Capitulation de Wittau, 13 avril
quelque peu cet enthousiasme. Mais on se désillusionnait sans se décourager ; et les États du Tyrol, rassemblés au mépris de la constitution bavaroise, écrivaient à l'empereur d'Autriche : « Nous convaincrons le monde qu'il est plus facile d'extirper le Tyrolien du sol terrestre que de lui ôter du cœur son amour et son attachement à Votre Majesté et à son auguste maison. » François II prodiguait les promesses, mais n'envoyait plus ni soldats, ni argent. Une armée italienne cependant se réunissait à Trente, sous les ordres du prince Eugène de Beauharnais ; une armée bavaroise, commandée par le prince royal de Bavière et les généraux de Wrède et Deroy, sous la direction supérieure du maréchal Lefebvre, s'assemblait à Salzburg. Andréas Hofer envoya ses messagers aux tirailleurs de la montagne, rentrés chez eux après leur victoire ; de nouveau on jeta dans les ruisseaux la farine, le charbon et le sang, qui descendirent, mêlés à l'eau pure des sources, pour appeler aux armes les habitants des vallées inférieures. Malheureusement pour les insurgés, il n'y avait pas d'entente entre les chefs aubergistes et les généraux de l'Autriche: ceux-ci méprisaient les paysans, et ceux-là commençaient à se méfier d'eux. Le général Marschall avait en exécration ce qu'il appelait une guerre de rustres. La première fois qu'il vit Hofer, il garda son chapeau sur la tête et lui dit d'un ton protecteur : « Bonjour, paysaa, Dieu te garde ! )> Rien ne l'irritait plus que d'être obligé de s'asseoir avec cet aubergiste à la table de Chasteler. Après les premiers combats, il voulait relâcher les prisonniers bavarois, parce qu'ails avaient
été faits par des paysans, contre le droit des gens, Oue d'autres pensaient comme Marschall dans rétat-major «ùtijicmen 1 Les Tyroliens, à leur tour, ne dissimulaient pa^r^p^iilâ les eussent mieux aimés <( du côté de Ten- &emî «pjDe du leur. »
= •11 y avait des politiques qui raisonnaient comme lés généraux. Hormayr recevait avis (\o!m\ personnage très-puissant avait dit publiquement à la cour d'Autriche que <( c'était dans la plaine de Vienne que tout devait se décider ; que le reste n'était qu'une dispersion inutile des forces. L insurrection tyrolienne était un mauvais exempk. Ce que les Tyroliens font aujourd'hui pour l'Empereur, ils peuvent le faire demain contre lui. »
Le H mai 1809, de Wrède força le défilé du Strubpass. Les Bavarois, qui avaient fait des pertes considérables et qui avaient à venger des prisonniers mastsacrés, commirent toutes sortes d'excès. Les historiens allemands racontent qu'ils incendièrent des villages, pendirent beaucoup de paysans, égorgèrent des vieillards et des enfants, éventrèrent des femmes enceintes, coupèrent la langue ou les mains de leurs prisonniers. Les écrivains du Nord sont toujours disposés à charger les hommes du Sud. Les paysans s'étaient attiré ces représailles par d'abominables cruautés. La guerre était pour eux presque une guerre de religion^ De Wrède essaya d'arrêter les excès des siens :
a Hier et aiyourd'hui, disait-il dans son ordre du jour du
t. Bignon, Histoire de France depuis le 18 brûmairej t. VIU, p. 226»
12 mai^ j'ai été témoin de cruautés, de meurtres^ de pillages, de dévastations, qui m'ont blessé au fond du cœur et qui empoisonnent l'heureuse impression que m'avaient donnée les hauts faits de la division... Soldats! combien vos sentiments se sont ravalés hier et aujourd'hui au-dessous de l'humanité I Tournez les yeux vers cette route que vous avez parcourue depuis Lofer! Voyez ces incendies, ces villages pillés, ces hommes désarmés que vous avez égorgés. » — « J'ai honte de vous commander, s'écriait à son tour lé maréchal Lefebvre : Napoléon a des soldats dans son armée^ et non des brigands. »
Le 13 mai, les Bavarois battirent à Wœrgl les paysans et Chasteler, puis entrèrent à Innsprfick. Mais le pays restait en armes. Au bourg deSchwatz (i8 mai), il y eut un nouveau combat qui tourna à leur avantage ; mais ils se vengèrent de leurs pertes en livrant aux flammes cette petite ville qui avait fourni une grande partie des combattants: le rapport bavarois trouva lui-même cette vengeance affreuse. Des hommes furent brûlés vifs, si Ton en croit les rapports ennemis, ou coupés en morceaux, des femmes déshonorées, etc.. Napoléon, de son côté, rendit le général autrichien Chasteler responsable des barbaries commises par les paysans. Dans le 28® bulletin de l'armée de rAllemagne, il l'accuse d'avoir fait massacrer 700 conscrits français, dont 80 étaient nés dans la même ville que lui (en Hainaut), et 1,800 Bavarois. « Non-seulement il ne s'y opposa pas, mais on l'accusa d'avoir souri à ce massacre, espérant que les Tyroliens... seraient ainsi plus fortement engagés dans leur rébellion. » En conséquence, Chasteler, «soi-disant général au service d'Autriche » , devait être traduit devant une commis-
