KeiUi au duc de NewcasUe, 16 avril 1749 (Record Office
formelle aux principales cours d'Europe et d'Allemagne, mais qu'il la mentionna déjà comme en passe d'être réalisée, dans un de ses discours officiellement adressés au Parlement : puis il vint lui-même en personne à Hanovre pour préparer l'exécution de son dessein.
L'effet ne fut pas complètement celui qu'il attendait. D'abord l'empereur fut au fond médiocrement flatté de la proposition. Peu de gens aiment, en santé et dans la force de l'aide, à entendre parler de leur mort et disserter sur leur succession. Puis il savait combien son origine étrangère nuisait à son autorité; il n'était pas pressé de voir grandir un héritier qui aurait sur lui l'avantage de sa qualité d'Allemand et du sang de Habsbourg coulant dans ses veines. Quant à l'impératrice, elle répondit sèchement « qu'elle était assurément reconnaissante d'un dessein qui ne pouvait que fortifier son influence et celle de ses alliés dans l'Empire, mais que, dans les dispositions du collège électoral, le succès était douteux, à moins qu'il ne fallût le pa3'er par des concessions qui pourraient avilir la dignité impériale et imposer de nouveaux sacrifices à son auguste maison ». Elle pressentait qu'on lui proposerait d'acheter la voix des
électeurs récalcitrants par des largesses pécuniaires, ou même des cessions territoriales, et elle voyait reparaître les exigences qui deux fois déjà, à Worms et à Breslau, lui avaient coûté quelques-uns des plus beaux fleurons de sa couronne. D'avance elle disait : « Si je demande, on me demandera, et je n'ai plus rien à donner ».
Elle ne se trompait pas. George eut beau lui assurer que de petites complaisances sans importance suffiraient pour assurer toutes les voix au futur roi des Romains, quand il fallut énumérer ces légères faveurs, le compte se trouva difficile à régler. Ce fut d'abord la participation à un nouveau traité avec l'électeur de Bavière, lui assurant un subside annuel de quatorze mille livres sterling dont l'Autriche dut consentir à payer le quart. Puis vint l'électeur palatin avec ses réclamations déjà présentées à Aix-la-Chapelle (dont le traité précipitamment conclu n'avait pas tenu compte) qui n'allaient à rien de moins qu'à la cession d'un district considérable; plus une indemnité pour les pertes qu'il avait supportées pendant la guerre et qu'il évaluait à deux millions de livres. Marie-Thérèse se refusa nettement à cette double prétention qu'elle rejeta avec indignation. L'idée de venir après
coup rouvrir les comptes de la guerre pour indemniser un de ses ennemis, lui parut, et non sans motif, insupportable. Mais le roi d'Angleterre, compromis par la publicité qu'il avait donnée à un projet mis en avant sous son patronage, et obligé de tout tenter pour le faire réussir, dut prendre parti pour la demande du Palatin, tout en convenant qu'elle était exagérée et en promettant de la faire réduire. Cette insistance acheva d'irriter l'impératrice et donna lieu, entre elle et un délégué spécial envoyé de Londres pour la circonstance, à des scènes très vives qui rappelaient celles dont la conclusion de la paix avait été l'occasion. Ainsi un dessein, formé pour réchauffer l'affection par la reconnaissance, aboutit à faire naître entre les deux souverains un nouveau sujet d'aigreur et de ressentiment '. Mais ce qui fut plus remarquable encore et plus inattendu, c'est que ce dessein manqué, qui réussissait si mal à ramener Marie-Thérèse du côté de celui qui l'avait formé, fut au contraire p-^ur elle une occasion nouvelle de recliercher la confiance de l'ambassadeur de France. Il avait
1. D'Arneth, t. IV, p. 290-292. — C'est avec le minisire d'Angleterre à Pétersbourg, lord Hyndfort, passant par Vienne, que les discussions les plus vives eurent lieu au sujet des prétentions de l'électeur palatin.
bien fallu entretenir la France du projet d'élection auquel son opposition formelle aurait pu créer un obstacle difficile à vaincre. Mais toutes les fois qu'elle fut amenée à toucher ce sujet avec Hautefort, la princesse, au lieu de se montrer pressée d'assurer la grandeur de son fils, ne sembla songer qu'à faire part de ses griefs et parade de sa modération : « Groiriez-vous, lui dit-elle à plusieurs reprises et avec une insistance passionnée, que c'est l'Angleterre qui m'a embarquée dans cette entreprise sans m'en prévenir » ; et voyant quelque marque d'incrédulité sur le visage de son interlocuteur : « Non, vous ne le croirez pas, parce que cela n'est pas croyable : pourtant les choses se sont bien passées comme je vous le dis. Mais jamais, ajoutait-elle, je n'achèterai ce que je puis attendre, le pis-aller est de rester comme nous sommes! où est le mal? » — Et ses ministres témoins de son irritation, ne croyaient pas en devoir faire plus qu'elle mystère à l'ambassadeur. L'Angleterre, disait à Hautefort le froid et solennel Uhlfeld lui-même sortant d'un entretien avec l'envoyé anglais, n'a pas le droit de nous parler de si haut : c'est elle qui a tout entrepris de son chef, nous ne lui avons rien demande . ur cet objet. Elle n'est pas sans vues (en le
poursuivant), mais il n'est pas juste qu'elle les remplisse à nos dépens. Et cela m'a fait venir dix fois dans la tête le vers que vous connaissez :
Et qui vous a chargé du soin de ma famille !
