‹ L'Allemagne sous Napoléon IerChapitre 46 sur 51 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

I^e bl«ieii« eoBtinestel et i« domlnatloit nmpoléMileBiie.

Ua ordre du ccHieerl anglais! de 4806t avaât déclaré les côtes de Tenipire français en état de blocus r Napoléon y avait répondoa par le décret de Berlio, qui étal)lifisait le blocus continental, ordonnait de saisir partout les marchandises britanniques et les naviresr anglais ou ayant touché- aux côt«s de TAingleterre oui d'une de ses coloni^Sw Le G(H3fieil anglais aidait rendu: un nouvel ordre qui défendait à tous les. bâiimentsi de circuler sur les mers , sans avoir touché à l'Angleterre , à Malte, ou à certains autres points de la domination anglaise, sans y avoir fait visiter sa cargaison^ pris licence de naviguer, et acquitté des droits énormes.

Napoléon, ne voulant pas rester en arrière, avait déclaré que tout bâtiment neutre qui se soumettrait à la visite, serait considéré comme dénationalisé et saisi comme anglais (décret de Milan).

La contrebande anglaise avait pour agents ce qu'on

LE BLOCUS COfin^INENTAL. 427

appdfiii à cette époque le& fanx-^neuireSy Américains dans rAtlaixtàque, Grecs dans la Méditesrranée, etc. La réalisatioji du blocus continental, bien que toutes les nations du contiaeixt, y compris la Russie et les états scandînayes^ à Te^ieeptieQ de FEi^agne et de la Turquie!, y eussent adhéiré, était donc, en pratique, d'une difficile eaDécutiGo.

Pour ruiner TAngleterre^ 3 ne feiUait pas seulement proscrire sur le continent les produits- manufacturés bmtanniiques, mais encore les' denrées coloniales apportées pnr les vaisseaux anglais. \jS& Aurais trouvaient en effet un immense écoukment de leurs produits manufactuirés daas les colonies espagnoles, hollandaisesfy portugaises,, livrées à leur, discrétion. Ils recevaient en échange non de l'argent, mais des* djBnrées^ coloniales, qu'ils venaient ensuite vendre en Europe. Fermer l'Europe ans denrées coloniales équivalait donc à fermer le Nouveau-Monde même aux produits des fabriques anglaises. Ifiais c'était accroître dans une nouvelle proportion les privations des populations européennes : c'était leur interdire non-seulement les cotonnades, les laines, les soieries, la quincaillerie, les aciers anglais; mais encore l'indigo, la cochenille, les bois de teinture, les cuirs bruts, nécessaires à leur industrie, les cafés, les sucres, les médicaments indispensdDles. Aussi l'eiécution des décrets de Napoléon, soit contre les bâtiments anglais, soit contre les vaisseaux neutres, laissait-elle beaucoup à désirer. La surveillance n'était effective que sur les côtes de la vieille France ; elle faiblissait déjà sur Ifô côtes de Belgique ; elle devenait presque nulle en Hollande, en

Danemark, en Russie, en Suède, dans TAllemagnedu Nord. De là cette querelle avec le roi de Hollande, qui finira par son détrônement, ces remontrances au Danemark, qui semblait oublier le bombardement de Copenhague, ces avertissements aux Hanséates, qui allaient provoquer une nouvelle extension de Tempire français , ces conflits avec la Suède et la Russie, qui devaient aboutir à une double rupture. Les Anglais, outre leur grand magasin central de Londres, avaient établi, pour alimenter la contrebande, dans l'Atlantique le dépôt des Açores, dans la Méditerranée celui de Malte, dans la mer du Nord celui d*Helgoland.

En avril 1810, Napoléon lui*même, au lieu de tendre pour un dernier effort son système continental, y admettait en faveur du commerce et de l'industrie française, et aussi du trésor impérial, une fâcheuse dérogation. Il remarqua que les Anglais avaient absolument besoin du blé, des bois, des chanvres, des goudrons du continent ; mais que l'industrie française ne pouvait se passer de certaines denrées coloniales, telles que Tindigo, la cochenille, les bois de teinture, les huiles de poisson, les cuirs. Il délivra donc à prix d'argent un nombre déterminé et fort restreint de licences. L'acheteur d'une licence pouvait porter aux Anglais, pour moitié de sa cargaison, les denrées continentales dont ils avaient besoin; mais l'autre moitié devait être composée de produits manufacturés français. Au retour, il pouvait rapporter un chargement de denrées coloniales, mais seulement de celles qui étaient nécessaires à nos fabriques. Ainsi tous les intérêts français semblaient trouver leur compte à cette mesure : 1* le