sion militaire dès qu'il serait pris et « passé par les armes, s'il y a lieu, dans les vingt-quatre heures qui suivront sa saisie *. »
Chasteler, qui, bien au contraire, n'aimait ni l'insurrection, ni les insurgés, acheva de se dégoûter de l'entreprise. Il laissa en Tyrol 3,150 hommes de troupes régulières avec deux canons, et s'échappa par la route de Carinthie, redoutant à tout moment de tomber sur notre armée d'Italie et de rencontrer les soldats qui devaient l'amener devant le conseil de guerre. Les paysans, restés seuls, ne s'en battirent que mieux. Au combat du mont Isel (26 mai), ils vainquirent Deroy et le mirent dans une situation telle qu'on dut parlementer pour une capitulation : Deroy amusa les paysans de ces négociations, fit retraite pendant la nuit, évacua Innsprûck et se retira surKuffstein. Mais tout le fruit de la campagne était perdu. L'insurrection qu'on avait voulu comprimer s'étendait. En Vorarlberg, un docteur Schneider prenait Bregenz, assiégeait Lindau, surprenait Constance et manquait de faire prisonniers le roi de Wurtemberg et son fils. La nouvelle de l'opération malheureuse d'Essling acheva d'exalter les courages. François II jurait de nouveau à ses fidèles Tyroliens que jamais il ne consentirait à un traité qui les séparerait de l'Autriche. On jouait avec ce peuple ignorant et héroïque « un jeu indigne » . On lui peignait Napoléon comme vaincu, coupé de sa retraite. Jamais le Tyrol n'avait été plus paisible : cha-
i. Voyez toute celte affaire dans le 28» bullelin. Correspondance de Napoléon, t. XIX, p. 221. ~ Voyez la contradiction dans Hormayr, t. I, p. 272.
330 l'alm:magne sous napoléon !•*.
cuû était retourné à ses affaires, on ne songeait môme plus à fortifier les défilés.
Au milieu de cette félicité du Tyrol tomba comme un coup de foudre la nouvelle de Wagram et de l'armistice : le Tyrol devait être évacué par les troupes autrichiennes. Les paysans ne voulaient pas croire à ce fâcheux message : ce devait être une ruse de l'ennemi. Mais le comte Buol, qui commandait les troupes régulières d'Autriche, déclara qu'il allait se retirer et remettre les Tyroliens à la générosité du maréchal Lefebvre.
L'exaspération des paysans était grande. Vainement le maréchal Lefebvre, le général Baraguey d'Hilliers, le général Caffarelli, leur faisaient parvenir de divers côtés l'assurance qu'un armistice était conclu et que les Français allaient occuper le Tyrol ; vainement les Autrichiens faisaient leurs préparatifs pour l'évacuation ; vainement Hormayr, à la fin mieux informé, invitait les chefs de l'insurrection à venir chercher un asile en Autriche. Personne ne songeait à la soumission. Andréas Hofer ne put se résigner à, quitter ses chères montagnes, à abdiquer son titre de « comte du Tyrol tant que Dieu le permettra »• Les plus animés voulaient qu'on retînt de force les troupes autrichiennes, qu'on désarmât les chefs et les employés qui ne voudraient pas se soumettre/Les soldats, qui sympathisaient plus vivement que les officiers avec leurs rustiques compagnons d'armes, se mutinèrent.
s«r plusieurs points. Des balles vinrent siffler, à titre d'avertissement, aux oreilles de quelques chefs. Plusieurs conjurés tyroliens conçurent même le projet de pousser les soldats à égorger, de moitié avec eux, un certain nombre de prisonniers français. Par là, les militaires se seraient trouvés hors la loi comme les paysans, exposés à tout le courroux de Napoléon et forcés de soutenir jusqu'au bout une lutte désespérée. Lefebvre était en Bavière à la tête des Bavarois, tout prêt à entrer en Tyrol ; les Badois se jetèrent sur le Vorarlberg, un corps français dans le Pusterthal ; le prince Eugène, avec les Italiens, pénétra dan^ la vallée de l'Adige. C'étaient 50,000 hommes qui se disposaient à écraser l'insurrection. Pourtant Napoléon manifestait à Tégard des Tyroliens les intentions les plus conciliantes.
« Faites-leur connaître», écrivait-il au prince Eugène, <x que je désire arranger leurs affaires à l'amiable, afin de ns pas être obligé de porter la mort et l'incendie dans leurs monta* gnes; que si le but de leur révolte est de rester attachés à l'Autriche, je n'ai plus qu'à leur déclarer une guerre éternelle;... que s'ils ont un autre but^ s'ils désirent soit des privilèges, soit toute autre chose, je souhaite et désire leur tranquillité et contribuer à leur bonheur; que s'ils ne veulent pas être Bavarois, je ne trouverai pas d'inconvénient à les réunir à mon royaume d'Italie;... qu'enfin ils fassent connaître ce qu'ils désirent, et je verrai si je puis le leur accorder, car je préfère les soumettre plutôt par la conviction que par la force des armes ^. i>
Qui empêcha ces pauvres gens d'accepter une paci-