‹ L'Allemagne sous Napoléon IerChapitre 4 sur 51 · Voir les Français sur le Rhin, page · texte numérisé non relu

Voir les Français sur le Rhin, page

que ceîie des petits princes, était celle de la chevalerie d'Empire. Les Ritter^ étant les plus faibles membres du corps germanique, avaient failli, en 1803, être engloutis dans le naufrage des principautés ecclésiastiques. Les princes ne croyaient même pas avoir besoin d'une cession en règle : les Rittergûter semblaient passer, en quelque sorte, par-dessus le marché. Dès 1802, l'électeur de Bavière avait fait un coup d'essai en prenant possession d'un certain nombre de fiefs. ^

Les convoitises des princes s'étaient allumées ; dans les brochures et dans les journaux, on discutait avec passion les avantages ou les inconvénients, les droits et les privilèges, l'existence même de la chevalerie. Le 9 octobre 1803, l'électeur de Bavière publiait une patente déclarant que « sans doute la chevalerie avait existé comme corporation particulière, mais que cependant elle n'était composée à l'origine que de nobles du pays qui s'étaient dérobés à la souveraineté des princes. C'est ainsi que s'étaient élevés dans l'État de petits états , dont l'existence était incompatible avec les droits imprescriptibles du gouvernement et le bien du pays. L'électeur se proposait donc de ramener la noblesse immédiate à sa situation primitive de noblesse sujette. » En conséquence, il avait fait proclamer sa souveraineté dans les terres des chevaliers, ordonné à leurs justiciables de comparaître devant les tribunaux bavarois, fait percevoir leurs impôts pour son compte, déclaré qu'il continuerait à respecter la chevalerie comme un corps privilégié, non comme un corps indépendant. Les autres princes allemands s'em-

pressèrent de suivre cet exemple ; et ce n'étaient pas seulement Hesse-Cassel et Hesse-Darmstadt, Saxe-Meiningen, Nassau, mais d'infimes petits princes, à peine supérieurs en puissance à cette cheyalerie qu'ils dépouillaient en lui objectant sa faiblesse : ainsi les Isenburg, les Hohenlohe, les Leiningen, les Leyen, les Salm-Reifferscheidt , dont la plupart n'allaient pas survivre deux années à leurs victimes. Partout on tombait sur les malheureux chevaliers, on arborait dans leurs villages le lion de Bavière ou l'aigle de Wurtembei^. Es étaient écrasés sous les forces supérieures des principicules ; mais le fameux baron de Stein, l'une des victimes, adressa au duc de Nassau, au nom même de l'intérêt national, une vigoureuse protestation :

L'indépendance et la liberté de l'Allemagne gagneront peu à la réunion de quelques possessions de chevalerie avec les petits territoires où elles se trouvent enclavées; pour atteindre un but si grand et si bienfaisant pour les nations, ce sont ces petits états eux-mêmes qui doivent être réunis aux deux grandes monarchies, de l'existence desquelles dépend la durée du nom allemand. Veuille la Providence que je sois témoin de cet heureux événement !

Dans le dur combat, dont l'Allemagne se repose maintenant pour un instant, a coulé le sang de la noblesse allemande. Les nombreux souverains de V Allemagne, à l'exception du noble duc de Brunswick, se sont dérobés à toute participation à ce combat. Ils ont cherché le maintien de leur caduque existence dans l'émigration, les négociations ou la corruption des généraux français. Que peut gagner l'indépendance de l'Allemagne à ce que ses forces soient concentrées, dans une plus large mesure, en de pareilles mains?. . .

J'attends une protection de ces mêmes lois de V Empire sur

ksqueîîes reposent hs drûiis personnels et la sowerameié des princes ; du chef de TEmpire qui a fait connaître assez clairement sa volonté aux princes qui se permettent des envahissements et des violences contre les faibles

En effet, cet assaut général contre les privilèges de la chevalerie était un peu prématuré. Gustave IV avait joint ses protestations à celles des chevaliers, et la Cour aulique promulgué son conservatoritcm du 23 janvier 1804, qui déclarait nul et non avenu ce qui s'était passé en Souabe et en Franconie. La Bavière et les autres coupables, mal soutenus par Bonaparte, rappelèrent leurs troupes d'occupation, décrochèrent leurs armoiries et rendirent l'argent.

