‹ L'alphabet de la mortChapitre 10 sur 12 · LE II" MORT · texte numérisé non relu

LE II" MORT

Pourvoyez y, se vous voulez, Aultrement que vous ne soulez; Car certes la Mort vous espie Pour vous oster des corps la vie Plus briefment que vous ne cnidez, Qui estes si oultrecuidez Que pour ung peu de joye vaine, Ung peu de plaisance mondaine, Qui est de si courte durée, Tost venue, plus tost alée, Voulez perdre la joye fine De paradis qui point ne fine, Et, qui pis est, dampnez serés ;

Autrement n'en eschapperés, Mais ce sera sans délivrance.

Comment avez-vous tel plaisance, Dictez-moy, meschans orguiileux, En ce monde si perileux, Où il n'a que divisions, -^^^^^^^^^^ Et diverses tribulations,

" Puis guerres, puis mortalité?

Tous jours nouvelle adversité Revient, avant que l'autre faille.

Vous ne savez homme sans faille, [le Tantsoitpuissant, vueille ou non vueil- Qui ne sueffre et qui ne se dueille.

Ailleurs donques repos querés.

Car cy point ne le trouverés.

Repos aurés en paradis Si croire vous voulez ès dis Des saiges qui conseillent faire Ce que faire est nécessaire Pour l'aquerir et pour l'avoir.

Riens mieulx nulluy ne peut avoir.

Faictes de& biens plus que pove/, ; Autre chose n'emporterés.

LE m" MORT.

O foie geut mal advisée, Que je voy ainsy desguisée De divei's habits et de robes, Et d'autres choses que tu robes, Tant puante charoigne à vers, Et pi-ens de tort et de travers, Ne il te chaut d'où te viengne, Mais que ton estât se maintiengne ^ Quant je revoy tes faulx delis De vins, de viandes, de lis, Lez grans excès, lez grans oultrages Dont ceux, qui font les labourages Aux champs et pour toy se travaillent Tous nus, de fain cryent et baillent; Quant je voy tel gouvernement , Je doubte que soubdainement

Telle vengance ne s'en Face Que tii n'auras temps ne espace Seulement de cryer merci.

Cuidez-vous toujours régner cy, Folz meschans, de maie heure né/.

Qui en ce point vous démenez?

INennil, nennil ; vous y mourrés.

Faictes du pis que vous pourrés ; Lors aurés pardurable vie, Bonne ou raale, n'en doubtez mie.

Dieu est justes; il payera Selon ce que chascun fera.

Faictes des biens, n'attendez pas Que ceulx d'après vostre trespas Pour vous en facent, qu'amez chier, Qui ne vous vouldroient aproucher; En la terre vous porteront Et tost après vous oublieront , Et telz cuidez vos bons amvs Qui sont voz plus grans ennemys.

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