‹ L'Alsace, La Lorraine et Les Trois EvêchésChapitre 26 sur 28 · II. BAR MOUVANT, TROIS ÉYÈCIIÉS, LORRAINE ET BARROIS · texte numérisé non relu

II. BAR MOUVANT, TROIS ÉYÈCIIÉS, LORRAINE ET BARROIS

Le duc recommença bientôt à conspirer contre la France, en se rapprochant des puissances signataires de la Triple Alliance en 1668; Louis XIV alors confisqua de nouveau la Lorraine (août 1670); il ne devait l'évacuer qu'en 1697 et le nouveau duc, Charles V, neveu de Charles IV, durant tout son règne (1675-1690) ne vint jamais dans son duché. Lors du traité de Niniègue, les articles relatifs à la Lorraine (XIII-XVII. H. Vast, II. 106-108) donnèrent lieu à de grosses difficultés : le duc refusa de céder Nancy, en échange de Toul, refusa de céder les Quatre routes (Saint-Dizier à Nancy, Nancy en Alsace, Nancy à Vesoul, Nancy à Metz) : le roi intraitable, garda la Lorraine. Il s'installa à Longivy, que le traité lui donnait, et élargissant la position déjà prise sur la Sarre, il créa une ville nouvelle, à 3 kilomètres de Vaudrevange, en ruines; ce fut Sarrclouis dont Vauban dressa les plans en 1680. L'intention du Roi était d'en faire la capitale d'une nouvelle province, la province de la Sarre; un bailliage et un siège présidial y furent installés en 1685, qui comprirent l'ancien bailliage d'Allemagne (Lorraine allemande) et les territoires du Saint- Empire réunis par la Chambre royale de Metz jusqu'à Trarbach, entre Trêves et Coblentz, où s'éleva, dans une boucle de la Moselle, la forteresse de Mont-Royal.

Le traité de Ryswyk réduisit les ambitions de Louis XIV : les Réunions furent restituées, restituée aussi la Lorraine, — le fils de Charles V, Léopold, allait y régner de 1697 à 1729; — le Roi renonçait en outre au bénéfice des Quatre chemins, mais en gardant le droit de passage pour ses troupes à travers le duché, et il conservait Sarrelouis cum dimidia leuca in circuitu, ainsi que Longwy, ville, préfecture et dépendances (H. Vast, II. 243-244).

Le traité de Paris du 21 janvier 1718 (Du Mont, VIII. 496) compléta les deux places, un peu trop à l'étroit, et détermina leur banlieue. A Sarrelouis, les villages de Listroff (Liesdorf), Emstroff (Ensdorf), Frauloutre (Lautern), Roden, Beaumarais et Vaudrevange; à Longivy (Haut et Bas) les villages de Mexi, Herserange, Longlaville, Mont-Saint-Martin, Autrux, Piedmont, Romain, Lexy et Réhon. La châtellenie de Rambervillevs, détachée de l'évêché de Metz, dédommagea le duc de l'abandon de Longwy. Il reconnaissait au Roi la principauté de Phalsbourg tout entière, Phalsbourgqui gardait la porte d'Alsace et la route de Saverne; il renonçait à ses prétentions sur le ban de Saint-Pierre, ancienne possession de l'abbaye de même nom à Metz (Villers-Stoncourt et Vaucremont) et sur le ban de la Hotte (Brulange, Suisse ou Sùlzen, et Thonville); au Roi revenait encore, près de Gorze, Villecey, Hageville et Jonville] enfin une série de restitutions réciproques liquida toutes les contestations passées.

Rétablis dans leur duché, les ducs de Lorraine s'en détachèrent peu à

peu et finirent par y renoncer. Une première fois, en 1700, Léopold faillit réchanger pour la Toscane : ainsi eût été facilité le règlement de la succession d'Espagne. La combinaison aboutit, pour le règlement cette fois de la succession de Pologne, sous son fils et son successeur, François III (1729-1737), qui, élevé à la cour de Vienne, épousa Marie-Thérèse d'Autriche le 12 février 1736 et fut le premier des Habsbourg-Lorraine. Les préliminaires de Vienne du 3 octobre 1735, les conventions du 11 avril et du 28 août 1736 fournirent lu substance de Tariicle IV du traité final (18 nov. 1738) et donnèrent le Barrois et la Lorraine au roi détrôné de Pologne, Stanislas Leszczynski, sa vie durant; ils feraient retour à la France après sa mort. C'est le 8 février 1737 qu'il prit possession du Barrois, et le 21 mars de la Lorraine. Mais il ne fut jamais duc que de nom. « Il avait abdiqué tous les pouvoirs entre les mains du roi de France par la déclaration de Meudon (30 septembre 1736), et l'intendant français, qui prit le titre de chancelier, Ghaumont de la Galaizières fut le véritable maître l. » Bar et Lorraine, désormais confondus, formèrent une généralité; toute distinction disparut de même entre Barrois mouvant et non mouvant ou ducal 2.

Deux faits, l'un d'ordre territorial, l'autre d'autre administratif, signalèrent le pseudo-règne de Stanislas. — 1° La convention de Nancy avec le prince et comte de Salm du 31 décembre 1751, enregistrée à Lunéville le 31 décembre 1752 et entérinée, comme tous les actes royaux, par lettres patentes du 11 janvier 1753, fit de la rivière de Plaine la frontière de la principauté-comté au Nord et au Nord-Ouest et sa capitale fut transférée de Badonviller à Senones; en outre elle céda à Leurs Majestés très chrétienne et polonaise les parts et portions que le prince avait dans la baronnie de Fénétrange3. — 2° L'Édit de Lunéville (juin 1751) supprima les anciens bailliages et les 78 prévôtés pour créer 35 bailliages nouveaux et 7 prévôtés 4.

1. Ghr. Pfister, op. cit. (Synthèse hist.), p. 120. — La déclaration de Meudon a été publiée pour la première fois par d'Haussonville. Histoire de la réunion de la Lorraine à la France. Pièce justificative LX. lre Ed. 185Ï-1859; 2e, 1860. Paris, M. Lévy, 4 vol. in-8°, puis in-12°.

2. Le comté de Falkenstein, au mont Tonnerre, une ancienne terre lorraine, que Louis XIV avait réunie le 3 mai 1633, puis restituée, fut distrait du duché, cédé dans son entier à Stanislas. L'article II, séparé, de la Convention du 11 avril 1736, le conserva au duc François, « afin qu'il lui restât une possession en Empire, et pour qu'on ne pût l'exclure, à cause de sa qualité d'étranger, du trône impérial, lorsqu'il y prétendrait un jour, comme gendre de l'Empereur Charles VI. La Diète agréa depuis que le suffrage, dont les ducs de Lorraine avait joui jusqu'alors en qualité de marquis de Nomeny, fût attaché au comté de Falkenstein » (Garden, Histoire générale des traités de paix, III. 193). Lorsque l'Empereur Joseph II fit en France, à Paris, un premier voyage en avril 1777, ce fut sous le nom de comte de Falkenstein.

3. Recueil des ordonnances et règlements de Lorraine, VIII. 407.

Page 1