Lettres des 4 et 12 août, 17 sept., 6 oct
enfin par le redoutable Davoust, a le fléau de Hambourg. »
L'occupation fut lourde aux villes maritimes* Les Hambourgeois, Liibeckois et Brémois virent défiler dans leurs murs toutes les nations armées que le despotisme de Napoléon mettait en mouvement : depuis les Hollandais de Gratien, flegmatiques et paisibles comme eux, jusqu'aux Espagnols de la Romana, gens vifs et colériques, toujours prêts à tirer la dague quand ils ne pouvaient se faire entendre des habitants. Il fallut peut-être vêtir, équiper, nourrir jusqu'à 200,000 hommes en quatre ans.
Non-seulement Napoléon, à la fin de 1807, occupait militairement les villes hanséatiques, mais il prétendait y introduire le Code Napoléon. La résistance de ce petit peuple de 200,000 âmes, qui se considérait comme indépendant, la répugnance visible des Sénats, les objections des juriconsultes indigènes, firent ajourner le projet. On essaya aussi de mettre à la charge des villes la solde des troupes françaises qui occupaient leur territoire. L'occupation ressemblait dès lors à une conquête; les Hanséates, en invoquant leurs sacrifices antérieurs et l'épuisement de leur commerce, réussirent à éluder encore cette exigence. Enfin, il leur fut demandé 3,000 marins pour l'expédition d'Angleterre. On sut persuader à Napoléon que, sur une population de 200,000 âmes, il était impossible de fournir plus de 500 matelots.
Plus d'une fois il y eut des conflits entre la population et le.a troupes d'occupation; un jour même le général Dupas, beaucoup par sa faute,. en fut réduit à
tirer sur le peuple. Mais, de 1808 à 1810, les événements d'Espagne et d'Autriche réduisirent singulièrement nos corps d'occupation dans l'Allemagne du nord. On le vit bien par les aventures de Schill et de^ Brunswick. La côte de la mer du Nord avait fini par être fort mal gardée. Plus les décrets de blocus continental devenaient rigoureux, plus les moyens de les faire exécuter devenaient insuffisants. Les Anglais, après avoir un moment occupé Cuxhaven, près de Hambourg, finirent par s'établir à l'embouchure de TElbe, dans l'île d'Helgoland. Tout le bas peuple de Hambourg, privé de ses ressources ordinaires, se livrait à la contrebande. « Le commerce avec l'Angleterre, dit Bourienne, sur les côtes d'Oldenburg, se faisait comme en pleine paix. Les lettres et les gazettesd'Angleterre arrivaient sur le continent, et celles du continent dans l'fle britannique, comme si la France et la Grande-Bretagne eussent été unies par les liens de la meilleure intelligence. On vendait à Hambourg des denrées coloniales livrables à Liineburg, Nienburg. oa Hanovre au prix de paix. En un mot, les choseS' en étaient au point qu'il eût semblé qu'il n'eût jamais, existé de décret sur le blocus des îles britanniques. Lorsque les préposés des douanes parvenaient à saisir quelques marchandises , on les leur enlevait à main année. Le 2 juillet 1809, il y eut une affaire très-vive à Brinskham entre les douaniers et les paysans, et ceux-ci restèrent maîtres de dix-huit voitures chargées de marchandises anglaises \ »
i* Mémotreê de Bourrienne, VIII^ 193*
La presse était soumise à une surveillance plus effective : le Correspondant avait été réduit dans l'année 1809 à ne plus rien publier cr qui serait puisé dans les autres journaux de rAUemagne, à moins que ces articles n'eussent été insérés dans les journaux français » . Cela n'empêchait pas l'Empereur de signaler au tsar de Russie ces « gazettes qui répandent mille faux bruits et dont les correspondances sont soufflées par l'Angleterre. » (16 mai 1810.) La Minerva^ l'ancien journal d'Archenholz, était passé entre les mains de Bran, « jeune homme plein d'esprit et qui montrait beaucoup d'égards et d'attachement pour les Français. » Pourtant l'Empereur ne cessait de se plaindre. Il eût préféré qu'il n'y eût plus de journaux nulle part,
11 avait longtemps hésité avant de mettre définitivement la main sur les villes hanséatiques : le 26 sep-' tembre 1809, il écrivait à Champagny : « Après avoir longtemps réfléchi sur la situation des trois villes de Hambourg, Lubeck et Brême^ il me semble qu'il n'y a rien de plus avantageux pour la France que de laisser ces villes villes impériales. » Seulement Reinhard, notre ministre à Cassel, devait se rendre secrètement à Hambourg et préparer avec Bourrienne un nouveau projet de constitution. « Toutes les relations que ces villes avaient avec l'empire germanique, soit dans leurs armes, soit de toute autre manière, on doit les établir avec la France. » Elles devaient renoncer à avoir une diplomatie particulière, entretenir une armée dont les grades supérieurs seraient à la nomination du Pro^ tecteur^ livrer leur police comme leurs postes à l'Empire,
