‹ L'alliance autrichienneChapitre 3 sur 52 · Cf. La Paix d'Aix-la-Chapelle, p. 281 et suiv · texte numérisé non relu

Cf. La Paix d'Aix-la-Chapelle, p. 281 et suiv

de la politique française. Jamais imitation du passé n'avait été plus fidèle, on pourrait même dire plus aveugle. Le but primitivement proposé et même un instant atteint et qui consistait à enlever à la maison d'Autriche avec la di^'îiité impériale la suprématie sur l'Allemagne, n'était autre chose que la répétition des vues déjà poursuivies à plusieurs reprises par tous les souverains de France depuis François P'. C'était donc, si on ose ainsi parler, la guerre classique par excellence. Aussi l'Europe s'était-elle trouvée tout de suite divisée en deux camps, suivant une ligne de démarcation exactement calquée sur celle qui l'avait partagée dans les luttes précédentes : d'un côté, la France appuyée sur les puissances germaniques secondaires dont l'indépendance avait été placée sous sa garantie par le traité de Westphalie; l'Autriche, de l'autre, secondée par l'Angleterre et par la Hollande. Mêmes combattants et souvent mêmes champs de bataille. Villars et Marlborough eussent été rappelés sur la terre qu'ils auraient reconnu et pu reprendre toutes leurs positions. Qu'était-il résulté cependant de cette répétition d'un drame tant de fois joué avec des dénouements divers? De stériles combats

îiboutissant à une paix qui ne contentait per-

sonne. Aucun des signataires du traité n'était parti satisfait de son partage : ni la France qui ne tirait aucun fruit de ses victoires; ni l'Angleterre forcée de restituer des conquêtes coloniales dont la possession momentanée avait excité sa convoitise sans la satisfaire; ni l'Autriche que la dignité impériale reconquise ne consolait pas d'une mutilation soufferte dans sa propre chair; ni même le premier auteur de la guerre, le roi de Prusse, le ravisseur de la Silésie, qui ne trouvait pas qu'une reconnaissance péniblement obtenue et froidement donnée suffit pour assurer entre ses mains la possession du fruit de son attentat. Mais ce qui était encore plus digne de remarque, c'est que, tous se croyant lésés, aucun ne s'en prenait ni à la mauvaise fortune, ni à la supériorité de son adversaire, mais bien à la défaillance et à l'infidélité de ses propres amis. C'était, entre alliés de la veille, un échange de récriminations amères, dont aucune n'était sans fondement. Si Louis reprochait à Frédéric de l'avoir deux fois abandonné en pleine campagne sans prendre souci de le prévenir, Frédéric pouvait répondre que, l'armée française manquant au rendez-vous donné en Allemagne, il avait dû penser à lui-même. Si Marie-Thérèse gémissait

l'alliance autrichienne. h

d'avoir eu à payer tous les frais de la guerre par le démembrement de ses plus belles provinces d'Allemagne et d'Italie : Pourquoi, pouvait repartir l'Angleterre, m'en avoir laissé porter tout le poids? Pourquoi étais-je seule à Dettingen, à Fontenoy, pour défendre votre territoire, avec mes soldats ou avec les auxiliaires payés par mes subsides?

Quand on en est là, entre compagnons d'armes, le lendemain de la bataille; quand des griefs qui se répètent chaque jour sont des deux parts également motivés, c'est un indice certain que, ni sentiments ni' intérêts ne s'accordant plus, l'alliance a fait son temps et que les anneaux usés sont prêts à se rompre. Or, ce n'est pas seulement dans les affections de la vie privée que la lassitude d'une ancienne liaison qui a trop duré fait naître la pensée et inspire l'attrait de chercher une liaison nouvelle.

C'est bien là, en effet, le sentiment qu'exprimait déjà sans détour, à Aix-la-Chapelle, l'envoyé de Marie-Thérèse offrant au plénipotentiaire français de remplacer, dans l'amitié de sa maîtresse, TAngleterre qui avait trompé sa confiance*. C'est aussi celui dont Frédéric faisait confidence au

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