INSTRUCTIONS DONNÉES A NABY BEY
« 1° Assim bey fera tout son possible pour la solution heureuse des questions pendantes entre le royaume et l'empire pour réduire les surfaces de friction.
« 2° Comme condition essentielle, Assim bey pose la nonintervention des deux pays dans les affaires intérieures du voisin.
« 3° Parallèlement et également comme condition essentielle, chacune des deux parties réglera ses affaires intérieures de manière à ne pas donner l'occasion à ses voisins de se plaindre, mais, au contraire, à les satisfaire.
« 4" Engagement des deux parties, pour un délai déterminé — dix ans par exemple — de ne rien entreprendre pour élargir leurs frontières actuelles. »
nous à cause, surtout, de son deuxième point, mais aussi parce que ni Assim bey, ni son successeur à Sofia, Naby bey, n'en soufflèrent plus un mot), à part cette proposition, dis-je, le ministre turc des Affaires étrangères ne fit rien pour inaugurer une nouvelle politique à Tégard de la Bulgarie. Bien au contraire, les incidents de frontière qui exaspéraient Topinion publique bulgare devinrent plus fréquents et les massacres tels que ceux de Chtip et de Kotchani, les assassinats et les pillages, les tortures et les persécutions, les mauvais traitements systématiquement infligés aux Bulgares enrôlés dans l'armée turque accrurent tellement le nombre des jeunes Bulgares qui fuyaient de la Macédoine et de la Thrace, que les hommes d'État bulgares les plus pacifiques en tressaillirent, se demandant si tout cela ne se rattachait pas à un plan méthodique des Jeunes-Turcs consistant à débulgariser et à déchristianiser la Macédoine et la Thrace afin de régler par ce moyen radical la question
LA CONCLUSION DE LALLIANCE DALKANlQtE. 11
macédo-andrinopolitaine. Ce soupçon croissait chez ceux qui pouvaient lire les rapports officiels dont, entre autres, celui de notre consul à Monastir suivant lequel le D"" Nazim, l'idéologue du parti jeune-turc, dans un discours prononcé devant les notables turcs de Vodéna et entendu par M. Wigand, ingénieur de la ligne Salonique-Monastir, avait dit que si les Jeunes-Turcs l'emportaient aux élections, avant trente ou quarante ans, il ne resterait plus un chrétien en Macédoine. Et pouvait-on douter de la possibilité d'une extermination pareille en présence de la décroissance rapide que la population bulgare avait subie au cours des dix premières années de ce siècle? Notre consul général à Salonique, M. Schopoff, n'écrivait-il pas dès le mois de septembre 1910, que « nous avions incontestablement perdu le quart de ce que nous possédions, il y a quinze ans, dans les vilayets européens »? Le nombre des Bulgares en Macédoine qui, selon des renseignements authentiques {Temps, n° 15 950,
février 1905), était en chiffres ronds de 1200000, avait, d'après une lettre du même consul général du 6/19 avril 1911, baissé à environ 1000 000. Il y eut, certes, des gens qui contestèrent cette décroissance, notamment après le discours prononcé au Parlement turc par M. Pantché Doreff qui, à en croire ses adversaires, aurait voulu, par ce discours, réduire à des proportions insignifiantes l'importance de l'élément bulgare en Turquie d'Europe et faciliter ainsi l'œuvre d'ottomanisation des Jeunes-Turcs. C'est pourquoi j'envoyai à Constantinople MM. Cyrille Popoff, directeur de l'Institut de Statistique, et D. Micheff, publiciste versé dans la question macédonienne, vérifier les choses auprès de l'Exarchat. A la lecture du rapport qu'ils m'adressèrent à leur retour, j'arrivai à cette triste conclusion que la population bulgare avait effectivement et sensiblement décru. Et la politique d'extermination poursuivie par les Turcs avait suscité parmi les Bulgares macédoniens un désespoir tel, que
suivant un rapport de M. SchopofF daté de Salonique, 28/13 mars 1912, ils disaient ouvertement qu'ils préféraient tout plutôt que d'avoir à supporter plus longtemps cette souffrance intolérable. « Qu'on nous délivre de cet état intenable, déclaraient-ils; puis, vienne qui voudra! ce ne sera pas pis, en tout cas. »
Un homme d'Etat responsable des destinées du peuple bulgare pouvait-il rester indifférent en présence d'un phénomène semblable et de la menace des Turcs de prendre des mesures pour accentuer encore davantage cet état de choses afin de faire disparaître l'élément bulgare en Macédoine? Il était de mon devoir d'envisager sérieusement toutes les mesures par lesquelles la Bulgarie se verrait en état de mettre un terme à cette extermination. Et la première de ces mesures était de nous entendre non plus avec la Turquie, qui s'y était montrée réfractaire, mais avec nos autres voisins. Une telle entente se trouvait facilitée par l'unanimité avec laquelle
l'opinion publique bulgare accueillait les manifestations du genre de celle de l'entrevue des économistes serbes et bulgares et de la visite des étudiants bulgares à Athènes (avril 1911). Elle était facilitée aussi par le traité secret que les Serbes avaient signé avec nous dès l'année 1904 et par la tentative qu'ils avaient faite sous le gouvernement de nos prédécesseurs, les démocrates, et qu'ils avaient renouvelée pendant les six premiers mois de mon ministère, de conclure avec nous une alliance défensive et offensive.