CHAPITRE IV
PÉRIODE DATTENTE
RécONCILIATION DE M. FlOQUET AVEC l'AMBASSAD£ DE
Russie. — affaire Atchinow. — La Russie a l'Exposition de 1889. ^- Démission de M. de Bismarck. — arrestation de nih^istes russes a Paris en i 890.
En avril 1888 fut constitué le ministère dont M. Floquet prit la présidence. Le portefeuille de la guerre échut à M. de Freycinet qui le conserva durant cinq ans, ce qui fut important pour les relations franco-russes, ainsi qu'on le verra par la suite. M. Goblet prit le poj:*tefeuille des affaires Etrangères.
L'avènement du nouveau Président du
Conseil avait été précédé d'un incident qui mérite une mention spéciale. On se souvient en effet qu'une légende très répandue attribuait à cet homme politique une parole injurieuse envers le Tsar Alexandre II pendant le séjour que fit ce souverain à Paris en 1867.
De pareils souvenirs paraissaient de nature à rendre très délicats les rapports de M.
Floquet avec l'ambassade de la rue de Grenelle.
En 1887 et au commencement de 1888 M.
Floquet était président de la Chambre des Députés et Ton commençait à parler de son prochain avènement à la présidence du Conseil des Ministres. La situation devenait donc très difficile. L'ambassadeur de Russie qui n'avait jamais adressé la parole au Président de la Chambre pouvait-il, s'il continuait d'observer cette réserve, éviter le reproche d'empêcher M. Floquet d'arriver au pouvoir ?
Ne pouvait-on pas dans ce cas prétendre avec quelque apparence de raison que l'ambassadeur intervenait dans les affaires inté-
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rieures de la France, ce qu'il ne voulait à aucun prix ?
Dans les premiers jours de 1888 M. Floquet fit plusieurs fois exprimer par M. Flourens à M. de Mohrenheim son désir de faire cesser cet état de chose. L'ambassadeur fit part à son gouvernement de la situation et peu après il lui fut répondu que le Tsar lui laissait la liberté de prendre à l'égard du chef radical la décision qu'il jugerait la meilleure. Par l'intermédiaire de M. Flourens M. Floquet fut alors avisé que l'ambassadeur était disposé à mettre fin à ce long incident. A la suite de cette résolution le Président de la Chambre fut présenté au baron de Mohrenheim par le ministre des Affaires-Etrangères à une soirée que donnait le mercredi 7 février M. Dautresmes, ministre du Commerce, et le lendemain M. Floquet rendit visite à l'ambassadeur rue de Grenelle.
Cette entrevue se passa de la façon la plus correcte et fut même très amicale; le Président de la Chambre après avoir exprimé son admiration pour la belle lignée de souve-
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rains dont les portraits ornaient le cabinet de travail de M. de Mohrenheim, loua chaleureusement les efforts de M. Flourens pour établir des relations amicales entre la Russie et la France. Il invita l'ambassadeur à un dîner qu'il comptait offrir le 13 février au Président delà République; M. de Mohrenheim accepta .
Tout allait donc bien lorsque le lendemain plusieurs journaux dévoués au Président de la Chambre publièrent des notes d'après lesquelles c'était M. de Mohrenheim qui avait pris l'initiative de ce rapprochement et qui avait depuis longtemps manifesté le désir d'entrer en relations personnelles avec M.
Floquet.
Or, c'était le renversement complet de la vérité et M. de Mohrenheim en témoigna son mécontentement en termes sévères ; sur la demande de M. Flourens, j'allai donc trouver le Président de la Chambre et après de longues explications de part et d'autre, M.
Floquet chargea son neveu, M. Mariani, d'aller rue de Grenelle pour s'entendre avec
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Tambassadeur sur une note rectificative qui devait paraître le lendemain matin dans les journaux. Elle parut en effet, et Tincident se trouva clos.
Il a été dit que M. Goblet était anti-russe.
Cette allégation est inexacte. Pendant le temps que le Ministre est resté au quai d'Orsay il n'a rien entrepris qui fut de nature à faire supposer chez lui des sentiments hostiles à la Russie. On lui a reproché la malencontreuse affaire de Sagallo. Un navire de guerre commandé par l'amiral Olry, avait lancé quelques obus sur la troupe du cosaque Atehinow qui, s'étant donné une mission en Abyssinie, campait sur un territoire appartenant à la France, après avoir déjoué la surveillance des croiseurs français.
Les instructions envoyées à l'amiral portaient de déloger la mission, au besoin par la force ; elles étaient sans doute regrettables, mais M. Goblet avait été induit en erreur, intentionnellement ou non, sur la manière dont le gouvernement russe jugeait l'entreprise d' Atehinow. Le ministre devait croire qu'à
Saint-Pétersbourg ce cosaque était considéré comme un aventurier et qu'on y souhaitait de voir mettre le plus tôt possible un terme à son équipée. C'est dans cette conviction qu'il donna Tordre d'employer la force pour contraindre Atchinow à se rembarquer.
Au reste M. Goblet pendant son ministère s'associa à tous les actes par lesquels son collègue M. de Freycinet cherchait à rendre à l'administration de l'armée russe des services dont il sera parlé plus loin.
Pendant l'automne de Tannée 1888 les divers gouvernements européens s'occupaient de la participation de leurs nationaux à l'Exposition Universelle de 1889. Le choix du centenaire de la Révolution française pour cette grande manifestation internationale avait mal disposé les gouvernements de plusieurs grandes monarchies d'Europe. C'est ainsi que le Tsar avait d'abord décidé que la Russie ne devait en aucune façon y participer. Depuis, sur un rapport de ses ministres de l'Intérieur et des Affaires étrangères TEmpereur avait permis à des industriels et à