‹ L'Alliance franco-russeChapitre 7 sur 16 · PÉRIODE D*ATTENTE · texte numérisé non relu

PÉRIODE D*ATTENTE

laquelle mirent fin les élections du mois d'octobre.

Le mouvement boulangiste déplaisait à l'empereur Alexandre III mais ne changea rien à ses sentiments pour la France. On en trouvera la preuve dans une lettre que je reçus d'un personnage russe qui se trouvait à cette époque en Danemark avec le Tsar.

La voici :

« Fredensborg 17 septembre 1889

« L'impression reste bonne. Tant qu'en France le « régime ne changera pas, l'avenir pas plus que le « passé ne saurait détruire les sympathies réelles « actuelles. Les événements intérieurs en France a sont regrettables mais la confiance subsiste. On « comprend bien la situation mutuelle de nos deux « pays. Il est donc impossible d'admettre qu'on « puisse modifier son attitude pour le bon plaisir de « nos ennemis communs.

La question de l'entente franco-russe restait donc entière et n'attendait que des événe-

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ments de quelque importance pour se placer au premier rang.

Des journaux qui prenaient plaisir à présenter M. SpuUer en antagonisme avec le baron de Mohrenheim inventèrent, vers la fin de 1889, toutes sortes d'incidents pour arriver à brouiller les deux hommes d'Etat.

Mais ils n'y réussirent pas et je fus autorisé par l'ambassadeur à publier dans les journaux la note suivante :

« Depuis quelque temps certains journaux pari- « siens se plaisent à entretenir le public de soi-disant V malentendus entre M. SpuUer, ministre des Affaires « Etrangères et TAmbassadeur d'une grande Puis- « sance accrédité auprès de la République Française. « Les journaux tropjzélés en seront pour leurs frais « d'imagination, les bruits qu'ils propagent étant « dénués de tout fondement et les propos qu'ils c rapportent n'ayant jamais été tenus.

Le 17 mars 1890 M. Ribot prit le portefeuille des AfiFaires Étrangères dans le nouveau ministère dont M. de Freycinet devint

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le chef et dés le lendemain l'Europe fut surprise par un événement qui paraissait devoir exercer une grande influence sur la politique générale. Le 18 mars le prince de Bismarck donnait à Tempereur Guillaume sa démission de toutes ses fonctions après avoir dirigé pendant prés de vingt-huit ans la politique de la Prusse d'abord et ensuite de T Allemagne.

De graves dissentiments s'étaient depuis quelque temps produits entre lui et le jeune souverain qui n'était pas disposé à supporter un mentor comme le prince de Bismark dont le caractère était fort difficile. En outre la politique du vieux chancelier, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, avait subi de graves échecs. Dans le Reichstag soixante-dix membres seulement avaient approuvé ses demandes de nouveaux crédits.

A l'extérieur il avait perdu l'amitié de la Russie qui ne lui pardonnait pas sa noire mgratitude au regard des services que le gouvernement russe avait rendus à la politique allemande.

Ses efforts pour attirer de nouveau la Russie dans le giron de TAUemagne avaient échoué. Alexandre III dirigeait d'une main ferme la politique russe vers une nouvelle orientation et préparait une alliance avec la France.

Dans ces conditions la démission du chancelier fut accueillie avec résignation en Allemagne ; il n'y eut sur tout le territoire de l'empire qu'un petit nombre de voix autoriséss qui s'élevèrent pour déplorer tout haut la décision de Guillaume II,carc'était bien le souverain lui-même qui avait exigé la retraite de son chancelier. En Europe Tévénement produisit un véritable soulagement, surtout en France où on eut le sentiment qu'une ère nouvelle allait s'ouvrir et qu'on serait enfin délivré de l'oppression et de l'anxiété créées par la politique brutale de Bismarck. On pressentait que Guillaume II, qui prenait en mains la direction de la politique étrangère de l'Allemagne, ne tarderait pas à inaugurer une politique de paix. Enfin la France n'avait plus à craindre l'énergique

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opposition que le prince de Bismarck n'eut pas manqué de faire à la réalisation d'une alliance entre ce pays et la Russie. La tâche du ministre des Affaires Etrangères français allait donc être facilitée.

Peu de temps après, se produisait à Paris un événement qui devait exercer une influence considérable sur les relations de la France avec la Russie. Je veux parler de l'arrestation des nihilistes.

M. Dournowo, le ministre de Tintérieur de Russie, était infornîé que les révolutionnaires russes préparaient un attentat contre la vie du Tsar. Ils avaient fabriqué des bombes et avaient fait des essais dans la forêt de Raincy. Tout était prêt et lés rôles de chacun étaient distribués pour le cas ôû ils réussiraient à faire passer à ces engins la frontière russe. Le ministre de l'intérieur à Saint-Pétersbourg envoya donc au commencement du mois de mai 1890, un délégué spécial à Paris, avec mission de chercher les mesures à prendre pour prévenir cet attentat*

- Ce fonctionnaire fut bientôt au courant des menées et des agissements des conspirateurs.

Il apprit leur nombre et le lieu où ils se cachaient. Il conseilla donc à son gouvernement de demander leur arrestation au gouvernement français. Au premier moment, il y eut à Saint-Pétersbourg quelques hésitations : on fit observer qu'un gouvernement républicain pourrait peut-être difficilement acquiescer à une demande de cette nature et qu'il avait à compter, avec les susceptibilités des partis avancés. Le délégué insista. Le Tsar se rendit bientôt lui-même à son avis et Tordre fut donné à l'ambassade de Russie à Paris de demander au gouvernement français l'arrestation et la poursuite des révolutionnaires.

M. Constans, alors ibinistre ds l'Intérieur, y consentit, mais il était à la veille de son départ pour le midi. L'opération, mal conduite par ses subordonnés, faillit un instant échouer. L'ambassadeur résolut alors de s'adresser directement au Président du Conseil

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et au Ministre des Affaires étrangères, qui s'enipressèrent de donner sur le champ les ordres que commandait la situation.

Grâce à cette intervention, neuf des révolutionnaires les plus marquants furent arrêtés, dés l'aube, le 29 mai 1890. Un nombre considérable de bombes et de documents importants furent saisis. La conjuration était ainsi éventée. Plus tard, six des individus arrêtés furent jugés par les juridictions françaises et internés ensuite à Angers.

La France avait ainsi, trouvé l'occasion de rendre un signalé service au Tsar. L'attitude énergique de son gouvernement produisit une très vive impression sur l'esprit d'Alexandre III qui chargea son ministre de l'Intérieur d'aller remercier en son nom, M. de

Laboulaye, notre ambassadeur^à Saint-Pétersbourg.

La vive satisfaction de l'Empereur ne se

borna pas là : il avait acquis la preuve que

Ton pouvait compter sur la France et tout

porte à croire qu'à partir de ce moment, il

se prépara sérieusement à un rapprochement avec nous. Les événements ne tardèrent pas à le démontrer.

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