, aux idées de grande politique et de régénération allemande dont elle entretenait le roi.
La reine Catherine, qui avait un an de plus que son mari, était grande, un peu forte de taille, fort majestueuse par conséquent. « Elle se prête plutôt qu'elle ne se plaît à l'apparat des grands cercles ; on la dirait hautaine, parce qu'elle est timide.» De là une certaine raideur dans les cérémonies publiques, peu d'éloquence quand il faut répondre aux compliments d'une députation. Un autre effet de cette timidité, c'est que (( les affections de la reine sont constantes : une dame ou deux seulement ont obtenu sa confiance. » Des deux souverains, la fille du roi de Wurtemberg et le fils du bourgeois d'Ajaccio, c'est celui-ci qui a représente» avec le plus d'aisance. Toutefois, Catherine avait un rôle important dans la cour et dans le gouvernement : l'aristocratie allemande trouvait dans la présence sur le trône d'une descendante des Welfs de Brunswick et des ducs de Wtlrtemberg, une raison suffisante pour s'empresser à la cour du parvenu français. Elle n'était guère faite pour modérer les goûts de dissipation de son mari ; elle dépensait ell^ même énormément pour sa toilette ; « la reine a beaucoup de robes à distribuer & ses dames, parce qu'elle en change très-souvent. » Plus tard, déchue de sa haute fortune, dépouillée par son père, réduite à un plus modeste budget, on la verra dans son exil près de Vienne, faire ses commandes aux fournisseurs par
cent paires de souliers. Sa première éducation, elle le reconnaît elle-même, avait été un peu négligée : de là une certaine frivolité et un certain désœuvrement passé en habitude. Son journal, où elle prétend écrire « Thistoire de sa vie, » a ce caractère de puérilité persistante.
a ^0 janvier (1811). — J'ai été au bal masqué^ où je me sui beaucoup amusée. J'ai mis plusieurs déguisemens^ entre autres celui d'une vieille vendeuse de fleurs^ sous lequel personne ne m'a reconnue... » — « 31 janvier, — H y a eu ce soir bal masqué chez le comte de Fûrstenstein... Nous avons dansé un quadrille tiré des bayadères. Nos costumes nous allaient parfaitement bien... Je me suis trouvée mal pendant le souper...
« Nous avons été déjeuner au Pas. Le soir, nous avons eu concert et spectacle sur le petit théâtre. » — « Il y a eu spectacle dans les petits appartements, n — J'ai visité la mine de Franckenheimer... Mes dames et moi^ nous étions habillées en mineurs, ce qui avait l'air très drôle. » — «La veille du nouvel an^ nous avons fait toutes les folies imaginables^ entre autres celle de faire rechercher une bague en or dans un grand plat à farine; il est presque impossible de la trouver avec la bouche. »
Pourtant, lorsqu'en 1812 Jérôme, partant pour Tarmée, lui a confié la régence de Westphalie, dans sa correspondance avec lui, elle parle assez pertinemment des ventes de domaines, de la dette publique, des fournitures de Tarmée ; mais sans aucune espèce de goût et par pur dévouement pour son mari.
La cour de Westphalie, on Ta vu, était brillante et animée, mais ruineuse pour la liste civile et pour te royaume. Jérôme voulut avoir un grand-maréchal, deux préfets et trois maréchaux de palais, un grandie.
chambellan et une dizaine de chambellans, un grand'* maître des cérémonies et sept ou huit maîtres ou aides des cérémonies, un maître de la chapelle, un directeur des concerts, un gouverneur des pages, une douzaine d'aides de camp, quantité d'écuyers, un grand- aumônier, qui était un très-haut baron et avait le titre d'évêque, un grand-veneur avec tout le personnel des grandes chasses, etc. Pour la maison de la reine, il avait voulu une grande-mattresse des dames du palais, des chambellans, des écuyers d'honneur, etc. Jérôme et Catherine ne furent pas toujours heureux dans le choix de leurs intimes ; c'est un chambellan du roi, Dcjernbetg, qui ftit Tâme du corn» plot de 1809 ; c^est un écuyer d'honneur de la reîne^ Maubreuil, qui lui enleva ses diamants en 1813. 11 se fit là une nouvelle expérience de ce que peut apporter de force à un état le dévouement d'une ^domesticité de nobles.
En 1812, à la veille de l'expédition de Russie, le royaume de Westphalie, à part sa persistante détresse financière, se trouvait à l'apogée de sa splendeur et de sa prospérité. De grandes choses avaient été faites : on avait créé une armée toute nouvelle, qui c<!^Haptait 25,000 hommes disponibles et 33,000 hommes sur les états ; on avait constitué Umie une hiérarchie nouvelle d'administrations^ de conseils consultatifs, de tribunaux ; on avait fait prévaloir partout le principe d-e l'égarflé devant la loi; k terre et la personne avaient été affranchies, le justiciable ivait k garantie du jury
LE ROYAUME DE WESIl^HALIE. 2fô
et de la procédure publique; le contribuable ne portait plus la part de feirdeaudes privilégiés; le paysan avait été affranchi des derniers restes du «ervage, r^rtisàn des entraves des t^,orporations^ le dissident des prétentions des élises d'état. Le Brunswickois, le flessois, le Prussien , le Hanovrien, naguère si différents de caractère, d'éducation, de principes» de civilisation, avaient commencé à prendre un esprit de solidarité et è concevoir un certain patriotisme westphalien.
Le revers de la médaille est que « l'amalgame » entre les Français et les Allemands ne se faisait pas aussi bien : les passions germaniques sub^i-staient et grandissaient dans bon nombre de localités; Tintervention perpétuelle de Napoléon dans les affaires westphaliennes ne permettait pas aux Allemands d'oublier la conquête; de perpétuelles conspirations ne permettaient pas au roi d'oublier que beaucoup de ses sujets étaient ses ennemis. La perte presque totale d'une division westphalienne en Espagne avait fait trôs-mauvais eflfet dans l'armée; on entendait dire aux soldats « qu'ils n'iraient ni là, ni en Pologne, qu'on pouvait les fusiller, mais qu'ils ne marcheraient point. »
Certaines parties du royaume étaient restées presque irréconciliables : ainsi le pays de Hesse-Cassel si souvent ^ité par les révoltes, la ville de Hanovre, qui avait cessé d'être une capitale et oii une maison de 40^000 francs se donnait pour 6,000, celle de Magdeburg, qui succombait sous le poids d'une garnison français de 12,000 hommes (dont 7,000 à la charge
du bourgeois), et qui voyait son commerce presque entièrement ruiné. A Brunswick, à la fin de janvier !rfi2, il y avait eu une rixe entre soldats français et westphaliens, et la populace de cette ville, ic qui est très-insolente » , ainsi que les polissons , (( qui sont ici plus polissons qu'ailleurs, » s'en étaient mêlés. Dans plusieurs petites émeutes de ce genre, des soldats avaient été tués. Napoléon, se substituant à son frère, avait fait prendre des mesures par trop exceptionnelles, exigé de nombreuses arrestations, institué des commissions extraordinaires, fait entrer à Brunswick des régiments français mèche allumée. Reinhard ne pouvait assez déplorer ce luxe de répression.
A Cassel, les choses allaient un peu mieux. Cette ville avait déjà été presque française au temps de ce landgrave Frédéric II, à la table duquel un de ses convives pouvait dire : « Il n'y a aujourd'hui à* étranger que monseigneur. » Le gouvernement, ses amis, les intérêts nouveaux s'y trouvaient en majorité. Le luxe et les dépenses de la cour y faisaient prospérer certaines branches de commerce ; les ministres, les assemblées; d'États, les cours suprêmes, y attiraient une nombreuse population flottante ou fixe. Pour prendre leur part des bénéfices, de nombreux négociants ou artisans brunswickois, prussiens ou hanovriens étaient venus s'établir dans la capitale, au grand dépit des bourgeois de Cassel, qui se plaignaient, sans beaucoup de raison, qu'on venait leur ôter le pain de la bouche. Le commerce français y était représenté surtout par des laileurs, modistes, coiffeurs, par les articles de Paris, les
meubles, les voitures. Presque partout s'étalaient des enseignes dans les deux langues. Les marchands arboraient avec orgueil les armes du nouveau royaume et le titre de fournisseurs brevetés de la cour. De même que dans la caisse des négociants tombaient pêle-mêle, avec les monnaies décimales françaises, les thalers et les groscheriy les albusstûcken de la Hesse et les carlus d'or de Brunswick, de même, dans les rues, on entendait tous les dialectes de TAllemagne se heurtant avec les idiomes des soldats français, italiens, hollandais ou polonais.
Comme la cour donnait le ton à la noblesse et la noblesse à la bourgeoisie, le luxe gagnait ; dans les austères maisons du vieux Cassel apparaissaient déjà les meubles, les glaces, les draperies françaises. Le confortable et l'élégance battaient en brèche la vieille rusticité allemande; les modes parisiennes faisaient disparaître les dernières traces du costume national. Dans les établissements en renom où Ton allait prendre du vrai café * à un demi-thaler la tasse, en maudissant leblocus continental et la chicorée du ménage, dans la Rue Royale {Kœnigstrasse)^ la plus animée des rues de Cassel, dans le parc royal, que Jérôme ouvrait libéralement à ses sujets lorsqu'il résidait lui-même à Wilhemshœhe, on discutait avec chaleur, mais avec
1. On lit dans le Mon. westph, du 2 novembre 18 JO, aux variétés: « Parmi les nombreux végétaux indigènes qu'on a tenté de substituer au café; il faut classer la graine de t asperge;.,, dès qu'elle est séchée^ on la fait torréfier et préparer comme le café^ dont elle a le goût* M. Hiidiger^ professeur à Halle^ croit que ce café d'Europe pourrait remplacer celui qui nous vient de l'étranger. » On faisait égal»ment du thé avec de la feuille de tremble, etc.