Trésor par la vente des licences ; 2* l'industrie par rimportation de matières premières indispensables; 3* le commerce par l'écoulement d'une partie de ses produits manufacturés. En outre, le nombre des licences étant restreint, le commerce fait par cette voie ne s'élevan^ guère qu'à une vingtaine de millions, la dérogation au blocus continental paraissait peu considérable. Mais Napoléon avait compté : 1** sans la surveillance exercée par les Anglais contre nos produits manufacturés; le porteur de licences prenait bien la moitié de son chargement en soieries ou draps français, mais il ne se chargeait que de marchandises avariées, sans valeur, qu'il jetait à la mer une fois hors dé vue, et dont la perte lui était largement compensée par les bénéfices d'un commerce privilégié ; 2° sans la facilité nouvelle qu'il donnait à la contrebande : souvent le porteur de licence, en revenant d'Angleterre, ajoutait aux denrées autorisées qu'il introduisait publiquement des produits interdits qu'il faisait entrer en contrebande ; 3** sans la réclamation de ses alliés : Alexandre ou le roi de Suède, qui voyaient Napoléon se donner des libertés avec ses propres décrets et dé* roger pour son profit personnel à un système si onéreux pour tous, en prirent naturellement prétexte pour se relâcher eux aussi de leur surveillance. Le négociant ou le consommateur allemand, qui s'indignait déjà de la ruine de son commerce ou de l'excès de ses privations, était fort irrité des adoucissements apportés à la loi commune, dans l'intérêt exclusif du gouvernement, des consommateurs ou des négociants français. "« A Hambourg, dit Bourrienne, un pauvre père de lamille

a failli être fusillé peur avoir mtroânit dan? te* département de TElbe un petit pftîn de sueoe doM sa fa^ mille avasfe besoin^ et au ixiéiiDe mstant Napriécm signait peut-être une Hcence pour en introduire nm million de pains. La Gonrtreb«nile «i petit était punie de moct et le gouveamemeitt k. faisait en gnmà ; la: même cause remplissait les cetSces d'argent et lies prisons de malheureux. »

Le % aoât ISdfO* (lia HoUâivde venait d'étfe réunie à la France)^ Napdéon donna an bieeus eontineii;tal une forme toute noixvdle. H avait remarqué que le grand mobile de la contrebande c'était un bénéfice de 30 ou 40 p. 100. S-'il s'attribuait; lui-même ce bénéfice, le^ commerce interlope n.'aurait pkis de raison d'être. Les' oammerçants préSéreraiemt acquitter un droit régulier* que de donner une prime' aus snwgffleurs. Il résolut' (toac de transformer la prohibition des denrées oolo— niales en un tarif douanier de SO'pi 100.. Bien entendu, le tarif ne s'appliquiait qu'aux denrées colemiales ; pour les. produits mânulacturés de l'Angleterre, la prohibition subsistait dans toute sa rigueur. Bcs visites die^ vaient être opérées sâimultanémjent dams tous les pays soumis à k France om h se& alliés : les denrées coloniales qui seraient déclarées spontanément par lies négociants acquitteraient immédiatement le droit de 5.0 p. 100 ; celles qui ne seraient pas déclarées seraient confisquées et vendues au profit de l'Empereur et de ses alliés; quant aux produits manuÊtctuiés de l'An-

^leterre, on les brûlerait. Il envoya des courriers à tous les prinoes du Rheiabund^ au vioe-roi d'Italie, à Murât., à Joseph, À la Suisse, à rAutriche, à Ja Prusse, & la Suède, au DanemarJf et à la Russie, pour leur recommander Tadopition du nouyeau tari£.

