Mémoires de M* de Bounienne, t. VIII, p
fidèles de Napoléon, en Allemagne comme en France, ne manquèrent pas de faire remonter au divorce avec Joséphine l'origine de la catastrophe : « En ce jour, dit une chanson pour les vétérans Allemands de la Grande-Armée, ton bon ange gardien Joséphine, dans sa magnanime abnégation, s'est retirée, souriant à la î
mauvaise fortune; mais son cœur était brisé, et brisé 1
aussi le tien, grand César; Marie-Louise a amené le malheur, Marie-Louise a été la couronne d'épines, Marie-Louise a été la honte et la mort. — Ne pouvaistu élever sur le pavois, comme héritier de ton génie, le fils de Joséphine, ton fils bieii-aimé le prince Eugène, le héros d'espérance? Maintenant tout est changé, ton rêve a croulé dans la poussière; il fallait que tu fusses le meurtrier de ton bonheur et que le destin menât ta main. » — « Fatale année de la comète, avec tes présents riches seulement d'apparence; c'est toi qui nous a enfanté 1812 et 1813, qui fus la perte de Napoléon et le tombeau de notre gloire. » — « Ainsi donc, que ces jours de paix trompeuse soient pour nous des jours de deuil ; ils ont préparé le coup mortel sous lequel tomba notre héros \ »
Napoléon avait commis une grande faute à Bayonne et n'avait remporté qu'un demi-succès dans la campagne d'Autriche. Le mariage autrichien réparait tout, couvrait tout, achevait sa victoire, atténuait ses erreurs.
i« MWdTfUederbuchfïirdie Veteranen dergrossen Napoleonarmee.
422 L'ALLEMÀGKE SOUS NAPOLÉON !•'.
Malheureusement les chances heureuses, pour Napoléon, n'étaient pas un moyeu de sortir de ses anciens embarras^ mais une excitation à s'engager dans de nouveaux. Au lieu de savoir gré à la fortune de le sauver ainsi de lui-même, il s'affermissait dans sa confiance en son étoile. Il ae croyait le droit d'oser toujours davantage.
Pourtant Napdéon parut d'abord tout entier aux joies de sa nouvelle vie de famille, aux projets d'avenir pour son héritier futur, aux idées de pacification européenne. Metternich, envoyé auprès de lui par l'empereur François et admis par lui dans une sorte d'intimité, comme un véritable ministre de femille, transmit d'abord les renseignements les plus favorables sur ses dispositions. 11 voulait liquider toutes les difficultés de sa situation, écarter tout ce qui pouvait entretenir les inquiétudes ou les jalousies. Il demanda un projet à Talleyrand pour distranier à ses alliés d'Allemagne tout ce qui lui restait encore au delà du Rhin. La soumission du Tyrol, postérieure à la paix de Vienne, lui avait mis entrée les mains les deux versants des Alpes rhétiques; îe traité avec l'Autriche lui -avait donné Salzburg, Berchtesgaden et l'Innviertel (il ne considérait point les provinces illyriennes comme pays allemands). En outre, il lui restait de ses conquêtes précédentes Baireuth dants le Haut-Palatinat, les principautés de Fulda, de Han&u et de Xatzenelbogen, Erfurt et plusieurs petits t^ritoires e«a Thuritige, la tête de pont de Magdeburg sua* l'Ëfte, le Hanovre sur la mer du Nord.
Il céda À la Bavière i IMe Tyrûl aUemand ifu'elle
LE MARIAGE AUTRIGâlEN. 423
avait perdu par sa faute et que Napoléon^ atait àû reconquérir; le Tyrol italien éehut à son royaume âltaËe; le Pusterthal à son gaQvernemeiit des provinces illyriennes; 2** Salzburg, Berchte^aden et Flnnviertcl, dépouilles de l'Autriche; 3* Baireuth, qu'il avait conservé depuis le tra^ité de décembre 1805 avec la Prusse ; 4* Ratisbonne qu'il venait de rq[)Tendre au Prince-Primat. C'était un accroissanent pour le royaume de Bavière, en ne comptant môme pas lë Tyrol, de 700,000 âmes.
Mais le rd Max-Joseph devait céder au grand-duc de Wûrtzburg, en échange de quelques petites eorelaves, un territoire de 30,000 âmes sur leMein, entre Wiirtzburg et Schweinfurt; il devait abandonner au roi de Wurtemberg la ville toute bavaroise dJUlm avec une partie de son territoire, les anciennes possédions des maisons de Taxis, d'GBttingen, de Hoheiilohe et un certain nombre de baiUages bavarois. Les acqmsitions de la Bavière se réduisaient donc à environ 2 <m 300,000 âmes. C'était peu, si Ton songeait aux:pn> messes qu'on avait faites à l'armée bavaroise la veille d'Abensberg : « Je vous rendrai si puissants que vous n'aurez plus besoin de mon secours. » En outre, la Bavière devait renoncer à toute indemnité pour le passage et les dépenses de la Grande-Armée sur son territoire. Elle devait même payer à la France 30 millions pour subvenir aux frai*? d'une guerre entreprise^ affirmait l'Empereur, pour le maintien de son indépendance*.
Le Wurtemberg recevait donc avec Ulm un accroissement de 150,000 âmes. Mais il devait céder à Bade
de petits territoires pour un chiffre de 25,000 âmes et à Darmstadt environ iS,000 habitants. Darmstadt héritait encore de quelques parcelles des pays de Fulda et de Hanau.
Le Prince-Primat renonçait à Ratisbonne, à quelques petits baillages et à Toctroi du Rhin. Mais il recevait les pays de Fulda, de Hanau, la souveraineté sur la ville libre de Francfort. Il devenait grand-duc de Francfort, souverain d'un territoire compact de 300,000 * habitants. On lui donnait pour héritier présomptif, non plus le cardinal Fesch, mais Eugène de Beauharnais. Il payait en outre 3 millions et demi et se chargeait d'une rente de 600,000 francs en faveur des donataires de Napoléon.
Enfin Napoléon, comme nous allons le voir, cédait le Hanovre à Jérôme, et s'arrangeait à lui rendre la libre disposition de Magdeburg. Bref, il ne resta en Allemagne, des territoires soumis à l'autorité des généraux et à l'administration des intendants français, que Katzenelbogen et Erfurt.
Napoléon s'occupait aussi de préparer l'évacuation de l'Allemagne. Dans le midi, la Grande-Armée se retirait par journées d'étapes à travers les provinces autrichiennes, la Bavière et le grand-duché de Bade. Dans le nord, au contraire, l'évacuation promise au traité de Tilsit n'était pas encore terminée. La faute en était à la Prusse, qui trouvait fort bien de l'argent pour faire contre nous des armements, dont elle n'osait se servir, et qu'elle était ensuite obligée de