28« L'AULEMAGNE SOUS NAPOLÉON I".
circonspection^ par crainte des agents de M. de BercagTiy, l'avenir delaWestphalie. Les obstinés partisans des vieilles dynasties déploraient surtout la dégermanisation des jeunes gens, qui commençaient à goûter les bons côtés du régime nouveau» Les pessimistes admettaient volontiers le progrès réalisé dans la constitution westphalienne, mais ils pensaient que le jour où Napoléon tomberait^ ce ne serait pas ce qu'il avait fait de bon qui lui survivrait, mais bien ce qu'il avait fait de mauvais. Les souverains légitimes rétabliraient soigneusement les anciennes inégalités entre nobles et vilains^ seigneurs et paysans, églises d'état et dissidents, maîtres et compagnons; mais ils garderaient très-précieusement le monopole des tabacs, Timpôt des patentes, les contributions indirectes, le timbre et l'enregistrement, etc.
Une chose qui préoccupait singulièrement ceux qui s'intéressaient à l'existence de la Westphalie, c'était de savoir si elle était un royaume français eu un royaume allraiand. On recueillait avec curiosité les indices qui pouvaient faire pr^'uger dans un sens on dans l'autre» Tout d'abord , le roi n'était pas Allemand ; il appartenait même à la partie de la France la plus étrangère au sang et à l'esprit germanique. S'il disait quelquefois à l'Empereur ^ « Ce peuple est bon... l'Allemand n'est point faux... » il lui
échappait dans ses moments d'humeur d'avouer «qu'il n'aimait ni rAllemandjïiir Allemagne. » La reine était Alleroandej fille de prince allemand ; mais est-il vr^ai^ comme on l'a dit, qu'elle ne voulait recevoir de suppliques qu'en langue française? A la cour, les mili-
taires et les eourtisans français eoudoyaieipit la noblesse indigène. Pour atténuer un peu cette bigarrure Jérôme avait imaginé de décorer ses favoris créoles^ corses ou gaseons, de titres du Saint-Empire ; c'est ainsi que Le Camus était devenu prince de Ftirstenstein, Meyronnet, Duooudras et d'Albignac comtes de Wellingerode, de Bernerode et do Ried,La Flèche, baron de Hundelstein. Parmi les ministères et les grandes directions, trois avaient pour titulaires de» Allemands ; Tintérieur, les finances, l'instruction publique ; mais la justice, la guerre, les affaires étrangères et la haute police étaient entre les mains de Français. Tous les généraux de subdivision étaient Allemands ; mais un, parfois deux généraux de division sur trois étaient Français. L'armée était allemande parla composition des troupes, polonaise ou française dans une faible partie de ses officiers.
Quelle était la langue officielle? Reinhard lui-même en était à se le demander. «J'ai questionné des conseillers d'état, ils m'ont répondu que c'était la langue allemande, puisqu'elle était employée dans les tribunaux et les administrations, puisque le texte allemand du code Napoléon était déclaré code du royaume. Toutefois dans trois ministères au moins, toutes les affaires se traitent en français, les discussions du conseil d'état ont lieu en français, la rédaction des décrets est française. Les traductions allemandes sont sans uniformité et souvent inexactes. » Il était difficile qu'une langue devînt officielle quand le chef de l'état ne pouvait 1a parler, ni la prononcer correctement . Si la Westphalie avait été dans une situation normale,si on eût
pu luî appliquer les lois générales de l'histoire, c'était évidemment la [langue des masses qui était appelée à évincer l'idiome des conquérants. Reinhard, Wiirtembergeois d'origine, était d'avis de suivre dès lors ce principe. « Si les départements de la rive gauche du Rhin sont devenus et restent pendant une ou deux générations encore la France ailemande ^ on pourrait, ce me semble, regarder la Westphalie comme Y Allemagne française,.. On pardonnera aux Allemands leur flegme, leur amour-propre, leur langue, leur littérature. Que les Allemands sentent qu'on est disposé à les estimer comme Allemands^ et tous les cœurs seront conquis. » Aussi Reinhard était-il compté parmi les soutiens de ce qu'on appelait le parti allemand, qui avait pour chefs Btilow et Wolfradt, et qui cherchait à rallier à lui le prince de Furstenstein et les autres Français baronisés. Au contraire Bercagny était le chef du parti qui voulait voir avant tout dans la Westphalie une colonie française et une dépendance perpétuelle de l'Empire. Malchus, quoique natif de Deux-Ponts, tenait pour ce point de vue, qui était celui de la haute police, des suppôts directs de Napoléon et des aventuriers étrangers.
Sans doute, en écartant la redoutable éventualité d'un écroulement prématuré de l'Empire, la Westphalie aurait eu quelques chances de durée. Pourtant le royaume était miné dans son existence par des causes profondes. Jérôme n'était point à la hauteur de ^â situation : ses habitudes de dissipation ajoutaient aux embarras financiers. L'armée westphalienne était
beaucoup trop lourde pour le budget ; mise en coupe réglée par l'ambition de Napoléon , elle périssait pour un but étranger au 'maintien et à la défense du royaume. Les exigences financières de Napoléon avaient rendu tout équilibre dans les budgets impossible ; ses exigences économiques , et notamment le blocus continental, comprimaient Tessor du commerce. La dépendance trop visible de Jérôme, les incessantes ingérences de Napoléon dans les affaires intérieures du royaume, la présence ou le passage continuel des troupes impériales, les perpétuels remaniements territoriaux, l'exemple trop récent de Louis de Hollande, empêchaient la Westphalie de croire à sa propre indépendance et h sa propre durée. La recrudescence du mouvement national allemand , les intrigues de la Prusse et des princes dépossédés, rendaient plus difficile encore la situation d'un roi étranger, soumis lui-même à un empereur étranger, et les fausses démarches de la haute police aggravaient le dissentiment entre le prince et les sujets.
On le voit , plusieurs des vices essentiels de cette fondation de Napoléon remontaient à Napoléon luimême. Le créateur n'avait pas été suffisamment désintéressé dans sa création et s'était préoccupé moins d'assurer à son œuvre les moyens de subsister que d'en tirer pour lui-même le plus grand profit possible. Comme le dit très-bien un des amis du roi Jérôme , Napoléon aurait dû comprendre qu'il était matériellement et moralement le maître de ce royaume ; il aurait dû ne pas tarir les sources d'une richesse qui était la sienne, prodiguer des hommes qui étaient à son
2§0 L'ALLEMA^lsœ SOOS ïtAPOLtON ï«r.
service, susciter à son frère des embarî*as qtiî devsâèifit eiidMMtive retomber su^rluî. La sitoatbn du î^oî lé- Tbme ^tail fausse : était-ii prince fraaçais ou igujèt allemand? roi indépendant ou jjréfeft de Napoléon? En te«t cas, il n'avait le dioix qu 'eottlre l'abdieaitioili de Louis on robéissajQce la pins absoliie. La «IttEatioti du royaume était plus fausse encore ; tes Wèstphalienô^ enviaient le sort de la Prusse, qm , diatgée 4e con?tributions comme la Westphalie, avait «du moins gal*dé son indép^wîaiice ; ils enviaient le sort des états de la Ganfédére^kn du Rkm, qsi étaient des aîtiés de Napoléon, mais qui ôvaiettit «conservé leur ïiatio»al*l)é i^trs leiurs princes naterrds ; ils enviaiietit le sort des dérpartements allemaaids de la rive gff»che, foi ne support taient <pje les cliarges et paiticipeient à tous tes avantages du peuple français. Ni ^Kfere, ni sujettje, ni conquise, ni indépendante^ cette AUemagnè françmsey malgré le Gode civil et tous les présents du génie de 1789, se croyait plus malbetareuse qu'aucun département français et qu'aucun état allemand. Voilà pcwrrquoi en 1812, suivant l'expression de IReinhard, a s'il n'y avait de fermentation nulle part, 4e malaise était partout. »
■CHJL'PITRE XIY.
l<ei r i ig »fe« VBrlmrt et l« Caorre *mi Penplea.
« Ma plus grande faute, a écrit plus tard Napoléon, est d*avoir mis de l'importance à détrôner Ja d.ynastie des Bourbons... J'embarquai fort mal toute cette affaire. L'immoralité dut se montrer par trop patente, Finjustîce par trop cynique et l'attentat ne se présenta plus que dans sa hideuse nudité, privé de tout le grandiose et des nombreux bienfaits qui remplissaient mon intention. La guerre d'Espagne a été une véritable plaie et la cause première des malheurs de la France... C'est ce qui m'a perdu. » La guerre d'Espagne allait avoir en effet sur les destinées de l'empire napoléonien et de la domination française en Gtermanie des conséquences formidables. Les mécontents de la Prusse, de l'Autriche, de la Confédération du Rhin allaient trouver hors Allemagne le point d'appui,, le centre de résistance qu'ils ne trouvaient pas encore en Allemagne.