Tous se soumirent, excepté .Fempereui* Alexandre. .Des troupes furent mises partout en mouvement. Les gendarmes français visitèrent les dépôts établis le long de nos frontières; le prince Eugène ût entrer à rimproviste 6,000 Italiens dans le Tessin; les troupes du Rheinbund battirent Leipsig, Munich, Francfort, Augsbourg; Savoust et ses lieutenants fouillèrent Hambourg, Brème, Ltflaeck, le Haaovre, Dantzig, Stettin^ Ciistrin. On avait annoncé à la Prusse que les marchandises Saisies dans ces deux dernières villes seraient vendues pour son compte, en déduction de sa sdette envers la France. Le Danemark laissa visiter Altona et le Holstein, la Suède vida Straisund et la Poméranie suédoise. Des déclaratioiis importantes furent recueillies : 1,300 rien qu'à Hambourg, le gmivernement impérial encaissa à lui seul près de 1^0 millions. En outre, d'imm>enses saisies furent opérées : à Anvers, à Strasbourg, à Mayence, à Coiogne, pendant plusieurs .mois, on vendit aux enchères les balles de cafés, de sucres, d'indigos saisies sur les fraudeurs. Mais le spectacle le plus terrifiant pour TAngleterre, ce furent les bûchers allumés dans toute l'Allemagne pour ses tissus, ses soieries, sa quincaillerie. « Le& personnes qui, à cette époque, sont restées dans l'intérieur de la France, racoote Baurrienne^ ne peuvent se faire idée de k désolaUo^

qu'une mesure aussi sauvage répandit dans les pays habitués à vivre du commerce. Quel spectacle offert à des populations pauvres et manquant de tout que rincendie d'objets dont la distribution aurait été un allégement à leur misère ! » L'effet de ces mesures fut du moins considérable en Angleterre. A la nouvelle de ces vastes saisies, sept ou huit cents bâtiments anglais ou faux-neutres, retenus par les vents contraires en vue de la Suède, du Danemark et de l'Allemagne du Nord, rebroussèrent spontanément chemin, A part ceux qui furent capturés par nos corsaires ou qui tombèrent dans les ports du continent comme dans des souricières, ils allèrent rejeter sur le marché anglais une immense quantité de marchandises non vendues. Napoléon songea même un instant à diriger un coup de main sur le grand entrepôt d'Helgoland, quartier général de la contrebande sur toutes les

côtes du Nord.

Le décret du 5 août 1810 était une arme à deux tranchants. En augmentant de 50 p. 100 le prix des denrées coloniales originaires d'Angleterre, on limitait singulièrement la quantité de marchandises importées, on aggravait l'encombrement de ces marchandises dans les magasins d'Angleterre, on en avilissait la valeur entre les mains de ses négociants, on détruisait presque tout le profit de son commerce dans le Nouveau-Monde. Mais si l'Angleterre souffrait de pléthore, le consommateur, pour qui ces denrées nécessaires étaient augmentées de 50 p. 100, souffrait de disette. La privation de ces denrées, devenues par l'habitude nécessaires à la vie, indisposait

toutes les classes du peuple contre Napoléon. Le murmure de la ménagère allemande, forcée de remplacer le café par la chicorée, s'élevait du Rhin à la Vistule, et s'unissait à la voix de Fichte, aux prédications du Tugendbund, aux serments des sociétés secrètes.

En cette même année, Napoléon généralisa son système de licences. Ce n'était plus quelques privilégiés, mais tout négociant qui, moyennant une licence, et en se soumettant à certaines conditions, pouvait commercer même avec l'Angleterre. Les conditions étaient : 1° que l'on n'importerait en France et dans les pays alliés que des denrées coloniales, à l'exclusion du sucre et du café, mais jamais de produits manufacturés anglais; 2* qu'on se chargerait, à la sortie de France, d'une cargaison de grains, toiles, soieries, draps, vins et autres produits du sol et de l'industrie français. Les négociants de la Méditerranée pouvaient importer du •ïafé, pourvu que son origine levantine ou arabe fût bien constatée. Mais, comme le dit M. Thiers, « tout l'art du monde ne pouvait faire qu'en ne voulant pas prendre les produits de l'Angleterre, nous pussions l'obliger à prendre les nôtres. » Les produits français et continentaux continuaient à être jetés à la mer par les porteurs de licence, ou livrés à vil prix à des contrebandiers, qui les introduisaient en Angleterre. Le plus souvent, ils allaient finir sur le bûcher des villes britanniques.

