‹ L'Alliance balkaniqueChapitre 18 sur 24 · LA SECONDE GUERRE SERBO-BULGARE · texte numérisé non relu

LA SECONDE GUERRE SERBO-BULGARE

Ici encore, comme dans l'examen des relations entre les alliés pendant la durée de la guerre balkanique, je me servirai de préférence de documents étrangers :

Le 16/29 juin, l'attaque a lieu. Le 17/30, le gouvernement bulgare donne l'ordre d'arrêter les opérations militaires et prie M. Nekludoff de télégraphier à Pétrograd et d'insister pour que la Russie s'entremette en vue d'obtenir de la Serbie et de la Grèce la cessation des hostilités. M. Nekludoff envoie la dépêche suivante (voir le Livre Orange, n° 271) :

« D'après les nouvelles que l'on a reçues aujourd'hui, des collisions très graves se sont produites entre les troupes jjulgares et les troupes serbes et grecques. Vu son départ imminent pour Pétersbourg, M. Daneff vous

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prie instamment de faire le possible à Belgrade et Athènes afin que les collisions ne se

poursuivent plus.

« Nekludoff. »

M. SazonofF adresse immédiatement cette prière instante aux représentants russes en Grèce et en Serbie. En même temps il télégraphie à Sofia dans un sens rassurant. Les dépêches qu'il reçoit d'Athènes, en réponse à sa démarche, sont assez conciliantes. Mais, à Belgrade, on lui oppose un refus net.

Qu'on lise plutôt le Livre Orange (n"^ 274, 276, 278 et 279).

Le ministre des Affaires étrangères au minisire de Russie à Sofia.

. Le 17/30 juin 1913.

« Expliquez à M. DanefF que toute complication à la frontière apporterait des difficultés à l'obtention de l'assentiment serbe pour la remise du mémoire, en provoquant une

surexcitation nouvelle dans les esprits et mettrait M. Pachitch dans une situation sans issue. Nous pensons que si M. DanefF ne veut pas la guerre, il doit prendre des mesures décisives pour rétablir le calme aux premiers rangs de Tannée.

« Sazonoff. ))

Le ministre de Russie à AUhènes au ministre des Affaires étrangères.

« Le 17/30 juin 1913.

« En raison des attaques bulgares opérées simultanément contre le front serbe et contre le front grec, le roi part pour Salonique prendre le commandement de l'armée grecque. La flotte a reçu Tordre de partir d'urgence pour Eleftéris où, selon des informations officielles, les détachements grecs ont coupé les forces bulgares (|ui s'y avançaient. M. Vénizélos estime cpie, bien que la guerre ne soit pas déclarée, le gouvernement grec est néanmoins obligé de prendre les mesures

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de défense requises. Il est encore prêt à conclure un armistice, si le gouvernement bulgare déclare officiellement que l'avance des troupes bulgares est due à un malentendu.

« Démidoff. »

Le ministre de Russie à Athènes au ministre des Affaires étrangères.

. Le 18 juin/1" juillet 1913.

« Le ministre voit dans la marche en avant générale des troupes bulgares une tentative de créer un fait accompli et d'affermir par la violence les droits d'occupation des Bulgares dans les contrées grecques.

« Dans ces conditions, il ne pourrait partir avant d'avoir reçu du gouvernement bulgare une renonciation formelle à ses derniers actes, les troupes bulgares devant regagner la ligne de démarcation établie par protocole, et une déclaration officielle comme quoi la Bulgarie accepte l'arbitrage obligatoire sur

la délimitation exécuté sinon conjointement, du moins simultanément avec l'arbitrage serbo-bulgare. La situation est critique.

« Démidoff. »

Le même jour, M. Hartwig télégraphie de Belgrade que « toute action paisible sur le gouvernement resterait impuissante en présence de la surexcitation générale, poussée à l'extrême limite ». D'ailleurs, cela eût été parfaitement inutile, puisque, en dépit de la grande influence dont jouissait M. Hartwig à Belgrade, avant même que sa dépêche fût arrivée à Pétrograd, la Serbie avait, par la proclamation qu'on va lire, déclaré la guerre à la Bulgarie.