Ce fut la dernière victoire de l'influence impériale et de l'esprit consolateur en faveur du maintien de la constitution germanique. La chevalerie d'Empire, comme l'Empire lui-même, fut vaincue à Austerlitz. La Ritterschafft était une pépinière d'officiers pour les armées autrichiennes : faible titre à la protection du vainqueur.

Le 13 décembre 1803, onze jours après la grande bataille, Napoléon écrivait à Frédéric de Wurtemberg, qui venait de reprendre les hostilités contre la chevalerie : « Aussitôt que j'ai su que l'archichancelier faisait le patriote allemand, aujourd'hui que l'on touche à la noblesse immédiate, je lui ai fait connaître le danger pour le corps germanique de se mettre aujourd'hui corUre moi... Mon ministre a rrdre de déclarer que ce que vous avez fait esit sous ma garantie, et qu'à la moindre atteinte qui y serait portée par le corps ger-

manique, au lieu de le soutenir, j'aiderais à son disloquement. >

Au milieu de ces intrigues et de ces correspondances, Talleyrand traitait séparément à Paris avec les envoyés des divers princes dont Napoléon avait décidé la conservation et l'entrée dans 5a confédération. Le 12 juillet il lut le traité définitif à leurs envoyés. Toutefois il le garda six jours encore : car il avait déclaré au négociateur anglais que la paix générale, si elle était immédiate, pourrait empêcher la publication des changements préparés pour TAllemagne : plus d'un prince allemand, suivant Lucchesini, s'émut et s'inquiéta de ce délai qui retardait sa félicité. Le 19 juillet le traité de la Confédération fut ratifié à Saint-Cloud.

Quinze princes de l'Empire accédaient à la ligue. C'étaient Maximilien-Joseph, roi de Bavière, Frédéric, roi de Wurtemberg, Charles de Dalberg, archichancelier de l'Empire allemand, Charles-Auguste, électeur de Bade, « S. A. L Mgr le prince Joachim (Murât), duc de Clèves et de Berg » , Louis, landgrave de Hesse-Darmstadt, les deux princes de Nassau- Usingen et de Nassau- Weilburg, les deux princes de HohenzoUern-Sigmaringen et Héchingen, les deux princes de Salm-Salm et Salm-Kirburg, le prince d'Isenburg-Birstein, le duc d'Ahremberg, le comte de la Leyen. Comment ces quatre derniers principicules, au lieu d'être sacrifiés comme tant d'autres à

de plus gros, étaîent-ils admis au rang des quinze élus? Le cas ne peut s'expliquer que par Tinfluence de Dalberg. Talleyrand avait signé pour la France, Cettopour la Bavière, Wintzîngerode pour le Wurtemberg, de Beust pour Dalberg, etc.

Les quinze souverains se déclaraient « séparés à perpétuité du territoire de TErapire germanique et unis entre eux par une confédération particulière, sous le nom d'états confédérés du Rhin (art. 1); ils ne se considéraient plus liés par aucune loi de l'Empire et renonçaient à tous les titres de dignité exprimant un rapport quelconque avec lui (art. 2 et 3).

Napoléon, qui écrivait naguère à Talleyrand « qu'il verrait sans peine le titre de roi disparaître de l'Europe * )), avait fait pourtant reconnaître deux nouveaux rois par le traité de Presbourg : l'acte de la Confédération conférait en outre à l'électeur archichancelier Dalberg le titre de Prince-Primat ; à l'électeur de Bade, au duc de Berg et de Clèves, au landgrave de Hesse-jparmstadt, ceux de grands-ducs. Ces quatre princes jouissaient, comme les rois de Wurtemberg et de Bavière, « des droits, honneurs et prérogatives attachés à la dignité royale. » Le chef de la maison de Nassau prenait le titre de duc et le comte de la Leyen devenait un prince (art. 4 et 5).

Les intérêts communs des états confédérés étaient traités dans une diète dont le siège serait à Francfort Cette diète se composait de deux collèges : le collège des rois, oîi figuraient les deux rois , le Prince-Primat

1. « Vous sentez l'espèce d'intérêt bien secondaire que je puis y mettre. » 20 août 1804.

