CHAPITRE V
Pourparlers sur la visite de navires français en Russie. — Les fêtes de Cronstadt. — Négociations SUR UNE ENTENTE FRANCO-RUSSE. — M. DE MOHRENHEIM APPELÉ PAR LE TSAR. — SON RETOUR
A Paris vers la fin du mois d*aout 4891. — Conclusion DE l'entente. — Impression en France
. ET A l'étranger.
Depuis Tannée 1889 déjà, il était question d'une visite que des marins français feraient à Cronstadt. M. de Laboulaye, notre ambassadeur à St-Pélersbourg, avait appelé Tattention de son gouvernement sur cette circonstance que depuis prés de quarante ans, c'est-
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à-dire depuis les affaires de Bomarsund et de Sveaborg,le pavillon d'un navire de guerre français ne s'était plus montré dans les eaux russes de la Baltique.
Le « Châteaurenaud » à son retour de rislande venait tous les ans dans la Baltique, mais n'avait jusqu'alors poussé que jusqu'à Stockholm. On potfrrait peut-être le faire venir jusqu'à Cronstadt où les marins français étaient assurés de recevoir un accueil cordial. Si, au contraire, on voulait donner plus d'importance à une telle manifestation on pourrait envoyer toute une division de l'escadre de la Manche.
Au ministère de la marine à Paris on accueillit avec faveur cette suggestion de notre ambassadeur. Dans le courant de l'année
1890, M. Barbey, titulaire du portefeuille de la rue Royale, en parla à M. de Freycinet président du Conseil en lui faisant observer que des manifestations de cette nature se faisaient fréquemment entre les diverses marines, sans que Ton put y craindre de
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froisser les susceptibilités des autres nations.
M. de Freycinet qui s'associait entièrement aux idées de son collègue, porta la question devant le conseil des ministres. M. Carnot, président de la République et M. Ribot, ministre des Affaires Étrangères acceptèrent en .principe. Il s'agissait donc de choisir le moment opportun pour faire celte manifestation .
L'avis de M. de Laboulaye fut demandé vers la mi-juillet. Il répondit que la saison était peut-être déjà un peu trop avancée pour qu'on eût le temps de se préparer pour Tannée même. L'empereur d'Allemagne d'autre part avait choisi le mois de septembre pour venir avec une escadre imposante à Cronstadt.
Il était donc préférable, dans ces conditions, d'ajourner à Tannée 1891 Tenvoi des navires français. L'ambassadeur pourrait alors s'entendre avec le Tsar et ses ministres sur la date à fixer.
C'est, en effet, ce que fit M. de Laboulaye et dès le mois de mars 1891, il pouvait écrire à Paris que le Tsar avait consenti à
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recevoir une escadre française, commandée par le contre-amiral Gervais, vers la fin du mois de juillet.
La nouvelle de cette visite prochaine fut connue du public dans le courant de Tété sans y provoquer une bien grande émotion.
On n'avait pas saisi toute la portée d'un tel événement. Il fallait que cette manifestation se produisît dans tout son éclat pour qu'on ouvrit les yeux.
Le 25 juillet, l'escadre de l'amiral Gervais entrait dans le port de Cronstadt, où elle reçut la visite du Tsar, accompagné de l'impéraratrice et de tous les membres de la famille impériale. Le souvenir du séjour de nos marins en Russie est inoubliable. Cependant on lira encore avec intérêt les lignes suivantes que m'adressait, à cette, époque, mon correspondant de St-Pétersbourg.
« Saint-Pétersbourg, le 27 juillet 1891.
a J'assiste ici, depuis quelques . jours, à un « spectacle aussi touchant que grandiose et qui,
c surtout, contraste vivement avec les mœurs et « le tempérament habituel du public russe, toujours « si froid et si indifférent à ce qui émeut les « peuples, en d'autres pays. J'ai vu, tour à tour, a des milliers de ces pétersbourgeois que rien, « ordinairement, ne parvient à déranger de leurs < habitudes un peu automatiques, se lever, pour « une fois, à l'heure où souvent ils se couchent « et courir de grand matin s'empiler dans des « bateaux à vapeur de toutes dimensions pour aller « à la rencontre de l'escadre française, puis s'en- « flammer d'une belle ardeur pour acclamer l'entrée « de cette escadre dans la magnifique rade de « Cronstadt.