Pour mettre en vigueur le nouveau tarif. Napoléon

avait entouré la France et les pays soumis à sa do* mination d'une ligne de douanes. Cette mesure ne pouvait contribuer à l'apaisement de rAllemagne. Les agents de Napoléon , qu'il établissait despotiquement, même sur les territoires de ses alliés, ont laissé une mauvaise réputation. Les contemporains du temps en ont tracé de tristes portraits. Jérôme , qui d'ailleurs était exaspéré de l'atteinte portée à son autorité par l'établissement inattendu d'employés impériaux dans son propre royaiune, disait à l'envoyé de Napoléon : « Je viens de recevoir de nouveaux comptes de mes provinces, sur les désordres commis par les douaniers français ; leur conduite est effroya^ ble; les voilà qui pillent et volent sur les grands chemins. » On affirmait qu'en Westphalie «ils se permettaient des abus horribles, qu'ils vendaient des marchandises confisquées, qu'ensuite ils les confisquaient de nouveau et les vendaient encore. » (Rapport du 12 octobre 1809.) Même procédé vis-à-vis de la Poméranie suédoise etduMecklembourg. «La toutepuissance de Napoléon et la terreur qu'inspirait le nom de Davoust, raconte Bourrienne, levèrent tous les obstacles que l'on aurait pu opposer à ces envahissements. » Dans ces pays, comme à Hambourg, les nouveaux douaniers valurent aux anciens une popularité rétrospective. Dans le grand-duché de Berg, un certain monsieur Le Turc, malgré les représentations de Beugnot, saisissait des marchandises anglaises, bien qu'elles eussent été « vendues publiquement à Francfort, au nom de l'Empereur, qui en ayait touché la valeur : l'identité résultait du procès-verJOal de vei^e^

qui donnait un numéro à chaque ballot, en relatait le poids, en indiquait la forme , en nommait l'adjudicataire Le Turc convient de ces faits, mais il répond qu'ils ne lavent pas Torigine anglaise. »

Sur toutes les côtes de F Allemagne du nord , dans tous les grands centres commerciaux, il y avait guerre déclarée entre les contrebandiers et les douaniers. Les premiers avaient toutes les ressources ingénieuses et coupables de leur profession : les déguisements, les voitures chargées en apparence de sable ou de foin, les faux cercueils, accompagnés d'un cortège éploré et suspect. Les seconds avaient pour eux la police, l'espionnage, les perquisitions indiscrètes sur les personnes de tout sexe, les fusils chargés, la terreur de Davoust, la prison et le peloton d'exécution.

Une autre innovation économique de Napoléon ne fut pas moins pénible aux Allemands : c'était le monopole du tabac. Il l'avait établi dans son grandrduché de Berg, pour repousser la contrebande à huit lieues de la frontière du Rhin. Quelques princes du Rheinbund rétablirent chez eux, dans l'intérêt de leur trésor. De là l'irritation du peuple. « On avait beau, raconte Beugnot , appendre de beaux tableaux aux armes impériales à la porte des bureaux ; on brûlait les tableaux et les bureaux ; on battait les employés et on jetait parmi les ordures le tabac que fournissait M. d'Argout.^ et dont les AUemandi avaient juré entre eux de ne jamais faire tisage » . Les Allemands se résignaient à ne pas fumer ! Symptôme grave , qui n'eût pas dû échapper à la perspicacité de l'Em-r pereur.

Les Allemands ont conservé un amer souvenir du blocus continental . Pourtant Tinterdiction des denrées coloniales n'était pas chez eux un fait inouï avant Napoléon. Le grand Frédéric n'avait-il pas proscrit le café ? « Dans sa jeunesse, disait-il, il avait mangé la soupe à la bière; de cette façon l'argent ne quittait pas le pays. » Puis, il était revenu sur sa défense et avait consenti à une transaction. Quiconque achetait vingt livres de café à la fois, pouvait le brûler chez lui, en acquittant le droit de brûlement; mais les pauvres diables étaient obligés d'acheter le café brûlé et moulu par le gouvernement. C'était devenu un métier que de se promener dans les rues de Berlin en flairant les émanations du moka; si l'espion sentait l'odeur de café brûlé, il pénétrait dans la maison et se faisait représenter le bon de brûlement; si l'on n'avait pas acquitté cette taxe, le délinquant était condamné à la confiscation de la denrée et à deux ans d'emprisonnement. Le personnel ordinaire de police ne suffisant plus à éventer les parfums suspects, on dut lui adjoindre des invalides. Dans l'évèché d'Hildesheim, la prohibition du café, en J7S1, avait été absolue, au moins pour certaines classes de la société: (( Tout bourgeois, ouvrier, paysan, valet, servante, qui boira du café, payera, pour la première fois, une amende de six mariengroschen. » Le 24 octobre 1780, le gouvernement hanovrien en avait absolument interdit l'usage aux paysans. L'électeur de Hesse-Ca&-