€t les trois grands-ducs, et le collège des princes, où siégeaient les neuf autres confédérés. Le Prince-Primat présidait le collège des rois et le duc de Nassau celui des princes (art. 6, 9-1 1).

Pour prévenir les inconvénients résultant des enclaves, les rois de Bavière, de Wurtemberg, le grandduc de Bade, le duc de Nassau, opéraient entre eux d'importantes rectifications de frontières. Tous renonçaient pour l'avenir à toutes les prétentions qu'ils avaient sur les possessions les uns des autres : c'était régler d'un trait de plume d'innombrables et interminables litiges dont les tribunaux d'Empire étaient harassés depuis des siècles. Napoléon avait voulu en outre que si l'un des confédérés renonçait à tout ou partie de sa souveraineté, il ne pût le faire qu'en faveur d'un autre confédéré (art. 8, 13-16, 34).

Un autre mode de simplification territoriale, c'était la suppression de tous les petits ducs, comtes ou princes allemands dont le territoire se trouvait enclavé dans celui des confédérés. Ils perdaient leur souveraineté, leur immédiateté, devenaient les sujets de leurs anciens voisins et rivaux. Les médiatisations de 1806 forment dans l'histoire de la constitution germanique une révolution aussi considérable que les sécularisations de 1803:

Le roi de Bavière s'emparait de la ville libre de Ntirenberg, de deux commanderies de l'Ordre teutonique, de douze ou treize autres principautés : ainsi disparurent les princes d'Œttingen, qu'avait servis le chevalier de Lang, les princes de Schwartzenberg, crui commandaient les armées de l'Autriche, celui de

Tour et Taxis, qui avait créé une vaste administration des postes pour toute l'Allemagne, les princes et comtes de Fugger. Le roi de Wurtemberg absorbait à lui seul vingt principautés ou seigneuries, le grand-duc de Badeime dizaine, parmilesquelles celles de Fûrstenberg et de Lovrenstein-Wertheim; le grand-duc de Berg s'appropriait la principauté de Hardenberg, le comté de Homburg, le duché de Looz, et cinq ou six autres seigneuries; le grand-duc deDarmstadt, une dizaine de grands fiefs; les ducs de Nassau dépouillaient les maisons de Vied. Il n'y avait pas jusqu'aux plus infimes d^ confédérés qui ne trouvassent moyen d'opérer leur petite annexion: HohenzoUem quatre seigneuries, Salm et Ahramberg chacun une. Le Prince-Primat avait encore un assez beau lot : il devait «réunir à ses états et posséder en toute propriété et souveraineté la ville liire de Francfort (art. 17 et s.). »

Toutefois, le traité stipulait quelques garanties en faveur dès malheureux princes qui passaient si brusquement du rang de souverains à celui de sujets. On leur réservait leurs propriétés patrimoniales « ainsi qm tous les droits seigneuriaux et féodaux, non essentiellement inhérents à la souveraineté , et tous les privilèges dont jouissaient les princes confédérés euxmêmes pour leurs propres domaines. Dans les procès criminels, ils ne pouvaient être jugés que par leurs pairs et leurs biens ne pouvaient jamais être confisqués. Us étaient libres de fixer leur résidence où ils voudraient, pourvu que ce fût dans l'un des états membres ou alliés de la Confédération du Rhin. Leurs anciens fonctionnaires passaient au ser-

vice des nouveaux princes ou recevaient une pension (art. 27-33.)

Enfin la grande chasse aux chevaleries d'Empire, commencée en 1803, prenait son dénoûment dans l'article 25. Chacun des princes confédérés devait posséder en toute souveraineté les terres équestres enclavées dans ses possessions.

Jusqu'ici Napoléon ne paraît s'être occupé que de remanier l'Allemagne, de lui donner une meilleure constitution, de supprimer ces petits ét^ts, ces morcellements, ces enchevêtrements de territoires dont tous les écrivains allemands avaient dénoncé les inconvénients. Était-ce une satisfaction purement platonique, un plaisir désintéressé de philosophe et d'artiste qu'il prenait ainsi à refondre l'antique Germanie ? Voyons les autres articles.