« J'ai vu nos* fonctionnaires sortir de leur pru- « dente réserve et accueillir les marins français en « anciens camarades : j'ai entendu nos officiers > entonner en chœur, dans une réunion publique, « cette marseillaise dont ils osaient à peine jusqu'à « présent prononcer le nom. J'ai vu la famille « impériale elle-même en écouter debout et tète « nue l'exécution, succédant à celle de l'hymne « national russe ainsi que le fait s'est produit à la « visite du Tsar à l'escadre française. J'ai vu « encore une foule énorme de véritable peuple
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« acclamer frénétiquement tout à l'heure deux cents « marins français venus au Champ -de-Mars de c Saint-Pétersbourg assister à Tun des concerts < nationaux du fameux chœur Slaviansky et en « général l'enthousiasme public aller crescendo « plutôt que diminuer... »
Mais le moment n'était pas uniquement consacré aux réjouissances. Déjà, depuis plusieurs semaines, des problèmes de haute politique étaient agités dans les sphères officielles russes et des négociations d'une extrême importance étaient engagées ; elles devaient aboutir à des résultats considérables.
M. de Laboulaye qui, pour des raisons d'ordre privé, s'était rendu à Paris au commencement de l'été, avait, bien que démissionnaire de son poste, consenti sur la demande du gouvernement français, à retourner à Pétersbourg pour représenter la France pendant le séjour de nos marins en Russie. M. de Laboulave était de retour à Saint-Pétersbourg le 13 juillet. Il eut alors
avec M. de Giers des entreliens très sérieux concernant le moyen de donner une forme plus concrète aux liens d'amitié qui unissaient déjà les deux pays, c'est-à-dire, par la conclusion d'une entente formelle.
Les négociations entre les deux diplomotes furent beaucoup facilitées par les excellents rapports personnels qui existaient entre notre ambassadeur et le ministre des Affaires étrangères de Russie. Ces rapports étaient empreints d'une entière confiance réciproque.
L'Empereur Alexandre III tenait également M. de Laboulaye en haute estime et se montrait très disposé à arriver à la conclusion d'une entente.
Au commencement du mois d'août on était à peu près tombé d'accord sur les termes dans lesquels une communauté d'action politique pouvait être établie ; mais M. Ribot, tenu au courant de la marche des négociations, désirait modifier un point de la rédaction convenu à Saint-Pétersbourg. M. de
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Laboulaye partit alors pour Paris. De son côté, le Tsar, afin de terminer cette affaire, appela auprès de lui son ambassadeur en France.
M. de Mohrenheim, alors en villégiature à Cauterets, s'attendait bien à être appelé à Saint-Pétersbourg au cours de ces importantes négociations, mais il ne croyait pas devoir s'y rendre avant le mois de septembre. Il ne savait pas que le Tsar avait décidé d'avancer de quinze jours son départ pour Copenhague. Le jeudi 12 août, l'ambassadeur reçut de M. de Giers un télégramme qui l'invitait, par ordre de l'Empereur, de partir immédiatement pour Saint - Péters bourg. ^
L'ambassadeur se mettait aussitôt en route, arrivait le lendemain à Paris, dinait chez M. Ribot qui lui faisait connaître les dernières phases des négociations et continuait le même soir son voyage pour la capitale russe où il arrivait le lundi 16. Le soir même de ce jour il fut reçu par M. de Giers qui le mit entièrement au courant de la si-
tuation. Le surlendemain Tambassadeur avait une audience du Tsar qui approuva sa rédaction du projet d'entente et l'autorisa à le porter à Paris.