Ordre du Commandant en chef^ fait à Belgrade, le 18 juin iV13.

<i Soldats!

« Par mon ordre du 6 octobre de l'année dernière, je vous ai appelés à la guerre contre

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la Turquie pour la libération de nos frères opprimés, pour la résurrection du fatal champ des Merles (Kossovo). En moins d'un mois, vous avez, grâce à votre bravoure, à votre vaillance sans exemple et à votre abnégation, vaincu l'ennemi et libéré Kossovo.

a Soldats !

« La guerre des Balkans est finie. Nos frères sont afifranchis. La paix avec la Turquie est conclue. Vous devriez, maintenant, retourner à vos travaux, dans vos foyers, près de vos parents, près de ceux qui vous sont chers et qui vous attendent avec impatience.

« A mon grand regret, vous ne pouvez pas encore, mes chers soldats, rentrer chez vous; vous ne pouvez pas encore aller voir vos êtres chers et vous reposer de vos efforts pénibles. Les Bulgares, nos alliés d'hier, avec qui nous avons lutté côte à côte, que nous avons, en vrais frères, aidés de tout cœur, arrosant de notre sang leur précieuse Andrinople , nous contestent les régions

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de la Macédoine que nous avons acquises au prix de tant de sacrifices. La Bulgarie, qui double son territoire dans cette guerre commune des alliés, ne donne pas même à la Serbie un territoire deux lois moindre, ni Prilep de Krahl-Marko, ni Bitolia (Monastir), où vous vous êtes couverts de tant de gloire et où vous avez chassé les dernières troupes turques envoyées contre nous. La Bulgarie baignée par deux mers, ne donne à la Serbie pas même un débouché maritime. La Serbie et ses créateurs — l'armée serbe — ne peuvent et ne doivent admettre cela. Ils doivent défendre leurs acquisitions, leurs sanglantes acquisitions, contre tous ceux qui y toucheraient, fût-ce les Bulgares, leurs alliés d'hier.

« Dans la guerre contre les Bulgares nous avons avec nous nos alliés grecs que les Bulgares veulent également frustrer de leurs acquisitions et nos frères monténégrins qui, eux aussi, veulent défendre la terre serbe.

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« Soldats!

« En avant, au nom de Dieu et de notre juste cause. Déployez à nouveau le victorieux drapeau serbe et portez-le victorieusement à travers les rangs de notre nouvel ennemi, comme vous l'avez victorieusement porté sur le Vardar jusqu'à Salonique, dans Prilep et Bitolia, Kossovo et Prizrend.

« En avant, soldats! Dieu soutient le juste et celui qui aime sa patrie.

« Pierre. »

« Cet ordre doit être communiqué à tous les soldats.

« Le chef de V état-major du haut commandement, aide de camp honoraire de Sa Majesté le Roi, voyvode.

« R. POUTNIK. »

VI II" régiment d infanterie, II" ban, armée nationale.

« N- 222, le 18 juin 1913.

« Au chef du premier bataillon, pour être

solennellement porté à la connaissance des troupes du bataillon.

• Le 18 juin 1913. Orach.

« Le commandant : lieutenant-colonel,

« SiMBON IoVANOVITCH. »

On le voit, ce manifeste ne contient pas un mot au sujet des attaques bulgares du 16/29 juin, attaques qui, aux dires de M. Hartvvig, auraient provoqué une grande surexcitation à Belgrade. Evidemment, la proclamation avait été préparée avant ces attaques, car elle n'aurait pas pu, dans le cas contraire, c'est-à-dire si elle avait été rendue le 18 juin/1" juillet à Belgrade, parvenir le même jour aux mains du commandant d'Orachovetz, Siméon lovanovitch. Au reste, sur l'original de ce document paru en facsimilé dans le Mir du 25/8 juillet 1913, d'où je le reproduis, la date 18 Juin et la mention « fait à Belgrade », dans le titre de la proclamation, sont écrites à la main'.