Tout d'abord, les princes de la Confédération ne pourront « prendre du service d'aucun genre que dans les états confédérés ou alliés à la Confédération» (art. 7). Plus tard, cette obligation s'étendra aux princes héréditaires. Napoléon entendait ne plus voir les princes de Wurtemberg au service de la Russie, ceux de Bade, de Salm, de Nassau, commander les armées autrichiennes, ceux de Hohenzollern ou de Hesse, former la clientèle prussienne. Mais au profit de quelle puissance les monarchies du Nord sont-elles privées des services de leurs anciens protégés? L'article 35 est aussi bref que lumineux : « Il y aura entre l'Empire français et les états confédérés du Rhin, collectivement et séparément, une alliance, en vertu de laquelle toute guerre continentale ^ que l'une despar^

des contractantes aurait à soutenir ^ deviendra immédiatement commune à toits les autres ». A l'avenir. Napoléon aura Taîr de ne plus tirer l'épée pour son propre compte : s'il a déclaré la guerre à l'Autriche en 1805, s'il la lui déclare en 1809, c'est uniquement parce que la Bavière aura été envahie; s'il prend les armes contre la Prusse en 1806, c'est parce que le territoire saxon aura été violé.

Le contingent à fournir par chacun des alliés est fixé pour la France à 200,000 hommes; pour la Bavière à 30,000, Wurtemberg àl2,000,Bade à 8,000, Berg à 5,000, Darmstadt à 4,000; le duc de Nassau avec les autres petits princes, ensemble à 4,000 (art.38). (( L'armement ne sera effectué qu'en conséquence d'une invitation adressée par S. M. l'Empereur et roi à chacune des puissances alliées » (art. 36).

Bien entendu, la Confédération reste ouverte à « tous autres princes ou états de l'Allemagne qu'il sera trouvé de l'intérêt commun d'y admettre » (art. 39). Toute l'Allemagne finira par y passer.

Le 1" août 1806, les états du Rheinbund signifièrent à la diète de Ratisbonne leur séparation de l'Empire allemand. Cette déclaration rappelait l'impuissance du Reich pendant les guerres de la Révolution et la scission de 1795 entre le nord et le sud : « Dès ce moment, toute idée d'une patrie et d'intérêts communs a dû nécessairement disparaître ; les mots de guerre d'Empire^ paix d'Empire^ devinrent vides de sens; on cherchait en vain l'Allemagne au milieu du corps germanique...» Le traité de Lunéville,le recès de 1803, les événements des dix derniers moi3 ont achevé

^ L'AIXEMAGNE SOOS NAPOLÉON !•'.

cette démonstration : les états du sud se sont donc résolus à former une confédération séparée. « Cependant, ils se seraient flattés en vain de parvenir au but désiré, s'ils ne s'étaient assurés en même temps d'une puissante protection. Le monarque dont les vues se sont trouvées constamment conformes aux véritables intérêts de V Allemagne se charge de cette protection, »

Le même jour, une signification identique était adressée à l'empereur François, au nom de la France et des princes confédérés, et celui-ci reconnaissait la révolution qui venait de s'accomplir] en déposant solennellement le titre d'empereur d'x4.11emagne : en effet, il y avait maintenant une Autriche, une Prusse,. une Allemagne occidentale : il n'y avait plus de Saint-Empire.

En résumé, la révolution de 1806 complétait celle de 1803. Le recès germanique s'était attaqué surtout ^ux principautés ecclésiastiques et aux villes libres; l'acte du Rheinbund détruisit les comtes, les ducs, lea petits princes et la chevalerie d'Empire ; en outre, des six villes libres qu'avait conservées le recès, le traité de Presbourg avait sacrifié Augsbourg; l'acte du Rheinbund, Francfort et Niirenberg. En 4803 on avait bouleversé l'Empire; en 1806, son nom même disparaissait.

