D'Arneth, t. IV, p
savoir au prince que, toutes les manœuvres qu'il pratiquait déjà en Pologne étant parfaitement connues, il pouvait accepter l'entretien, sans craindre de tomber dans- un piège et d'être amené à faire des révélations compromettante?. Ce ne fut qu'à la réflexion que Kaunitz se souvint que Louis XV avait une relation plus intime encore que celle d'aucun agent politique, et que, dans ses entretiens avec madame de Pompadour il l'avait trouvée curieuse de tout savoir, et l'avait encouragée lui-même à se mêler de tout. Elle pourrait bien être offensée de n'avoir pas été la première à connaître ce que tôt ou tard elle devait apprendre. Entre la favorite et l'agent secret le choix parut difficile à faire à distance; on prit le parti de laisser la décision à Stahremberg lui-même. Une lettre lui fut remise pour la marquise, conçue dans des termes assez vagues et dont il dut rester maître de faire à la dernière heure l'usage qu'il jugerait convenable.
« Madame, écrivait le chancelier, j'ai désiré souvent me rappeler à votre souvenir : il s'en présente une occasion qui, par les sentiments que je vous connais, ne saurait vous être désagréable... M. le comte de Stahremberg a des choses de la dernière importance à proposer au
roi, et elles sont d'espèce à ne pouvoir être traitées que par le canal de quelqu'un que Sa Majesté Très-Chrétienne honore de son entière confiance et qu'elle assignerait au comte de Stahremberg. Nos propositions, je pense, ne vous donneront pas lieu de regretter la peine que vous aurez prise à demander au roi quelqu'un pour traiter avec nous, et je me flatterai, au contraire, que vous pourrez me savoir quelque gré de vous avoir donné par là une nouvelle marque de rattachement et du respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être % etc. »
Rien, dans ces paroles assez froides, qui rappelle un engagement antérieur; rien qui rattache cette épître à la suite d'une correspondance régulière qui aurait été entretenue entre le chancelier et la marquise. Toutes les versions accréditées à ce sujet tombent devant l'évidence. Un détail assez singulier achève d'en montrer l'inexactitude. La suscription de la lettre dut être laissée en blanc, parce que Kaunitz ne savait pas bien quelle adresse il devait y mettre. On voit que, si Marie-Thérèse eût écrit la fameuse lettre qui n'a jamais existé que dans l'imagina-