LES RÉACTIONS ALLERGIQUES AU COURS DE LA DOTHIÉNENTÉRIE
Exposé des travaux antérieurement parus
L'histoire des réactions allergiques au cours de la fièvre typhoïde s'ouvre avec les travaux de Chantemesse [2] qui le premier, en 1907, eut l’idée d'appliquer au diggnostie de la dothiénentérie un procédé d’ophtalmo-réaction analogue à celui que Wolfi-Eisner et A. Calmette venaient de préconiser vis-à-vis de l’infection tuberculeuse.
Un an plus tard, et devant l’inconstance des réponses obtenues, Link [3] substituait à cette méthode celle des cuti-réaclions, que devait d’ailleurs remplacer ultérieurement le procédé des intradermo-réactions.
Nous allons envisager séparément les résultats obtenus jusqu'ici par l’emploi de ces trois techniques et qui toutes n’ont été employées que dans un but pratique. C'est en effet uniquement pour apporter un nouvel élé-
ment de diagnostic, capable de suppléer l'épreuve de Widal, que les différentes méthodes d’ophtalmo, de cuti, ou d’intradermo-réaction ont été mises en œuvre.
Quant à l'interprétation des résultats obtenus, elle a considérablement varié suivant les auteurs, et bon nombre d’entre eux pourraient s'étonner de voir mentionner leurs propres travaux dans un chapitre consacré à l’élude des phénomènes allergiques au cours de-la dothiénentérie. Ces réactions, que l’inoculation d’antigène sur la conjonctive ou dans la peau provoque chez les t\phiques, its les ont fréquemment considérées comme des réactions dimmunité. À vrai dire, une telle Opinion émise dans les premiers mémoires consacrés à Ja question, et alors que la notion d'allergie était peu connue, ne saurait être retenue aujourd’hui et les travaux récents, et les mieux étudiés, ont bien précisé la nature des phénomènes observés. Aussi nous sommes-nous cru autorisé à grouper dans ce: chapitre tous les résultats rapportés jusqu’à ce jour, en signalant simplement l'interprétation personnelle donnée par chaque auteur.
A. — L'ophtalmo-réaction
Onse rappelle que le procédé utilisé par Chantemesse consistait en l’instillation conjonctivalée d’une « toxine lyphique » obtenue par céntrifugation d’une culture virulente de bacilles d’Eberth âgée de huit jours. Apres précipitation à l’aide de l'alcool absolu et dessiccation, il restait une « poudre sèche, pondérable, et active sous une fraction de mmgr. ». Au moment de l'emploi,
D'ELALANDE 2
celte poudre était diluée à raison de 1/50 de mmgr. pour une goutte d’eau et introduite dans le cul-de-sac conjonctival. Les résultats rapportés par Chantemesse ont été les suivants :
Chez les sujets sains, deux ou trois heures après linstillation, on constate une rougeur légère cle la conjonc-
tive accompagnée de larmoiement ; le tout disparaît au .
bout de quatre ou cinq héures. Fe
Chez les typhiques ou convalescents, la réaction est Dien plus intense el présente son maximum entre la sixième et la douzième heure ; elle se prolonge vingt-quatre heures et dure pas même plusieurs jours.
sh
{Il n’est pas douteux que ces travaux de Chanteresse
« ñ a . amer , , QE aient édifié la notion d’une allergie typhique. Si
le- terme d'allergie ne figure pas dans sa commurnication, € ‘est sans doute parce que cet auteur employait une «toxine tvphique » qui iasquait un peu l’interprétalion du phénomène. Le produit employé possédait en effet un certain degré de nocivité, puisque chez les sujets sains, il était capable d’engendrer une légère irritation locale. Toutefois, c'est en raison, non pas de sa loxicité propre, mais de sa valeur antigénique, qu'il déterminait au cours de la dothiénentérie
une violente réaction conjonctivale. Autrement dit,
celle épreuve mettait en évidence un état d'intolérance
spéciale, apparu chez les typhiques vis-à-vis des albumines constitutives du bacille d’'Eberth, et caractérisé.
par. des réactions inflammaloires hors de proportion