1. Voir le fac-similé de ce document capital à la fin du présent chapitre.

L EFFONDREMENT DR I. ALLIANCK KALKANIQUE. 179

La Grèce suivit l'exemple de la Serbie. Dès le 14/27 octobre, le rapport de la commission Carnegie l'établit péremptoirement, le roi Constantin s'était mis en route pour Salonique, portant dans sa poche la proclamation de la guerre contre les Bulgares. L'on vit alors les abominations de la guerre entre les alliés s'ajouter aux horreurs de la guerre des Balkans. La malédiction de Gain stigmatisa despeuples devenus sisympathiques au monde civilisépar l'esprit de résolution etla bravoure dont ils avaient fait preuve dans la lutte pour la liberté. Les journaux qui par la suite aidèrent puissamment de leur influence les Serbes et les Grecs, s'écrièrent que tous les alliés étaient au même titre responsables de cette guerre nouvelle. Le Rouskoié Slovo, notamment, poussa le cri d'alarme en déclarant que si la Serbie et la Grèce n'arrêtaient pas les opérations militaires, les lourdes responsabilités de celte tuerie entre frères retomberaient sur les politiciens de Belgrade et d'Athènes, a Si ceux-ci rejettent la proposi-

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tion de M. Daneff pour la cessation des hostilités, continuait ce journal, ils prouveront par là la félonie et la duplicité de leur politique. » Le Temps abonda dans le même sens, disant, le 21 juin/4 juillet, que, « si les Bulgares semblaient avoir attaqué les premiers, les Serbes avaient aussitôt montré qu'ils ne désiraient qu'une occasion d'élargir en guerre véritable des rencontres d'avant-postes », et que les Grecs « qui s'étaient plaints légitimement des coups de canon tirés contre leur flotte par les Bulgares de Cavalla, se sont infligés, par l'écrasement sans gloire des douze cents soldats bulgares de Salonique, un discrédit pareil ».

L'Histoire apportera, je pense, une rectification à ce jugement. Cette rectification, c'est que, tandis que chez les Bulgares des facteurs irresponsables se rendirent seuls coupables, chez leurs adversaires, ce furent les gouvernements responsables qui se comportèrent, à l'endroit des traités qui portaient leurs signatures, comme avec des « chifl'ons

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de papier ». On foula aux pieds ces traités sans en ressentir le moindre scrupule. Et qui sait si ceux qui, hors de la Bulgarie, avaient le plus ardemment désiré la rupture ne seront pas les premiers à s'en repentir? La débâcle de l'alliance balkanique et la grande guerre actuelle ne leur réservent-elles pas des surprises et des déceptions ?

Martyre de l'idéal élevé qu'elle s'était donné, l'alliance balkanique mourut de la mort des martyrs. Il n'y a rien de plus affligeant que les collisions entre alliés, comme l'échauffourée de Salonique dont parle le journal parisien et les combats fratricides qui ensanglantèrent les plaines de la Macédoine et de la Thrace à peine rachetées par le sang versé en commun. Et il n'y a rien de plus triste, non plus, que la manière dont fut enterrée à Bucarest (ce calvaire de l'alliance balkanique), l'autonomie ethnique des peuples balkaniques , avec toutes ses conséquences, que les Etats des Balkans avaient unanimement désignée comme formant le but de leur ligue, l'objet

qu'ils visaient par leur mobilisation. Non seulement des territoires incontestablement bulgares furent partagés entre ceux qui amenèrent relTondrement de Talliance, mais les éléments les plus essentiels de l'autonomie ethnique furent refusés aux populations bulgares des régions ravies ^On oublia, dans la capitale de la Roumanie, les conditions essentielles de la pacification des Balkans; on y oublia aussi cette vérité éternelle, qu'il ne faut jamais abuser de la force. « C'est au moment où l'on veut redoubler de force qu'on doit redoubler de grâce », a dit Edmond Rostand. Ceux à qui la Bulgarie avait rendu tant de services aussi précieux qu'incontestables n'eurent aucune pitié pour le pays qui, au prix d'efforts et de sacrifices surhumains, avait brisé le noyau de la puissance turque et facilité par là la tâche des ennemis actuels de la Turquie.