M. de Mohrenheim était de retour en France le 22 août 1891. Ce fut alors que s'échangèrent les signatures par lesquelles la Russie et la France s'unissaient dans une entente politique. A partir de cette heure historique on peut dire que les deux pays étaient sortis de l'isolement où ils s'étaient trouvés jusque là. Les deux signatures étaient données par MM. de Mohrenheim et Ribot au nom de leurs gouvernements respectifs.
L'éclat extraordinaire des fêtes de Cronstadt, l'accueil fait par le Tsar aux marins français, et plus tard les allées et venues du baron de Mohrenheim produisirent naturellement un eifet énorme en Europe. Quelle
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portée faut-il attribuer à ces faits ? Que signifie le rapprochement évident entre la Russie et la France ? Voilà ce que Ton se demandait partout. Mais la curiosité ne trouvait pas à se satisfaire. Bien que Tentante fût éminemment pacifique, Alexandre III avait demandé que les termes en restassent secrets afin de ne pas éveiller des soupçons et susciter des hostilités de la part des Etats de la Triple alliance.
En France, quelques discours furent prononcés. Sans faire aucune révélation, ils laissaient cependant entrevoir la grande importance des récents événements. Ainsi M. de Mohrenheim qui était retourné à Cauterets, où il fut Tobjet d'ovations populaires enthousiastes, répondait, le 31 août 1891, à un discours du marquis de Breteuil, député de l'arrondissement, par une allocution dont nous citons les passages suivants :
« Vous le savez, Messieurs, j'ai été tout récem- « ment retenu loin de vous par une absence de « quelque durée. Eh bien, à la vue des apprêts que
a VOUS faisiez pour mon retour, vous m'autorisiez « presque à croire que je n'étaispas tout à fait absent. « Tant il est vrai que la distance ne sépare pas c toujours et que Téloignement peut lui-même « rapprocher. •
« Vous venez, M. le Préfet, de mentionner le « courant mutuel de sympathie qui s'est fait jour à « travers la Russie et la France, d'un bout à l'autre, « et que Votre département a eu àcœurdemanifes- « ter à son tour, avec, j'ose le dire, car le mot n*est c pas trop fort, un enthousiasme si spontané et si
général. Il y a beaucoup de raisons, et des meil- « leures, pour qu'il en soit ainsi; mais je ne veux, « en ce moment, que m'en tenir à celles dont l'un « de vos plus prodigieux génies a pu dire avec tant a de justesse : le cœur a des raisons que la raison « ne connait pas ! Ce ne sont pa^s, messieurs, les a moins puissantes. Ce sont, en tout cas, celles qui « font que nous nous comprenons si bien, et qu'il « nous arrive quelquefois d'être moins bien com- « pris des autres.
« Ici, Messieurs, nous sommes d'autant plus surs « de nous entendre que je vous trouve unis, tous « d'accord, et ne formant, pour me servir des pro-
« près paroles de M. le Préfet, qu'un seul cœur. Je « Taî bien constaté avec bonheur à Tunanimité « des acclamations chaleureuses dont vous avez « salué la santé portée à S. M. 1 Empereur, à son « auguste famille et à la nation russe. Et je vous en « sais doublement gré, messieurs, car vous m*avez « investi par là du droit précieux et de Thonneur « insigne de boire, à mon tour, à la nation française, « à son vénéré chef, l'éminent Président de la Ré- « publique, et au gouvernemeat, aussi sage qu'éclai-
« ré, qui dirige si heureusement aujourd'hui d'une « main à la fois forte et pacifique, ferme et conci- « liante, les destinées de votre grand pays. Puisse- « t-il lui être donné longtemps, bien longtemps « encore, de poursuivre sa noble tâche avec les « mêmes succès de jour en jour plus bienfaisants, « plus éclatants et plus universellement apprête ciés.
