août 1809, Corresp., L XÏX, p
fication avantageuse et désormais inéluctable? L'Au« triche, avec son mépris ordinaire des peuples qu'elle courtisait. On avait laissé les Tyroliens, pendant trois semaines, sans nouvelles officielles de l'armistice Puis on leur dit que leur pays devait être évacuA par les Autrichiens, mais non pas occupé par les Français. L'archiduc Jean fit aux officiers impériaux la recommandation perfide de laisser des armes et des munitions aux habitants : « Hs trouveront de meilleurs moyens que nous, sans que nous nous en cassions la tête ^ » Cependant Lefebvre était entré dans Innsprûck. Il avait recommandé aux troupes la plus rigoureuse discipline ; mais les agents du ministère bavarois agirent avec leur maladresse ordinaire ; ils mirent à prix la tête d'Andréas Hofer, déclarèrent qu'on traiterait comme fauteur de l'insurrection quiconque aurait seulement sonné les cloches, établirent des primes pour les dénonciateurs. Hofer, de son côté, déclara que l'entrée des Français en Tyrol constituait une violation de l'armistice, et appela aux armes contre ces « enne mis de la terre et du ciel » .
Lefebvre avait déjà franchi le terrible col de Sterzing; le régiment des petits duchés de Thuringe (Saxe- Gotha, Saxe-Coburg, Saxe-Meiningen , Saxe-Hildeburghausen, Saxe-Weimar) ouvrait la marche. Tout à coup, dans un étroit défilé, entre Sterzinget Botzen, d'énormes blocs de pierre, des quartiers entiers de rochers commencèrent à rouler des hauteurs avec un bruit formidable. 946 Thuringiens, dont 12 officiers,
U Instruction du 21 juillet ISOS, dans Hormayr, II, 389.
furent écrasés, anéantis sur la route ; le reste posa les armes K La colonne d'expédition, démoralisée par cette scène effroyable, accablée par cette singulière artillerie de montagne, harcelée par le pétillement continu d'invisibles et infaillibles carabines, rétrograda tout entière, après avoir, dans sa fureur, brûlé plusieurs villages ou bourgs. Une autre colonne avait été détruite en partie dans * une des passes du haut Inn : 800 hommes avaient posé les armes. L'insurrection se propagea comme un incendie au nord des montagnes. La deuxième bataille du mont Isel rejeta les Franco- Bavarois hors des frontières tyroliennes, et le 18 août, jour de la Saint-Napoléon, — ce qui n'ajoutait pas peu à la joie triomphale des paysans, — l'aubergiste du Passeyrthal rentrait pour la troisième fois en conquérant dans Innsprtick. Cette fois il n'avait à partager avec personne la gloire du succès : c'était une victoire de paysans, oîi les troupes régulières d'Autriche n'avaient plus rien à prétendre. Il s'installa au Hofburg^ et prit le titre de commandant supérieur du Tyrol. Dans sa cour d'Innsprûck, on trouvait la simplicité rustique de son auberge méranienne : on y chantait des cantiques et des airs villageois ; on y alternait les exercices religieux avec de larges libations qui ne troublaient aucune de ces têtes solides. Quand, à la nuit tombante, les vaches revenaient des champs, Hofer se mettait au balcon impérial et contemplait avec attendrissement le champêtre défilé. Il comptait sur une prochaine reprise des hostiUtés par l'Autriche ;
1. Le défilé s'appela depuis la Gorge des Saxons {Sachsenklemmé)*
ii comptait surtout sur la parole de l'empereur François, qui avait juré de ne plus se séparer de ses fidèles sujets : il apprit la paix de Vienne, qui rendait le Tyrol à la Bavière !
Napoléon voulait en finir. Il avait fait de grands préparatifs en Bavière, en Wiirtemberg, en Italie, dans les provinces illyriennes.
Le Tyrol était cerné, sans espoir de secours. Napoléon avait remonté le moral des soldats et des généraux bavarois par une de ces lettres dont il avait le secret : a .... Les troupes bavaroises sont démoralisées, écrivaitr-il àde Wrède. Montrez ma lettreàDeroy^ et dites-moi si les Bavarois veulent mériter mon estime ou mon mépris... A Tarmée il n'y a pas de prince : il est possible que le Prince royal ait à se plaindre du duc de Dantzig, mais cela n'a rien de commun avec Thonneur des armes... Parlez à vos camarades et faites qu'ils ne soient pas déshonorée. Qu'on ne m'oppose ni mais^ ni 5t, ni car : je suis un vieux soldat. On doit vaincre ou mourir ^ » Cette fois, Hofer était très-irrésolu : de Vienne on lui donnait l'avis de se soumettre. Le capucin Haspinger assura encore que c'était une ruse de l'ennemi. Le porteur delà dépêche autrichienne étant tout à coup tombé d'épilepsie, cela parut un signe du ciel. Quand Haspinger céda enfin à l'évidence, un autre fanatique, Nepomuk von Kolb,
1. Dans les Mémoires du chevalier de Lang, t. II, p. 110, et dan» Hormayr, IT, 431. ^ Du 8 octobre 1809.
du Pusterthal, poussa Hofer à prendre les armes. Peut-être le héros du Tyrol pensait^ qu'il n'y avait plus de salut personnel pour lui que dans une lutte à outrance. Le 22 novembre, il proclama de nouveau l'insurrection, décréta la peine de mort contre les pacifiques^ iSt fusiller un prétendu espion. Or, le 12 novembre, le général Baraguey d'Hilliers avait fait une proclamation accordant pleine et entière amnistie à tous ceux qui poseraient les armes avant le il. Beaucoup de braves s'étaient soumis : Hofer, au contraire, venait d'enfreindre avec éclat cette injonction et de prendre la carabine. Mal soutenu, il dut s'enfuir et se cacher. Un traître le dénonça. Conduit à Mantoue, il fut condamné à mort le 19 janvier et dut être exécuté dans les vingt-quatre heures ; il commanda le feu et mourut en brave.
L'Autriche, qui en était déjà aux effusions cordiales avec Napoléon, ne fit rien pour sauver cet homme qui mourait pour elle. L'exécution d'Andréas Hofer eut lieu dans l'intervalle des fiançailles au mariage autrichien. Le môme jour, Metternich était comblé des caresses de Napoléon, et le pauvre Andréas Hofer tombait sous les balles italiennes. Ainsi périt celui que les Français appelaient le brave général Sandwirth ou la Grande Barbe : il gênerai Barbone^ comme disaient nos alliés*.
Ce n'est qu'en 1823 que l'Autriche, ou plutôt un groupe d'officiers tyroliens au service de l'Autriche,
1. Andréas Hofer est le héros d'une poésie dramatique d'Immeïmann, Trauerspiel in Tirol, composée en 1827, et dont on trouvera d'assez beaux extraits dans Hormayr
s'enquit du lieu où il reposait. On éleva sa statue auprès de celle du bon empereur Max et Ton anoblit sa famille. Quant au Tyrol, quelle fut la récompense de son dévouement? En 1813, le commissaire autrichien ne rougit pas de déclarer qu'il reprenait possession du pays par le droit de la guerre. En 1814, les Tyroliens présentèrent une supplique pour qu'on leur rendît cette constitution supprimée par la Bavière et qu'ils n'avaient jamais séparée, dans leur courageux dévouement, des droits de la couronne. « La parole impériale qui nous fut donnée à plusieurs reprises doit recevoir son exécution. » L'Empereur trouva plus simple de ne pas se souvenir.