CHAPITRE m La Guerre et la Terreur
Depuis quelques mois déjà l'Alsace était secouée par une émotion belliqueuse. Les émigrés se réunissaient chaque jour plus nombreux à Ettenheim, où Gonclé leur avait donné rendez-vous ; on s'org-anisait là sur les terres de Rohan, qui avait fourni auparavant des subsides à Mirabeau Tonneau pour créer sa « lég-ion noire ». Les menaces, les pamphlets venus d'Ettenheim exaspéraient les Alsaciens, réveillaient chez eux le vieil esprit g'uerrier. La déclaration de g-uerre du 20 avril fut connue à Strasbourg- le '2o ; ce jour-là le maire parcourut la ville avec une escorte militaire ; il s'arrêtait sur les places et lisait à la foule le texte de la déclaration en français et en allemand ; puis la musique jouait le Ça ira. Le soir, Dietrich réunit àdîner divers officiers amis, qui partag-eaient ses idées politiques : c'étaient des g-énéraux comme Victor de Brog*lie et d'Aig'uillon, des officiers inférieurs comme le lieutenant de Veyg-oux
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(le futur g-énéral Desaix)et le capitaine Roug-et de Lisle. Celui-ci, déjà connu comme poète et comme musicien, fut pressé par les convives de composer un chant patriotique : il sortit de là excité, pénétré de la fièvre g-énérale, rentra chez lui et travailla toute la nuit ; le lendemain il apportait son œuvre au maire de Strasbourg*. Quelques semaines plus tard Mme de Dietrich, envoyant l'air nouveau à son frère, lui écrivait : « C'est du Gluck en mieux, plus vif et plus alerte... Le morceau a été joué chez nous à la g-rande satisfaction de l'assistance, y) Le Chant de guerre pour T année du Rhin, composé ainsi à Strasbourg-, allait s'appeler bientôt la MarseUlaise.
Pendant ce temps l'armée s'organisait, composée de deux éléments différents, les troupes de lig^ne et les volontaires. Malg-ré les incitations venues d'outre- Rhin, malgTé l'exemple des officiers nobles, le nombre des soldats émig*rés et déserteurs ne répondit point aux espérances qu'on avait nourries à Ettenheim ; l'ardente propag-ande faite par les clubs produisit ses résultats. Quant aux volontaires, ils ne manquèrent point; le Haut-Rhin à lui seul fournit assez d'hommes pour qu'on put former cinq^ bataillons. Les Alsaciens d'ailleurs avaient confiance dans le g"énérai charg-é de les commander : Kellermann était un Strasbourg^eois déjà fort connu de ses concitoyens avnnl 1789 ; son adhésion aux idées avancées lui g'<ig"iui la sympathie des