Je ne saits pourquoi ©oœ ne nous estimerions
pas autant que les Espagnols I » s'écria filiicher en apprenant la capitulation de Baylen, le premier grand désastre de TEmpire. A partir de ce moment, en effet, les ennemis de Napoléon en Allemagne conmiencèrent à croire qu'il pouvait être vaincu. Les armées anglaises avaient débarqué en Espagne et pour la première fois prenaient pied sur le continent : pourquoi ne débarque raient-ellespassurles côtes de la Baltique ou delà mer du Nord? La guerre d'Espagne occupait 200,000 des meilleurs soldats de Napoléon, et pourtant ce n'eût pas été trop de toutes nos forces pour contenir la Prusse irritée, l'Autriche frémissante, protéger nos alliés du Rheinbund. Déjà nos adversaires sentaient peser moins puissamment sur eux la main de l'Empereur. En août 1808, Napoléon offrait à la Prusse l'évacuation anticipée de son territoire si elle voulait réduire son armée à 30,000 hommes : de? concessions à un ennemi désormais irréconciliable, tel était le premier effet des affaires d'Espagne. Notre allié le tsar conseillait à la Prusse de prendre patience , de se soumettre, de laisser Napoléon « s'enfoncer en Espagne. » Une lettre imprudente du baron de Stein , ministre dirigeant de Prusse, fut interceptée par la police française et donna à Napoléon la mesure des ressentiments qui s'étaient amassés en Allemagne contre lui et des espérances qu'on y fondait sur les fautes qu'il venait de commettre. Mais elle lui permit de frapper à la tête le parti de la guerre et du soulèvement* en renversant le ministre qui, à Berlin, préparait la revanche. Il mit l'épée sous la gorge à la Prusse : elle s'engagea par un traité à réduire son armée à 42,000
hommes, à subir roccupation des forteresses de TOder, même à fournir éventuellement un corps auxiliaire contre l'Autriche. La chute de Stein, mis au ban de la Confédération du Rhin, c'est-à-dire de toute T Allemagne, était un succès pour Napoléon : il était sûr maintenant que le parti de la guerre ne l'emporterait pas à Berlin et qu'une coalition de la Prusse avec l'Autriche était impossible. Restait F Autriche. La haine contre Napoléon, la rancune de tant de batailles et de provinces perdues s'y manifestait avec un redoublement d'intensité. François II venait d'épouser en quatrièmes noces Marie-Louise-Béatrix de Modène, femme énergique , qui fit triompher à la cour Fînfluence belliqueuse des archiducs ses frères. Le ministre Stadion était l'émule du baron de Stein. Il s'efforçait d'assurer la revanche de l'Autriche par une régénération intellectuelle, morale et politique. En Autriche on ne pouvait pas, comme en Prusse , transformer partout le servage, restreindre les privilèges, ébaucher les libertés municipales, organiser une armée nationale. Stadion, inférieur en capacité à Stein, se trouvait d'ailleurs dans des conditions moins favorables. Il fit ce qu'il pouvait. Un souffle inconnu de libéralisme passa sur le vieil empire des Hapsburg : la censure fut adoucie ; Schlegel fit des lectures à Vienne ; Gentz rédigea des pamphlets ; les poètes hongrois, à peine sortis des prisons autrichiennes, prêchèrent la guerre sainte contre Napoléon^ François II, si foncièrement despote, s'essayait à suivre ses frères et ses
i. Sayous, Histoire des Hongrois, de 1790 à 1815. Paris^ 1873.
2W UALLHTMACSNE' SeUD» NAPOLÉON l".
cousliis dasts. la isoie dj& la populantJé. u&hï mon eher 2iohy^ disâictHil, ks peuples anivjoiiiTd'liiii pèsent â^tm ^and poids dans lu bdasice*. » Cette agitation! palm*tiqpB et milîtaire, pas plus que te but potairsmri, m p0iivaâ(t éclnapper è Napoléoa. S avait donné, le* 13 mûf^ l8A6y un avertissennent publie an p^inee- àè Met* temidiy et fait demandiBr aux souveraine è& Wiem* hmnd nm poreimer eoBimgent.
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Néanmoins* il sentait maintenant combien il était cbancenx de se porteif en personne au delà des Pyré^ nées en laissant PAHeinagi^ie dans un tel état de fér«meiffitation. lï se* croyait s#r de la Prisse, mais 3 felkit que quelqu'un kiii répondît de FAutricb». L'alliance franco-russe avait perdu de sa solidité; ks illusions conçues par Alexandre à Tflsit s'étaient un peu dissq)ées; le tsar avait éprouvé en Finlan<îe tes mêmes désagréments militaires que- Napoléon en Esp«^e. B n'y »vait plus à Péterdbourg d'amis sincères de Tial- Iknce &aiiçaitse> qu'Atexandre et soq vieux miiaistre Romanzoff : eneoireteurfallait-il faire des concessions. ils convoitaient Gonstantinople ; à défaut de €onstan« tinople, ne pouvait-on leur laisser jw'endre le Danube ? Napoléoa remit sua* te tapis le partî^ge» dte' l'empire turc, et AlexandTe parut encllanté de ce retour ara grmtdes idées de Tilsii,
L'alliance dies deux prinœs aivait tocrjours eit no caractère personnel : c'était donc dans une entrevue personnelle qu'ils devaient tmiter leinrs affaires^ @n
LE GO(NajM:s d:£BPURT. 295
choisît Erfturty qui appartenait encore à Napoléon, et ^ était Tdsin de Wei]»ar, où Alexandre poui^ait se trouvât en femilte. Ateîiandre partît te premier, traiiieirsai Kœnjgsberg, et amusa la douleur de son ancien alHé par de vi^ues pixmiesses d'intercession. Napoléon quitta PariSi e& septwibr^, accompagné deChampagny pour les affaires poKtiques ; car laUeyrand lui paraissait trop autrichien pour qu'on pût le mettre dans le «ecret de Teotrevue.
Partout les préfets venaient le recevoir à la limite «de leurs départements, les princes à la frontière de lenis états* Déjà ses alliés et vassaux s'étaient réunis au Meu du rendez-vous. On y voyait le roi et k reine de WesIriAialie, le^ rois de Bavière, de Saxe, de Wurtemberg, le Prince-Primat, le grand-duc et la ^rande*4uches8e de Bade, celui de Barmstadt, les ducs de Saxe-Gotha, d'Oidenburg, de Mecklembourg- Schwérin, etc. La Prusse, tristemont, y était repré- ^ntée par le prince Guillaume, frère du roi. L'empereur d'Autriche, qu'on s'était bien gardé d'inviter à la tèk^j y avait envoyé le général Yineent avec une lettre à Napoléon. Le 27 septembre, les deux em* pereurs s'embrassèrent sur la route d'Erftirt à Wei- Mfâr. Puis on rentra dans Erfurt. Le soir il y eut illuminatien ; des transparents portaient des inscriptions élogieuses. « S'il y avait un flls des dieux, disait l'une d'elles, ce serait Napoléon 1 )> Le soir, les acteurs de la Comédie - Française commencèrent à représenter les chefs-d'œuvre de notre théâtre national. Les deux ei»pereuirs se donnèrent Taeecdad© sur un vers d'CEdipo, Alexiandre avait l'oreille un peu dure : Napoléon fit éta-
blir pour le tsar et les rois, des fauteuils à l'orchestre ; les princes formaient le parterre. Pour mettre un peu d'ordre dans cette cohue de potentats, l'étiquette était fort rigoureuse. La garde du palais portait les armes aux têtes couronnées; le tambour roulait trois fois pour les empereurs, une fois pour les rois. L'Allemagne s'égaya à répéter le mot d'un officier français à un tambour, qui avait roulé trois fois pour le roi de Wurtemberg: «Taisez-vous, imbécile; vous voyez bien que ce n'est qu'un roi 1 » Pour varier, on passait de grandes revues où Napoléon, avec toutes sortes de mots aimables, présentait à Alexandre les vieux soldats qui l'avaient battu à Austerlitz et Friedland. Les 6 et 7 octobre, toute cette foule dorée se transporta à Weimar. On y joua la Mort de César. La pièce était interdite en France, mais on croyait pouvoir la représenter impunément devant les paisibles Allemands : l'étudiant Staps devait détromper Napoléon. L'Empereur, qui ne montrait aux rois de l'Allemagne que de froids égards, affecta au contraire les plus courtoises attentions pour ses grands hommes. On connaît ses conversations avec Gœthe et Wieland. Gœthe surtout conserva un profond souvenir de cette entrevue. Napoléon lui avait dit : « Vous êtes un homme 1 » Et lui, à son tour, bien des années après, disait à Eckermann :
« Napoléon, c* était là un homme ! toujours lumineux^ toujoup*: clair^ décidé^ possédant à toute heure assez d'énergie pour mettre immédiatement à exécution ce qu'il avait reconnu comme avantageux et nécessaire. Sa vie fut celle d'un demidieu qui marchait de bataille en bataille et de victoire en vie»
toire. On peut dire que pour lui la lumière qui illumine l'esprit ne s'est, pas éteinte un instant; voilà pourquoi sa destinée a eu cette splendeur que le monde n'avait pas vue avant lui et qu'il ne reverra peut-être pas après lui. — Oui, oui, mon bon, c'était là un gsdllard (Dos wœr ein Kerl) que nous ne pouvons pas imiter en cela ! ^ »
On faisait aussi des parties de chasse, ou plutôt de ces « dégoûtantes boucheries, » comme on les affectionnait à cette époque, où des milliers de rabatteurs amenaient le gibier éperdu presque aux pieds des chasseurs. Un jour on prit pour théâtre de ces exploits le plateau de Landgrafenberg, si célèbre dans la journée du 14 octobre : on y livra une « bataille d'Iéna contre les perdreaux et les lièvres. » Assurément les milliers de braves français, saxons ou prussiens qui dormaient sous le gazon, durent tressaillir d'attendrissement en voyant les joyeux ébats des princes pour lesquels ils s'étaient fait rompre les os. C'était une idée fâcheuse, aussi peu honorable au vainqueur qu'aux vaincus, d'avoir pris un tel théâtre pour de tels divertissements.
Une idée moins généreuse encore, fut de donner pour guide à Napoléon, dans ses explorations sur le champ de bataille, ce malheureux Guillaume de Prusse, qui était venu à Erfurt mendier une remise de quelques millions. Miiffling raconte que cette circonstance sauva pourtant la vie de Napoléon : deux anciens militaires prussiens étaient embusqués dans un buisson avec leurs carabines : la présence de Guillaume les empêcha de tirer. Ce n'était pas la
i. ConversaUons de Gœthe avec Eckermann, t, II, p. 2.
598 L'ALLElSCACaSE SOUS NAPOLÉON !•'.
iieniière Ibis que I^pdéoiD allait être exposé aiux veii^ geances du patriotisnàe froissé. L'Empa^eat , après avoir visité léna^ fit don de 300,000 francs à la ville pour réparer Les dégâts de la victoire.
Toutes ces fêtes n'avaient qu'un but : amuser le vulgus des princes et des diplomates pendant que la sérieuse affaire se débattait entre les deux empereurs et leurs confidents. Dans ces entretiens secrets, on parla surtout de l'Espagne, de la Mnlande, éo Danube, de la Pologne. Ils intéressent FAHemagne en ee que le tsar assura en quelque sorte à Napoiêon le repos du continent ; et aussi parce que Auns les ae^ eoïades d"Erfiirt est contenue en- germe la fetate guerre de 1812'.