« Le comte Uhlfeld, ajoute Hautefort, prononça ces mots avec une sorte d'émotion et se tut. »
Une fois les rapports mis sur ce pied de familiarité, ce fut presque chaque jour entre l'ambassadeur et les personnes royales des scènes qui donnaient lieu à de véritables épanchements de confiance. Averti qu'à Berlin on accusait FAutriche de faire des préparatifs pour une guerre prochaine : « Gela n'est pas vrai, s'écriait l'empereur (car on mettait volontiers Vhonnête gentilhomme en avant quand il y avait lieu de craindre qu'une parole féminine parût trop passionnée). Je ne veux pas la guerre, et on ne me la fera pas faire, car on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif. C'est le roi de Prusse qui, par ses soupçons continuels, veut donner prétexte à une nouvelle guerre pour mettre encore une fois, pendant qu'on sera occupé ailleurs, la patte sur nous. Mais s'il nous attaque, je sacrifierai tout, femme et enfants, et tout ce que j'ai de plus cher, et nous laisserons plutôt les Turcs arriver à
Vienne que de lui céder. On me dit qu'on ne veut pas me croire cliez vous, et on a tort. Je sais que Blondei est mal vu et qu'on cherche à le perdre parce qu'il a bien parlé de nous. Et qui sait? peut-être va-t-il vous en arriver autant si vous rendez justice à la vérité ^' »
Hautefort, en effet, étonné lui-même de pousser si loin l'intimité, ne tarda pas à s'apercevoir qu'à Paris on commençait à le soupçonner de se laisser à son tour enjôler par de bonnes paroles. II se justifia sur le ton d'un homme qui, se sentant en présence d'une vérité dénuée de vraisemblance, croit de son devoir et de son honneur de tout faire pour l'attester. — « Si Ton me trompe ici, écrivait-il j il faut avouer que jamais tromperie n'a été cachée sous plus d'apparence de vérité, sans que je puisse, quelque réflexion que j'y fasse, en deviner ni le motif ni la nécessité. Et puis, quand même Leurs Majestés Impériales ne désireraient dans le fond de leur cœur ni la confiance ni ramilié du roi, serait-il de leur prudence de chercher de gaieté de cœurà se l'aliéner à jamais?... N'imaginez pas qu'il y ait de prévention de ma part, je
1 . Haulefort à Piiisieulx, 16, 24 janvier, 3 février 1751 ; 19 avril, 3 mai, 17 mai 171)2 et pa.ssvn. {Correspondance d'Aulrklie : ministère des AlTaircs étrangères.)
n'attribue rien à ma personne de toutes les attentions flatteuses qu'on peut avoir pour moi. Je sais, de reste, qu'elles ne se rapportent qu'au roi. Je ne suis venu ici que dans l'espérance de le bien servir, je serais fort affligé d'en partir après n'avoir été qu'une dupe : il est sûr que cela me touche de plus près, je crains de l'être plus que vous ne pouvez le craindre. Essayez donc vous-même d'un peu d'ouverture et vous verrez que pour un pas que vous ferez, on en fera deux. >»
Puis, voyant que, malgré ses efforts, il ne réussissait pas à dissiper toutes les préventions, il ajoutait avec un peu de dépit : « Quand j'ai hasardé quelques-unes de mes réflexions, ce n'a jamais été par une sorte de confiance dans mes lumières, étant fort éloigné d'être susceptible d'un tel ridicule, ni sur un ton de décision... j'ai peine à imaginer même qu'elles pussent être prises dans ce sens-là. Cependant, pour éviter que cela n'arrive à l'avenir, je me renfermerai dans la plus grande exactitude à vous rendre compte et d'ailleurs dans le silence le plus complet \ »
Les appréciations d'Hautefort auraient peut-être obtenu plus de créance auprès du ministère fran-
1. D'Hautefort à Puisieulx, 16 janvier, 14 février, 4 mars 1751. [Correspondance d'Autriche : ministère des Afiaires étrangères.)
çais, si elles n'eussent été combattues par un contradicteur qui parlait trop haut pour n'être pas écouté et qui mettait, à donner des avertissements tout opposés, une activité et une insistance sans relâche. Ce n'était autre que le roi de Prusse qui, par l'intermédiaire de son ministre à Paris, aussi bien que par ses conversations à Berlin et ses correspondances, ne cessait de représenter Marie-Thérèse comme uniquement occupée, sous celte apparence de bénignité pacifique, à préparer sa revanche, en nouant des intrigues dans l'ombre et en ressuscitant sous main la vieille coalition des ennemis de la France et de la Prusse. Il donnait ce signal d'alarme à toute heure et à propos de tout, avec une sorte d'agitation fébrile, d'autant plus remarquable que le contraste était plus complet avec l'état d'esprit dont il avait fait preuve pendant les dernières années de la guerre. Lui qui s'était montré si calme dans ce moment critique, affectant d'être indifférent à tout le bruit qui se faisait autour de lui, laissant les Russes passer à sa porte et pénétrer dans le cœur de l'Allemagne snns même en prendre souci *, saisi maintenant