1. Rien de plue édifiant, à ce sujet, que le rapport de la conimission de la Dotation Carnegie, sur le répime auquel sont aujourd'hui soumis les Bulgares macédoniens et leur privation de toute autonomie scolaire et religieuse.

L El'FOXDHEMENT DE L ALLIANCE BALKANIQUE. 18.1

La Bulgarie fut dépouillée, ruinée, humiliée.

Il y a des douleurs qui sont muettes. Le silence sied aux afflictions inconsolables. Et si, brisé par ces douleurs, je trouve aujourd'hui la force de parler, je le fais parce que je sens un devoir impérieux qui m'ordonne de révéler avant la fin du conflit sanglant d'aujourd'hui, ce que je sais sur les responsabilités de l'efl'ondrement de l'alliance balkanique, qui a amené un chaos nouveau dans les Balkans et a puissamment contribué au déchaînement de la grande guerre actuelle. Si le jugement des particuliers est la fonction la plus difficile et la plus noble qui soit donnée à l'homme dans la société, la mission de juger les nations est encore plus pénible et plus élevée. Et avant que l'opinion publique du monde civilisé condamne le peuple bulgare pour l'écroulement de l'alliance balkanique, il faut, je pense, avoir la patience d'entendre les explications documentées de ceux des Bulgares qui furent les défenseurs inébranlables de cotte alliance, les antago-

nistes irréconciliables de ses adversaires. Les plus redoutables de ces adversaires n'étaient pas en Bulgarie. Ils n'y sont pas non plus aujourd'hui. C'est au Parlement bulgare que, pour la première fois après la guerre des alliés, on entendit parler du rétablissement de ce rapprochement entre les peuples balkaniques dont l'échec leur a apporté, à eux et au monde entier, des maux innombrables. Ce rapprochement peut être réalisé en satisfaisant la Bulgarie, aucun intérêt vital de la Serbie ni de la Grèce n'exigeant le partage, fait à Bucarest, de la Macédoine. S'il en était autrement, la Serbie n'aurait pas reconnu par le traité du 29 février/io mars 1912, l'attribution à la Bulgarie de ce qui fut appelé la zone incontestée, et la Grèce n'aurait pas proposé, par la bouche de MM. Vénizélos et Ghenadius, d'accepter comme future frontière gréco-bulgare « la ligne des lacs qui forment la base de la presqu'île Chalcidique », en échange de la cession de Salonique '.

1. Je lionne ici la tradiiclioti d'une lettre qu'un des publi-

L EFl-ONDllEMENT DE l'alLIANCE BALKANIQUE. 185

Personne ne méconnaît l'héroïsme avec lequel le peuple serbe combat aujourd'hui, aux cotés de la Triple-Entente, contre une grande puissance. Mais personne ne niera que ce n'est pas lui qui brisera cette puissance. Elle ne peut être brisée que parla

cistes étrangers les plus marquants à Sofia reçut un peu avant cette époque d'un de ses amis à Londres, une personne de confiance chargée de sonder le ministre de Grèce en Angleterre, M. Ghenadius, second délégué grec à la conférence de la paix, sur les concessions que le gouvernement hellène était disposé à nous faire.

« Londres, le 26 avril 1913.

« Cher Monsieur,

« Je viens de voir M. Ghenadius. Il m'a dit :

« 1° Qu'il n'existe pas d'accord écrit entre là Serbie et la « Grèce.

« 2° M. DanefF a refusé, quand il était à Londres, de régler, « avec M. Yénizélos, la question des frontières.

« 3" M. Vénizélos a déclaré à Sofia que les Grecs ne quitte- « ront Salonique qu'à la suite d'une guerre malheureuse.

« 4° Les Grecs désirent sincèrement faire de Salonique un « port franc sous leur souveraineté et ils consentiront à ne « pas la fortifier.

