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LE TRAITE GRECO-BULGABE

Dès le mois de mai 1911, c'est-à-dire deux mois après mon arrivée au pouvoir, la question d'un accord gréco-bulgare fut soulevée parle bulgarophile connu, M. J.-D. Bourchier, correspondant du Times dans les Balkans. M. Bourchier m'écrivit d'Athènes une lettre

OÙ il me faisait part du désir du roi de Grèce et du gouvernement grec de conclure une entente avec la Bulgarie. La visite des étudiants bulgares à Athènes au printemps de 1911 et l'accueil chaleureux qu'ils y trouvèrent avaient créé une atmosphère favorable à un échange d'idées en vue de la réalisation d'un accord, sinon d'une alliance. Aussi bien, donna-t-on à entendre à M. Bourchier que le gouvernement bulgare ne répugnerait pas à entrer dans une conversation de cette nature. Néanmoins, rien ne fut entrepris de ce côté jusqu'au moment où la guerre italo-turque et l'attitude des Jeunes-Turcs à notre égard, notamment leur mobilisation à la fin de septembre 1911, que rien de notre part n'avait provoquée, nous imposèrent l'ouverture de négociations formelles avec la Grèce.

Le premier pas eut lieu immédiatement après la mobilisation turque. Le 3/16 octobre 1911, M. Panas, ministre de Grèce à Sofia, vint me faire, comme il s'exprimait, une communication importante de la part de son gou-

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vernement. Après m'avoir exposé l'histoire de ses conversations d'abord avec moi, avant mon départ pour Vichy et ensuite avec M. Th. Théodoroft' qui me suppléait pendant mon absence, M. Panas me déclara que, si je pouvais lui assurer que la Bulgarie marcherait au cas où la Grèce serait attaquée par la Turquie, il était autorisé par son gouvernement à me donner l'assurance que la Grèce attaquerait la Turquie si celle-ci se laissait aller à une agression contre la Bulgarie.

Vu la crise que subissaient nos rapports avec la Turquie au commencement du mois d'octobre 1911, cette communication était de la plus haute importance. Avant que nous eussions obtenu de la Serbie l'assurance qu'elle se battrait à nos côtés si la Turquie nous déclarait la guerre, la Grèce nous assurait de son concours. La proposition grecque, communiquée au roi et au conseil des ministres, fut acceptée et je fus autorisé à déclarer à M. Panas que la Bulgarie se porterait au secours de la Grèce si celle-ci était

attaquée par la Turquie, mais à des conditions qui devaient être précisées dans un traité défensif. Là-dessus, nous tombâmes d'accord tous les deux.

Le projet qui devait servir de base à ce traité ne fut toutefois pas élaboré avant la conclusion de nos pourparlers avec la Serbie. Le 14/27 avril 1912, après un nouvel échange d'idées, je reçus de M. Panas une lettre par laquelle il me transmettait un avant-projet de traité défensif.

Dans cet avant-projet on ne disait rien non seulement d'une autonomie de la Macédoine et de la Thrace, mais pas même des droits que des actes internationaux et notamment le traité de Berlin, dans son article 23, garantissaient aux provinces chrétiennes de la Turquie d'Europe. C'est pourquoi je déclarai à M. Panas que nous ne pouvions accepter sa proposition si la Grèce ne consentait à insérer au projet l'obligation de ne pas s'opposer à l'autonomie. Et, à cet effet, je lui proposai le texte suivant :

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« La Grèce, de son côté, promet de ne s'opposer d'aucune façon à une demande éventuelle de la Bulgarie de voir la Macédoine et le vilayet d'Andrinople dotés d'une autonomie administrative avec droits égaux pour toutes leurs nationalités. »

Mais cet amendement ne fut point accepté. Je déclarai alors que si Ton ne mentionnait pas au moins notre obligation de lutter pour « les droits des chrétiens découlant des traités », je ne pouvais pas signer la convention. M. Panas me répondit que je voulais en venir à l'autonomie par une voie détournée, puisque j'avais en vue l'article 23 du traité de Berlin, dont l'exécution était réclamée dans toutes les réunions publiques, très nombreuses à cette époque, en Bulgarie. On a encore dans la mémoire le grand mouvement qui s'était emparé de toute la Bulgarie après l'exemple donné par Sofia où, le 29 avril/ 12 mai, un imposant meeting avait eu lieu sous la présidence de M. D' Ghr. Stambolskietsous le patronage de MM. Iv. Vazoff,

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D' Iv. Schichmanoff, D^ St. Sarafoff, Iv. GrozefF, Gheorglii GheorgofF, StanichefT et autres. Je ne dissimulai pas à M. Panas que c'est précisément l'exécution de cet article 23 que je poursuivais, mais que, pour ne pas froisser les susceptibilités grecques, je proposais de mettre, dans le préambule et dans l'article 2 du projet de traité, en parlant des droits des nationalités chrétiennes, non seulement « concédés » (par les sultans), mais aussi « découlant des traités ». M. Panas se mit alors à discuter sur un ton assez vif et à m'assurer que du moment que je reconnaissais l'article 23 du traité de Berlin, ma proposition ne serait pas acceptée. Athènes garda le silence assez longtemps. M. Panas venait souvent me voir, sous le prétexte de me faire savoir qu'il n'avait pas encore de réponse, mais surtout pour tâcher de me persuader de ne pas insister pour mon annexe. Moi, je persévérais dans mon point de vue. Enfin, vers le 10/23 mai, M. Panas me communiqua que le gouvernement grec avait

accepté ma proposition concernant « les droits découlant des traités ». Et comme il avait été décidé que je partirais avec les souverains, le 18 mai/i" juin, pour Vienne et Berlin, où le roi et la reine des Bulgares devaient faire leurs premières visites officielles, nous nous hâtâmes de signer le traité avant mon départ. 11 fut signé le 16/29 mai 1912, par ^I. Panas et par moi. Sa ratification par les souverains des deux pays eut lieu après notre retour de Berlin. Quant à la convention militaire avec la Grèce, elle fut mise à l'étude par MM. les généraux Nikiphoroft* et FitchefF et ne fut signée qu'au mois de septembre 1912. J'ajouterai ici que, le temps manquant, on ne put conclure un accord avec la Grèce pour la délimitation des frontières en Macédoine. Au reste, M. Panas m'avait dit que son gouvernement avait refusé d'entamer des pourparlers avec les Autrichiens, ceux-ci ayant donné à entendre qu'ils réclameraient Salonique.

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