Voir note 3 à la (In du volume
tages pouvaient être mis en balance, auraient dû de bonne heure faire leur choix. Cette fâcheuse division des ministres, à laquelle Louis XV ne savait pas mettre un terme, ne pouvait que s'accroître quand quelques-uns d'entre eux devinrent dépositaires d'un secret très grave dont les autres n'avaient pas même le soupçon. De là une impossibilité de s'entendre sur un point quelconque, et par suite d'agir en commun, une sorte de paralysie qui frappait tous les regards et impatientait même les spectateurs indifférents. On se demandait assez généralement quand finirait cette léthargie stoique, suivant l'expression de Frédéric, qui faisait supporter à la France toutes les insolences britanniques avec un calme de mort. Et si on se montrait si peu pressé de connaître ce qui se passait à Berlin, ce n'est pas que les indices du rapprochement de Frédéric avec l'Angleterre ne devinssent assez nombreux et assez significatifs pour attirer l'attention, même quand l'éveil n'aurait pas été donné par les avertissements de l'Autriche. Le changement d'attitude du roi et des ministres anglais à Hanovre n'avait pas été remarqué seulement par l'envoyé de Marie-Thérèse. Dès le commencement de septembre une gazette semi-officielle de Berlin
racontait que la veille du départ du roi George, on avait bu à sa table, publiquement, à la santé du roi de Prusse; et dans les rapports où étaient la veille encore les deux souverains, c'était un fait qui ne pouvait passer inaperçu. L'envoyé, La Touche, s'étant ému de ce symptôme de réconcilialion, le ministre Podevvils, sans nier positivement rincident, se borna à répondre que le gazetier était un jeune homme sans expérience, que le roi avait nommé sans consulter personne, et qu'on allait le remercier. La Touche, à qui son discrédit notoire ne permettait pas de se montrer difficile, eut la bonne grâce de se contenter de cette réponse; mais il ne put se dispenser d'avertir Rouillé, que tous les clients de Frédéric, — en particulier ses deux beauxfrères, les margraves d'Anspach et de Bayreuth, — suivaient Texemple du duc de Brunswick et se mettaient en relatton avec le ministre anglais, à ce point qu'il avait cru nécessaire de suspendre la remise des lettres de change envoyées de Paris pour payer le semestre des subsides qui leur étaient dus.
Un autre fait qui causa à Paris quelque surprise était de nature aussi à justifier tous les soupçons sur la fidélité de celui qu'on s'obstinait
à regarder encore comme un allié. Le nouvel envoyé de France en Saxe, le jeune comte de Broglie, chargé comme on a vu d'une double missive à la fois secrète et officielle, devant à la fois dans une de ces qualités maintenir les bons rapports entre la cour de France et le père de la Dauphine, et dans Tautre préparer Tavènement d'un prince français au trône de Pologne, avait, par un très rare tour d'adresse, trouvé manière de concilier ces deux tâches en apparence incompatibles. Pendant qu'il rassemblait le débris du parti national de Pologne — c'est-à-dire des adversaires de la maison de Saxe — il avait pourtant — à la faveur d'une intrigue de cour — réussi à se mettre en grâce auprès du ministre favori d'Auguste III, M. le comte de Bruhl. Il est vrai qu'il y avait pour agir sur ce ministre avide et toujours besogneux des arguments étrangers à la politique qtii manquaient rarement leur effet. Bref il avait à peu près réussi à le décider à renouveler avec la France le traité de subside qui avait existé pendant toute la durée de la dernière guerre et à repousser toutes les offres égales et même supérieures que l'Angleterre ne cessait dé faire. Broglie était même venu à Paris, expressément mandé, dans le dessein de
veiller à la rédaction de ce traité et de recevoir les pouvoirs nécessaires pour procéder à la signature. Suivant toute vraisemblance, rien n'aurait dû entrer plus naturellement dans les vues de Frédéric, puisque c'était un moyen de tenir en bride la malveillance d'un voisin dont il redoutait l'inimitié. En payant Auguste, on le contenait, on le désarmait et on assurait ainsi la sécurité d'une des frontières les plus menacées de la Prusse. On ne devait donc attendre de Berlin à propos d'un acte qui servait l'intérêt commun l'expression d'aucune déplaisance, il n'y avait qu'à Londres qu'on pût y trouver à redire.