Napoléon, après avoir fait remettre à FAngieterre une note franco-russe pour proposer une négociation et pouvoir rejeter sur elle la prolongation de la guerre; après avoir menacé la Prusse, averti FAutricbe, mis en éveil ses alliés du Rhin, passa les Pjrénées dansf Fespérance de jeter enfin les Anglais à la mer. Mais après les victoires de Ttidéla, Somo-Sîerra, Tolède, \m jour, au passage du coï de Guadarrama, il reçut des* nouvelles qui le rendirent pensif au milieu de ses succès et précipitèrent son retour à Paris. La guierre d'Allemagne apparaissait comme inévitable; encore une fois, comme en 1805, la diversion aiilîricbi^nne' sauvait les Anglais. Mais FAutricbe, cette fois- encore, allait le payer cher.
L'Autriche était, en 18Ô9, dans une situatioa fînan-
LE CONGRÈS D*SRFURT. 299
«ière dépiorakie; 24 tbalers en papier du ^ouverne- Bi^nt ne valaie&t plus i|ue Ift thalers. Elle n'avait pas d'alUéSy à paxl l'Angleterre et les insurgés d'Espagne, il était certain que la Russie aiderait Napoléon. Et poiH'tant on se précipitait vers la guerre. C'est que Ton camptaât sur « les peuples » ; o» espérait insurger la West|)£talie et la Clo>nfédération du Rhin, comme les Anglais avaient insurgé TEspagne. On s'entendait aveo le& prinees dépossédés et les aventuriers prussiens, avec Schill, le duc de Brunswick, l'électeur de Besse. L'archidue Jean devait soulever le Tyrol . L' Autridie multipliait les appels aux Allemands, aux Polo^ nais, aux Italiens. : comme si les Polonais pouvaient «ubUer 1772; comme si les Italiens pouvaient pardonaee oette séeulaire'oppression, «^ qui devait recommencer aussitôt après la victoire de l'Autridiel On frappait à coups redoublés sur cette corde des peuples et des nationalités, qui se refusait à vibrer sous la main des Hapsburg. En Autriche, on formait une landwehr; en Hongrie, on faisait décréter ïinsurree-^ tion. Comme en Prusse, on restreignait, e^ Autriche, l'usage du hfttoo et des verges dans la discipline mi-litaire, « les peines corporelles détruisant le sentiment d'honneur qui doit être le ressort et l'âme du soldat » . N'oublions pas que l'exemple avait été donné, à la Prusse comme à l'Autriche, et d'une façon plus complète, par le royaume français de Westphalie; n'oublions pas qu'après la guerre dite de délivrance^ le •corporai reprit ses droits sur les héros germains. Les journaux français et ceux du Rheinbimd avaient beau jeu ib tourner en ridicule ce subit libéralisme de
l'Autriche. Quoil c'était ce gouvernement^ mélangé d'aristocratie, d'autocratie et de bureaucratie qui parlait de libertés publiques 1 C'étaient les bourreaux de l'Italie, de la Pologne, de la Hongrie, de la Bohême, qui appelaient les peuples à l'affranchissement 1 C'était l'Autriche de la guerre de Trente ans, de Tilly, de Wallenstein et de Léopold P', TAutriche des jésuites, de l'inquisition d'état et de la douane des livres, l'Autriche des obscuri viriy qui avait toujours eu en haine la liberté de penser et la pensée même, — c'était l'Autriche qui faisait aujourd'hui de la démagogie! La comédie hapsburgeoise prêtait à rire. Mais on en jouait une autre dans les journaux dévoués à Napoléon : on accusait la cour de Vienne de « propager les horreurs révolutionnaires et d'ébranler les trônes » . — « Les princes de cette maison n'ont pas honte, était-il dit dans une proclamation, de signer des manifestes qui les feront comparaître devant le tribunal de la postérité sur la même sellette que les hommes de 1793 ».
Le 6 avril, l'archiduc Charles adressait une proclamation à la nation allemande. Ces deux mots, dans une bouche autrichienne, étaient toute une révolution. Sa proclamation à l'armée n'était pas moins incendiaire :
« Sur VOUS; mes chers compagnons d'armes^ disait-il à ses soldats, sont fixés les yeux du monde et de tous ceux qui ont encore le sentimeat de l'honneur et de l'indépendance nationale. Vous n'aurez pas la honte d'être des instruments d'asservissement; vous n'irez pas sous de lointains climats (allusion aux troupes de la Confédération du Rhin envoyées en Espagne}
livrer d'éternels combats pour une dévorante ambition; vous ne verserez pas votre sang pour un intérêt étranger et pour une convoitise étrangère; vous n'aurez pas la mission maudite d'exterminer des peuples innocents pour frayer sur les cadavres des défenseurs de la patrie le chemin du trône à un usurpateur étranger. Vous avez un plus beau sort. La liberté de l'Europe s'est réfugiée sous vos étendards. Vos victoires briseront les chaînes de vos frères allemands qui, maintenant encore dans les rangs étrangers, attendent leur délivrance, i»
Lés princes du Rheinbundj auxquels Tarchiduc Charles faisait tant d'allusions désagréables, avertis du danger par une nouvelle invasion de la Bavière, s'empressaient de mettre sur pied leurs contingents. 40,000 Bavarois se rassemblèrent sous le maréchal Lefebvre : le prince royal commandait une division. Il y avait en outre 12,000 Wtlrtembergeois sous Vandamme, une division composée des contingents des petits princes sous Davoust, 8 à i 0,000 Badois, autant de Hessois; 20,000 Saxons à Dresde, 2S,000 Polonais dans le Grand-Duché. C'était un total d'environ 100,000 combattants : on voit que la Confédération du Rhin commençait à constituer une sérieuse ressource pour Napoléon. Le roi de Bavière publia le 17 avril son manifeste contre FAutriche :
«... C'est notre trône que Ton veut renverser): c'est le nom de la Bavière que l'on veut effacer de la liste des puissances... Nos ennemis ne dissimulent même pas leurs plans; la Bavière serait morcelée et de ses débris on formerait des baronnies dépendantes du cabinet de Vienne... Nos ennemis fuiront devant le Protecteur de notre patrie »• Napoléon avait en-
aeS L'ALLEMiiONS SOUS NAPOL£ON I«^
aore f air de ne prendre les araies que pcmr secourir ses confêdérés.
Coauiie pendaul è la proelamalioix de Varehidac €3iaries, citons oeUe de Yandamme aux AUemands placés sous ses ordres. Ces deux documents expriment assez bien les deux courants d'opinions qui se partageaient alors FAIlemagne militaire, les deux passions qui faisaient battre alot» le ewur du G^nnaôbi ^ Tenthou^sBue poujr cette patrie attemaiMie qui n'existait pas encore et Tadiairation p#Hir rhemme du destin qui se dressait akurs de toute sa hauteur s/aat la scène de l'histmre :
<i, Brèves, trouipe^ d^ Wûr^ntberf ! Vom alkt combattre sow$ les yeux du grand Napoléon. Vous allez jpuir du suprêmç houneup de servir de garde au plus illustre souverain. Je lui ai juré sur votre nom que tous formeriez autour de lui un bouclier impénétrable: que vous verserez pkitôd) t^ut votre san|; qm ^e pQvmieUre à» auemi eowiiai d'amv<Q]r jus^'li feiii<.. Yooa répondiez à mon attente et vous saisirez toutes les oceastooâdie vous illustrer dans cette immortelle campagne qui commence d'aujourd'hui. Les corps les plus distingués de cette célèbre Armée française envient votre sort. Vous prouverez à «votre roi, qui apprendra avec argueil le beaui rô*le que voua a^rez à jouer^ qit£ vous, êtes dignes de la confiance de N9.poléon^ De brillantes récompenses, attendent tous ceux qui,, par des actions d'Mitt, sauront mériter cette distinction*. »
1. I>u Casse^ /r sfénéral Vandamme et sa correspondance. Puris, Didier, 1870, t^ II, p. 270 — Ouvrage t^ès-eurieux siip h, conduite de nos auxiliaires allemands dans les campajjnfis de 1806 à 1813, et sur les embarras que leur Indiscipline et leurs habitudes de pillage dimnèrent par(bi*a«> généial Yaudurimew
L'afTaîro devait dtore séirieiige* <i Jamais Ndpolécm, dit Roviga^ H'avaîl été pris plus «» dépotiirYu. n Mais au lieu d'étve suirpiris et coupé, c'est lui qui surf^rit et ooupa en deux tes Autiicbiens. Les Bavarois et kis Wilvtraiibergeois fîrexttU ua brillant d^ut au combat d'Aben^berg. NapoI^Dii les avait harangués peirsonBelIement sm le chaaa|)^ de bataiUe, k$ ad^'ijiraiit de combattre^ YaillBima!aei>t pour letur pnaWy poui leur patrie, pour h maifiitien de la Cou*féâératîon. H promÎJt aux Bavarois qfu'après^ la victoire, il rendrait leur pays si grand qu'ils oi^auraiiefit plus besoÎB des Français pour résister à rAutricbe. Dans toujie cette eanapagne nos auxiliaires allemands monr trëreot de grandes qualités mUitaires ^. Au fond,. Na*<pûléoQi leur tenait parole : ean aguerrissaal tes troupes des roîs. ses aJIiéSi,. il augmeiabtait leur psiissanee réelle. En créant tes arsaiées, il créait les nations nouvelles. Seulement iil Q'eâit pas fallu^ en 1812, perdre toutes ces armées, hommjes et matériel,, dans les neiges de Russie.