LES DERNEÈRES ACQUISITIONS. 457
présenter à Napoléon une liste de candidats sur laquelle il devait nommer le bourgmestre, lui laisser le droit de donner et retirer Veœequatur aux consuls étrangers en résidence chez elles, fournir un contingent à la Confédération du Rhin. Le 24 décembre, il ajoutait même : « Si quelques parties du Hanovre convenaient aux villes hanséatiques.... vous pourriez me proposer de les leur accorder. »
Pourtant, en décembre 18H, il faisait écrire à Bourrienne de revenir à Paris : « Les lumières qu'un long séjour lui avait procurées, tant sur la situation de Hambourg que sur le nord de TAIlemagne, pouvaient être utiles à la chose publique.» — <c Arrivé à Mayence, ajoute, le ministre plénipotentiaire, je pus me faire une juste idée de la valeur de ces beaux compliments et du prix que mettait l'Empereur à avoir mon opinion sur les villes hanséatiques. Je rencontrai dans cette ville le courrier qui annonçait leur réunion à l'empire français. »
L'électorat de Hanovre avec ses dépendances, occupé une première fois en 1803, après la rupture avec l'Angleterre, réoccupé en 1806 par Mortier, lors de la guerre de Prusse, se trouvait toujours entre les mains de TEmpereur. Une partie seulement de ces possessions avait été employée à former le royaume de Westphalie. Le reste continuait à être administré par une commission de gouvernement résidant à Hanovre. Napoléon avait voulu maintenir ce pays à sa dispos!-
tion pour ne pas créer de nouveaux obstacles à la paix maritime. En 1810, il imagina que ni la dynastie, ni le peuple d'Angleterre ne se souciaient maintenant de cette ancienne possession. Il commença par y créer 73 majorats montant ensemble à 4,473,661 francs de revenus. Parmi les 73 donataires, il n'y avait pas seulement ses « braves d' Aspern et de Wagram » ^ dont quatorze maréchaux et une quarantaine de généraux, mais des serviteurs de Tordre civil : Lebrun, Daru, Foucbé, Régnier, MoUien, Gandin, Champagny, Bigot de Préameneu*.
Puis il se décida à réunir le Hanovre au royaume de Westphalie dont il constituait, à titre de pays maritime, le nécessaire complément. Le roi Jérôme, qui ne rêvait qu'agrandissement de ses étatSj reçut avec enthousiasme les oflTres de son frère, lors d'un voyage qu'il fit à Paris en janvier 1810. Laissant à son favori Le Camus le soin de suivre cette négociation avec l'Empereur et son ministre des affaires étrangères,. il revint tout joyeux à Cassel. Il eût voulu annoncer cette bonne fortune à l'ouverture des États ; mais, comme Napoléon lui avait recommandé le secret, il se contenta de la laisser pressentir. « L'Empereur, mon auguste frère, daignant marquer un intérêt particulier à ce royaume qu'il a fondé, vient de lui accorder encore des avantages d'une haute importance. Lorsqu'il m^ sera permis de les faire connaître, mes peuples apprécieront ces nouveaux bienfaits et ea préjugeront les heureuses conséquences. » Le malhea*
1. Voir Erinnerungen aus Harmover und Hamburg (1803^1813)» >en M...
rcux ne se doutait pas du prix que Napoléon allait mettre à ces bienfaits.
Par le traité du 14 janvier 1810* : 1" Napoléon cédait à son frère Tèlectorat de Hanovre à l'exception d'un territoire de 18,000 âmes au plus, qu'il se proposait de désigner ultérieurement ; 2® il se réservait sur les domaines un revenu de 4,539,000 francs pour doter ses officiers ; 3* les dettes du Hanovre, y compris les dettes envers la France, seraient à la charge du royaume de Westphalie ; 4" l'Empereur promettait de remettre, ayant le 1" janvier 1811, « à la pleine et exclusive disposition » de Jérôme, la place de Magdeburg, sous réserve du prix d'estimation pour l'àrtillerie et le matériel qu'il se proposait de laisser à son frère; S" l'arriéré des contributions de guerre dues encore à la France par la Westphalie était réduit à 16 millions et n'était plus payable qu'en dix années, au moyen de 160 bons de 1 00,000 fr.; 6* le contingent du royaume de Westphalie était porté à 26,000 hommes, dont 4,000 artilleurs et 6,000 cavaliers; 7"* jusqu'à la fin de la guerre maritime, la Westphalie •s'engageait à entretenir 6,000 hommes de troupes françaises en sus des i 2,500 hommes imposés par la constitution.
Les nouvelles acquisitions apportaient au royaume un accroissement de 796,000 habitants. La population de la Westphalie, augmentée ainsi de près d un tiers, atteignait le chiffre de 2;800,000 âmes. Le Hanovre était peu fertile ;'mais la population, dont les fils allaient