Quelle ne fut donc pas la surprise des ministres français, quand Frédéric ayant eu vent du projet que le comte de Broglie, de retour à Dresde, rapportait de Paris, déclara qu'il s'opposait formellement à toute espèce de rapprochement avec la cour de Saxe et y verrait dans le fait seul d'un traité passé avec Auguste une raison suffisante pour que le renouvellement du sien fût d'avance déclaré impossible. Confondu de cette notification inattendue, et qui aurait dû lui donner à penser, Rouillé au lieu de tâcher d'en tirer au clair le motif, se troubla, comme s'il était pris en faute, balbutia d'assez plates excuses, assura qu'il
n'avait pas cru déplaire, mais que, bien que la négociation fût assez avancée et presque un engagement pris, on chercherait quelque prétexte qu'il serait aisé de trouver pour ne pas pousser Taffaire plus avant. Et elTectivement, Broglie reçut l'instruction de ne pas se presser de conclure *.
Ces symptômes déjà significatifs furent encore confirmés par l'annonce généralement répandue de l'arrivée d'un ministre anglais porteur d'une missive importante : cette fois Frédéric crut nécessaire d'aller au-devant des soupçons. « Je ne veux pas vous laisser ignorer, écrivait-il à Knyphausen, et vous pouvez même en glisser quelque chose à M de Rouillé, qu'on m'est venu faire des ouvertures assez singulières et importantes, dont je me réserve cependant de communiquer le détail au duc de Nivernais dès qu'il sera arrivé chez moi. »
La simple curiosité aurait dû suffire pour ne pas perdre un jour et se faire informer sans délai de ce que pouvaient être ces ouvertures dont rimportance égalait la singularité. Rouillé préféra voir dans cette indication la promesse que
1. Pol. Corr., t. 81, p. 343. Knyphausen à Frédéric, 19 sept. 1755. — Cf. Secret du Roi, 1. 1, p. 93-140, 120-130. — Voir noie 4 à la fin du volume.
rien ne se ferait en ce genre- là pas plus qu'en aucun autre avant l'arrivée de son ambassadeur, et que puisqu'on était disposé à l'attendre, il n'y avait pas de raison pour se hâter, Knyphausen n'ayant pas manqué en effet, dès sa première audience, de glisser les quelques mots dont on l'avait chargé de faire part : « Ce ministre, écritil, m'a paru certainement édifié de la bonne foi avec laquelle Votre Majesté agit avec sa cour, et a été d'autant plus touché de cette marque de confiance qu'on commençait à soupçonner (et qu'on croyait même l'avoir appris de Londres) que l'Angleterre avait entamé une négociation avec Votre Majesté : cette ouverture a produit ici très bon effet, et elle a entièrement rassuré le minisire des appréhensions qu'il avait conçues à cet égard, et dont il commençait à être inquiet depuis quelques jours. »
Frédéric, voyant qu'il avait affaire à des gens si faciles à se laisser convaincre, ne se fit pas faute de les entretenir dans cette humeur confiante et à propos de quelques signes de défiance que Knyphausen avait cru encore apercevoir
1. Frédéric h Knyphausen, 13 septembre, 2 décembre 1755. — Pol. Corr., t. XI, p. 302-409. — Knyphausen à Frédéric, 2 o.lobre 17 j5 (Minislcrc des Alîaires étrangères).