Oqi saU comment l'opération manquée d'Ëssling ébranla l'Allemagne tout entière et donna confiance h tons les ennemis de* Napoléon ^ Mais après Wagram,
1. Voir cependant Thiers, t. X^ p. 504, sur le rôle des Saxons à Wagram, sous Bernadette.
St.. Vokii les boUstias- que repiodoSsaii; PAUffemeine Zeitung du 17 juin :
...« Une bataîITe sanglante a eu lieu le 23 mai à peu de distance de Vienne entre l'armée autrichienne et l'armée française, dans laquelle ixtte dermère a été compl^emerU battue. Vingt-cinq généraux, parmi lesquels on vefDftavque les généraux Deroy, Lefebvre, Augercau, et tout ce- qoi com.posait Tétat-major de l'Empereur, ainsi que les mi- BJatres^ cVè^t et les autres fonctionnaires civils, sont tombés au pou* voir dV3 lennnai^ et Ton a mâim Keu de eroiro que l'Empereur Napoléon a été tué ou t p risonnier. .. De t )ute l'armée française qui «vell
l'Autriche fut à bout de ressources. Napoléon hésita entre trois projets : 1" détruire la monarchie des Hapsburg, en 'séparant les trois couronnes d'Autriche, de Bohême et de Hongrie. 2° détrôner François II et le remplacer par un autre prince autrichien, le duc de Wtirtzburg, qui avait ponctuellement fourni son contingent contre l'Autriche; 3** affaiblir son obstinée rivale de 9 millions d'habitants. Il n'en prit que 3 millions et demi, mais enleva à l'Autriche tout son littoral et resserra Vienne entre les frontières nouvelles de la Bavière, de la Saxe, de l'Italie et de la Pologne. François II dut, par le traité du 14 octobre 1809, céder à la France les provinces illyriennes, à la Saxe quelques districts de Lusace, à la Bavière Salzburg, Braunau et Berchtesgaden , au grand-duché de Varsovie la Gallicie orientale, à la Russie 400,000 âmes dans la Gallicie occidentale. L'ordre Teutonique, dont l'archiduc Charles était grandmaître, avait déjà été (24 avril) supprimé dans tous les états du Rheinbund ; c'est-à-dire dans l'Allemagne presque entière.
Mais cette guerre n'avait ressemblé à aucune des guerres faites jusqu'alors par Napoléon. Nous nous proposons d'en étudier les épisodes les plus propres à faire connaître le degré de la solidité des créations napoléoniennes et l'énergie de ses ennemis. Un nouvel
passé le Danube^ il ne reste plus que huit à dix mille hommes qui fuient dans le plus grand désordre, vivement poursuivis par la cavalerie légère à laquelle il leur sera impossible d'échapper. Les ennemis ont évacué Vienne avec la plus grande précipitation. » Traduction d'un attaché à l'ambassade westphaliennc de Berlin. (Papiers westphaliens inédits].
LE CONGRÈS D'ERTORT. 305
élément en Allemagne comme en Espagne venait de se montrer sur les champs de bataille : Tenthousiasme patriotique, le fanatisme national. Cette leçon donnée à Napoléon par les événements du Tyrol, de la Saxe et de la Westphalie, l'étudiant Staps vint la souligner à Schœnbrûnn avec son couteau de cuisine. Napoléon fit fusiller le meurtrier, mais recommanda à Fouché le plus grand silence sur cette affaire. Plus d*unè tentative de ce genre dut être ensevelie dans un profond mystère *.
1. Voir^ dans les Mémoires de Bonrrienne, l'histoire singulière de rétudiant saxon Salha, qui lui aussi voulut tuer Napoléon. — Voir^ ^^ lar StapSy — Bourrienne et Rovigo*
CHAPff RE Vf
L'épisode le plus iiaportant de cette g^wevre des peuples^ que l'Autriche voulait déchaîner contre Napoléon, fiit l'insurrection du Tyrol ^ Cependant, elle ne paraît pas avoir sérieusement inquiété l'Empereur. Il en est rarement question dans sa Correspondance; les historiens français se sont peu occupés d'une guerre d'escarmouches à laquelle les historiens allemands attachent, au contraire, tant d'importance. Elle tient autant de place dans l'ouvrage de Haeusser que toute la grande guerre du Danube avec Abensberg, Eckmiihl, Ratisbonne, Essling, Wagram. En réalité, cette insurrection, qui resta jusqu'à la fin à peu près localisée en Tyrol, n'eut qu'une médiocre influence sur la marche des événements ; mais le patriotisme allemand se complaît au récit des surprises heureuses et des
\. Hormayr, Das LandTirol undder Tiroler Krieg von \S09, 2 vol. Leipzig, 1845. — Haeusser, Deutsche Geschichte, t. III. — Die Mxnnet des Volkes in der Zeit deutschen Elends, 1805-1813. Berlin, 1864. — Correspondance de Napoléon /«»", t. XIX et XX,
UIN6UKR£Cr£0K DU TYR0L (f809). 301
petits succès des insurgés, et pré4)eQd yxÀar âans Fen-* irepcsse cFAnohreaB ffofet k ppeiBièce explosion dlm sentim^ftt natiioQfll alkmand.
^he Tyroi n'est aisftre cbsee que te massif des- Alpes Khétiquesv composé «to trois diatnes paraUëles. La eh^De eentrate comprend des scnxaaets et des glaciers qui atteignent parfois ài une hauteur et i'2,60& pieds. Elle n'est firajoehissable que par troi^ roixte&: àrouest, eelie de llerwi au Yor^rlb»^; au centre^ cette de Man^ toue à Innspdlck^ par Trente, Botzen^ Brixen, SOer* nng, par le col du Brennar ; à Test, celle de Khgen** furth h Srizborg,. par Lienz et Kinzbu>bel. Au nord de cette chaîne se trouvent les bassins de Tlnn et de la Salza ; au môdl les vallées de TAdige (Méranie), de VËisack et de la Brave (Pusterthal).
Pour arriver au massif central du Tyrol, par la possession duquel seulanent on peat être malltre du pays (car la conquête de Trente ou naème d'Inn^[NKIck n'esiAratiite* pas celle de la monlagne), il faut done remonter on te vallée de FAdige et de TEisack, ou eeSe de la Brave, on eeUe de FInn. Mais tes routes qui parcourent les vallées sont hérissées d'obstacles : le chiesakiii est tBèsr^soavent comme suspendu au flanc des montagnes; d*un côté s'élève une muraille verticale oia suarplombante de rochers, de l'autre s'ouvrent des précipices et le Ht profondément encaissé des torrents; la rouie ekange fréquemmeni;, allant d'un cdté à l'autre du val', traversant le thalweg au moyen de ponts jetés sur tes abÎDoes et dont la rupture devient un terrible obstacle. Parfois elle est resserrée si étroitement entre les rochers que la plus faible défense rend le défilé
infranchissable à des troupes d'invasion. La plus grande difficulté qu'oppose le Tyrol aux opérations d'une armée régulière, c'est qu'il est rare d'y rencontrer un espace libre où l'on puisse déployer ou faire camper seulement trois mille hommes. Le montagnard tyrolien, qui ne traîne après lui ni magasins, ni trains d'artillerie, ni convois de munitions, qui n'a besoin ni de ligne de retraite, ni d'espace libre pour camper, qui connaît tous les détours et |ous les sentiers de la montagne, qui n'a pour toute provision qu'un peu d'eau-de-vie et de farine de maïs, qui trouve un abri derrière le premier rocher ou le premier arbre venu, a donc, dans un pareil pays, un avantage énorme sur l'adversaire le plus brave et le mieux discipliné *.
Le fond de la population tyrolienne, c'est la race celtique (les Rhétiens), à laquelle se sont superposés, dans le Tyrol allemand, des Goths et surtout des Souabes. A la chute de l'empire ostrogoth, le Tyrol se trouva partagé entre les Bavarois et les Lombards ; à la chute de l'empire franc, les comtes tyroliens furent également soumis aux souverains de la Bavière
1. Le Tyrolien de la guerre de 1809 fondait lui-môme ses balles. Gomme il ne pouvait charger que lentement et ne tirait qu'à coup sùr^ il n'avait pas besoin de munitions considérables. Seulement ses chefs avaient toutes les peines du monde à l'empêcher de les gaspiller en coups de feu de réjouissance, sous prétexte de processions^ de fêtes ou de mariages. Il aimait littéralement à faire parler la poudre, et même après up^ échec il se consolait en disant: « Oui^ mais cela a fait un diable de bruit ! C'était un vrai bonheur. » Au commencement de la guerre^ les Tyroliens avaient la manie d'avoir du canon : cela faisait « un diable de bruit^ «> et ils s'en exagéraient singulièrement les effets. Mais comme ils ne savaient pas les manœuvrer, et qu'ils les plaçaient volontiers en première lîgne^ ils se les faisaient prendre trèssouvent.
jusqu'au moment où les comtes de Méranie, de leur château de Tiroliy étendirent leur suzeraineté dans tout le pays. Napoléon n'avait donc pas méconnu le passé historique en réunissant le Tyrol et la Bavière, puisqu'ils avaient fait partie du même système politique, depuis les invasions jusqu'au douzième siècle. Les deux pays étaient en communauté de langue, de traditions, d'origine. La nature donnait aux Tyroliens des communications plus faciles avec la Bavière qu'avec l'Autriche. Mais la maison de Hapsburg était extrêmement populaire en Tyrol. Il était bien profondément enraciné dans le sol même et dans les rochers du Tyrol, le souvenir du fondateur de l'empire autrichien, Maximilien le rude chasseur, Maximilien peu d'argent y aventureux et pauvre comme le montagnard. Son tombeau est à Innsprtick, et tout paysan savait montrer tel précipice où le bon empereur avait pensé se rompre le cou. Son arbalète h la main, il semblait vraiment la personnification de ce peuple de chasseurs qui parcourait toujours armé ses libres montagnes.
Plus qu'aucune autre province de la monarchie autrichienne, le Tyrol était resté étranger au mouvement général de l'Allemagne. Les passions politiques qui fermentaient à Berlin, à Brunswick, à Vienne même, lui étaient inconnues. Son insurrection coïncida avec le premier réveil de l'Allemagne en 1809, mais il n'en fut point un épisode, quoi qu'en aient dit les historiens germaniques. Partagé d'ailleurs entre deux races, l'une teutonique, l'autre welche, il était trop autrichien pour être bien allemand.
