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I. À Fouché, 8 sept

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ses voisins. Le procès de Palm et de ses compagnons épouvanta tous les libraires de TAllemagne.

Le 5 août 1806, Napoléon écrivait àBerthier : «Mon cousin, j'imagine que vous avez fait arrêter les libraires d'Augsbourg et de Ntirenberg. Mon intention est qu'ils soient traduits devant une commission militaire et fusillés dans les vingt-quatre heures. Ce n'est pas un crime ordinaire que de répandre des libelles dans les lieux où se trouvent les armées françaises pour exciter les habitants contre elles. La sentence portera que, partout où il y a une armée, le devoir du chef étant de veiller à sa sûreté, les individus tels et tels, convaincus d'avoir tenté de soulever les habitants de la Souabe contre Tarmée française, sont condamnés à mort* »

Les malheureux qui étaient ainsi en quelque sorte condamnés, exécutés, avant même d'être jugés, étaient Schoderer, négociant à Donauwerth, et Jean-Philippe Palm, associé delà librairie SteinàNûrenberg. Quatre autres accusés avaient pris la fuite. Napoléon était exaspéré de ces libelles, inspirés par TAutriche et l'Angleterre, qui circulaient d'un bout à l'autre de r Allemagne et jusque dans les cantonnements occupés par les troupes françaises. Plusieurs étaient rédigés avec une extrême violence et poussaient les peuples au soulèvement, même à l'assassinat de Napoléon. Celui qui avait si vivement allumé la colère impériale était, au contraire, écrit avec une grande modération de forme; mais les visées personnelles de Napoléon, l'histoire de son élévation à l'empire, l'inexorable attitude de l'Angleterre, la résistance des autres puissances,

y donnaient lieu à d'irritantes vérités. Il était intitulé L'Allemagne dans sa profonde humiliation. En racontant les défaites de rAutriche, l'auteur demandait : (( Oue ressens-tu, frère allemand^ en contemplant cette impuissance de ton empereur? » Il reprenait cette idée d'un vieux pamphlet contre Louis XIV : « L'Europe esclave, si l'Angleterre ne brise ses fers. )) Enfin, en présence « des états allemands appauvris et affamés par l'armée française, des honteuses exactions gui les plongent dans la plus cruelle misère», il suppliait la Saxe et la Prusse « de sauver l'empire allemand au bord de l'abîme » . Palm était accusé d'être le propagateur du pamphlet. Vainement il prétendit qu'il avait reçu le paquet de brochures d'une main inconnue, sans en connaître le contenu; vainement il essaya d'en appeler aux magistrats de la ville libre de Nûrenberg dont il était citoyen. La commission rendit son jugement le 25 août. Elle déclarait Palm et Schoderer coupables de haute trahison et les condamnait à être fusillés. Palm seul fut exécuté *. La mort d'un innocent, ou, si l'on veut, un châtiment si disproportionné est bien fait pour révolter l'humanité. Mais nous devons être bronzés sur ces choses, nous qui avons vu depuis des généraux allemands menacer les villes françaises de pillage et de bombardement ^onv des articles de journaux.

1. Voir Johann Philipp Palm Buchhaendler in Nûrnberg, publié par la librairie Stein, Nûrnberg, 1814. Cette étude contient une réimpression du Deutschland in seiner tiefen Ermedriegung. Le pamphlet a été souvent réédité depuis, notamment dans Biographie des J.-Ph, Palm, Munich, 1842.

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