chez quelques-uns des ministres : — « Vous ne manquerez pas de vous ouvrir là-dessus envers M. de Rouillé, lui écrivait-il, en lui protestant que tout ce qui lui était revenu n'était absolument que des insinuations malignes et controuvées par mes ennemis, qui ne prétendaient mieux que de me désunir par là avec la France, mais dont il n'y avait pas un mot de vrai. »
On ne sait combien de temps encore se serait prolongé ce lamentable état d'indécision si le discours du roi d'Angleterre à son Parlement (qu'on avait eu tort d'attendre), n'était venu, comme un coup de foudre, dissiper toutes les illusions complaisantes dont on aimait encore à se bercer. Le langage de George dépassa, en effet, en fait de provocation, tout ce qu'on pouvait supposer. Il était loin de s'excuser, comme on en avait eu la sotte espérance, d'aucun des actes de violence auxquels la marine anglaise s'était portée avant toute déclaration de guerre (attaque des vaisseaux de guerre, arrêt des navires de commerce et séquestration de leurs marchandises, apparition des bâtiments armés en course sur les côtes de France), et encore plus loin de laisser entrevoir la pensée d'aucune sorte de réparation ou de restitution. Toutes ces
mesures (bien que contraires au droit international dès lors reconnu) étaient comprises sur un ton de glorification dans l'assertion générale que rien n'avait été fait que pour défendre les droits de la couronne d'Angleterre contre les usurpations de la France, et que d'autres moyens de soutenir cette légitime résistance allaient être demandés au Parlement. Des adresses passionnées des deux Gliambres répondirent à l'appel du souverain, et une majorité se trouva même dans la Chambre des communes pour assurer le roi qu'on le défendrait contre toute attaque dont il pourrait être menacé, fût-ce dans celles de ses possessions qui ne dépendaient pas de la couronne de la Grande-Bretagne, et pour étendre ainsi même sur l'électorat allemand si mal famé la protection britannique.
Ce fut à Versailles, où à peine quelque surprise eût été naturelle, une véritable consternation, et comme le brusque réveil d'un sommeil auquel on s'arrachait à regret. Plusieurs mesures d'une énergie apparente furent rapidement décidées. Une réquisition formelle fut envoyée à Londres, exigeant la restitution immédiate des bâtiments saisis, le refus ou même le retard devant être considéré comme la déclaration
formelle de l'état de guerre; le commandement des côtes de TOcéan fut confié au maréchal de Belle- Isle, chargé de tenter avec un corps d'armée de quarante mille hommes l'entreprise tant de fois et toujours inutilement essayée d'un débarquement; toutes les forces maritimes de la Méditerranée furent mises sous les ordres du duc de Richelieu, récemment fait maréchal, et pour décider ce qu'on aurait à faire sur le continent, le départ de Nivernais fut enfin résolu. Le duc d'ailleurs lui-même, qui en avait d'abord pris un peu trop à l'aise, commençait à s'impatienter du retard.
Restait à rédiger ses instructions. Nous en avons le texte : c'est un cahier très volumineux, et quand on songe que le ministre qui dut le signer était le même qui, dans le comité secret de Versailles, devait en qualité de préposé aux affaires étrangères, prendre une part active et même principale à la discussion du projet autrichien, il est impossible d'en achever la lecture sans une véritable surprise. Assurément il n'était pas possible de faire confidence à Nivernais d'un projet encore informe et sur lequel un secret inviolable avait été promis à Marie-Thérèse *. On
1. L'aimable écrivain qui se cache sous le nom de Lucien Perey, et qui a consacré à la vie du duc de Nivernais un très
n'aurait pu le faire sans la prévenir et sans demander un consentement qu'elle n'aurait assurément pas donné à un voyageur partant pour causer d'une alliance à renouveler avec Frédéric; mais il y a en ce monde manière de tout dire et surtout de tout faire entendre. Il était possible de ne pas mettre en opposition directe le langage que Nivernais était chargé de tenir à Berlin avec celui de Bernis au Luxembourg. On pouvait éviter de donner ainsi, soit à l'un, soit à l'autre des deux représentants de la France, une apparence de duplicité blâmable ou de duperie ridicule. Cette réserve était d'autant plus facile à observer qu'il n'y avait au fond rien de contradictoire dans la double conduite prescrite à ces agents. La France s'était positivement refusée à prendre aucun engagement qui pût porter atteinte à la situation de Frédéric en Allemagne; et l'attitude de neutralité jusque-là observée par Marie-Thérèse dans la lutte qui allait s'engager rendait naturel qu'on n'eût pas voulu absolument fermer l'oreille à ses propositions. On pouvait donc négocier avec les deux cours, sans tromper ni
ilèressant volume, ne veut pas croire qu'on ait laissé -norep au duc la négociation avec l'Autriche. Le fait, bien que singulier, est pourtant certain. La correspondance de .Nivernais avec Rouillé ne laisse à cet égard aucun doute.
l'une ni Tautre. De plus, pour être à la fois efficace et sincère, l'interrogation posée à Frédéric devait être pressante, de nature à le mettre dans l'embarras de garder une situation équivoque. Il fallait, en un mot, lui adresser, sous une forme courtoise, une véritable sommation à sortir d'un silence suspect, et c'était le cas de lui laisser deviner que, s'il continuait à se réserver, on saurait se passer de lui et au besoin se pourvoir ailleurs.
