PRELIMINAIRES DE LA GUERRE CONTRE LA TURQUIE
désespéré de l'Empire otloman. Je profitai de cette occasion pour répondre que j'étais prêt à entamer avec lui des pourparlers pour la réalisation d'un accord avec la Roumanie en prévision d'une catastrophe turque. M. Majoresco refusa d'entrer en négociations, même après que notre ministre plénipotentiaire, M. KalinkofF, alla l'entretenir à nouveau de cette affaire. Le ministre-président roumain se borna à donner l'assurance que si une catastrophe survenait effectivement en Turquie, les Roumains n'auraient pas de peine à s'entendre avec nous; mais il refusa de déterminer l'acquisition que la Roumanie attendait de l'écroulement de l'Empire ottoman.
On a encore dans la mémoire les premiers symptômes du mouvement qui amena cet écroulement. Gourant anti-jeune-turc dans le pays entier; circulaire du ministre de la Guerre Mahmoud Chevket pacha défendant aux officiers de s'occuper de politique; mutinerie de la garnison d'Andrinople; pronun-
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ciamento à Monastir ; soulèvement albanais j chute du cabinet jeune-turc; combat près de Mitrovitza à la suite duquel les Albanais vainqueurs occupent les sandjaks d'Ipek, Prizrend et Prichtina; ultimatum des Albanais; massacre à Kotchani ; tuerie à Berana ; occupation d'Uskub par les Albanais. Tous ces événements, les trois derniers surtout, eurent un écho si puissant à Sofia, Belgrade, Athènes et Gettigné qu'il était facile de prévoir qu'ils ne manqueraient pas de provoquer des conséquences graves. Les cabinets européens en furent ébranlés également et, le mieux disposé d'entre eux envers la Turquie, le cabinet de Vienne, lança le 1/14 août, la fameuse proposition du comte Berchtold pour l'introduction d'une décentralisation administrative progressive en Turquie d'Europe. Si l'yVutriche agitait une pareille proposition, les Etats balkaniques pouvaient-ils rester indifférents au sort de leurs conationaux? A cette sollicitude venait s'ajouter tant à Belgrade qu'à Athènes la crainte inspirée par les revendica-
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lions des Albanais portant sur des régions serbes etgrecques. A Sofia, on n'avait aucune peur des Albanais. Cependant, on y était à bout de patience, notamment après le massacre de Kotchani. Fallait-il faire des façons à l'égard d'une Turquie épuisée par la guerre avec l'Italie, déchirée par des dissensions intestines, dont l'armée était sans discipline et le trésor sans argent? Le 1/14 août, un meeting imposant eut lieu à Sofia, et le 12/25 août se réunit le Congrès des sociétés de bienfaisance macédo-andrinopolitaines.
Au meeting et au congrès, les résolutions votées étaient presque identiques : on invitait la Bulgarie à mobiliser immédiatement, à demander l'autonomie de la Macédoine et de la Thrace, et si cette autonomie n'était pas réalisée, à déclarer la guerre de libération, faute de quoi des bouleversements aux conséquences innombrables étaient à craindre dans le pays.
Le moment était décisif et la pression de l'opinion publique irrésistible. Au plus fort
des passions belliqueuses déchaînées, M. KolouchefT arriva à Sofia apportant une proposition du roi de Monténégro qui demandait une action commune. Il fallait accepter cette proposition ou la rejeter. Le 18/26 août, en exécution d'une décision prise en conseil des ministres, MM. Daneff, ThéodorofT, le général Nikiphoroff et moi, nous eûmes une audience collective chez le roi, dans son chalet à Tzarska- Bistritza, près de Tchamkoria. Après que j'eus fait un rapport sur la situation, nous discutâmes longuement et minutieusement avec le roi la plus angoissante question que les hommes d'État bulgares eussent eue à résoudre depuis la libération de notre pays. Et nous décidâmes à l'unanimité ce que le conseil des ministres avait déjà décidé, c'est à savoir d'accepter la proposition du Monténégro et de nous aboucher rapidement avec la Serbie et la Grèce dans le but d'arriver à une entente pour une intervention immédiate des alliés en faveur de la population chrétienne de la Turquie d'Europe.
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Conformément à la décision du conseil des ministres, M. KolouchefF repartit aussitôt pour Cettigné, avec l'autorisation de conclure l'accord verbal dont j'ai parlé plus haut. De mon côté j'engageai des pourparlers avec les ministres de Serbie et de Grèce, MM. Spalaïkovitch et Panas, dont le premier partit immédiatement pour Belgrade, d'où il rentra le 18/31 août. M. Tocheff, notre ministre à Belgrade, le suivit à Sofia. Tandis que l'échange d'idées avec la Serbie se faisait par l'entremise de nos ministres plénipotentiaires, les pourparlers avec la Grèce se poursuivaient par télégrammes. Le 8/21 septembre, M. Daneff se rendit à Nisch. La peur des Serbes d'une intervention éventuelle de l'Autriche était très justifiée, et nous dûmes nous en occuper aussi sérieusement que des conseils amicaux que M. Sazonoff nous prodiguait de ne pas pousser l'affaire jusqu'à la guerre. Après un examen bien mûri de la situation, nous nous étions rapprochés de l'entente désirée avec nos alliés quand, tout à coup, le 16/29 sep-
tembre, je reçus de Constantinople l'avis que la Turquie avait décrété la mobilisation générale. A cette mobilisation turque nous répondîmes, le 17 septembre/1 octobre, par la mobilisation des forces armées des quatre Etals alliés.
Aussitôt après, nous abordâmes la question capitale des réformes que nous devions réclamer de la Turquie pour les contrées habitées par nos conationaux. Les grandes puissances en parlèrent également immédiatement après notre mobilisation. Toutefois, la réponse de la Sublime Porte à la démarche des puissances était si peu satisfaisante, qu'il était facile de prévoir que la Turquie désirait la guerre, comme d'ailleurs elle le montra par la saisie des munitions serbes à Uskub, par l'embargo des vapeurs grecs à Constantinople, par le rappel de ses représentants dans les capitales des Etats balkaniques et enfin par la déclaration de guerre ellemême.
Voici les notes diplomatiques (\m furent
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échangées alors et dont le texte intégral n'a pas été publié jusqu'à présent :