‹ L'alliance autrichienneChapitre 24 sur 52 · Pol. Corr.^ t. XI, p. 296 et suiv · texte numérisé non relu

Pol. Corr.^ t. XI, p. 296 et suiv

qu'était-ce que cette neutralité annoncée? A quoi et à qui Frédéric, en la promettant, s'obligeait-il à l'appliquer? S'engagerait-il seulement à ne pas laisser étendre à FAlIemagne la conséquence des démêlés qui mettaient aux prises sur la mer les puissances coloniales? Ou bien fallait-il comprendre qu'aucune suite ne serait plus donnée par lui aux différends particuliers qui pouvaient naître sur tant de points encore disputés et aux contestations de frontières sans cesse renaissantes entre les anciens maîtres et le nouveau possesseur de la Silésie? Si la neutralité n'avait pas cette généralité (et il était difficile de lui supposer une telle étendue), elle était manifestement illusoire, car les troupes impériales ne seraient pas plutôt parties pour des régions d'où il serait difficile de les faire revenir que, sur un prétexte qui ne manquait jamais, ou même sans qu'on prît la peine d'en chercher un, une armée prussienne pourrait apparaître en armes sur le territoire autrichien désarmé et dégarni. En admettant qu'une menace de ce genre ne fût pas immédiatement à craindre, était-il prudent à l'Autriche d'aller au loin courir une aventure dont elle reviendrait (fût-elle même servie par la fortune) épuisée d'hommes et d'argent, tandis que son

rival, tranquille dans un état d'observation et d'attente, emploierait ce temps de repos à remplir ses caisses, à fortifier ses troupes et à se préparer tout à l'aise pour une lutte tôt ou tard inévitable, dont il resterait maître de fixer à son gré le jour et l'heure? Entendue ainsi (et elle ne pouvait l'être autrement) la neutralité prussienne était, pour l'Autriche, une véritable duperie, qui n'assurait même pas la sécurité du présent et aggravait toutes les mauvaises chances de l'avenir.

Ces considérations parurent si sérieuses qu'elles agirent sur l'esprit même de ceux qui, dans les conseils précédents, avaient paru le plus effrayés d'encourir le mécontentement de l'Angleterre. D'un commun aveu, il fut reconnu que du moment où la Prusse, en se tenant à l'écart, se mettait à l'abri de toutes les chances de la guerre, c'était une raison de plus pour suivre son exemple et pour opposer neutralité à neutralité, afin que le premier qui serait tenté d'en sortir trouvât l'autre en face de lui en armes et en forces égales. Dût-on, par cette abstention, laisser les Pays-Bas à la discrétion d'une invasion française, le salut de l'empire passait avant tout autre considération et le tout ne devait pas être

sacrifié à la partie. L'empereur lui-même, bien que se séparant à regret du vieux système auquel il croyait devoir le trône, se rangea, tout en soupirant, à l'avis général.

La conclusion, pour paraître nécessaire, n'en était pas moins douloureuse, et chacun allait se séparer avec un grand fonds de malaise et d'inquiétude. On sentait que l'Autriche restait dans une inaction humiliante et exposée, déjà presque résignée, à se voir dépouiller d'un lambeau de plus de l'héritage de Gharles-Quint. Ce fut alors que le chancelier d'État, qui avait pris peu de part au débat, mais n'avait pourtant pas combattu la résolution commune, demanda qu'on lui accordât une conférence nouvelle, parce qu'il se croirait, dit-il, coupable d'un crime d'État si, dans une occasion si grave, il négligeait de soumettre à Leurs Majestés Impériales môme la moindre des considérations qui fût digne de leur attention. En réalité, l'heure lui paraissait venue de parler à des esprits enfin disposés à l'entendre *.

Nous n'avons malheureusement pas le texte des pensées dont il leur fit part, mais d'après

1. D'Arnclli, t. IV, p. 387 et buiv. — liecr, p. 327 et suiv.

les réflexions qu'il développa plus tard dans une sorte d'examen de conscience qu'il avait l'habitude de faire à certains moments sur les motifs de sa conduite passée , on devine aisément à quel ordre de considérations il fit appel *.

Des deux partis qu'on mettait en balance, — s'engager dans la guerre présente, ou s'abstenir d'y prendre part, — il ne savait en vérité, dit-il, lequel lui paraissait le plus périlleux. L'un obligeait l'Autriche à se priver de ses meilleures troupes et à les envoyer combattre, sur un théâtre éloigné, pour un démêlé sans intérêt, tandis qu'elle laisserait sa propre frontière à découvert sous l'œil d'un ennemi vigilant qui n'attendait que le moment favorable pour fondre sur elle. L'autre, à la veille d'une conflagration qui pouvait devenir générale, la réduisait à un état d'isolement complet, sans un appui sur qui elle pût compter, ni une main qui lui fût tendue. L'Angleterre oflénsée entraînait à sa suite une vaste clientèle formée de tous les États secondaires qui, en dehors ou en dedans de l'Allemagne, lui étaient unis, depuis le schisme de Luther, par

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