sel, après Tavoir proscrit, avait fini par en faire un monopole de Tétat. L'Allemagne avait donc, plus que la France, l'habitude de ces privations. En outre, comme la surveillance ne parvint jamais à être aussi rigoureuse sur les côtes de rAllemagne que sur les nôtres , il était plus facile aux habitants de Leipsig, de Hambourg, de Francfort, de se procurer le sucre et le café, qu'aux habitants de Paris ou de Strasbourg . La preuve en est que le prix de ces denrées et leur rareté allaient toujours diminuant, à mesure qu'on s'éloignait de la frontière française.

En parlant des souffrances du commerce allemand, il serait injuste de ne pas tenir compte à Napoléon de la prospérité acquise à certaines industries par ce dur régime du blocus . Quand l'Angleterre parvint à se rouvrir l'Allemagne , elle la trouva , comme la France, peuplée rie manufactures. Napoléon avait réalisé , pour les industries allemandes , ce que Frédéric avait rêvé pour l'industrie prussienne. Nonseulement d'anciennes branches de travail, qui jusqu'alors n'avaient fait que végéter sous l'écrasement de la concurrence anglaise, étaient devenues assez puissantes pour la braver; mais, de nouvelles industries, celle du sucre de betterave, par exemple, s'étaient créées de toutes pièces.

En présence du mécontentement des peuples, le despotisme napoléonien redoublait de dureté pour les princes et pour les sujets. Jamais il n'avait été

plus exigeant avec les souverains. Il reprochait durement au grand- duc de Bade de persécuter les catho-* liques ; mais ce qu'il demandait était une autre ini-> quité : il exigea que a les catholiques qui , dans la population du grand-duché, sont aux protestants dans le rapport de 2 à 5, eussent la moitié des places dans le ministère et dans les autorités secondaires • . . En réunissant les habitants du Palatinat au granddudié de Bade , Sa Majesté n'a pas voulu en faire des esclaves.» (13 décwnbre 1809, et 10 février 1810.)

Son idéal en matière de presse était, en France, nne seule feuiUe par département rédigée sous les yeux du préfet. II voulait aussi le réaliser en Allemagne. Les rares journaux survivants, il les traquait de toute &çon. Un article imprudent exposait la couronne du prince qui l'avait laissé passer. « Présentez-moi, écrivait-il à Champagny, une note officielle et pressante à M. de Montgelas pour se plaindre des impertinences qu'on laisse imprimer dans les feuilles bavaroises. » (10 février 1810.) a Faites démentir la ridicule lettre que le journal de Francfort me fait écrire au prinoe Charles... Invitez le sieur Hédouville à surveiller cette gazette qui met tant de bêtises sous mon nom. » Ç28 avril.) On a vu à quelle mesure avait dû-s^arréter le Prince-Primat. Le grand-duc de . Bade prit la même décision.

La police napoléonienne s'étendait partout, toutepuissante et mystérieuse. L'envoyé de Westphalie h Berlin fit arrêter sur la grande route de Leipsig^an homme qui lui était suspect*. Le vi:eux{Zacharîas:'BeQker^

écrivain populaire très-connu en Allemagne, qui s'était fait à Gotha le libraire de ses propres écrits, vit tout à coup sa maison cernée, le 30 novembre 1811, par un détachement de cuirassiers , fut enlevé sans avoir pu mettre ordre à ses affaires et emmené à Magdeburg où il fut retenu dix-sept mois. Le duc de Gotha osa à peine faire entendre une timide prière en sa faveur *. En novembre 1809 un diplomate anglais, Bathurst, disparut sur la route de Vienne à la mer du Nord. On ne le revit plus et tout le monde supposa qu'il était une victime de Napoléon.

1. Rudolph Zacharias Beckers Leiden und Freuden in siebzeki^ monatlicher franzœsischer Gefangenschaft, Goiha^ 181 4«

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