‹ L'Alsace française de 1789 à 1870Chapitre 5 sur 9 · LA GUERRE ET LA TERREUR Î · texte numérisé non relu

LA GUERRE ET LA TERREUR Î

de mourir il écrivit à ses deux fils, alors soldats, pour les inviter à bien servir leur patrie. C'est une des plus regTett.ables victimes de la Terreur.

Le g-roupe jacobin qui g*ouverna Strasbourg: en 1793 avait très j^eu de meneurs alsaciens; les principaux étaient des Français de l'intérieur ou des Allemands immig'rés. Parmi les premiers, un des plus actifs fut d'abord Laveaux, ancien professeur de littérature, fondateur du Courrier de Strasbourg qui mena une campag'ne quotidienne contre le maire Dietrich; le plus influent fut bientôt Monet, un jeune homme de ving't-cinq ans, maire de Strasbourg' pendant toute la Terreur, laborieux, désintéressé, impitoyable pour les ennemis de la Montag'ne, le dig'ne ami de îSaint-Just et de « l'Incorruptible î. Parmi les seconds fîg'uraient quelques prêtres venus d'outre-Rhin pour prendre place dans le cjerg*é constitutionnel; tel fut le trop fameux Eulog-e Schneider. Ce fils de paysans franconiens, tour-à-tour moine et professeur de théolog-ie en Aliemag*ne, avait le g"oùt du cabotinag'e, servi par une éloquence foug'ueuse et théâtrale; après avoir brillé au club du Miroir, il devint accusateur public près le tribunal criminel du Bas- Rhin, puis obtint en mai 1793 la création du tribunal révolutionnaire auprès duquel les mêmes fonctions lui furent confiées. Les séances furent inaug^urées par un étrang'e et sinistre cortèg'e, que l'accusateur public menait à cheval, et qui encadrait la g-uillotine promenée

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sur une charrette de paysan . En cinq semaines, Schneider fît condamner à mort ving*t-huit accusés, la plupart coupables d'avoir spéculé sur les assig'nats ou transg-ressé la loi du maximum. Cette loi causa de g-randes misères, mais permit à l'Alsace de traverser le dur hiver de 1793-94, alors qu'elle était menacée de famine par la g'uerre.

La g*uerre avait paru s'éloig'ner de la province en 1792, quand les Français entraient victorieux à Spire et à Mayence. Mais cette dernière ville fut perdue, et bientôt les Autrichiens, arrivant à la frontière du Nord, forcèrent en octobre 1793 les lig^nes de Wissembourg", considérées comme le rempart de l'Alsace. L'armée française mal commandée, manquant de tout, recula en désordre jusque sous le canon de Strasbourg', tandis que Landau se défendait contre le blocus. Le g-énéral autrichien, Wurmser, qui appartenait à la noblesse alsacienne, lança un avis conseillant aux populations de rechercher l'appui des troupes impériales. Mais quelques villag'es seulement répondirent à cet appel en recevant les Autrichiens avec le drapeau blanc, l^es excitations des émig'rés demeurèrent sans effet, tandis que les ordres des représentants en mission pour la levée en masse étaient obéis. Des compag^nies franches se formèrent : dans la rég-ion de Niederbronn, par exemple, le jug'e de paix Helmstetter, plus tard g-énéral, réunit les g'nrdes nationaux et, par des abatis faits dans les

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passag'es des Yosg-es, arrêta le ijaouvement tournant de l'ennemi.

La situation s'améliora quand Pichegru et Hoohe prirent le commandement des armées, quand Saint-Just et Lebas furent envoyés à Strasbourg* par la Convention avec des pouvoirs illimités. Les deux conventionnels rendirent d'octobre à décembre de multiples décrets. Il en est qui sont inspirés par un fanatisme odieux, comme ceux qui suppriment tous les cultes ou qui ordonnent de détruire les statues couvrant le portail de 1«, cathédrale. D'autres, louables par l'intention, furent impossibles à appliquer : tel celui qui établissait dan^ chacune des communes du Bas-Rhin une école primaire g*ratuite française. D'autres étaient dictés par une injuste défiance contre une population prête aux sacrifices les plus pénibles. Mais l'œuvre essentielle des deux représentants, l'œuvre de défense nationale, fut excellente. Voici comment elle a été résumée par l'historien des g'uerres de la Révolution, M. Chuquet : « Saint-Just et Lebas rétablirent l'ordre. Les administrateurs et les fournisseurs pourvurent avec zèle à la subsistance de l'armée. Les traîtres osèrent à peine respirer. La discipline eut une vig^ueur et un ressort qu'elle n'avait pas encore eus. Les pillards les plus déterminés ne sortirent plus desrano's. Les aboyeurs des clubs, convaincus que les représentants ne se payaient plus de paroles et de motions, g^ardèrent le silence. Les faibles et les lâches

allèfent en avant parce qu'ils voyaient la mort derrière eux et souvent marchèrent au feu du même pas que les plus braves ». L'armée ainsi rég*énérée fournit les efTorts que lui demandaient ses chefs : Hoche battit les Autrichiens à Frœschwiller, auGeisberg", débloqua Landau. Le 4" janvier 4794, l'Alsace était délivrée.

Les deux conventionnels avaient mis fin à la puissance d'Eulog'e Schneider. L'accusateur public, étant entré à Strasbourg* « avec un faste insolent », fut arrêté, exposé pendant quatre heures sur l'échafaud de la g"uillotine devant la foule stupéfaite, puis envoyé à Paris où le tribunal révolutionnaire le fît exécuter. Le nom de ce sinistre aventurier allemand est demeuré lég-endaire en Alsace^ où il apparaît comme la personnification de la Terreur; mais la lég-ende, comme il arrive toujours, dépasse la réalité. La Terreur ne finit point dans le Bas- Rhin avec Schneider; elle redoubla, au contraire, sous la direction de Monet. L'ami de Robespierre devint le maître absolu à Strasbourg*; les prisons se remplirent; stir les quatre-ving-t-treize condamnations à mort prononcées dans le Bas-Rhin pendant la Terreur, trente et une étaient dues à Schneider, les autres sont postérieures à sa chute. La cathédrale, devenue le temple de la Raison, fut bientôt consacrée au culte de l'Etre suprême. Monet prenait en même temps une série de mesures destinées à hâter ce qu'on appelait la « francilisation » de l'Alsace. Dans le Haut-Rhin, les Jacobins étaient moins violents^

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