Quant aux princes du Rheinbund^ comment n'eussent-ils pas été profondément dévoués à Napoléon? ils hii devaient tout. En confisquant la Révolution fran-

çaise, il avait affermi leurs trônes que faisait trembler la propagande républicaine. En repoussant T Autriche, il avait sauvé l'existence de quelques-uns d'entre eux : « Votre Altesse ne peut plus se le dissimuler aujourd'hui, écrivait -il à l'électeur de Wurtemberg, à la veille d'Austerlitz : la maison d'Autriche ne déguise pas son intention de s'emparer du corps germanique et de détruire toutes les maisons souveraines » (2oct. 1805). Et c'était bien plus vrai encore de la Bavière, de cette Bavière que l'Autriche n'avait jamais cessé de convoiter en tout ou en partie, en 1777, en 1784, en 1797. Napoléon, pour les princes allemands, c'était encore la France monarchique d'autrefois qui se levait plus puissante que jamais pour les sauver de l'insubordination de leurs sujets ou de la tyrannie de l'empereur d'Allemagne ; « Si des circonstances de révolution ont mis un instant de l'interruption dans l'ancien système, tout étant revenu aux mêmes principes doit se replacer de même, et je me flatte que Votre Altesse et sa maison auront pour moi les mêmes sentiments qu'elles ont toujours eus pour la troisième dynastie » (au landgrave de Hesse -Darmstadt, 2 oct. 180S).

Non-seulement il les avait sauvés, mais il les avait agrandis, enrichis : d'abord avec les biens d'Église et les villes libres, puis avec les dépouilles de l'Autriche, enfin avec les possessions des petits princes et de la chevalerie. Il les avait débarrassés de l'opposition de leurs landstaende et de la suzeraineté de leur em-^ pereur : il leur avait donné la « pleine et entière souveraineté ». Il en avait fait des puissances non-seule-

ment allemandes, mais européennes. Cette souveraineté qu'il leur avait donnée, il semblait être le premier à la respecter. Protecteur de la Confédéraxion^ investi même du droit, au décès de chaque Prince- Primat, de désigner son successeur, il défend la Confédération contre les étrangers, et chaque confédéré contre les autres. Mais il n'est pas leur suzerain^ comme Tétait l'empereur d'Allemagne : « Le gouvernement des peuples que la Providence nous a confiés occupant tous nos moments, nous ne saurions voir croître nos obligations sans en être alarmé » . Il ne veut pas s'occuper des affaires intérieures de leurs états, ne voulant être responsable ni du bien ni du mal. En un mot, « les princes de la Confédération du Rhin sont des souverains qui n'ont pas de suzerain. . . Plus puissant que les princes confédérés, nous voulons user de la supériorité de notre puissance, non pour restreindre leurs droits, mais pour leur en garantir la plénitude \ »

De ses alliés. Napoléon voulait faire ses amis, ses parents; il voulait entrer dans leur famille, les faire entrer dans la sienne, mêler le sang des Bonaparte et des Beauharnais à celui des Zaehringen, des Wittelsbach, des Welfes, en attendant qu'il pût le mêler à celui des Hapsbourg.

Le prince héréditaire de Bade, petit-fils de Charles- Frédéric, avait épousé en février 1806 une nièce de l'impératrice Joséphine, Stéphanie de Beauharnais. Napoléon manifesta toujours la plus vive affection

U Au Prince Primat, 11 sept. 1806. — Voir aussi la lettre du 13 août 1806.

pour ce jeune couple. Il essaya de former le prince au métier des armes et Texhorta souvent « à apprendre ce qu'il faut pour gouverner avec gloire et mériter Tamour de ses sujets » . Le futur grand-duc profita peu de ses conseils : il était paresseux, irrésolu, dépensier, — défiant. Napoléon s'essayait de même, en faveur de Stéphanie, au rôle d'un Fénelon, d'un directeur de jeunes femmes : a Traitez bien vos peuples, car les souverains ne sont faits que pour leur bonheur. Accommodez-vous du pays et trouvez tout bien, car rien n'est plus impertinent que de parler toujours de Paris et des grandeurs qu'on sait qu'on ne peut avoir » (13 juillet 1806). Il paraît que cette Beauharnais trouvait déjà le titre de grande-duchesse au-dessous de sa naissance. Le mariage fut peu heureux, a Stéphanie, dit Napoléon lui-même, vécut avec son mari à peu près comme la reine flortense avec le sien, montrant des caprices, affichant de l'indépendance » {Mémorial). Ils eurent plusieurs filles; mais les fils issus de cette union mouraient tous, presque mystérieusement; la mort de l'un d'eux, décédé en octobre 1812, à l'âge d'un mois, a donné lieu à l'histoire merveilleuse de Gaspard Ilauser, l'enfant trouvé. En tout cas, ce n'est pas le sang des Beauharnais qui règne à Bade aujourd'hui.