Mais pour marquer ces nuances de langage qui n'étaient pas sans délicatesse, il aurait fallu que le ministre se donnât la peine et fût en état de prendre la plume pour rédiger l'instruction lui-même. Rouillé, se méfiant non sans raison de son inexpérience, jugea plus commode et plus sur d'en abandonner la composition à des commis qui, nullement au fait de la complexité de la situation, crurent à leur tour ne pouvoir mieux faire que de suivre des traditions séculaires et d'emprunter les formules en usage de longue date dans les chancelleries.
Aussi la pièce, conçue d'ailleurs en termes vagues, verbeux et incolores, après un exposé inutile et des griefs reprochés à l'Angleterre, passe immédiatement à un véritable réquisitoire
contre la triple alliance formée par l'Angleterre, la Russie et l'Autriche, et c'est cette dernière puissance qui, mise en cause plus que toute autre, est accusée d'avoir soufflé et d'attiser le feu de la guerre pour préparer sa revanche à la faveur du trouble général. C'est contre l'Autriche bien plus que contre l'Angleterre que Frédéric doit être engagé à renouveler le traité de 1741, rendu plus que jamais nécessaire par des circonstances analogues à celles qui l'ont fait conclure. C'est contre l'Autriche qu'il doit, de concert avec la France, former une ligue composée des princes indépendants de l'Empire, de la Suède, du Danemark, de la Pologne (si on peut l'affranchir du joug de la Russie) et de la Porte (si on peut la tirer de son engourdissement). C'est un vrai branle-bas à susciter contre riiéritière de Charles-Quint. A cela près, rien de pressant ni de net dans les demandes à faire à Frédéric. Aucun acte significatif, encore moins aucun concours militaire, n'est positivement réclamé de lui. C'est une simple signature à reproduire au bas d'un traité assez vague et qui ne l'avait, on le sait, jamais gêné; et cette marque d'intérêt est sollicitée comme une faveur qu'on attend, non comme une mesure dictée par
un intérêt commun, ou une dette de reconnaissance à acquitter. Le tout accompagné de protestations d'amitié qui, trop affectées pour être sincères, ont l'air plutôt dictées par le désir de ménager un tempérament irritable que par un espoir sérieux de réciprocité.
Pendant qu'on procédait au ministère à l'élaboration de ce triste document, le ministre de Prusse crut, à la faveur d'une indiscrétion, en avoir connu la substance et les points principaux, et il fit part de cette communication à Frédéric qui l'avait fort pressé de se la procurer. « J'ai été bien aise, répondit le roi, d'avoir été instruit par vous des points de l'instruction qu'on va donner au duc de Nivernais qui, quelque vague et misérable qu'elle soit, m'indique au moins ce que ces gens-là veulent *. » Qu'aurait-il dit, s'il avait connu le texte que nous avons sous les yeux?
C'est cette analyse anticipée (d'ailleurs assez inexacte) faite par le ministre prussien qui donne l'explication d'un fait dont j'avoue avoir été d'abord assez embarrassé. J'avais lu comme tout le monde dans l'histoire de la guerre de Sept ans