Quelques jours plus tard, le 10 septembre, M. de Freycinet, président du Conseil, prononçait un remarquable discours à Vendeuvre où il offrait, à Toccasion des grandes manœuvres de TEst, un déjeuner aux officiera
généraux et aux attachés militaires. On re* marquera l'importance des paroles suivantes détachées de son discours :
a Ne nous lassons pas, messieurs, de perfec- « tionner et de fortifier notre armée. Elle est un des « éléments, et non des moindres, de notre influence « dans le monde. Elle a sa part dans les événements « dont se réjouit votre patriotisme. Ses progrès que « TEurope voit et auxquels la France applaudit, « inspirent aux uns la confiance, aux autres le « respect : ils attestent, en outre, que le gouver- « nement de la République, malgré des change- « ments de surface, est capable de longs desseins « et que dans l'accomplissement des œuvres na- « tionales, il apporte un esprit de suite qui ne le « cède à celui d'aucune monarchie. Personne ne « doute aujourd'hui que nous soyons forts ; nous « prouverons que nous sommes sages. Nous saurons « garder, dans une situation nouvelle, le calme, la « dignité, la mesure qui, aux mauvais jours, ont « préparé notre relèvement.
Enfin le 29 septembre, à Bapaume, où il présidait la cérémonie d'inauguration de la
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statue du général Faidherbe, M. Ribot, ministre des Affaires étrangères, coinmentait dans les termes suivants la situation nouvelle dont avait parlé M. de Freycinet :
« L'Europe, pendant quelque temps incertaine, « nous a enfin rendu justice ; un souverain, pré- « voyant et ferme dans ses desseins, pacifique ft comme* nous-mêmes, a publiquement manifesté <i les sympathies profondes qui unissent son pays a et le nôtre. (Des applaudissements enthousiastes « ainsi que les cris de « Vive le Tsar ! Vive la « France ! Vive la Russie ! » interrompent Tora- « leur qui ne peut reprendre la parole qu'après « quelques instants). « La nation russe s'est asso- « ciée avec son Empereur pour nous témoigner « une amitié cordiale. (L'orateur est de nouveau a interrompu par les applaudissements et les accla- « mations). Vous savez quelle réciprocité ces sen- » timents ont trouvé chez nous (cris chaleureux « oui ! oui ! »). Les incidents de Cronstadt ont a retenti jusqu'au fond de la plus petite de nos tt bourgades et du moindre de nos villages.
» Ce qui est vrai de la politique intérieure, Test
c plus encore de la politique étrangère ; les résul- « tats ne s'improvisent pas ; ils sont la consé- « quenee et le prix d'une longue suite d'efforts et « quand ils se manifestent, ceux - là seuls; en « sont étonnés qui n'avaient pas été attentifs à la « série d'actes qui les avaient silencieusement « préparés.
a Et ici, messieurs, je ne parle pas seulement du « ministère actuel, mais de tous ceux qui se sont a succédé dans la République depuis vingt années. « Tous ont été fidèles à la même tradition et chacun « a apporté son concours à l'œuvre nationale. «c C'est la grandeur de la France, quelles qu'aient « été ses dissensions intérieures aujourd'hui si di- « minuées, d'être unie devant l'étranger ; notre seul « mérite est d'avoir continué ce que nos devanciers « avaient commencé et peut-être d'avoir compris « que le moment était venu de donner à leurs « efforts la consécration qui était dans les vœux a du pays.
< Il en est résulté pour nous, comme on l'a jus- « tement dit, une situation nouvelle, ce qui ne si- <i gnifie pas qu'il faille y adapter une nouvelle po- « litique. Celle que nous avons suivie nous a été
« trop favorable pour que nous la désertions le jour c même où la valeur en apparait à tous les yeux et « où nous commençons à en recueillir les fruits.
« Ce n'est pas au moment où nous pouvons pra* « tiquer la paix avec plus de dignité que nous « nous exposerons à la compromettre. La France, « ayant conscience de sa force et confiance en son « avenir, continuera de montrer les qualités de « prudence et de sang-froid qui lui ont attiré « Festime des peuples et qui ont contribué à lui « rendre le rang qu'elle doit occuper dans le « monde. »
Comme on le voit les trois orateurs, ont tous trois constaté, sous des formes différentes, le caractère nouveau des relations qui venaient de s'établir entre la France et la Russie.