340 L'ALIJEMAKÎESrE SOUS NAPOUÉOK T^.
<Le Tyrol avait toujoars été caO^adtiqtie., et Tou j camptait à cette époqoe, unalgré sa paim^eté, une'«sdez grande quantité de couveirte. On y -était kxt altacbé aax vieux usages, €t les tékam.e& de io9e{)h II û'avaieist servi qu'à y dépopulaiâser le frogrès. Son suecesseïtr Léopold ^'était vu obligé d'abdir son ^y^ème d'im^ pots, «es lois <5ooûtre les couvenis, surtouït fe ccmscription. On aimait dans ce pays radmitiiistnslâùii autrichienne, précisénaent parce qu^elie était fort routinière, qu'elle respectait les us et coutumes des îancêtoes et laissait une ample carrière aux influences locaks. Le système ^u ^nistre bavarois Monligelas, ^t rappelait naturellement celui de Joseph II, ne pouvait jBanquer de soulever dazis le -pe>y& k mêisie Pépualsion, En outre, si procbeis parents qu'ils fussent des Bwams, ^les Tyroliens avaient toujours guerroyé contre «ux «ras le drapeau autrichien, surtout dans les guerres pour la succession d'Espagne, lorsqu'ils avaieat repoussé l'invasion franco-bavaroise de 1763^ Les traditions locales n'entretenaient le paysan que des victoires fameuses remportées contre les envahisseurs Soam. Le renversement du système de douanes et de ccanBaimications apportait dans leur commerce une pertarbation passagère, mais sensible. Enfin il y avait ^dans le pays beaucoup de papier autrichien, »et te peuple craignait que le nouveau prince ne le déprécito. Même en agissant avec prudence et habileté, le gou^veroemaot bavarois allait avoir contre lui la rcmtine ietirignoraoïm des paysans, le fanati^sme des moines et du clergé, les souvenirs patriotiques et guerriers, }es intérêts matériels momentanément froissés, les isltrigues du
patti autridiien,1;rès-pttY)bal)l6meiitapi^ cdw
de Vienne, ôr^ ptécésément cette pradenoe «t ocftte b«lbil«lé !&re&)t, jtisqti-à ûii'eeiFlai& pcâiity défaut ans agents de Meïitgelai^
Le traité «de Presbourg avait .poanainl; stipulé que le pays (( devait passer à la Bavtèt^ atec ses aUcÂens droits et ntm murtimeM. » — Et, disifct Bonnayr^ qui avai/t insisté peur Tiâdertîon au }^rotoco]« de œs laiots en apparence à, bénins, « à la première nqpCure, les étrangers nous paieront ^iier ces trois mote. » Maxa* mîBen-loseph, en réponse à unie délôgwticfn tyrolienne, avait proiïRS « dte ne pas changer un iota à >k con* stitution. » Napoléon lui^ffiêine avait assuré aux Tyroliens « <pi'îls ne payeraient rien on presque rien. »
Mais bientôt un nouveau systèEÈue d'administration boale versa les habitudes du pay&. La <}uestion religieuse fut la pierre d'achoppem^ni de Montgeias. Le gouverne«ne?nt avait déclaré qu'il*aominepait ks curés, qu'il les choisirait au concours après qu'ils ^ajuraient étudié dans les écoles, et que l'évêque n'interviendrait que pour la consécration. Rien n'était plus efficaoe pour combattre l'ignorance invétérée de ce clergé; mais il fallait prévoir les résistances. Les évéques de Coire, Trente et Brixen protestèa'ent : on les expulsa ou l'on saisit leur temporel. Les curés, à leur tour, réclaiôèreïil contre la nouvelle constitution du clergé, contre la wmise en vigueur des ordonnances joséphiûes -qui proscrivaient les processions, l'abus des siMvti^e^ et la multiplicil^ des jours de fête.
Le clergé était supprimé comme ordre de l'état. Les sept abbayes, dont les chefs siégeaient au Land-
taçj forent abolies, les abbés et leurs chapitres mis à la pension, leurs revenus appliqués aux dépenses publiques. "^ Ainsi disparurent les Cisterciens de Stams, les Prémontrés de Wiltau, les Bénédictins de Marienberg et Georgenberg, les chanoines de Neustift, Welsch-Michaël et Gries.
Le gouvernement accomplissait sans discrétion des réformes nécessaires : on frappait d'amende le paysan qui paraissait endimanché un jour de fête supprimée. La résistance et les sermons des dures exaspérèrent les fonctionnaires bavarois, habitués, sur les bords du Danube, à plus de docilité. Ils perdirent tout ménagement dans leur langage et leur conduite. Les moines, dont on attaquait les couvents, faisaient au peuple mille récits venimeux sur les proconsuls du Nord : ces impies vendaient aux juifs les vases sacrés; le commissaire Hofstetten entrait dans les églises le chapeau snr la tète ; il mettait sur le dos d'un juif les saintes chasubles pour se donner le plaisir de le bâtonner en habits sacerdotaux ; il envoyait dans les confessionnaux des soldats déguisés en femmes pour espionner les bons pères; un jour, il avait forcé deux religieux à dîner chez lui en compagnie de deux courtisanes peu vêtues, etc.
Les états du Tyrol furent supprimés : sans doute, composés comme ils étaient des quatre ordres *, ils étaient peu à regretter au point de vue égalitaire. Mais il aurait falli\ les remplacer par autre chose, et la fameuse conf^Éitution bavaroise de 1808 fut très-lon-
i. Prélats, nobles, ^oui^eois, paysans.
guement discutée, mais ne fut jamais mise en vigueur. D'ailleurs le paysan refusait de se placer au point de vue égalitaire ou libéral : il restait au*point de vue national et conservateur. Or, il semblait que les Bavarois voulussent supprimer le Tyrol lui-même : on vendait h des démolisseurs le sacro-saint donjon de Tiroli, qui avait donné son nom à tout le pays ; le mot de Tyrol était rayé de la langue administrative et remplacé par celui de' Bavière méridionale {Sud- Bayem) ; on ne parlait plus que des cercles de llnn, de TEisack, de TAdige, avec Innsprtick, Brixen et Trente pour chefs-lieux ; des fonctionnaires trop zélés faisaient eSacer l'aigle impériale des enseignes d'auberge et défendaient de parler des poires d'empereur.
Le mécontentement était grand dans la montagne. Les événements de la Péninsule lui donnèrent une direction. Le Tyrol, comme TEspagne, était un pays du moyen âge assailli sans ménagement par le monde moderne ; ici comme là-bas, même passion religieuse, mêmes prédications ardentes des moines, même haine contre le progrès apporté par l'étranger. La nature du pays favorisait admirablement la guerre de partisans. Le Tyrolien passait pour le premier tireur de l'Europe. Une Vendée montagnarde, avec ses neiges éternelles, ses défilés, ses rochers roulants, devait être difficile à réduire pour les Bavarois.
Depuis qu'on était devenu démagogue à la cour de YiOone, chacun prenait à partie une des nationalités qu'il^ fallait soulever contre Napoléon. L'archiduc Charles s'adressait à la nation allemande ; l'archiduc Ferdinand courtisait les populations slaves de Bohême,
$f4 L'ALi^M^avrE SEnm jUAVoeAim a».
de Mesffvie '0t dlllyrie.; l^UFcàôckic Soseph a|p*eiiaât le magyar^ DnrcihJiàuc iJèam eiq^oitoit tes STj^rolieas. iDès le rjjiiis de décembre ISttiB, il ûôsait éccine ;à ses affîdès : <( La nooe ser^a si bdle qu'^a n'aiira jaimais vu la pareille, ht fiancé i(rarchiduc) se Temfea à Grœtz à la fin du oEDois p^Dchadû potar bb |KroGiirer des byouw ((des armes) el; se Tenais aurprès (oe sa (foavÈoée ». <!e6 mignarrdises bapsbqargeoises plaisaieoft fort bux simples montagnards. En janvier 1809, trcds délégués, Nessing, de fiotzen, Hliber, .aubergiste .à Brinaecfcen, Andréas OBofer, ainbergisite au Passeyrthal, .se-renâirent secspètement à Vienue pour Jeter «avec ranrdiidnc idt florma^ le plan de .k procdiaiiie Insurrection. >0n te voit, la ^errede 1809 était chose dirais longteBops arrêtée par la cennr de Vienne lûrsçu-eUe amusait encore Napoléon de protestations padûques. Les ^délégués, de retour au Tyrol, s-ejnrtendi(pen't avecks chefs de la montagne et propagèrent partout leur belliqueuse ardeur. Le S février, on devait se îsou^lever partofiBt; en même temps deux armées autrichieimes envahiraient le Tyrol, l'une par la vallée de l'Inn, sons Jellachich, Tautre par Je Pusterthal, soies 'ChasÉéler. Les troupes bavaroises, fortes à peine -de 4,400 ÉiMBinefi, seraient prises ent?re deux feux, îLe montagaaoEd devait partout sur leur passag-e détrmre les ponts, Totder des rochers, faire «des j^atis d'arbres, infeséer les forêts de tirailleurs. Le secret 'de ita ccoïspiraânii, secret d'u^ peuple tout «entier, (fut bien gardé mx^ seulement jusqu'au 9 février, mais jusqu'au ^ anmilj, date définitive du soulèvement. Xe gouvemcmenl 4mvarois, mal instruit, se borna à d^ndre Jfis tcaiiô-
VIMSirBBBG.12IC»<l DU l?YBlQ£i. (;18A9}. 315
gartS' d'arai^si^ demunitkHBâ et à ordiMiaeir «ne^conaeidptioiij extraondinaire* (|ui amt pour httb d'enlever 9u. paysh uiue partie de^ sa jtunesaei^ wuÔA (gé ne* fit
Le ehM pcÎBcipal d& Viosucvectimi tyrolienne- aivait âJoi» quarante^deux aiDâ. II tenait une auberge dadus le Paasej/rtAalj goirge* étroite et rapidiei qui^ des vignes «^ dig» figuiers italiens, monte d'im seul, trait jusqu'aux neiges éternelkis du massif rhétique. Andréas Hofer rappelle notre Cathclineau par sa bravoure et sa piété. Il était intelligent à sa&Lçon^ ne sachant rien du monde, de la politique, de la grande guerre ; ignorant et erédnie eomme le premier venu de ses comparons; maôs- personnie, dans tout letyrol, n'était plto^ profondémient dévoué à la caoise des Hkpsèusg et de Tindépendance tyrolienne i sa pasâon éèroite, esraipte de doute comme de raisoQOiement, était de celles qui fiouoit les bïéros et Les martyrs. Parfois les petites capitulatioasda Gonscience du héros de 1809 prèteiaLt un peu à rirre au milieu de Gd;te tragédie. Lors de sa mis^n à Vienne, en véritable Tyrolien mélomane, il s'empressa de courir à l'Opéra *. Hormayr apprit cette impru-
1. Ce goût pour Topera ne Tempêchait pas d'être très-pudibond et xm préfet des mœurs très-rigoureux. Un manifeste de lui rappellera an leeteur un yen du Tartufe: «Bisaueoup de ne» exoelllente compagnons d'armes et défenseurs du pays se sont scandalisés de ce que les feipniisa de toute» classes ne couvroat pas- leur gorge et leurs- bra^^ on fm Ifis «oujrceai. qiae de ctufT^ns traiiâparent»el/ Tont aiaai venir de eotupables pensées; cela, il»: peut qji'oifenaer Dieu et toupies hona chcém
dente démarche qui pouvait tout révéler aux limiers de l'ambassade française. Il fit appeler Hofer par une ouvreuse du théâtre et lui rappela qu'il avait juré de ne se laisser voir de tout le jour dans les lieux publics. « Oui, répondit le saint du Tyrol ; mais la nuit tombe et le jour est écoulé... Permettez ! comme j'ai payé place entière, je tiens à entendre la pièce entièrement.»