A la fin d'octobre 180S, Napoléon avait demandé pour son beau-fils, Eugène de Beauharnais, la princesse bavaroise Augusta, qui devint ainsi vice-reine d'Italie et plus tard grande-duchesse de Francfort en espérance, a II y a déjà plusieurs années, écrivait Napoléon h l'électeur de Bavière, que j'ai désiré Ual"

80 L'ALLEMAGNE SOUS NAPOLÉON Je».

liance de Votre Altesse; et dans les circonstances actuelles, où plusieurs propositions m'ont été faites, je suis resté fidèle aux engagements que j'avais pris à Linz avec votre ministre Grave)ireuth » • Il y avait déjà (( plusieurs années » I Ainsi donc, avant même d'être empereur des Français, Napoléon aurait conspiré d'êtie le compère de Maximilien- Joseph !

Enfin, dès le mois d'août 1807, Napoléon allait demander la main de la princesse Catherine de Wurtemberg pour son frère Jérôme Bonaparte. Si Napoléon avait eu une famille plus nombreuse, il eût fourni de princes et de princesses tous les trônes de rAUemagne» C'est d'ailleurs par ces sortes de mariages que, bien avant lui, la Russie et la Prusse s'étaient créé leur clientèle germanique.

Napoléon s'ébattait en bon parent au milieu de toutes ces familles germaniques, comblant de prévenances, en ses moments de bonne humeur, ses cousins, beaux-frères, compères et commères tudesques. Un jour, il envoyait son portrait à Frédéric de Wurtemberg ; un autre jour, il promettait de faire présent d'une robe à la reine de Bavière , ou bien intervenait discrètement dans le ménage un peu troublé du vieux prince de Bade \

En échange de tous ces agrandissements, de toutes ces couronnes, de toutes ces prévenances, il exigeait

1. 30 sept 1806. — 18 février 1808. — 13 juillet 1806. — Le& princes allemands provoquaient Tintervention protectrice de Napoléon dans leurs affaires privées. Voir Corresp. de Nap., décision du 26 avril 1806 : « Le prince de Wittgenstein et Hohenstein prie l'Empereur d'accorder sa protection au fils dont la princesse son épouse est accouchée le iO avriL » C'était ne pas perdre (*h temps.

LA CONFÉDÉRATION DU RHIN. 3t

des souverains un complet abandon à sa politique. Mais, en réalité, la Prusse et rAutriche, avant et après lui, ont eu les mêmes exigences pour leurs vassaux aUemands. Ainsi, nous le voyons obliger le grandduc de Bade à renvoyer avec éclat les ministres d'Autriche et de Russie, chasser les recruteurs prussiens des pays soumis à la Bavière, faire supporter à ses alliés les frais des guerres qu'il prétendait soutenir dans leur intérêt : « Vous avez un peu gâté rélecteur de Hesse-Dannstadt, écriv&it-il à Ber« nadote, s'il est vrai, comme on me l'assure, que vous ayez payé argent comptant. Si je l'avais prévu, je

vous aurais dit de le payer avec des bons Il sait

très-bien que sans la France il serait un sujet de la Prusse; il sait aussi que, seul, j*ai pu le faire électeur, et que je puis lui faire beaucoup de bien et beaucoup de mal » (2 octobre 1805).

La pensée de ses lieutenants se découvrait avec moins de ménagement encore. On attribuait ce mot à Lannes, se querellant avec un général du roi de Wurtemberg : « Monsieur, allez au diable I votre maître n'est qu'un roi et je suis un maréchal. »

VU

C'était surtout en matière de presse que Napoléon se montrait exigeant. S'il punissait le Journal de Paris d'un article désagréable à la cour de Wurtemberg*, il entendait faire la police de la presse chez

Page 1