Tel ne fut pas l'avis de M, de Caprivi, chancelier d'Allemagne. Dans un discours prononcé au Reichstag, le 27 novembre 1891, il fit les déclarations suivantes :
a Je constate d'une manière formelle que « l'entrevue de Cronstadt ne donne lieu à plus
«c d'inquiétudes qu'auparavant. Je suis absolument « convaincu que les intentions personnelles de «t l'empereur de Russie sont les plus pacifiques du « monde. Aucun gouvernement ne veut provoquer « la guerre aujourd'hui. Aucune nation n'a une « prépondérance suffisante pour pouvoir com- « mencer une guerre d'un cœur léger.
« Plus un gouvernement sera fort, plus il lui Cl sera facile d'éviter des incidents dangereux, et je « me réjouis de ce que, chez nos voisins de l'ouest « le gouvernement possède cette force.
tt L'entrevue de Cronstadt n'aurait pas lieu si nos « voisins de l'est n'avaient pas cru que le gouver- « nement en question est assez fort pour qu'on i( puisse se reposer sur lui. La situation est devenue « plus claire ; il n'y a pas là de raison de s'inquiéter.
« Rien n'a été modifié en ce qui concerne la <t Triple-Alliance. Le renouvellement de la Triplea Alliance, résolu depuis longtemps, est seulement « apparu clairement à tous les yeux.
« Les intentions de l'empereur de Russie sont « les plus pacifiques du monde. Ce qu'il faut éviter c ce sont les maladresses.
« Je crois que le gouvernement chez nos voisins
« de l'ouest a le pouvoir de faire exécuter sa vo- « lonté. La recrudescence de confiance en eux- (( mêmes qui s'est manifestée chez les Français ne « constitue pas un danger pour nous. Cronstadt « n'a amené aucun changement à cet égard
« L'état de paix armée va encore durer longtemps, « les Congrès en faveur de la paix n'y changeront « rien. Heureusement que l'obligation du service « militaire universel donne encore plus de force « aux désirs pacifiques des peuples.
On voit par ces déclarations que TAlIemagne officielle ne voulait pas avoir Tair d'être alarmée. Il était particulièrement intéressant d'observer Tattitude des journaux de M. de Bismarck. Ils niaient Texistence d'une ' entente franco-russe et prétendait qu'il n'y avait là que du flirt. Ils ne savaient rien et battaient la campagne.
Il est cependant un fait digne de remarque, c'est que M. de Bismarck, lui-même, avait dans le temps prédit une alliance entre la
Russie et la France. M. Delcassé, partisan de la première heure d'une entente francorusse, nous Ta appris dans un article qu'il publia» le 4 juin 1887, dans le journal Paris.
Voici comment il raconte le fait :
< C'est M. de Bismarck qui a pris soin de > nous signaler la seule nation avec laquelle
< la France avait intérêt à conclure une alli-
< ançe. C'est lui qui, le 26 avril 1856, dans « un rapport au prince-régent de Prusse,
< devenu depuis l'empereur d'Allemagne, « écrivait cette phrase que devraient avoir in- « cessamment présente à l'esprit tous ceux « qui se mêlent de politi({ue : « L'alliance de « la France et de la Russie est chose tellement
< naturelle qu'il y aurait folie à ne pas s'y
« attendre, car, de toutes les Puisssances ce
« sont les seules qui, par leur situation géo- « graphique et par leurs visées politiques,
« renferment le moins d'éléments d'hostilité
< n'ayant pas d'intérêts qui se combattent « nécessairement, >
La presse anglaise était en général très sceptique et s'ingéniait à prouver aux Français qu'en concluant une entente avec la Russie ils ne feraient qu'un marché de dupes.