Quand il fut devenu le chef de l'insurrection, il gourmandait en termes laconiques les hésitations de ses confédérés : « Chers frères de rOber-Innthal ! Nous voulons, avec l'aide de la Mère de Dieu, prendre ou détruire les Boam (Bavarois), et nous nous sommes consacrés au très-cher cœur de Jésus. Venez à notre secours. Mais si vous voulez être plus prudents que la Providence divine, nous nous passerons de vous. »
A distance, le héros, le martyr de la guerre d'indépendance produit un elfet imposant. Mais Hormayr, . àsins son Histoire de l'insurrection tyrolienne j Hormayr qui a tout préparé, si nous l'en croyons, tout dirigé et tout conduit, n'a pas voulu être complètement éclipsé devant la postérité par un homme qui, assure-t-il, lui a uniquement servi d'instrument et de prête-nom. Si ses révélations sont sincères, le héros serait singulièrement amoindri .
« Andréas Hofer^ le Sandwirth (Faubergiste de la plage), était d'une stature haute^ herculéenne, imposante; il avait les yeux noirs, les cheveux bruns, le corps penché en avant d'une manière sensible, les genoux un peu plies : ces deux particula-
tiens. On espère qu'elles arrêteront la colère de Dieu en s'amendant : dans le cas contraire, elles n'auront à s'en prendre qu'à elles si on les couvre d'ordures de la façon la plus désagréable. •
rites se rencontrent fréquemment chez lesmontagnards, par suite de l'habitude de monter les pentes et de porter des fardeaux. Il avait r.esprit lent^ mais sûr; la voix agréable* et douce; le geste rare^ le regard insignifiant, excepté lorsqu'il plaisantait : alors ses yeux et sa bouche avaient une charmante expression de bonne humeur... Très-humble quand il priait ou levait les yeux au ciel, il ne manquait pas d'enthousiasme , mais celuici venait plutôt de la résignation chrétienne que d'un héroïsme à l'antique.
« Son éducation était un peu supérieure à celle des autres paysans. Son métier d'aubergiste^ le trafic du vin et des chevaux; faisaient qu'il parlait assez couramment l'italien, quoique dans le dialecte de Trente, et qu'il lisait assez facilement l'écriture et l'imprimé. Il écrivait dans les deux langues (l'italien et l'allemand)^ mais également sans orthographe...
a II portait toujours le costume de son endroit^ mais avec quelques modifications sensibles : un grand chapeau noir à large retroussis, avec des rubans noirs pendants et une plume noire recourbée, un habit court, de couleur verdâtre*", un grand gilet rouge, avec une large ceinture noire à la mode du pays^ des culottes courtes, noires, des bas rouges ou noirs, rarement des bottes. Il avait au cou un petit crucifix ; plus tard, en surcroît, une grosse médaille de Saint-Georges, et, tout à la fin, la médaille d'or avec la chaîne d'or que lui avait données l'Empereur.
« Mais ce que Hofer avait de plus remarquable, ce qui lui donnait, surtout à cheval, un prestige tout particulier, ce qui contribua, bien plitë que ses talents fort médiocres, à lui faire jouer un si grand rôle, — c'était une belle barbe noire qui lui descendait jurqu'à la ceinture. De tout temps les aubergistes de cette vallée avaient coutume de laisser croître leur barbe ; mais chez lui c'était en outre la conséquence d'un pari qu'il avait engeigé avec des amis à une table joyeuse à propos de deux bœufs.
« Hofer était d'un tempérament tout flegmatique, grand ami de son repos, de ses aises, ennemi de toute nouveauté, de toute précipitation, mais prêt à se mettre au feu quand il était
•ItS L'AIXËJMAaME SOUS NAP€iJi]£>N I".
'^uastioa dm vieux dcoit^ âe la tcadÂtion^, da* la. seU^^^xu^. surteot le son. chei paya n&taL. G'étaUi ua hamma de. ku ncUêtre avec ua ;ertain' degzé d'élévationi, uni bofi» vinKaatj, aimafl&t la plaisaorerie, les joyenx pAOffQSvd'iateiy^/sawe 9âJse8seuse;,assfi2LbQ]n[ié9 même daus les» ehûscs de la \iie ardinaicei; sans clartà ei sans ^«ite dans les idées^ leni. e^ irrésola dans l'adion, plus conliant et plus crédule cpis ne l!est oiKiisakemeoi k moutagnard, tufûs saaa efastinaticA^ aocessible à.toulA influenoe,, et aussi & la Qatterie la plus grossière. Sa fortune inattendue, qa'aacune i^sande (qualité n& justifiait^ lui toufBail la tèjbe.. Il étaii. facile de le pousser efi ua iofitant à, dfi»< mâsiuf es teioopistea) maJB^ son âairaetère vraiment retigiauiL, radmisable douoeius et L'huma?oifcé de son eœur e& arxètaili tofijouia re&écation.... Celui-là avait \a plusi flininfliieQe<& suf l«i qui parlait le demiep,, ou. qui. trouvait — ce qui n'était jieiot diffifiile — l'ait de* le toachfii. Une Mifitoîie pour lai cause, de If Au^iche. et de. la patrie tp^olienne, une. rémkuseeace elassique de L'aocdenne histoice du Tjiol, tine papole d'eathoufiia6iB« peur, la pieBsenne sacnée, dn monai;que, pour cet archiduc Jean sL ckes k touft les mûniâg^accb.** ât aussitôi cet Kofer — qui^ sur le tragique chemia de l' exécution^ se eoiiduisÂt, suivant le témoignage irréEatable des riomme» de son eseocte^ Gomrm un héro& chrétien et un mart^ff: iîUrépide, — fondait en larn&es^ et restait Longtejoapa sajos poufoir articulei! une paroJ».
Dans les crises les plus dangereuses de la guerre on k vit occupé de longues heures, à réconcilier des époux qui s'étaient séparés...
... AsBurément il nie manquait pas de courage pessonneL îl l'a montré en mainiie occasion^ il Ta prouvé par son magnaaime dévouement lorsqu'il s'offrit en vLctime. pour la patrie, ïfais — si incroyable que. cela puisse ^araitre^ en 1809i^ on ne ^e vit jamaiS' aui fea ; et même (en particulier dans, les deuJi Idatailles décisives d'Iimsprûck, le 2d mai et le 23 ao4t) il resr tait à une bonne lieue en arrière, dans une auberge, de Schup- 'ienou d'Unter-Sehflenherg, retraûché derrière une graiiiLe/tahley kU milieu d'une batterie de bouteilles de vim rouge, et a'est de îi (était-il ivre ou simpknient émoustilié par le vint c'est ca
q|a*oii n'a. jmziaia au^ atleodu qu'il pouvait ea suppoct^ une quantité peu cooimune) qu'il rendait ses oracles à peine intelligibles. — Du reste, il ne sut jamais, pour une marche , une attaque, une reconnaissance, prendre ces dîsposîtions que le simple bon seiis> vm coup d'œil habitué au terrain peuvent sug^éceir à na mazita^ard qui, eoi sa. quialîbé à^. chassetity de bei^fïr ou de pôcfa«u£,.est familier avec> son. sol etses propriétés cUmatériq^ues,, qu'il ne faut jamais négliger de faire entrer en compte dans des dispositions militaires. Au lieu de cela, H portait toujours, comme se» armes fayorites, un rosaire dans wne mam eÉ une hanMteiUe dans VmÉre.
Si Horm»yT a choisi Bofer pour ea faire le héros éponyme de nnsurreetàon, e^^est, assure44ly d*abord à canse de sa pepulajrité, ensuite et précisémeni: parce qu'it était im honioe sîmpte et iEieile à coimd/aire :
Voilà poictiqacii Hiormay^r, continue notre auteur, le choisit entre tou^ les autres, voilà pourquoi il s'étudia tous les jours à en faire un redoutable fantôme pour V ennemi j une idole pour les paysans; pourquoi, de propos délibéré, il s'attachait à le granifîr chaque jour daranta'ge, à tel point que la tète tourna au pairvre hosime, et qu'il commença à) se: prendre hii-méme pouor qjod^e chofie d'extraordinaire, à ne plus considérer ses pensées comme quelque chose de purement terrestre, à croire fort et ferme à la divinité de sa mission, à répondre à toutes les questions par une couple de paroles pleines d'un sens profond et mystique, qui suffisaient à cacher sa nullité, môme à l'ennoblir, ou encore par des gestes mystérieux... Hormayr réussit et la somme de mal qu'il réussit à prévenir par là, vraisemblabLement,. ufest pas^ médiocre. C'était, tout au moins dans l'intérêt autrichien, une heureuse idée que d'avoir entouré de ce nimbe la tête de Hofer et, dans le navire assailli par tant de passions 'woîentes, ballotté çà et là, toujours en danger de sombrer ou de se briser, — d'avosr ji^é comme un lest ce lobusto^. cborigdmeBt.
On pourrait demander peut-être à Hormayr plus d'indulgence et sûrement aussi plus de justice pour son brave et malheureux collaborateur.