« 5° Ils demandent pour frontière la ligne des lacs qui se « trouvent à la base de la presqu'île Chalcidique, en arrière à « une distance suffisante de Salonique pour que la ville ne « soit pas à la portée de canons bulgares.

« 6° Ils voudraient s'entendre immédiatement, sur ce point, « avec la Bulgarie.

" 7" S'ils obtiennent une entente séparée et complète avec « la Bulgarie, ils sont prêts à se désintéresser du litige serbo- « bulgare concernant Monastir.

« 8° Ils craignent maintenant que, s'ils ne prêtent pas leur « concours à la Serbie contre la Bulgarie, Ferdinand ne prenne

Triple-Entente qui, pour le salut de la Serbie et de la Belgique, s'est lancée dans cette guerre gigantesque et en a accepté d'avance les sacrifices énormes. Le monde entier s'incline devant la bravoure et l'abnégation de ces deux peuples. Mais si l'abnégation et la bravoure créent des titres à la liberté et à l'unité nationale, si les peuples qui s'en montrent animés méritent d'être tirés de l'abîme, est-ce que le peuple bulgare n'a pas acquis les mêmes titres? est-ce qu'il ne mérite pas le même traitement? Des grandes puissances s'épuisent pour sauver la Serbie et la Belgique. La Bulgarie ne demande aucun sacrifice à ces puissances et ce n'est pas pour son salut qu'elles se battent. Mais la Bulgarie, qui contribua à l'écrasement de

• d'abord Monastir, etc. aux Serbes et ne vienne ensuite se « battre avec eux (les Grecs) pour Salonique; évidemment, « s'ils doivent se battre, ils préfèrent avoir un allié contre la « Bulgarie.

• y° Ils sont prêts à la guerre pour Salonique. » « Voua savez la plupart des choses que je vous écris, je vous les transmets, tout de même, pour le cas où vous y trouveriez quelques points nouveaux pour vous. N'est-il pas possible de feiire intervenir un accord?

« Avec mes meilleurs salutations. « X. »

i/eI'Koxdiiement de l'alliance balkanique. 187

la Turquie beaucoup plus que la Serbie ne contribuera à celui de l'Autriche, est en droit, pour ses services passés, de demander justice à ces puissances et de vouloir être traitée conformément aux principes salutaires si hautement proclamés au début de la guerre actuelle. L'ambassadeur de France à Londres, M. Paul Gambon, parlant au nom des trois puissances de l'Entente, au banquet de Guildhall, le 9/22 novembre dernier, a dit que la Triple-Entente se battait pour les petites nations opprimées. Une dizaine de jours après ce discours, le comité central anglais chargé d'éclairer l'opinion publique sur les causes de la guerre, a lancé une circulaire signée par M. Asquith, président du Conseil en fonctions et par les deux anciens premiers ministres, lord Rosebery et M. Balfour, où l'on lit notamment ceci : « Notre cause est doublement juste, parce que nous ne luttons pas seulement pour la défense de notre existence et de notre liberté, mais pour le droit des petites nations de jouir de cette

188 i/alliance balkanique.

même liberté, pour la civilisation et la démocratie telles que nous les comprenons. » Si tel est le but de la Triple-Entente, si effectivement elle veut une paix durable basée sur la liberté des peuples et l'indépendance des nationalités, est-il possible de refuser à la Bulgarie ce que les grandes puissances et les Etats balkaniques eux-mêmes lui reconnaissaient comme sien avant la rupture de l'alliance balkanique? L'iniquité commise à Bucarest restera-t-elle sans réparation? Le restera-t-elle si même la Bulgarie prenait une part tardive à la guerre européenne ou si elle n'y prenait aucune part, à l'instar de ce que firent la Serbie et la Grèce en 1877? Ne satisfit-on pas alors les revendications des Serbes et des Grecs? Les revendications des Bulgares ne recevront-elles aucune satisfaction?

Res sacra miser. La pauvre Bulgarie méconnue a, je pense, plus que qui que ce soit, le droit dètre jugée impartialement, d'être traitée comme les autres.

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