1. Frédéric à Knyphausen, 8 novembre 1755.— Pol. Cort\, t. XI, 372.
L ALLIANCE AUTRICHIENNE. 24o
faite par Frédéric la petite historiette suivante que tous les écrivains, sur la foi d'une si haute autorité, n'ont pas manqué de textuellement reproduire. « L'argument le plus fort qu'employa le duc de Nivernais pour persuader au roi cette alliance et cette guerre, ce fut de lui offrir la souveraineté de l'île de Tabago... Cette offre était trop ridicule pour être reçue : le roi tourna la chose en plaisanterie et pria le duc de Nivernais de jeter les yeux sur quelqu'un qui fût plus propre à être gouverneur de l'île de Barataria. » Or je ne trouvais dans l'instruction, dont je n'essaie pas (on le voit) de dissimuler la maladresse, aucune espèce d'allusion à cette petite île de l'Atlantique, ni même mentionné nulle part le nom de cette localité. Je ne le trouvais pas prononcé davantage dans les entretiens du duc avec le roi qui, comme on le verra, ne furent jamais engagés sur un terrain permettant d'aborder aucune proposition de ce genre. J'hésitais pourtant à croire que l'anecdote lut inventée de toutes pièces. C'est dans la lettre, tout à l'heure citée, de Knyphausen, que j'ai fini par découvrir quel pouvait en être le fondement, ou plutôt le prétexte. « Je sais, dit l'agent prussien, qu'on pensait à offrir à Votre Majesté
la garantie de la principauté crOstfriese, qui lui est contestée par l'électorat de Hanovre. Il m'a été assuré qu'on a proposé dans le conseil d'offrir à Votre Majesté la propriété des îles de Tabago, Saint-Vincent et Sainte-Lucie qui sont réputées neutres. Gomme ces îles sont très propres à la culture de l'indigo, du tabac, du sucre et du coton, on a non seulement observé que Votre Majesté en les peuplant et en les faisant cultiver en retirerait de grands avantages relativement à son commerce, mais on a remarqué aussi que la France y trouverait son intérêt, vu que ce serait un poids de plus contre l'Angleterre dans la balance de l'Amérique, où toutes les puissances inférieures par leur commerce à la Grande-Bretagne ont intérêt de se réunir contre la France. Mais il n'est point fait mention dans les instructions du duc de Nivernais j ni de lune, ni de l'autre de ces propositions, et elles ne renferment que des ordres vagues par lesquels il lui est enjoint de sonder Votre Majesté sur. ce qu'elle pourrait désirer à ce sujet. »
Tout s'explique. Frédéric, prévenu de ces propos vaguement tenus dans le conseil de Louis XV et espérant trouver dans la conversa-
tion du duc de Nivernais quelque allusion à ce manque de tact et d'esprit, avait préparé une réplique qu'il trouvait piquante. L'occasion ne s'étant pas présentée de ' la placer, il n'a pas voulu en priver la postérité, il la lui a donc léguée comme sa réponse à rargument le plus fort qu'eût apporté à Berlin l'envoyé de France. Et voilà justement, quand on est roi, comme on écrit l'histoire!
Lorsque Frédéric apprit que le départ du duc de Nivernais était enfin résolu, on raconte qu'il lui échappa de dire publiquement et en pleine table : « Je parie que Nivernais retournera juste aussi savant qu'il est venu * ». C'était une erreur. Nivernais n'était pas encore sorti de France, qu'atteint d'un accès de fièvre (mal auquel il était sujet)", il revenait à Paris pour se faire soigner. Puis, quand il fut remis et en état de faire le voyage, il dut prendre tant de ménagements pour sa santé et subir tant de retards, suite du mauvais état des routes, qu'il n'arriva à Berlin
1. Ce propos, prêté à Frédéric, se trouve dans une lettre de Marie-Thérèse à Stahremberg, 22 novembre 1755, — L'impératrice parait, d'après celte dépêche, avoir eu connaissance des instructions données à Nivernais, et elle exprimait l'espérauce que le roi de Prusse n'en serait pas content. « Il serait étrange dit-elle, qu'il ne se commit pas quelques faute pendant le séjour du duc de Nivernais à Berlin. •
que le 12 janvier de la nouvelle année. Trois jours après, avant même qu'il eût remis ses lettres de créance, un fait se passa qu'on devait lui apprendre et qu'on ne pouvait pas même lui laisser ignorer. Pas plus tard que le 16 du même mois, on procédait, au palais de Westminster à Londres, dans le cabinet de lord Holderness, à la conclusion d'un traité de neutralité et d'alliance entre Leurs Majesté Britannique et Prussienne, et l'instrument, dûment signé par les plénipotentiaires, n'attendait plus que les ratifications royales.