Dans le rustique état-major de Tinsurrection, citons encore, à côté d'Andréas Hofer, l'ancien officier Teimer, l'étudiant Ennemoser, d'Innsprtick, le capucin Haspinger, surnommé la barbe rouge^ et presque tous le aubergistes de la montagne. Dans un pays oîi la tempérance ne passe pas pour une vertu indispensable, les aubergistes étaient les riches ; plus entendus aux affaires et voyant plus de monde, ils étaient en même temps l'aristocratie d'intelligence: enfin, comme ils pouvaient sans exciter de soupçons recevoir chez eux les voyageurs, les étrangers, les émissaires, c'étaient eux qui tenaient les fils du complot. Il ne faut pas oublier Hormayr, l'organisateur et l'historien de l'insurrection, fort peu disposé, comme on vient de le voir, à laisser prendre par d'autres la part de gloire qui^ suivant lui, devait lui revenir. C'est lui qui, à Vienne, avait tracé le plan d'attaque de concert avec les délégués, et c'est ce plan qui fut exécuté de point en point, sauf la surprise manquée sur l'importante forteresse de Kufstein.
Le 9 avril 1809 eurent lieu, en même temps, la déclaration de guerre de l'Autriche à Napoléon et l'insurrection du Tyrol contre les Bavarois. L'archiduc Jean lança une proclamation :
« Nous faisons cette guerre, disait-il, pour ne pas
en être réduits à servir tous un seul homme et encore un homme dont personne n'était né le serviteur. » Ce dédain pour le parvenu Napoléon était bien un peu aristocratique dans une proclamation à des paysans. L'archiduc Jean promettait de rétablir les quatre ordres des états.
« L'ennemi^ s'écriait-il dans une proclamation rédigée^ à ce qu'il parait, par Hormayr, — Tennemi va éprouver devant notre union, devant notre foi, devant notre liberté reconquise^ ce que les Romains ont éprouvé chez les Parthes^ les Arabes dans l'Asturie^ les Turcs dans l'Ëpire^ la France dans les Gévenues et dans la Vendée et plus récemment encore devant une poignée de Monténégrins, devant Saragosse et dans la Sierra Moréna... »
Plus loin, la proclamation, reprenant tous les griefs du peuple tyrolien contre la Bavière bonapartiste, fait rénumération curieuse de tous les joyaux ou plutôt de tous les bibelots de Tancienne constitution, méconnue par Montgelas :
« Ces libertés, que vous n'aves pas maintenues en vain, que vous avez toujours vaillamment défendues, ces lettres réversales des anciens princes du pays, récompenses de votre loyauté immaculée pendant tant de siècles I — ces ordonnances du pays et ces droits statutaires, accommodés aux besoins et à l'expérience des temps et des lieux^ et non point passés au niveau d'une tyrannique uniformité qui veut être plus sage que la nature et qui prétend régir nos montagnes de la même façon qv e les plaines fertiles 4e la Bavière et de la Franconie ! — ces décisions de no« pdres réunis dans les séances du Landtag ou bien dans le conseil étroit, ce Landlibell, ces Zuzugsordnungen, bases fondamentales du droit de la dUense, ^- où sont-ils? FrèretI habitants! où sont-ils? »
G'éiak pmur ees pNarGhenuias qpkj. aa direr des BevatteiLi!s^, n'étaient plus bons (c ^'à reeaaniriii des* tanijhQKira » , c'était pour k l0i,. pour la Goutumey pour les usagées- amiiqufô (pis^te* patysan tr^volieiE, dfbiiayftfiiiâiik à Trentev allait se diireaseï! ài tiius; kâ* oûiiis der moheir^ sa bonne carabine à la main.
Huit cents Autrichiens étaient entrés dans la vallée de la Salza ; Ghasteler avait pénétré dans te Pasterlial avec six ou sept mille hommes et marchait sur Sterzing: pour couper la grande coule de MaQjL(])iii£Là.kmspriick. Paartout les AutDriehieoâ* étaient reçuâ: mu mn diBS docbesy qui allaient k toute* volée coname' penar braver tes rg^lemenCs bavaro». Partout les postes
bavarois furent enlevés. À Sterzing, pltisieurs centaines de Bavarois durent capituler avec deux, canons, après un combat sanglant. Une colonne de recrues françaises, bavaroises et italiennes, sous les généraux Bîsson et de Wrède, surprise par rînsurrectîon sur la route d'Italie en Bavière, continua sa route sur Innspriick au milieu des plus affreux dangers. Tous les ponts étaient, détruits,, les routes eoupées par des ahatiâ; des- rochers et des troncs* df arbores étaienit pré^ cipités dies' hauteurs ; d'invisibles tiraflllteurs envoyaient des Mies qui ne manquaient jamais lé but.
Au nord des montagnes, Finsurrectibn était également triomphante. La fa£ble garnisont d'Innspi^tèek se trouva étroiteiiient blcKptée âao&i la plasex Le mloiDri Bavarois Dietfurth, brave militaire^ qm s'était ëléjk efisti'ngué dans la. campagne de f 80S*,. montra le plus grand courage, maïs fut frappé à mort. U fallut mettre bas les armes. La capitale du Tyrcil se: trouva» entre
LIKSUHHECriON AU TEIBOL (1109). 388
les mams des "paTsans. AaissitOt te iion bavarois £iKt abattu et remplacé par Taigle d'Autriche, »Les Taingueurs coururent aux ^lises j)our remercier Je ciel de leur victoire; ils coururent aussi dans les cabarets pour la céiébcer. La fête n'eût pas été complète s ils n'avaient pillé et saccagé les maisons des juifs, accusés d'a^voir trafiqué des v-ases sacrés. Les prisonniers, les tfonctionnaires , les négociants bavarois, furent maltraités malgré les efforts de quelques-uns des chefs.
. Les haines de classes se mêlaient aux transports de l'enthousiasme. Voici oe que raconte un contemporain, le capitaine Karl de Bauer, un témoin de l'insurreotiom tyj'ûlienne^
a Ce n'était pas la religion iattie «eule qui inspirait aux paysans ce belliqueux acharnement, mais l'esprit de liberté Dans touB les sens, oiusi bien dans la .Teligion que dans les affaives oi^les:: de là leur rage contre les juifs et protestants^ IHiroe qœ le danos ne j>eut souffrir que personne pense ou agisse autrement que lui. Le plus maltraité dans cette révolution était l'habitant de la ville ; il était persécuté par les Bavarois fionime J.yrolien et par les Tyroliens comme un monsieur, .ou, ce jgni .eat même chose pour eux, comme un coquin [Spitzbidie)... Les paysans appelaient messieurs les coquins cette •classe de bourgeois qui, au milieu du luxe croissant, ne pouvant sufîire à ses exigences avec leur revenu peu considérable, «ent iozcéfi de .chercher à s'aider ayjx dépens du paysan. Le paysan était en outre excité contre le luxe par son ^ens droit, ses principes sucés avec le lait, ses idées patriarcales, comme ■contre âOiiifinnenii naiujeeL De là cette rs^geque lui inspiraient lesiépauleB et les seins nus, les cheveux bouclés des dames, lefl vêtements à la mode des messieurs. Les femmes ellesmêmes prenaient une paf t ardente \ cette haine et dans cer-
tains lieux elles se montraient plus intraitables que les hommes. »
A Hall, elles voulaient affamer la ville en cessant d'y porter des provisions, afin que « tous ces librespenseurs, tous ces jacobins allassent au diable. »
Karl de Bauer pense que dans cette haine des paysans contre la bourgeoisie était le secret de la puissance du paysan Hofer et des difficultés que rencontrait le gentilhomme Hormayr à se produire ouvertement comme chef de Tinsurrection.
Son frac noir^ et son chapeau viennois lui nuisirent beaucoup au commencement. Plusieurs pensaient qu'il eût eu encore plus de succès en habit de paysan. Mais il répugnait à sa dignité de s'abaisser à ces mômeries. Ce qui maintint sa popularité^ c'était la façon dont il exaltait les paysans et dépréciait la noblesse, à laquelle pourtant il appartenait.
Quelle que fût la nature des passions qui animaient alors les paysans, — passion nationale, religieuse ou sociale, — Hormayr n'en fut pas moins obligé d'intervenir pour protéger les vaincus :
Maltraiter des hommes sans armes, s'écrie-t-il dans une proclamation, est chose honteuse. Aucun Tyrolien ne voudra mériter ce reproche. N'écoutez pas les excitations d'hommes qui, n'ayant rien à perdre, veulent inquiéter insolemment les fonctionnaires, les bourgeois paisibles, et jeter ainsi les premières sçmences de la désunion et de la discorde qui nous perdraient.
Un autre succès lui était réservé ; la colonne de Bisson, échappée aux dangers de la route, mais épuisée de fatigues et d'émotions, arrivait en vue de la jille,
sans savoir ce qui s'était passé. On raccueillit à coups de carabine. Toute résistance était impossible à une poignée de conscrits affamés et sans munitions. La seule consolation accordée à Bisson fut de signer la capitulation non avec les paysans, mais avec le major en retraite Teimer, affublé pour la circonstance d'un vieil uniforme autrichien*. Environ 4,000 Français ou Bavarois posèrent les armes et furent cruellement maltraités par ces ennemis furieux et indisciplinés. Le Tyrol, cette Espagne allemande, avait déjà son Baylen.
Douze mille paysans occupaient Innsprfick : ils reçurent les Autrichiens de Jellachich en triomphe. François II leur écrivait qu'ils pouvaient compter sur lui, et « que l'Autriche et le Tyrol resteraient toujours unis comme ils l'avaient été pendant tant de siècles. » Teimer poussait des excursions en Bavière et en Souabe, enlevait des magasins à Kempten et Memmingen, menaçait de propager l'insurrection, délivrait des milliers de prisonniers autrichiens. Les vainqueurs ne se sentaient pas de joie : avec leur imagination de montagnards, ils créaient déjà leur propre et naïve légende. On racontait que Dietfurth avait demandé à son lit de mort quel était le cavalier blanc qui conduisait les paysans à la victoire. Personne ne douta que ce ne fût saint Jacques, patron de la ville d'Innsprûck.
Les victoires de Napoléon sur le Danube refroidirent